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Lyon, Nice, Nantes... les crimes et meurtres liés au narcotrafic continuent de se multiplier sur le sol français. La répression des trafiquants est au cœur du dispositif judiciaire mais la question de la responsabilité des acheteurs se pose de plus en plus. Faut-il mettre en garde à vue les consommateurs ? Cette garde à vue doit-elle être accompagnée d'un suivi pour les utilisateurs réguliers ? Jean-Philippe Vicentini, procureur d'Amiens, est l'invité de Vincent Parizot.
Regardez L'invité de RTL Soir avec Vincent Parizot du 15 mai 2026.
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00:01L'invité d'RTL Soir
00:03Et l'invité d'RTL Soir est donc le procureur de la République d'Amiens.
00:08Bonsoir Jean-Philippe Vicentini.
00:10Bonsoir M. Parizeau.
00:11Merci d'être avec nous.
00:12Ce soir pour parler de la réponse judiciaire au narcotrafic et surtout à la violence sans limite et parfois aveugle
00:18qu'il génère, comme on l'a vu cette semaine.
00:20L'incendie criminel des signes, les fusillades de Nice et de Nantes, 6 morts, 8 blessés, des victimes pour certaines
00:28étrangères au trafic, parfois très jeunes.
00:30Ce matin le procureur de Nice expliquait que parmi ces décisions il y avait désormais des gardes à vue pour
00:34les consommateurs, pour les responsabilités et aussi enclencher une prise en charge contre les addictions.
00:40Placer en garde à vue les consommateurs, est-ce que vous approuvez et puis est-ce que vous le faites
00:45vous également dans le Nord ?
00:47Alors de bon, M. Parizeau, je crois qu'il faut rappeler que plusieurs lois et le PNACO ont été créés
00:53récemment pour lutter le plus efficacement possible contre l'offre pour du stupéfiant.
00:58Mais je pense qu'en la matière il est indispensable de faire du en même temps.
01:02C'est-à-dire que si on ne lutte pas efficacement contre la demande, c'est-à-dire contre les
01:07usagers, eh bien on n'arrivera jamais effectivement à progresser sur la lutte contre les trafics.
01:12Alors, il est important effectivement qu'on ait une réponse pénale cohérente et surtout efficiente contre les usagers.
01:19La politique qui consiste à leur infliger des amendes, ça n'a pas beaucoup d'intérêt pour deux raisons.
01:25Aujourd'hui, une amende sur deux ne sont pas payées par les usagers de produits stupéfiants.
01:29Ça veut dire en gros qu'il y en a un sur deux qui payent, ça ne sert à rien
01:34puisque la plupart d'entre eux, ça fait 20 ans que j'en rencontre des usagers de produits stupéfiants, ont
01:39une véritable addiction.
01:41Donc l'idée de l'usager qui va acheter des produits stupéfiants pour une occasion récréative ponctuelle, je ne vous
01:48dis pas que ça n'existe pas, mais ce n'est pas ceux que j'ai rencontrés depuis 20 ans.
01:51Ce sont des gens qui ont une véritable addiction.
01:53Et qu'une amende n'empêchera pas de revenir parce que pour, j'allais dire, pour qu'ils se sentent
01:59bien, ils ont besoin de consommer.
02:01Absolument. Donc il faut aujourd'hui qu'on ait une politique pénale nationale efficiente, pas qu'avec la justice, notamment
02:08avec la santé, pour avoir des mesures de contraintes judiciaires extrêmement fortes contre les usagers.
02:13Chaque usager qui sera retiré effectivement des rues pour trouver des stupéfiants, c'est aussi comme ça qu'on luttera
02:19contre le narcotrafic.
02:20Mais pas pour les mettre en détention, on est d'accord ?
02:23Alors, on est tout à fait d'accord. On a monté, notamment à Nien et dans mes précédents postes, notamment
02:28à Valenciennes, une action qui consiste effectivement à proposer à ces usagers une réponse pénale qui consiste à les contraindre,
02:39j'insiste sur le mot contraindre, à soigner leur addiction,
02:42tout en, pour ceux qui le nécessitent, les aider à s'insérer socialement et professionnellement.
02:47C'est vraiment une prise en charge sanitaire, mais une prise en charge globale.
02:50C'est-à-dire que si vous mettez une obligation de soins à un usager qui n'est pas inséré
02:55professionnellement, qui n'est pas inséré socialement, c'est compliqué.
02:58Donc notre programme, nous, consiste à les prendre en charge globalement, totalement, et bien sûr sur l'addiction, avec des
03:04contrôles biologiques récents,
03:06avec un rendez-vous chez le procureur de la République à peu près toutes les sept semaines,
03:11avec l'accompagnement d'un accompagnateur qui va les aider dans les démarches pour les aider à se soigner.
03:17Donc, j'insiste, c'est une véritable contrainte.
