00:01L'invité d'RTL Soir
00:03Et l'invité d'RTL Soir est donc le procureur de la République d'Amiens.
00:08Bonsoir Jean-Philippe Vicentini.
00:10Bonsoir M. Parizeau.
00:11Merci d'être avec nous.
00:12Ce soir pour parler de la réponse judiciaire au narcotrafic et surtout à la violence sans limite et parfois aveugle
00:18qu'il génère, comme on l'a vu cette semaine.
00:20L'incendie criminel des signes, les fusillades de Nice et de Nantes, 6 morts, 8 blessés, des victimes pour certaines
00:28étrangères au trafic, parfois très jeunes.
00:30Ce matin le procureur de Nice expliquait que parmi ces décisions il y avait désormais des gardes à vue pour
00:34les consommateurs, pour les responsabilités et aussi enclencher une prise en charge contre les addictions.
00:40Placer en garde à vue les consommateurs, est-ce que vous approuvez et puis est-ce que vous le faites
00:45vous également dans le Nord ?
00:47Alors de bon, M. Parizeau, je crois qu'il faut rappeler que plusieurs lois et le PNACO ont été créés
00:53récemment pour lutter le plus efficacement possible contre l'offre pour du stupéfiant.
00:58Mais je pense qu'en la matière il est indispensable de faire du en même temps.
01:02C'est-à-dire que si on ne lutte pas efficacement contre la demande, c'est-à-dire contre les
01:07usagers, eh bien on n'arrivera jamais effectivement à progresser sur la lutte contre les trafics.
01:12Alors, il est important effectivement qu'on ait une réponse pénale cohérente et surtout efficiente contre les usagers.
01:19La politique qui consiste à leur infliger des amendes, ça n'a pas beaucoup d'intérêt pour deux raisons.
01:25Aujourd'hui, une amende sur deux ne sont pas payées par les usagers de produits stupéfiants.
01:29Ça veut dire en gros qu'il y en a un sur deux qui payent, ça ne sert à rien
01:34puisque la plupart d'entre eux, ça fait 20 ans que j'en rencontre des usagers de produits stupéfiants, ont
01:39une véritable addiction.
01:41Donc l'idée de l'usager qui va acheter des produits stupéfiants pour une occasion récréative ponctuelle, je ne vous
01:48dis pas que ça n'existe pas, mais ce n'est pas ceux que j'ai rencontrés depuis 20 ans.
01:51Ce sont des gens qui ont une véritable addiction.
01:53Et qu'une amende n'empêchera pas de revenir parce que pour, j'allais dire, pour qu'ils se sentent
01:59bien, ils ont besoin de consommer.
02:01Absolument. Donc il faut aujourd'hui qu'on ait une politique pénale nationale efficiente, pas qu'avec la justice, notamment
02:08avec la santé, pour avoir des mesures de contraintes judiciaires extrêmement fortes contre les usagers.
02:13Chaque usager qui sera retiré effectivement des rues pour trouver des stupéfiants, c'est aussi comme ça qu'on luttera
02:19contre le narcotrafic.
02:20Mais pas pour les mettre en détention, on est d'accord ?
02:23Alors, on est tout à fait d'accord. On a monté, notamment à Nien et dans mes précédents postes, notamment
02:28à Valenciennes, une action qui consiste effectivement à proposer à ces usagers une réponse pénale qui consiste à les contraindre,
02:39j'insiste sur le mot contraindre, à soigner leur addiction,
02:42tout en, pour ceux qui le nécessitent, les aider à s'insérer socialement et professionnellement.
02:47C'est vraiment une prise en charge sanitaire, mais une prise en charge globale.
02:50C'est-à-dire que si vous mettez une obligation de soins à un usager qui n'est pas inséré
02:55professionnellement, qui n'est pas inséré socialement, c'est compliqué.
02:58Donc notre programme, nous, consiste à les prendre en charge globalement, totalement, et bien sûr sur l'addiction, avec des
03:04contrôles biologiques récents,
03:06avec un rendez-vous chez le procureur de la République à peu près toutes les sept semaines,
03:11avec l'accompagnement d'un accompagnateur qui va les aider dans les démarches pour les aider à se soigner.
03:17Donc, j'insiste, c'est une véritable contrainte.
03:20Mais si vous parlez de contrainte, justement, mais si ce consommateur à qui vous proposez,
03:26parce que c'est une prise en charge, on est d'accord, à la fois sur le plan sanitaire et
03:31puis sur le plan social, on a bien compris.
03:33Absolument.
03:34S'il refuse ?
03:35Eh bien, s'il refuse, on retombe effectivement dans des réponses pénales classiques.
03:40Il ira s'expliquer devant le juge, devant le tribunal correctionnel.
