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  • il y a 10 heures
Dans son édito du 02/05/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur Marion Maréchal prise à partie par Jérémie Patrier-Leitus.

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Transcription
00:00Et à présent, peut-on encore entonner des chants de marins en France ?
00:04Peut-on encore entonner ces chants en France ?
00:06C'est la question qui peut sembler effectivement un peu folle, lunaire, absurde, pourquoi pas.
00:11Mais elle est devenue concrète hier, quand le député Jérémy Patrier-Lettus,
00:15qui s'en est pris à Marion Maréchal, je n'ai même pas vu cette polémique,
00:18pour avoir chanté au 31 du mois, un chant marin ?
00:21Au 31 du mois d'août, vous connaissez le chant ?
00:23Oui, bien sûr, pardonnez-moi.
00:24Au 31 du mois d'août, c'est magnifique ça.
00:26Tiens d'avoir ça.
00:26Faites gaffe quand même.
00:27Non, mais j'ai résisté. Je n'ai pas chanté. J'ai dit « Allez l'OM, Marcel ».
00:30Alors, quoi qu'il en soit, c'est une polémique absolument lunaire qu'on a eue devant nous,
00:35sur les réseaux sociaux, mais qui en dit beaucoup sur l'époque.
00:38Et je pense qu'il faut s'intéresser à ces petites polémiques qui en disent beaucoup sur l'époque.
00:42Le point de départ, on va dire l'arrière-fond de tout cela, vous l'aurez noté,
00:45c'est la guerre menée en ce moment contre tout ce qui relève du banquet français,
00:50qu'il s'agisse du...
00:51Le canon français.
00:52Le canon français.
00:53On a reçu ce matin.
00:54Bien sûr. Mais la culture du banquet français, c'est-à-dire, vous savez, le côté paillard,
00:59le côté joyeusement grivois, le plaisir de l'excès, le plaisir des chants, le plaisir de la table,
01:03tout ça, mais ensemble, il y a une culture...
01:05En fait, vous voudriez, chaque pays a sa manière de fêter, soit dit en passant.
01:08Chaque culture a sa manière de fêter.
01:11Chaque peuple a sa manière de témoigner de sa joie de l'existence.
01:14Et se pourrait-il que les chants paillards, les chants de marins, par ailleurs,
01:18soient aujourd'hui des chants suspects?
01:20Alors, ça se passe le 1er mai. C'est une vieille tradition de la droite nationale.
01:25C'est dans ce cas-là, c'est pas le canon français du tout.
01:28C'est Marion Maréchal avec l'IDL, son parti, et c'est-tu des identités et libertés,
01:33qui fait un banquet. Et dans ce banquet pour Jeanne d'Arc,
01:36donc le banquet pour Jeanne d'Arc a de... Oui, c'est bien ça.
01:40Il y a... Pardon. Il y a, dans ce cadre-là, il y a des chants.
01:43Des chants paillards, des chants joyeux.
01:45Et il y a notamment le fameux... Le 31 du mois d'août.
01:48Au 31 du mois d'août, que je ne chanterai pas pour vous,
01:50mais qui est ce chant absolument magnifique et joyeux,
01:53qui raconte des événements du début du 19e siècle,
01:56et qui met en scène globalement des corsaires
01:57qui s'en vont lutter contre le roi d'Angleterre,
02:00qui nous a déclaré la guerre.
02:01Bon, vous connaissez la chanson.
02:03Dans le cadre de ce banquet, soit dit en passant,
02:05on chante aussi la Madelon,
02:06on chante aussi... Je parle du banquet, encore une fois, de Marion Maréchal.
02:10On chante aussi Chevalier de la table ronde,
02:11que vous connaissez probablement, Ami Elliott,
02:14Chevalier de la table ronde.
02:16C'est magnifique, ça aussi.
02:17Quoi qu'il en soit, on est véritablement
02:20dans le champ de base de la joie française.
02:23Des trucs qui ont traversé l'Atlantique,
02:25moi, de mon point de vue, j'aurais pu penser,
02:26parce qu'on connaissait ça au Québec aussi,
02:29Chevalier de la table ronde.
02:30Je chantais ça quand j'étais enfant.
02:32Tout ça pour dire que ça ne devrait pas nous inquiéter.
02:35Quand, soudain, un personnage qu'on a découvert
02:37ces dernières semaines à la télévision,
02:39en fait, ces derniers mois, Jérémie Patrier-Lettus,
02:43donc qui est une figure centrale de la Commission
02:45sur l'audiovisuel public,
02:46s'en prend à Marion Maréchal sur Twitter
02:49sur le mode de la sanction.
02:52Où il dit à Marion Maréchal,
02:54à propos de... Parce qu'on la voit chanter
02:56le 31 du mois d'août.
