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  • il y a 22 heures
Plongez au cœur d'une affaire qui a captivé la France et le monde : l'affaire Grégory. "Sur ma route", vous emmène à la rencontre du Colonel Étienne Sesmat, premier directeur d'enquête de cette affaire exceptionnelle.

Découvrez les débuts de l'enquête en 1984 à Docelles, là où le corps du petit Grégory fut retrouvé. Le Colonel Sesmat, alors capitaine, partage ses souvenirs de ce lieu marquant et sa vision d'un gendarme rigoureux qui a fait avancer une enquête complexe.

Dans cet entretien, le Colonel Sesma témoigne pour rétablir la vérité et restaurer l'honneur de la gendarmerie, une institution qui lui est chère. Son parcours d'investigateur d'exception, de ses premières affectations en Lorraine à ses missions internationales, est jalonné de valeurs fortes.

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Transcription
00:00Ici Lorraine, crack pour l'émission, sur Marouk, sur Moselle TV et Vosges Télévisions.
00:06Ici, votre radio de proximité en Lorraine.
00:31Bonjour et bienvenue sur Marouk, je vous emmène cette semaine dans les pas d'un des Lorrains les plus médiatisés
00:37ces 50 dernières années.
00:38Mon invité est le colonel Étienne Sesma, premier directeur d'enquête de l'affaire Grégory, une affaire exceptionnelle, aujourd'hui
00:47mondialement connue.
00:48Une affaire qu'Étienne Sesma, alors capitaine, va connaître dès le début, dès le 16 octobre 1984 à Dossel, sur
00:56les bords de la Vologne,
00:57où l'on retrouve le corps de Grégory Villemin, âgé de 4 ans.
01:01Nous allons retourner sur ce lieu qui a profondément marqué Étienne Sesma, décrit comme un honnête homme et un gendarme
01:08rigoureux.
01:09Sous sa direction, et contrairement à de multiples affirmations à l'époque dans les médias, l'enquête avance et produit
01:15des résultats.
01:17Si des années plus tard, il se décide à écrire, c'est pour témoigner, dit-il, et rétablir la vérité,
01:22mais aussi restaurer l'honneur d'une institution à laquelle il est très attaché, la gendarmerie.
01:28Entre Epinal, l'une de ses premières affectations dans les années 80, et Marseille, la dernière, une belle carrière se
01:35déroule.
01:35Et pas une année ne passe sans qu'Étienne Sesma ne revienne dans sa Lorraine natale, son village d'Azraï,
01:41près de Baccarat,
01:42là où ses parents, agriculteurs, lui ont inculqué des valeurs paysannes, patriotes et chrétiennes.
01:47Entre Azraï et Dossel, nous ferons une halte sur un haut lieu de la Résistance, en Lorraine, à la ferme
01:53du Vionbois, à Neuf Maisons, avec Serge Bobéda.
01:57C'est un lieu choisi par Étienne Sesma, un lieu de portée symbolique forte, mais aussi un lieu de son
02:03enfance.
02:19Bonjour mon colonel, comment ça va ?
02:21Très bien, merci.
02:22Merci de nous consacrer du temps.
02:24Écoutez, c'est avec plaisir. Merci pour l'honneur que vous me faites dans votre émission.
02:28Oui, mais on est très très heureux. Alors, on démarre par un retour dans votre pays natal, parce qu'en
02:32fait, cette maison, on est à Azraï.
02:34Oui.
02:35C'est votre maison natale. Vous êtes né ici.
02:36Exactement. Oui, je suis né ici comme mes six frères et sœurs. On est tous nés là, dans cette maison.
02:42Et c'est la maison dans laquelle j'ai vécu toute mon enfance.
02:46Et même si j'ai quitté assez tôt la Lorraine, quand j'avais 22 ans, et puis après j'ai
02:51bougé pour des raisons professionnelles,
02:53je suis toujours resté très attaché à la Lorraine. Je suis très fier de mes origines, à la fois Lorraine,
02:59paysanne, catholique, chrétienne et patriote.
03:02Parce que ce sont les valeurs que nous enseignaient nos parents.