03:43Vous savez, M. Parizeau, ça fait à peu près plus d'une dizaine d'années maintenant que je monte ce
03:48type de projet.
03:49Pour vous donner un exemple, sur Amiens, on a pris à peu près 500 usagers en charge en à peu
03:55près deux ans et demi.
03:56Oui, notre taux de réussite est de 65%.
03:58Donc, on a 35% d'échecs de gens qui vont s'expliquer devant le juge.
04:03Mais ces 65% d'échecs, c'est des gens qu'on a retirés effectivement du marché de la drogue.
04:0965% de réussite, ça, c'est votre chiffre.
04:13Et effectivement, il est assez remarquable à souligner.
04:18Vous ne parlez pas de...
04:20Voilà, ce sont ceux qui acceptent, mais ça ne veut pas dire qu'ils ne vont pas récidiver.
04:23On est d'accord.
04:24Alors, ce sont ceux qui acceptent et ce sont ceux qui vont aller jusqu'au bout du processus.
04:29C'est-à-dire que quand ils entrent dans notre dispositif,
04:32on liste l'intégralité des problèmes qu'on souhaite travailler avec eux.
04:37Et ils ne sortent positivement, si je puis dire, c'est-à-dire en réussite,
04:40que s'ils ont atteint les objectifs qu'on leur avait fixés.
04:43Et bien évidemment, le premier objectif, ce sont les soins.
04:47Ça demande des moyens, ça, j'imagine, d'encadrement.
04:52Vous les avez ?
04:53Absolument.
04:54Le seul moyen que ça coûte, c'est effectivement le professionnel qui travaille avec nous
04:58et qui va prendre en charge ses usagers.
05:01Mais je vais être très clair sur le coût, parce qu'on sait que le coût est important.
05:04Le suivi d'un usager, c'est à peu près 5 euros par jour.
05:10Un bracelet électronique, c'est plusieurs dizaines d'euros par jour.
05:13Une place de prison, c'est 130 euros par jour.
05:16Donc je crois que le calcul est vite fait.
05:18Et j'indique que le seul coût de ce dispositif, ce sont effectivement les professionnels qui les prennent en charge.
05:24Tout le reste, ce sont des moyens qui sont utilisés par n'importe quel de nos concitoyens dans la vie
05:30de tous les jours.
05:31Aujourd'hui, c'est, selon vous, le seul moyen d'arriver à progresser dans la lutte contre le narcotrafic.
05:40Parce que c'est vrai qu'on voit bien la tournure que prennent les choses et finalement les difficultés d
05:46'enrayer le phénomène.
05:47On est terrifié par les moyens utilisés par les narcotrafiquants, ces armes de guerre, ces incendies criminels.
05:54Le seul moyen aujourd'hui, c'est d'arriver à faire baisser la consommation.
05:57Et pour faire baisser la consommation, il faut prendre en charge, sur le plan sanitaire, les consommateurs.
06:03Alors, je ne dirais pas à M. Morisot que c'est le seul moyen.
06:06Mais c'est un moyen, je pense, indispensable.
06:09On ne marquera des points sur la lutte contre le trafic que si on s'intéresse sérieusement et qu'on
06:15traite sérieusement les usagers.
06:17Alors, c'est un des moyens, ce n'est pas le seul.
06:19Oui, parce qu'en même temps, il faut quand même lutter contre les narcotrafiquants eux-mêmes, les dealers et ceux
06:25qui organisent ces attaques, ces fusillades et cette guerre des gangs.
06:31Complètement, mais l'un va avec l'autre.
06:33Si vous faites le premier sans le second, je pense que ça ne fonctionnera pas.
06:37Mais encore une fois, M. Parizeau, je me permets d'insister, ce n'est pas le seul moyen.
06:41Il nous faut aussi plus d'enquêteurs, plus d'enquêteurs spécialisés en matière de stup.
06:46Vous savez, dans le département dans lequel je travaille, moi, je n'ai pas besoin d'avoir de renseignements pour
06:51qu'on puisse ouvrir des enquêtes.
06:52J'ai besoin d'enquêteurs pour traiter nos renseignements.
06:55Et on a une véritable dynamique, une véritable prise en charge de ce trafic de stupéfiants.
07:00Mais encore une fois, il nous faut des enquêteurs.
07:03Donc, plus de moyens pour les enquêtes.
07:05Et puis, l'orientation de la prise en charge du consommateur.
07:11Ce discours-là, on ne l'entend pas, ou on l'entend peu, y compris au ministère de l'Intérieur,
07:18où on entend toujours, on va gagner la guerre, on va gagner la guerre,
07:21mais sans, on va dire, insister sur les axes que vous avez vous-même enclenchés en tant que procureur Damien.
