00:00Petit matin Sud Radio, 5h-7h, Benjamin Glaze.
00:04Il est 6h40 Sud Radio, la vie en vrai.
00:07Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient,
00:08les transporteurs routiers sont frappés de plein fouet
00:11par l'envolée des prix des carburants.
00:12Le gouvernement a décidé cette semaine de prolonger les aides les concernant.
00:16Mais qu'en est-il sur le terrain ?
00:17Les professionnels ont-ils déjà reçu ce coup de pouce financier ?
00:21Pour le savoir, on prend la direction sans plus tarder du Lot-et-Garonne.
00:25Bonjour Frédéric Durand.
00:27Bonjour Benjamin.
00:27Et bienvenue sur Sud Radio, merci d'être avec nous ce matin.
00:30Vous êtes transporteur routier, secrétaire général du syndicat des transporteurs routiers du Lot-et-Garonne.
00:36Rappelons, rappelons ce qui s'est passé sur ces dernières semaines.
00:39Fin mars, le gouvernement qui annonce pour votre filière une aide forfaitaire
00:42de l'ordre en moyenne de 20 centimes d'euros par litre de carburant.
00:45Elle a été reconduite, je le disais, cette aide pour le mois de mai.
00:48Est-ce que les entreprises que vous représentez en ont déjà vu la couleur ou pas, Frédéric Durand ?
00:53Alors déjà, si vous me permettez, je vais corriger un petit peu ce que vous venez de dire.
00:56Parce qu'effectivement, le gouvernement a annoncé depuis quelques semaines maintenant une remise sur le carburant pour les transporteurs de
01:0420 centimes,
01:05ce qui, dans les faits, n'est pas du tout le cas.
01:07Ce qui a été proposé aux transporteurs, qu'ils n'ont pas encore touché, c'est une aide forfaitaire par
01:12véhicule sous condition.
01:14La condition étant d'être une entreprise en difficulté prioritairement.
01:19Et cette aide forfaitaire, elle va de 500 euros pour un tracteur routier jusqu'à 70 euros pour un véhicule
01:25utilitaire léger.
01:26Mais cette notion de 20 centimes de remise sur le carburant,
01:30enfin, moi, si le gouvernement, aujourd'hui, était prêt à le donner aux entreprises de transport,
01:34moi, je dis oui tout de suite et je pense qu'elles seraient toutes d'accord.
01:36Mais malheureusement, c'est le problème de communication qu'a le gouvernement actuellement,
01:40contre lequel on a régulièrement signalé que c'était pas le cas.
01:42C'est-à-dire que le gouvernement dit des choses mais ne sait pas exactement ce qu'il fait ?
01:45C'est pas tout à fait ça.
01:47C'est surtout que c'est une communication qui est mauvaise.
01:49En gros, ils nous disent que c'est un équivalent à 20 centimes,
01:52mais c'est pas du tout ça.
01:53Dans les faits, non seulement toutes les entreprises ne le touchent pas,
01:56mais en plus de ça, c'est pas 20 centimes de remise sur le carburant.
01:59Si c'était le cas, je vous assure que les entreprises seraient ravies.
02:02Et vous avez raison, effectivement, de le préciser.
02:04C'est très important, Frédéric Durand.
02:06Ça veut dire, aujourd'hui, sur les entreprises de transporteurs routiers que vous avez dans Lotte-et-Garonne,
02:11il y en a combien qui peuvent prétendre à cette aide-là, finalement ?
02:15En fait, si vous voulez, on fait un différentiel dans le décret qui est paru pour matérialiser cette aide.
02:22Il y a un différentiel entre des entreprises qui vont toucher jusqu'à 5 000 euros,
02:26c'est-à-dire, par exemple, si elles ont 10 véhicules tracteurs routiers ou moins,
02:31celles-là ont juste besoin d'une demande de report de charge préalable
02:36que nous a obligés le gouvernement à faire.
02:39Et après, à partir de 5 000 euros, c'est là qu'on commence à avoir un vrai différentiel.
