00:03Il est 9h26, c'est le trapenard du vendredi.
00:06Augustin, les qualifs, les qualifications pour le tournoi de Roland-Garros vont se terminer.
00:10Et le plus chic, elles sont même terminées, et le plus chic des grands chelèmes s'apprêtent à démarrer.
00:14Mais franchement, est-ce que ce n'est pas honnêtement l'un des meilleurs moments de l'année ?
00:18Vous vous souvenez, quand on regardait le tennis petit avec nos parents,
00:21le temps qu'on a tous et toutes passé un jour devant un match interminable,
00:24étalé parfois sur deux jours parce que la veille on n'y voyait plus rien,
00:27ou alors quand on révisait le bac et qu'on s'accordait des pauses pour regarder un point, juste un
00:31point,
00:32allez, un jeu et pourquoi pas un 7, tiens, Roland-Garros, vous voyez venir à ceci de formidable
00:37que c'est un moment où le temps s'étire.
00:39Parce que sur la surface lente qu'est la terre battue parisienne, la balle prend son temps
00:43et nous offre un autre rythme qu'on aime ou qu'on n'aime pas le tennis.
00:47Et vous pouvez entendre comme ça calme, comme ça détend, comme ça nous offre un temps nécessaire et résistant
00:56face à la folie de l'actualité, à l'effervescence, à l'épilepsie du monde
01:01qui nous parvient, vous savez, en une fraction de seconde aujourd'hui, même quand on ne l'a pas demandé.
01:04Moi, je vais vous dire, il m'arrive de mettre Roland-Garros en fond sonore,
01:07sans même regarder, juste pour me calmer.
01:09Est-ce que vous entendez là, Thomas, qui est-ce qui est en train de jouer, à votre avis ?
01:13C'est le vache comme question.
01:14Non, c'est hyper dur.
01:16Il n'y a pas de cri.
01:17Non.
01:17Ce n'est pas Roger.
01:19Non.
01:20En l'occurrence, c'est un point d'anthologie entre Novak Djokovic et Stan Wawrinka en finale de Roland,
01:25il y a 11 ans, mais est-ce que c'est si important ?
01:28Moi, je vais vous dire ma théorie.
01:29Évidemment que dans un match de tennis, on a toujours un favori,
01:31mais ce qui me bouleverse dans ce sport, en particulier sur terre battue,
01:34c'est qu'il y a un moment, quand le point dure suffisamment longtemps,
01:37il y a un moment où ce qui compte, ce n'est plus le joueur, c'est l'échange.
01:40Exactement.
01:40C'est la beauté de l'échange.
01:41Et vous voyez, ça, c'est exactement ce qu'on oublie aujourd'hui,
01:43et que le tennis nous rappelle la beauté du dialogue, aussi tendu soit-il,
01:48de l'affrontement qui n'est pas forcément humiliation, agression ou mise à mort.
01:52Parfois, c'est beau et salutaire de se confronter, surtout si on n'est pas d'accord.
01:55Et ces échanges au tennis qui forment un point,
01:58ces échanges qui relèvent parfois du chef-d'oeuvre,
02:00et il nous rappelle qu'on peut s'accorder sur la beauté.
02:03Oui.
02:03Enfin bon, quand même, moi, j'étais pour fédérer.
02:05Non, mais en même temps, je vous connais...
02:07Rien de la beauté, tout ça, mais moi, j'étais Roger.
02:08Mais vous applaudissiez quand même les beaux points, même s'il revenait à son adversaire.
02:12Et je crois que ça relève de l'élégance.
02:13Et vous avez remarqué qu'il y a souvent, d'ailleurs, au tennis, des rappels à l'élégance.
02:16On est assis quand le jeu commence, on ne parle pas pendant un point,
02:20on n'applaudit pas une double faute sous peine de se faire siffler par le reste du public.
02:23Il y a, au tennis, ces codes de conduite, d'éducation,
02:26ces règles sur lesquelles on s'accorde, qui font société et qui nous élèvent.
02:30Et pour tout ça, pour le parti pris du temps,
02:32pour la beauté de l'échange, pour le pari de l'élégance,
02:35moi, j'applaudis le tennis, Roland-Garros, chaque année, nos internationaux de France.
02:39Vous devriez être fait citoyen d'honneur de Roland-Garros, je trouve.
02:42C'est ça, je le suis.
02:43Et ce qui est fou, c'est quand il y a un point qui dure comme ça,
02:45pendant des plombes, on est scotché,
02:47c'est magnifique et c'est dérisoire, parce que c'est qu'un point, en fait.
02:50Et derrière, on se dit, le mec, il faut qu'il y retourne.
02:53Alors celui qui a perdu le point, en général, il perd le suivant.
02:55On peut en parler jusqu'à demain, maintenant.
02:56Non, mais c'est parce que c'est notre passion commune.
02:59Avantage trapenard, en tout cas. Merci, Augustin.
03:00L'invité de variété demain ?
03:01La grande, l'unique, la merveilleuse, Catherine Deneuve,
03:04très rare en interview, qui nous a accordé une heure
03:06pour parler de Marilyn Monroe, de l'art de jouer et de briller.
03:09Alors, comme toujours avec elle, c'est un échange irrésistiblement libre.
03:14Moi, je pense que vous allez adorer.
03:15C'est Catherine.
03:16Ça reste un échange.
03:16C'est un grand échange.
03:18Non, non, on reste un peu.
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