03:06Oui, bien sûr. Alors, vos parents qui étaient des agriculteurs ici ?
03:09Des agriculteurs, oui. Ils sont arrivés ici en 1949. Ils se sont installés là. Très vite, un enfant aîné, sept
03:16autres ont suivi.
03:16Sept autres ont suivi, des grandes familles.
03:18Alors, vous avez des souvenirs d'enfants. Il y avait peut-être plus de commerce, comme ça, sur la grande
03:23rue ?
03:23Parce que là, aujourd'hui, bon, c'est un petit peu... Les temps ont changé.
03:27Alors, Azraï était et reste encore un gros village, un village rue très caractéristique, avec une activité très forte, une
03:36route nationale, une gare,
03:38beaucoup de personnes, 800 habitants quand même dans cette ville.
03:41Et il y avait beaucoup d'activités. C'est vraiment là qu'on... À une époque, dans les années 50
03:47-60, on ne bougeait pas beaucoup.
03:49Donc, on était vraiment... On passait nos années entières à Azraï, dans le village.
03:54Puis, 2026, il ne faut pas l'oublier, vous avez, je voyais, une pharmacie, vous avez une boulangerie.
03:58Il y a encore du commerce, il y a encore de la vie. Il y a une gare, il y
04:01a quand même... Enfin, c'est pas rien, quoi.
04:02Il y a une gare, il y a une activité, il y a une vie, une activité professionnelle aussi, économique
04:09très forte, avec la fameuse usine Le Duc, qui emploie beaucoup de personnes.
04:12D'accord.
04:13Oui, ça reste un village très actif.
04:14Le Duc, c'est quoi ?
04:15Alors, Le Duc, au départ, c'était le fameux avionneur qui a créé des premiers avions à réaction et qui
04:21s'est ensuite reconverti dans la mécanique de haute précision.
04:24Ok, d'accord.
04:25C'est une boîte qui marche très, très bien aujourd'hui, qui s'appelle Hydro-le-Duc.
04:28D'accord, Hydro-le-Duc. Oui, bien sûr, Hydro-le-Duc, maintenant, vous en parlez.
04:30Alors, ici, l'école, évidemment, l'école communale, et alors, vous avez une grande carrière dans la gendarmerie, on va
04:36en parler,
04:37mais quand vous étiez gamin, ici, sur les bancs de l'école d'Azraï, c'était votre idée, déjà, d
04:42'entrer dans la gendarmerie, vous aviez la vocation, vous aviez envie de faire ça ?
04:45J'avais une petite fibre militaire que m'avait donnée ma mère, qui s'est développée au fil du temps.
04:52Mais bon, ma mère avait vraiment une corde militaire très, très forte, et elle m'a transmis ça.
05:00Et comme à cette époque aussi, on passait notre temps à jouer dehors, c'est une période où on n
05:05'a pas d'écran, on n'a rien, pas de télé, rien du tout.
05:07Donc, on jouait dehors, on jouait dans les bois, on était comme ça, on faisait des...
05:12Alors, la maison, c'était donc la maison de vos parents, alors de ce côté-là, on ne voit pas,
05:17elle donne plus une sensation de maison de maître,
05:20et quand on est de l'autre côté, on voit la ferme, on voit l'activité fermière, enfin, l'activité
05:25paysanne.
05:25Oui, c'est une ferme, parce qu'au départ, il y avait vraiment une écurie, une étable, il y a
05:31des greniers, il y a tout ce qu'il faut,
05:32mais avec une habitation de haut niveau, de très belle qualité.
05:38Vous avez finalement... Vous avez été une vingtaine d'années en Lorraine avant de partir, on va en reparler,
05:44parce que vous avez été en poste assez vite à Epinal, on va en parler avec l'affaire Grégory, évidemment.
05:49Puis après, vous êtes parti sur beaucoup d'autres destinations, Berlin, même à l'étranger.
05:53Oui, oui.
05:54Au Cambodge, j'ai lu, vous avez été...