02:57On la voit chanter au 31 du mois d'août
02:58avec joie et enthousiasme.
03:01Il dit simplement, à titre d'information,
03:03Marion Maréchal,
03:04la royauté a été abolie en 1792,
03:07« En 2026, la France est une république. »
03:11Fin de la citation.
03:12Là, je me dis, oh!
03:14Là, il y a deux éléments.
03:15Premier élément, il faut rappeler quand même
03:17à M. Patrier-Lettus,
03:19qu'il y a quand même eu deux restaurations.
03:21Premier élément.
03:22Je le dis à tout hasard,
03:23ça peut servir pour info.
03:25Deuxième élément,
03:26je suis à rappeler que le général de Gaulle lui-même
03:28pense, dans son action institutionnelle,
03:30a même pensé à restaurer la monarchie en France.
03:32Je dis ça comme ça.
03:33Je veux par ailleurs savoir
03:35s'il est possible de chanter en ce pays
03:37des chants qui ne réfèrent pas exactement
03:40aux valeurs du régime actuel
03:42sans être immédiatement sanctionnés
03:44par un commissaire politique de l'extrême-centre
03:47qui a vu, si j'ai bien compris,
03:49dans le fait de chanter au 31 du mois d'août
03:51quelque chose comme un acte de déviance antirépublicain.
03:55Vous chantez au 31 du mois d'août,
03:57M. Patrier-Lettus intervient pour dire
03:59« Un instant, nous sommes en république.
04:02Comment osez-vous ce chant ?
04:03En république, on ne chante pas au 31 du mois d'août. »
04:06Alors là, la toile, je ne dirais pas
04:08que c'est enflammé, mais c'est amusé.
04:09Vous savez, de temps en temps,
04:10devant les déclarations absurdes,
04:11il ne faut pas se scandaliser,
04:13il faut rire méchamment et cruellement.
04:15Ce qu'a fait notamment Jean-Christophe Buisson,
04:17Jean-Christophe Buisson,
04:17l'excellent journaliste du Figaro Magazine,
04:20un homme de culture qu'on a eu le plaisir
04:21de recevoir souvent ici,
04:23qui dit à Patrier-Lettus
04:25« Ne paniquez pas,
04:27il s'agit juste d'un chant de marins traditionnel
04:29à la gloire de Surcouf.
04:31La république n'est pas menacée. »
04:34Et là, Patrier-Lettus...
04:36Oui, Pierre Sautarelle de F2 Souche
04:38fait aussi remarquer qu'on était sous la république
04:40au moment de ce chant.
04:43Patrier-Lettus pourrait à ce moment précis
04:45faire acte d'humilité, de contrition.
04:48Il pourrait se dire
04:48« Oui, j'ai un peu, franchement, j'ai déconné,
04:50j'aurais pas dû dire quelque chose comme ça,
04:52je me suis trompé, j'efface mon tweet. »
04:54Mais non, l'extrême-centre ne recule jamais
04:56quand vient le temps de persécuter
04:57les déviances antirépublicaines.
04:59Donc, que dit-il à ce moment ?
05:02Avec Marion, je cite,
05:03« Avec Marion Maréchal,
05:04on ne sait jamais prudence et mère de sûreté. »
05:10Parce que Marion Maréchal a chanté
05:12dans un banquet du 1er mai au 31 du mois d'août,
05:17Patrier-Lettus, ça intervient.
05:18On le corrige en disant
05:19« Honnêtement, c'est même pas un chant monarchiste bonhomme,
05:21c'est pas grave, monsieur le député, pardon.
05:22C'est même pas un chant monarchiste. »
05:25Eh bien, il répond,
05:26« Ah-ha, non, non, non, on ne me coincera pas.
05:28Avec Marion Maréchal, on ne sait jamais.
05:30Prudence et mère de sûreté. »
05:32Alors, il y a deux choses là-dedans.
05:34Premier élément, c'est la volonté
05:35de trouver l'extrême-droite partout.
05:38Vraiment, partout.
05:39Si je comprends bien,
05:41il y a quelques chants qui étaient des chants
05:42qui sont inscrits dans l'ancienne mémoire du peuple français.
05:47Le simple fait de les chanter
05:48vous marque publiquement
05:50comme un suspect possible d'extrême-droite.
05:52Donc, ne détournez-vous du canon français,
05:56du banquet français, du chant français,
05:58de la mémoire française,
05:59de l'esprit paillard français.
06:01Puis, je peux me permettre,
06:02en passant, un chant monarchiste,
06:03mais on dit dans ces chants-là,
06:05« Et merde au roi d'Angleterre
06:06qui nous a déclaré la guerre.