03:20Mais si vous parlez de contrainte, justement, mais si ce consommateur à qui vous proposez,
03:26parce que c'est une prise en charge, on est d'accord, à la fois sur le plan sanitaire et
03:31puis sur le plan social, on a bien compris.
03:33Absolument.
03:34S'il refuse ?
03:35Eh bien, s'il refuse, on retombe effectivement dans des réponses pénales classiques.
03:40Il ira s'expliquer devant le juge, devant le tribunal correctionnel.
03:43Vous savez, M. Parizeau, ça fait à peu près plus d'une dizaine d'années maintenant que je monte ce
03:48type de projet.
03:49Pour vous donner un exemple, sur Amiens, on a pris à peu près 500 usagers en charge en à peu
03:55près deux ans et demi.
03:56Oui, notre taux de réussite est de 65%.
03:58Donc, on a 35% d'échecs de gens qui vont s'expliquer devant le juge.
04:03Mais ces 65% d'échecs, c'est des gens qu'on a retirés effectivement du marché de la drogue.
04:0965% de réussite, ça, c'est votre chiffre.
04:13Et effectivement, il est assez remarquable à souligner.
04:18Vous ne parlez pas de...
04:20Voilà, ce sont ceux qui acceptent, mais ça ne veut pas dire qu'ils ne vont pas récidiver.
04:23On est d'accord.
04:24Alors, ce sont ceux qui acceptent et ce sont ceux qui vont aller jusqu'au bout du processus.
04:29C'est-à-dire que quand ils entrent dans notre dispositif,
04:32on liste l'intégralité des problèmes qu'on souhaite travailler avec eux.
04:37Et ils ne sortent positivement, si je puis dire, c'est-à-dire en réussite,
04:40que s'ils ont atteint les objectifs qu'on leur avait fixés.
04:43Et bien évidemment, le premier objectif, ce sont les soins.
04:47Ça demande des moyens, ça, j'imagine, d'encadrement.
04:52Vous les avez ?
04:53Absolument.
04:54Le seul moyen que ça coûte, c'est effectivement le professionnel qui travaille avec nous
04:58et qui va prendre en charge ses usagers.
05:01Mais je vais être très clair sur le coût, parce qu'on sait que le coût est important.
05:04Le suivi d'un usager, c'est à peu près 5 euros par jour.
05:10Un bracelet électronique, c'est plusieurs dizaines d'euros par jour.
05:13Une place de prison, c'est 130 euros par jour.
05:16Donc je crois que le calcul est vite fait.
05:18Et j'indique que le seul coût de ce dispositif, ce sont effectivement les professionnels qui les prennent en charge.
05:24Tout le reste, ce sont des moyens qui sont utilisés par n'importe quel de nos concitoyens dans la vie
05:30de tous les jours.
05:31Aujourd'hui, c'est, selon vous, le seul moyen d'arriver à progresser dans la lutte contre le narcotrafic.
05:40Parce que c'est vrai qu'on voit bien la tournure que prennent les choses et finalement les difficultés d
05:46'enrayer le phénomène.
05:47On est terrifié par les moyens utilisés par les narcotrafiquants, ces armes de guerre, ces incendies criminels.
05:54Le seul moyen aujourd'hui, c'est d'arriver à faire baisser la consommation.
05:57Et pour faire baisser la consommation, il faut prendre en charge, sur le plan sanitaire, les consommateurs.
06:03Alors, je ne dirais pas à M. Morisot que c'est le seul moyen.
06:06Mais c'est un moyen, je pense, indispensable.
06:09On ne marquera des points sur la lutte contre le trafic que si on s'intéresse sérieusement et qu'on
06:15traite sérieusement les usagers.
06:17Alors, c'est un des moyens, ce n'est pas le seul.
06:19Oui, parce qu'en même temps, il faut quand même lutter contre les narcotrafiquants eux-mêmes, les dealers et ceux
06:25qui organisent ces attaques, ces fusillades et cette guerre des gangs.
06:31Complètement, mais l'un va avec l'autre.
06:33Si vous faites le premier sans le second, je pense que ça ne fonctionnera pas.
06:37Mais encore une fois, M. Parizeau, je me permets d'insister, ce n'est pas le seul moyen.
06:41Il nous faut aussi plus d'enquêteurs, plus d'enquêteurs spécialisés en matière de stup.
06:46Vous savez, dans le département dans lequel je travaille, moi, je n'ai pas besoin d'avoir de renseignements pour
06:51qu'on puisse ouvrir des enquêtes.
06:52J'ai besoin d'enquêteurs pour traiter nos renseignements.
06:55Et on a une véritable dynamique, une véritable prise en charge de ce trafic de stupéfiants.
07:00Mais encore une fois, il nous faut des enquêteurs.
07:03Donc, plus de moyens pour les enquêtes.
07:05Et puis, l'orientation de la prise en charge du consommateur.