02:42Parce qu'en fait, je ne vais pas vous résumer les détails, parce que c'est très technique, comptablement parlant.
02:47Juste pour nous donner une idée, oui.
02:50Je peux, si vous voulez, mais en gros, il faut que le ratio entre l'excédent brut d'exploitation du
02:55résultat comptable
02:56et sur le chiffre d'affaires, soit, sur les deux derniers exercices comptables, soit inférieur à 5 %.
03:01Ce qui, en fait, nous, on a fait nos petits calculs, pour mes adhérents en tout cas,
03:06pour les aides supérieures à 5 000 euros, ça exclut 80 % des entreprises qui seraient concernées.
03:12C'est pour ça que, si vous voulez, ce qu'on a fait immédiatement,
03:15on a signifié au gouvernement que ces conditions d'éligibilité étaient beaucoup trop excluantes aujourd'hui,
03:21parce qu'il y a beaucoup trop d'entreprises qui vont mal, malheureusement,
03:24en tout cas parmi mes adhérents et même au niveau national.
03:27Cette aide, elle nous a été annoncée comme reconduite.
03:30Je précise que la première aide, normalement, qu'on nous a annoncée le 31 mars,
03:34aujourd'hui, n'est toujours pas accessible aux entreprises.
03:36Elles ne peuvent toujours pas encore en faire la demande,
03:38puisqu'elle se fait cette demande sur un site qui s'appelle l'ASP, l'agence service de paiement.
03:41Il n'y a toujours pas de site, c'est ça, Internet ?
03:44Alors si, le site, il existe.
03:46Pour l'instant, il est juste informatif.
03:47On ne peut pas cliquer sur le bouton pour faire sa demande, en fait, pour faire assez simple.
03:51Incroyable.
03:51Je vous confirme, parce que moi, j'ai tous les jours des entreprises au téléphone
03:54qui me disent, moi, ce n'est pas demain que j'ai besoin d'aide,
03:57c'est aujourd'hui, parce que sinon, je vais couler, en fait.
03:59C'est un peu tout le problème.
04:01Vous dites, justement, que vous avez, dans le lot et garant, des entreprises qui vont mal,
04:05qui vont très mal.
04:06Ça veut dire quoi ?
04:07Ça veut dire qu'aujourd'hui, les entreprises qui sont vraiment dans une situation très délicate,
04:11il y a déjà des défaillances, aujourd'hui ?
04:16Alors, si je dois faire un petit rappel du contexte, un petit peu, si vous voulez,
04:20parce que là, on parlait bien évidemment de la crise du carburant et du Moyen-Orient.
04:23Bien sûr.
04:24Mais en fait, nous, ça fait quand même quelques mois, quelques années même, je dirais,
04:27que beaucoup d'entreprises ont des difficultés.
04:30Je vous fais un petit rappel historique.
04:32En 2022, gare en Ukraine, le carburant a déjà rencontré une inflation assez importante.
04:39Là, déjà, on avait quelques problèmes.
04:41En plus de ça, a suivi une inflation sur tous les coûts de transport qui étaient très, très importantes.
04:46La difficulté dans le transport aujourd'hui, c'est qu'on a beaucoup de mal à répercuter
04:50ces hausses de coûts sur nos clients.
04:51Bien trop souvent, les clients considèrent le transport comme une variable d'ajustement, si vous voulez.
04:57Quand on a des problèmes de budget, c'est un des premiers secteurs où on va essayer de réduire les
05:02coûts, si vous voulez.
05:03Donc, ça.
05:05Ensuite, il y a eu la crise politique, économique, géopolitique qui a suivi, qu'on connaît depuis plusieurs années,
05:12qui fait qu'en fait, l'économie française a ralenti.
05:17On le sait, tous les secteurs d'activité aujourd'hui souffrent.
05:20Et ce qui fait qu'en fait, nous, quand l'économie ralentit, comme les transporteurs sont dépendants un petit peu
05:25de la santé économique de leur client,
05:26il y a eu moins de volume à transporter.
05:28Ce qui fait qu'en fait, on a une concurrence qui s'est exacerbée parce que moins de travail.