06:07C'est un chant anti-monarchiste anglais.
06:09C'est quand même pas si mal,
06:10à tout le moins. »
06:10Vous savez, moi, en tant que sujet du roi d'Angleterre,
06:12je n'ai pas une tendresse à exagérer pour lui.
06:14Et le deuxième élément,
06:15qui est assez inquiétant dans ça,
06:16c'est le rappel à l'ordre républicain.
06:17Vous vous rendez compte que pour une chanson,
06:19vous pouvez être rappelé à l'ordre publiquement aujourd'hui.
06:21Il y a matière à s'inquiéter.
06:23Alors, la question qu'on se pose,
06:25c'est est-ce qu'il n'y a pas un lien à faire
06:28entre cette réaction et celle entourant
06:30le canon français qui est l'ennemi
06:32de l'extrême-gauche et non de l'extrême-centre ?
06:34Eh bien, voilà.
06:35Vous me conduisez exactement au bon point.
06:37L'extrême-gauche, la gauche radicale,
06:39on est habitué à la voir malheureuse
06:40quand les gens sont heureux.
06:42C'est terrible.
06:42Pour un homme de gauche,
06:43quand quelqu'un fête,
06:45c'est quelqu'un qui est fondamentalement inconscient
06:47devant un monde commandé par l'injustice,
06:49devant un monde qui serait si imparfait,
06:52devant un monde qui serait patriarcal,
06:54hétérosexiste, hétéronormatif,
06:55probablement raciste blanc et tout ça.
06:57Comment osez-vous rire ?
06:59Le rire est scandaleux.
07:01Le rire est atroce.
07:02Le rire est inacceptable.
07:03Donc, on sait que la gauche radicale
07:05n'aime rien tant que maudire
07:08ceux qui font la fête,
07:09la fête sur un signe d'inconscience
07:11en ce monde.
07:13Mais là, ce qu'on voit,
07:14c'est que l'extrême-centre
07:16partage le même réflexe.
07:18L'extrême-centre est aussi
07:19dans un état d'esprit de diabolisation
07:22de ceux qui fêtent.
07:23L'extrême-centre est aussi
07:25dans une logique de suspicion
07:26idéologique généralisée.
07:28Ce sont des traqueurs
07:29de dérapages compulsifs.
07:32Et je pense qu'on est à travers cela
07:33témoins de ce qu'on pourrait appeler
07:34l'idéologisation de toute chose.
07:36C'est-à-dire qu'il n'y a plus rien
07:37qui se dérobe à l'idéologie.
07:39Plus rien ne se dérobe au contrôle politique.
07:41Plus rien ne se dérobe.
07:42La plus petite fête,
07:43la plus petite blague,
07:45le plus petit clin d'œil,
07:46le plus petit moment de joie
07:47peut être transformé
07:49en un qui est en signe
07:50de transgression,
07:52de dérapage,
07:54de déviance,
07:55et dès lors peut-être
07:55source de sanctions.
07:57Donc, il y a une forme
07:58dans notre temps, je pense,
07:59de haine du plaisir,
08:01une haine de la fête,
08:02une haine de la joie
08:03qui domine cette époque
08:05terriblement pyritaine
08:06qui est la nôtre.
08:07Et on oublie par ailleurs
08:08le plaisir immense
08:09qu'on peut avoir à faire
08:10des chants,
08:11même qui ne sont pas
08:11exactement les nôtres.
08:13J'adore chanter
08:14l'international.
08:15Franchement,
08:15j'aime chanter l'international.
08:16Je trouve ça merveilleux.
08:17Et pourtant,
08:18ça n'a jamais fait
08:19le moins communiste.
08:20Arthur de Vatrigan,
08:21vous chantez parfois
08:23des chants marins,
08:24des chansons paillardes,
08:25vous mettez un béret
08:26peut-être parfois ?
08:27Une baguette sous le mar.
08:28Et une baguette...
08:29Vous êtes d'extrême droite.
08:30Je suis complètement
08:31d'extrême droite
08:32et je ne chante pas
08:32à l'international.
08:33C'est plutôt la royale
08:34mon truc.
08:34Mais bon,
08:35pour rien de vous cacher,
08:37j'ai d'abord cru
08:38à une blague du député,
08:40une blague centriste,
08:42quelque chose
08:42d'un peu fadasse,
08:43un peu mou,
08:44mais une blague quand même.
08:45Et en fait,
08:46on s'est rendu compte
08:47avec ses réponses
08:48qu'il était très sérieux.
08:49Et c'est là
08:50où la chose devient drôle,
08:52malgré lui,
08:52peut-être même contre lui.