05:55Au Togo, au Cambodge, en Nouvelle-Calédonie, la vie d'un officier de gendarmerie, c'est ça, c'est bougé
06:00tous les deux ou trois ans.
06:01Mais quand vous étiez à l'étranger, comme ça, c'est quoi ? C'est des partenariats pour des formations
06:04militaires ?
06:04Alors, ça dépendait des postes. En Afrique, c'est la coopération militaire.
06:09En Nouvelle-Calédonie, c'était un territoire français.
06:13Au Cambodge, c'était également du partenariat.
06:15À Berlin, c'était encore autre chose, c'était juste avant la chute du mur.
06:18Donc, on était dans le cadre encore des forces d'occupation du secteur français de Berlin.
06:25Oui, c'est ça, 14 déménagements.
06:26Mais je n'ai pas passé une année de ma vie sans jamais revenir une seule fois.
06:30Oui, alors c'est ça.
06:30Une fois au moins à Avraï.
06:32Ici, à Avraï.
06:32Ah oui.
06:32Mais il y a ce besoin-là de retrouver vos racines.
06:36Vous en parliez tout à l'heure, racines paysannes, racines chrétiennes, racines...
06:41Il y avait ce besoin-là, cet attachement-là à Lorraine ?
06:43Au fil du temps, on est devenu et on est resté une famille de plus en plus soudée,
06:49de plus en plus dynamique aussi.
06:51Et on a plaisir à se retrouver, même si on est maintenant 40, 50, quand on fait une réunion de
06:56famille.
06:57Vous êtes un vrai Lorrain.
06:58Ah, je reste un vrai Lorrain.
06:59Vraiment, on est fier de l'être.
07:00Oui, un vrai Lorrain.
07:01Maintenant, je vis au bord de la Méditerranée.
07:03Oui, au bord de la Méditerranée.
07:04Puis on va en reparler, parce qu'on va continuer à dérouler votre carrière.
07:07Vous allez terminer votre carrière à Marseille.
07:09À Marseille, oui.
07:10À Marseille.
07:10Et donc, on va évidemment en parler.
07:13On va continuer.
07:13On va aller sur la ferme du Maquis du Vionbois.
07:16Vous avez souhaité aller à cet endroit-là.
07:18D'accord.
07:18Pour une raison précise ?
07:21Vous savez, dans les années 60, le souvenir de l'occupation, de la libération, de la résistance,
07:29était toujours très, très, très, très vivace, très fort.
07:33On rencontrait des gens qui avaient vraiment vécu cette période-là.
07:35Et moi, je me souviens d'avoir rencontré des résistants qui étaient venus faire des conférences
07:40à Azraï, quand j'étais jeune.
07:41Le fameux lieutenant Jean-Serge, qui a participé au combat de Vionbois.
07:45Et j'y suis allé plusieurs fois.
07:46On y est allé en voie en vélo.
07:48On allait là-bas, voir la ferme.
07:49Et je pense que c'est le lieu où ma vocation militaire a vraiment pris forme.
07:55Ah oui, d'accord.
07:56Donc, il est important.
07:57On va aller au Vionbois.
07:58On y va.
07:58Je vous suis, Kétien.
08:21Et voilà, M. Bobéda.
08:23Bonjour, heureux de vous rencontrer.
08:25M. le Président.
08:27Ça va ?
08:27Enchanté.
08:29Serge Bobéda, président de quoi précédemment ?
08:31De l'Association pour la mémoire de la résistance, GMA Vosche.
08:34Ok, alors GMA Vosche, c'est-à-dire ?
08:36Groupe mobile Alsace-Vosche.
08:38Ok, c'était un groupe de résistance ?
08:39Oui, c'était un groupe de résistance.
08:41C'est des Alsaciens qui ont fondé les GMA.
08:46Il y a eu un GMA Sud qui était repris après par André Malraux,
08:51qui est devenu la brigade Alsace-Lorraine.
08:53D'accord.
08:53Toujours commandé par le colonel Jaco, parce qu'André Malraux, c'était sur le papier.
08:58Il y a eu un GMA suisse qui regroupait des Alsaciens et des Lorrains qui se sont joints à la
09:05première armée.