05:33Et donc, du coup, quand la concurrence s'exacerbe dans le transport, les prix diminuent.
05:37Donc là, si je vous comprends bien, c'est presque le coup de grâce, en fait, qui arrive pour certaines
05:41entreprises de transport,
05:42avec cet envolée des prix des carburants aujourd'hui.
05:46Clairement, moi, oui, je vous le dis, c'est un peu ça.
05:48Parce qu'aujourd'hui, vous me demandez un petit peu comment ça se matérialise aujourd'hui, ces difficultés.
05:53Moi, je vais vous donner un exemple très simple.
05:55C'est qu'aujourd'hui, encore hier, c'est rigolo parce que ça m'est arrivé hier,
05:58j'ai encore reçu un courrier d'un mandataire judiciaire m'annonçant la liquidation judiciaire de l'un de mes
06:04adhérents.
06:04Et depuis quelques mois, depuis l'été dernier, c'est très régulièrement que je reçois des procédures collectives
06:09qui vont de la procédure de sauvegarde au redressement judiciaire jusqu'à, malheureusement, certaines liquidations judiciaires.
06:15Donc là, ça se matérialise vraiment comme ça.
06:17Les défaillances d'entreprises, aujourd'hui, ce n'est plus un effet d'annonce, c'est une réalité.
06:21Et aujourd'hui, moi, ce qui me pose le plus de problèmes, c'est que dans notre département,
06:25le transport représente environ 3 000, 3 500 salariés.
06:31Demain, ça peut être des salariés qui se retrouvent sans travail.
06:35D'un mot, est-ce que vous attendez quelque chose encore du gouvernement ?
06:38Le temps file, mais une mesure, peut-être, que vous attendez particulièrement ?
06:42Ces aides, elles sont imparfaites, si vous voulez.
06:45Elles étaient nécessaires pour pallier à la situation.
06:48Maintenant, en fait, nous, ce qu'on demande, clairement, c'est des mesures structurelles.
06:51Je vais essayer de faire très rapide, parce que je sais que le temps est compté.
06:54En trois mesures, moi, je vais vous dire comment on pourrait déjà améliorer la situation des transporteurs.
06:59Un, on a un mécanisme qui nous permet, normalement, de répercuter les variations de prix du gasoil,
07:04qui est légale depuis 2006, qui s'appelle l'indexation gazole.
07:07Le problème, c'est que ce mécanisme, il a été galvaudé depuis de nombreuses années, maintenant,
07:10par les clients des transporteurs, qui le manipulent bien mieux qu'eux,
07:13et surtout, qui le refusent assez régulièrement à leurs transporteurs.
07:17Il faudrait revoir ça dans la loi.
07:19C'est juste un article du Code des transports à revoir, à moderniser et à adapter à la situation d
07:24'aujourd'hui.
07:26Deuxièmement, on est en situation de crise.
07:28Les délais de paiement, normalement, dans le transport, les clients doivent payer les factures à 30 jours.
07:33Aujourd'hui, on est en période de crise.
07:35Les clients payent à 60, 90 jours, voire beaucoup plus encore.
07:41Et aujourd'hui, c'est un problème, parce que le transport a besoin d'un roulement de trésorerie rapide.
07:44Et troisième mesure, qui serait pour moi, à mon sens, essentielle,
07:48c'est la lutte contre ce qu'on appelle les prix abusivement bas dans le transport,
07:51c'est-à-dire des clients qui proposent des prix à des transporteurs qui sont en dessous du coût de
07:56revient,
07:56c'est-à-dire ce qu'on appelle de la vente à perte, au final.
07:58Et si on réglait ces trois problèmes-là, par des contrôles, par des mécanismes légaux,
08:02à mon avis, aujourd'hui, on n'aurait pas besoin d'aide.
08:04Merci Frédéric Durand, secrétaire général du syndicat des transports routiers dans le Lot-et-Garonne.
08:10Merci pour votre témoignage et pour votre précision également.
08:14Merci à vous, bonne journée.
Commentaires