08:54Donc on a Marion Maréchal
08:55qui, comme l'a rappelé Mathieu,
08:56qui chante et qui danse
08:58sur le 31 du mois d'août,
08:59qui est une chanson,
09:00je rappelle,
09:00qui célèbre le grand surcouf,
09:02qui est quand même
09:02une fierté française,
09:04contre les Anglais.
09:05Donc c'est un hymne
09:06qui généralement
09:07ragaillardit tout le monde,
09:08même les députés horizon,
09:09même les plus lâches.
09:10Et un hymne quand on chante,
09:12qu'on chante dans des fêtes familiales,
09:13qu'on chante dans des fêtes de village,
09:15qu'on chante...
09:16Voilà, c'est un truc simple,
09:17populaire, français,
09:18qui rend heureux.
09:19Et là, donc,
09:19branle-bas le combat
09:20chez Jérémy Patry-Lettus,
09:22le député horizon
09:22sort la longue vue constitutionnelle
09:24et prévient gravement
09:25« Attention,
09:26la royauté a été abolie
09:27en 1792,
09:29la France est une république. »
09:30Merci monsieur le député,
09:31on n'avait pas remarqué.
09:33Alors, imaginez si Marion Maréchal
09:34avait voulu chanter
09:35une berceuse à sa fille,
09:36comme l'était le terme
09:37« Petit navire »,
09:37je suis sûr que le député
09:38aurait dégainé un tweet
09:39en disant
09:40« Pour un fou,
09:40le cadimialisme maritime
09:41a été interdit par la loi,
09:42il ne faut pas le faire. »
09:44Donc, encore un peu,
09:44on va demander aux sages
09:45de vérifier si tous les refrains
09:47sont conformes à la constitution.
09:48Ça devient complètement lunaire.
09:50Mais au-delà du ridicule
09:51de l'affaire,
09:51on ne le sent quand même
09:52pas trop serein le député.
09:54Parce que si...
09:54Même un peu paranoïaque,
09:55si vous me permettez.
09:56Parce que si la république
09:57est menacée par une chanson
09:59de corsaire
09:59et si le simple mot « roi »
10:01fait apparaître
10:01les bourbons
10:02aux portes du Parlement,
10:04je ne donne pas très cher
10:04de notre peau
10:05à l'heure où les empires
10:06contre-attaquent en ce moment.
10:07Et si j'étais taquin,
10:09je dirais que bien
10:09que la Convention nationale
10:10ait en effet aboli
10:12la royauté le 21 septembre 1792,
10:15ça n'a pas empêché ensuite
10:16Louis XVIII
10:17et puis Charles X
10:18de monter sur le trône.
10:19Je ne parle pas de Louis-Philippe
10:20parce que...
10:20Bref.
10:21Et c'est quand même
10:22assez fascinant,
10:23cette façon de réduire
10:24toute la profondeur française
10:25à une espèce de vieux tampon humide
10:27et trois procès-verbaux.
10:29Et une dernière note,
10:30parce que l'histoire
10:31s'écrit en direct,
10:32chers amis.
10:32Alors, Marion Maréchal
10:33s'était moqué
10:34de Patrie et Létius
10:36en tweetant des militaires
10:38chantant le 31 du mois d'août
10:40et le président de la République
10:41qui est témoin
10:42et qui ne semble pas croire
10:43à ce moment-là
10:44craindre je ne sais quelle guillotine,
10:46qui semble croire
10:47qu'il est très heureux
10:47en République
10:48avec ce chant néanmoins.
10:49Et Patrie et Létius
10:50qui manifestement
10:51a l'esprit de sérieux
10:52d'un maoïste des années 70
10:54répond à Marion Maréchal
10:55mais il y a quelques minutes.
10:57Marion Maréchal,
10:58si vous n'étiez pas saoulé,
10:59je cite,
11:00saoulé par les valeurs
11:01de la République,
11:01c'est une vieille déclaration,
11:02incapable de dénoncer
11:03l'action française
11:04et admiratrice de Maurras,
11:06vous voir entonner
11:07des chants populaires
11:08des hymnes marins
11:08serait anodin,
11:10avec vous les paroles
11:11prennent un tout autre sens.
11:12Je comprends dès lors
11:13que si vous voulez chanter
11:13au 31 du mois d'août,
11:14vous devez cocher
11:15les bonnes cases idéologiques,
11:17cocher les bonnes cases
11:18d'admiration,
11:19témoigner de votre
11:20pleine adhésion
11:20à l'esprit républicain
11:21porté probablement
11:22par M. Patrie et Létius
11:23et d'autres.
11:24Sinon, le simple fait
11:25de faire de telles chansons
11:26vous classe parmi
11:27les ennemis de la République
11:28encore.
11:29C'est drôle.
11:31Sous-titrage Société Radio-Canada
11:34Merci.
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