07:11Ce discours-là, on ne l'entend pas, ou on l'entend peu, y compris au ministère de l'Intérieur,
07:18où on entend toujours, on va gagner la guerre, on va gagner la guerre,
07:21mais sans, on va dire, insister sur les axes que vous avez vous-même enclenchés en tant que procureur Damien.
07:31Alors, si je voulais faire du mauvais esprit, je dirais que ça y est, vous l'avez entendu ce soir.
07:35Il faut un début à tout.
07:36Mais vous avez raison, vous savez, moi, ça fait, je vous l'ai dit, ça fait plus de 20 ans
07:40que je travaille ces questions,
07:42et notamment la question des usagers.
07:44Encore une fois, je pense qu'il faut avoir ce double discours.
07:48Tant que vous ne réduirez pas la demande, il y aura toujours des gens pour offrir.
07:52C'est un business, tout le monde le sait.
07:54C'est un business, aujourd'hui, qui est très lucratif.
07:56Donc, si vous ne faites pas baisser la demande, l'offre sera toujours importante.
08:01On n'entend pas parler de l'addiction, évidemment, à la cocaïne qui est arrivée en masse ces dernières années,
08:09et également de l'addiction au cannabis.
08:11On a dit pendant des années qu'il n'y avait pas d'addiction au cannabis.
08:13Vous voyez bien sur le terrain qu'elle existe, cette addiction, et que les consommateurs ne peuvent pas s'en
08:18passer ?
08:19Alors, M. Parizeau, tous ceux qui viennent vous dire qu'il n'y a pas d'addiction,
08:22moi, je les invite très librement à venir faire les suivis que je fais à peu près toutes les 7
08:26semaines avec les usagers,
08:27et ils verront. Et c'est pour ça que j'insiste que notre suivi, ce n'est pas un cadeau
08:31qu'on fait aux usagers.
08:32C'est une véritable contrainte judiciaire, une véritable contrainte pénale.
08:36Et je peux vous dire que pour soigner cette addiction, c'est difficile, c'est dur.
08:40Donc, oui, bien évidemment qu'il y a une addiction.
08:42C'est une évidence. Et c'est difficile pour eux, parfois, d'arrêter.
08:46Et bien évidemment, cette addiction, elle ne se soigne qu'au long terme.
08:48Moi, je ne prétends pas que tous les gens qu'on prend en charge sont totalement soignés,
08:53parce que mon métier, ce n'est pas de soigner, moi.
08:55Mon métier, c'est d'éviter la récidive et d'éviter les infractions.
08:58Mais ce qu'on veut absolument, c'est qu'ils soient dans des systèmes de soins,
09:01parce qu'après, c'est le travail des addictologues, des infirmières addictologues, des psychologues,
09:06qu'ils soient dans des structures qui vont les prendre en charge
09:09et qui vont continuer à les prendre en charge au-delà du passage de l'institution judiciaire.
09:14Avec inscription au casier judiciaire ou pas ?
09:17Pardon ? Alors, sur les dispositifs qu'on met en place, nous, non.
09:21Alors, ça dépend. Je ne vais pas rentrer dans les détails.
09:23Il y a des réponses pénales pour lesquelles il y en a, d'autres pour lesquelles il n'y en
09:26a pas.
09:27Mais vous savez, M. Parizeau, ce qu'il faut aussi bien dire,
09:30c'est que ces usagers dont on vous dit qu'ils n'ont pas d'une addiction,
09:34la plupart d'entre eux conduisent. Ils ont des véhicules.
09:37Et ce sont les mêmes que vous retrouvez au volant tous les jours et tous les week-ends
09:42qui conduisent et qui ont consommé des produits stupéfiants.
09:45Donc, quand vous luttez contre l'usage de stupéfiants aussi,
09:48vous luttez pour avoir plus de sécurité sur la route.
09:52Voilà. Et lutter sur ces deux aspects, à la fois la réponse judiciaire ferme et rapide
09:58pour les trafiquants et cette prise en charge avec injonction,
10:03on l'a bien compris, pour les consommateurs.
10:05Merci. C'est un discours qui évolue, on le sent, aujourd'hui.
10:10En tout cas, vous l'avez dit, vous l'avez exprimé ce soir sur RTL.
10:15Merci beaucoup, Jean-Philippe Vicentini.
10:17C'est moi qui vous remercie de m'avoir donné la parole.
10:19Au revoir, M. Parizeau.
10:20Au revoir, procureur de la République d'Amiens.
10:22On va marquer une courte pause et puis, dans un instant,
10:24on va se laisser tenter par du sport, par du foot.
10:28Parce que là, ça y est, dernière journée, le Money Time pour l'Europe, pour la descente.
10:33Et puis, on ira au Festival de Cannes, évidemment,
10:37avec Stéphane Boutsoc, mais aussi Marie Gickel,
10:39qui aimerait bien aller dans des fêtes.
10:42Vous savez, les fameuses fêtes privées du Festival de Cannes.
10:45Pas fastoche. Allez, à tout de suite.
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