09:07Et puis le dernier qui était créé, c'est le GMA Vosche.
09:09Colonel Sesma me disait, on était tout à l'heure à Azraï, dans son pays natal,
09:13il me disait, ce lieu-là quand même, vous a, Etienne c'est bien ça, je ne dis pas de
09:16bêtises,
09:17vous a quand même amené vers la carrière militaire.
09:20C'est un lieu qui m'a marqué très jeune.
09:23D'Azraï, on venait très souvent avec les copains en vélo, puis après en mobilette.
09:26On aimait venir là parce que c'était un lieu où on sentait l'histoire.
09:29Un lieu où il s'était passé quelque chose, où il y avait eu une vraie bataille,
09:33où il y avait eu des sacrifices de gens qui s'étaient engagés dans la résistance.
09:36Et encore une fois, quand j'étais jeune, le souvenir de la résistance était très fort.
09:41On rencontrait des gens qui venaient faire des conférences,
09:43parler de ce qu'ils avaient vécu, ce qu'ils avaient fait.
09:45Et moi, ça m'avait beaucoup plu, cet engagement-là des résistants.
09:51Mais est-ce que vous, pardon, allez-y Étienne.
09:53Et puis je dis, c'est probablement là vraiment que ma vocation militaire a vraiment pris forme.
09:58Expliquez-nous Serge ou Étienne, expliquez-nous là, ce lieu, cette maison, cette ferme qui est détruite.
10:05Qu'est-ce qui se passe ?
10:05Parce que le jour qu'on associe à ce maquis-là, c'est quand même le 4 septembre.
10:13Expliquez-nous ce qui s'est passé ce jour-là.
10:15Disons que, pour reprendre l'histoire du GMA, le GMA Vosges s'est créé plus ou moins au col de
10:24la Chaplote,
10:25dans les anciens abris de la Première Guerre mondiale.
10:30Et l'afflux de jeunes, de prisonniers de guerre, il y avait des Russes, il y avait des Slovaques, il
10:35y avait des Tchèques.
10:37Et l'afflux de jeunes qui refusaient le STO, ça a déjà commencé.
10:42Il y a eu deux centurites créées et après il y a eu des parachutages.
10:49Le premier parachutage a eu lieu à Lemont, près de Mousset.
10:55Et là, ça s'est vu, c'était au pied du col du Hans.
10:58Les douaniers du col du Hans ont vu qu'il y avait des parachutages.
11:00Les Allemands ont commencé à déclencher leur opération faite de la forêt, en Allemands, je ne sais plus exactement comment
11:07ça s'appelle.
11:08Et il y a eu beaucoup de dégâts, dont des gens de la deuxième centurie.
11:13Bon, après, ils ont réussi à se regrouper.
11:17Et il y a eu un parachutage, 31 août au 1er septembre, pas loin d'ici, à Venée, c'est
11:23à 1 km à l'oiseau.
11:26Ils ont réussi à avoir des armes. Il y a eu des SAS anglais qui ont été parachutés.
11:32Et le colonel anglais a dit qu'il y a un gros parachutage qui va arriver.
11:36D'accord.
11:37Donc, le grand chef de la résistance, ce bourgeois qui s'appelait Connel Bourgeois, il a décidé d'amener tout
11:47le monde.
11:48Ici, ici même, ici même ?
11:49Non, non, au départ, sur le terrain pour récupérer le parachutage du 3 au 4 septembre.
11:54C'est celui qui était prévu.
11:57Et il faisait mauvais sur l'Angleterre.
12:00Donc, les avions n'ont pas pu décoller.
12:01Ah, ok.
12:02Ici, ils ne faisaient pas très beau non plus.
12:04Donc, ils ont décidé de ramener tout le monde à la ferme.
12:07D'accord.
12:09Et il y a eu des bêtises de fait.
12:10Il y a eu des Allemands qui passent en bas.
12:12Oui.
12:13On leur a tiré dessus.
12:15Ce qu'il ne fallait pas faire, il fallait rester caché.
12:17C'est qu'on peut y attendre que ça se passe.