07:31Alors, si je voulais faire du mauvais esprit, je dirais que ça y est, vous l'avez entendu ce soir.
07:35Il faut un début à tout.
07:36Mais vous avez raison, vous savez, moi, ça fait, je vous l'ai dit, ça fait plus de 20 ans
07:40que je travaille ces questions,
07:42et notamment la question des usagers.
07:44Encore une fois, je pense qu'il faut avoir ce double discours.
07:48Tant que vous ne réduirez pas la demande, il y aura toujours des gens pour offrir.
07:52C'est un business, tout le monde le sait.
07:54C'est un business, aujourd'hui, qui est très lucratif.
07:56Donc, si vous ne faites pas baisser la demande, l'offre sera toujours importante.
08:01On n'entend pas parler de l'addiction, évidemment, à la cocaïne qui est arrivée en masse ces dernières années,
08:09et également de l'addiction au cannabis.
08:11On a dit pendant des années qu'il n'y avait pas d'addiction au cannabis.
08:13Vous voyez bien sur le terrain qu'elle existe, cette addiction, et que les consommateurs ne peuvent pas s'en
08:18passer ?
08:19Alors, M. Parizeau, tous ceux qui viennent vous dire qu'il n'y a pas d'addiction,
08:22moi, je les invite très librement à venir faire les suivis que je fais à peu près toutes les 7
08:26semaines avec les usagers,
08:27et ils verront. Et c'est pour ça que j'insiste que notre suivi, ce n'est pas un cadeau
08:31qu'on fait aux usagers.
08:32C'est une véritable contrainte judiciaire, une véritable contrainte pénale.
08:36Et je peux vous dire que pour soigner cette addiction, c'est difficile, c'est dur.
08:40Donc, oui, bien évidemment qu'il y a une addiction.
08:42C'est une évidence. Et c'est difficile pour eux, parfois, d'arrêter.
08:46Et bien évidemment, cette addiction, elle ne se soigne qu'au long terme.
08:48Moi, je ne prétends pas que tous les gens qu'on prend en charge sont totalement soignés,
08:53parce que mon métier, ce n'est pas de soigner, moi.
08:55Mon métier, c'est d'éviter la récidive et d'éviter les infractions.
08:58Mais ce qu'on veut absolument, c'est qu'ils soient dans des systèmes de soins,
09:01parce qu'après, c'est le travail des addictologues, des infirmières addictologues, des psychologues,
09:06qu'ils soient dans des structures qui vont les prendre en charge
09:09et qui vont continuer à les prendre en charge au-delà du passage de l'institution judiciaire.
09:14Avec inscription au casier judiciaire ou pas ?
09:17Pardon ? Alors, sur les dispositifs qu'on met en place, nous, non.
09:21Alors, ça dépend. Je ne vais pas rentrer dans les détails.
09:23Il y a des réponses pénales pour lesquelles il y en a, d'autres pour lesquelles il n'y en
09:26a pas.
09:27Mais vous savez, M. Parizeau, ce qu'il faut aussi bien dire,
09:30c'est que ces usagers dont on vous dit qu'ils n'ont pas d'une addiction,
09:34la plupart d'entre eux conduisent. Ils ont des véhicules.
09:37Et ce sont les mêmes que vous retrouvez au volant tous les jours et tous les week-ends
09:42qui conduisent et qui ont consommé des produits stupéfiants.
09:45Donc, quand vous luttez contre l'usage de stupéfiants aussi,
09:48vous luttez pour avoir plus de sécurité sur la route.
09:52Voilà. Et lutter sur ces deux aspects, à la fois la réponse judiciaire ferme et rapide
09:58pour les trafiquants et cette prise en charge avec injonction,
10:03on l'a bien compris, pour les consommateurs.
10:05Merci. C'est un discours qui évolue, on le sent, aujourd'hui.
10:10En tout cas, vous l'avez dit, vous l'avez exprimé ce soir sur RTL.
10:15Merci beaucoup, Jean-Philippe Vicentini.
10:17C'est moi qui vous remercie de m'avoir donné la parole.
10:19Au revoir, M. Parizeau.
10:20Au revoir, procureur de la République d'Amiens.
10:22On va marquer une courte pause et puis, dans un instant,
10:24on va se laisser tenter par du sport, par du foot.
10:28Parce que là, ça y est, dernière journée, le Money Time pour l'Europe, pour la descente.
10:33Et puis, on ira au Festival de Cannes, évidemment,
10:37avec Stéphane Boutsoc, mais aussi Marie Gickel,
10:39qui aimerait bien aller dans des fêtes.
10:42Vous savez, les fameuses fêtes privées du Festival de Cannes.
10:45Pas fastoche. Allez, à tout de suite.
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