12:18Et là, il y avait presque à peu près 700, 800 personnes.
12:21700, 800 personnes, oui.
12:22Et il n'y en avait que 200 d'armées.
12:23Oui, il y avait 250, entre 150 et 200 d'armées.
12:26Donc, il y a eu des grosses pertes.
12:27Donc, ça a été, ben oui, ça devait être terrible pour tous ces gens-là qui étaient...
12:31Surtout qu'ils étaient un peu dispersés un peu partout.
12:33Après, quand les Allemands sont arrivés, ça a fuit, ça a détalé comme des lapins.
12:39Il ne faut pas...
12:41Etienne, pardon, excusez-moi Serge.
12:43Etienne, vous qui avez été à l'école ici, on en parlait tout à l'heure, à Azraï,
12:46est-ce que cet épisode de Vionbois, on en parlait à l'école, dans les cours d'histoire ?
12:50Oui, oui.
12:51On s'en tenait au cours d'histoire ?
12:52Non, les instituteurs nous en parlaient.
12:54Puis, on avait, je vous dis, il y avait des gens, des locaux qui venaient faire des conférences,
12:58qui venaient parler de leur expérience.
13:00Il y avait un gars du village qui s'appelle René Octave,
13:02qui faisait partie de la centurie de René Ricat, du lieu de ton Jean-Serge.
13:07D'accord.
13:08Donc, on était imprégnés de cet événement, de cette ville, de la résistance.
13:14Et là, les Allemands, il y a eu trois assauts, des Allemands.
13:17D'accord.
13:17Ils ont été à chaque fois repoussés.
13:18D'accord.
13:19Et ils sont repartis à la nuit tombée.
13:22Donc, tout le monde est...
13:23Il y a quand même eu 57 maquisards qui a été tués.
13:2657 maquisards tués, ici.
13:28D'accord.
13:28En tout cas, merci, Serge, de votre accueil, ici, sur ce site.
13:31Je suis content qu'elle connaît le CESMA et qu'elle soit intéressée à ce site.
13:34Oui, très bien.
14:06Sous-titrage MFP.
14:08Etienne, là, on est à Deuxcelles.
14:11On est exactement à l'endroit.
14:12On est sur la Vologne où on retrouve Grégory Villemin, ce petit gamin.
14:17Le soir du mardi 14-16 octobre 1984, je suis un peu ému.
14:24Oui, je comprends.
14:24Il y a 41 ans et demi.
14:25On voit votre émotion.
14:27Oui, c'est toujours difficile de revenir là.
14:28C'est là que tout a commencé.
14:30Vous êtes en poste.
14:32Vous êtes le patron de la gendarmerie.
14:34De la compagnie d'Épinal.
14:36La compagnie d'Épinal.
14:37Vous êtes là depuis 83.
14:38Oui.
14:39Première grosse affaire.
14:40Enfin, non, pas la première, parce que je crois que vous avez géré...
14:42Oui, il y en a déjà eu d'autres avant.
14:43D'autres grosses affaires.
14:44Je ne pensais pas que...
14:46La première image qui vous revient sur cette affaire Grégory, quand...
14:50Les faits sont toujours très, très fortement marqués dans ma mémoire.
14:54Je me vois arriver là.
14:55Il est 21h.
14:57On nous a prévenu quelques minutes avant, par radio, qu'on avait retrouvé l'enfant.
15:01Dans un premier temps, j'ai pensé que c'était...
15:03Quand on allait terminer l'histoire, qu'on l'avait retrouvé vivant.
15:05Maintenant, il était mort.
15:06Je suis arrivé ici très, très vite.
15:09Et quand je suis arrivé là, il y avait un petit attroupement de personnes.
15:13Les gens s'impatientaient.
15:15Qu'est-ce qu'on attend pour enlever le corps de cet enfant ?
15:17Je suis arrivé là.
15:17J'ai vu qu'il y avait des pompiers qui étaient dans la rivière.
15:20Et de là, je leur ai dit...
15:21J'ai bien vu que ce n'était pas une scène de crime.
15:23Que l'enfant n'avait pas pu être jeté là.
15:26Donc, j'ai dit aux gens de ressortir le corps de l'enfant.
15:30Et on l'a emmené.
15:31On l'a mis dans une couverture.
15:32Et on l'a emmené dans ce local, là-bas.
15:35Local des pompiers.
15:36D'accord.
15:37Et la première image très, très forte, très marquante que j'ai de Grégory,
15:40c'est quand on l'allonge sur l'établi qui est dans cet atelier.
15:45Et là, on découvre le corps d'un enfant qui semble comme endormi.
15:49Il n'y a pas de traces de coups, de luttes, de blessures.
15:52On relève son bonnet et il semble dormir.
15:56Mais ce qui est frappant, c'est qu'il est attaché.
15:59Oui, c'est ça.
15:59Il y a une cordelette qui lui entoure les chevilles, les poignets.
16:03Et moi, tout de suite, j'ai l'image d'un enfant qui est sacrifié.
16:07Qui est porté en sacrifice.
16:10Et c'est vraiment l'image qui me marque.
16:13Et très, très vite, on comprend, dit le lendemain,
16:16avec la réception de la lettre de revendication,
16:18que Grégory a été sacrifié à la haine qu'on voit son père.
16:23Et une haine qui dure depuis un certain temps.
16:26Parce qu'en fait, ce qu'on ne sait pas toujours,
16:27c'est que les menaces du corbeau, du fameux corbeau,
16:30soit par appel téléphonique, soit par lettre,
16:32elles remontent à 1981.
16:34Absolument.
16:34La frégory, elle commence trois ans plus tôt.
16:37Elle commence en 1981, quand apparaît un ou des corbeaux
16:42autour de la région d'Aumonzey, autour de la famille Villemain.
16:45Et ça, c'est un phénomène qui est assez rare, qui est assez exceptionnel.
16:49Ça fait partie des côtés, il y en a beaucoup qui sont exceptionnels dans cette affaire.
16:52On a affaire à un corbeau qui est passé à l'acte.
16:55Généralement, les corbeaux ne sont pas des assassins.
16:58Ce sont des gens qui se satisfont de leur méchanceté anonyme.
17:03Là, on a un corbeau qui est passé à l'acte,
17:05qui a tué Grégory dans des conditions assez particulières.
17:09Vous, Étienne, vous êtes le premier directeur d'enquête dans cette affaire.
17:14Dans les jours qui suivent l'assassinat de Grégory, quel est votre sentiment ?
17:19Vous vous dites qu'on va résoudre vite cette affaire ?
17:20Oui, oui, vraiment, je suis convaincu parce qu'on a quand même des éléments.
17:27On sait très vite qu'on est dans un milieu familial, social assez fermé.
17:32On sait très vite qu'il ne s'agit pas d'un assassinat avec un enlèvement de passage.
17:38On sait vraiment qu'on est dans un cercle très restreint.
17:42Et puis, on a des lettres, des lettres manuscrites.
17:45Et moi, j'ai d'emblée la conviction que même s'il faut passer 1000 personnes à la dictée,
17:51on arrivera à trouver l'auteur de ces lettres,
17:53et donc l'auteur de l'enlèvement et du crime de l'assassinat de Grégory.
17:57Donc, on travaille là-dessus, on travaille beaucoup, on mise beaucoup sur les lettres.
18:01On travaille avec des experts en écriture qui nous donnent au bout de 15 jours leurs premiers résultats.
18:09Notre enquête avance très vite.
18:11Souvent, quand on se dit qu'est-ce qui s'est passé,
18:15en fait, au bout de 15 jours, on avait déjà des premiers éléments
18:19qui ont été confortés, confirmés par la suite, par la justice en 1993.
18:25Et c'est récemment, en 2017 encore.
18:30Donc, on était sur la bonne voie, c'est sûr.
18:33Et c'est ça, bonjour.
18:34Et c'est ça qui surprend toujours un peu,
18:36parce que vous obtenez des résultats assez vite.
18:39Et puis, il se passe que vous êtes, que la gendarmerie est dessaisie.
18:45Là, on arrive à quelque chose de très compliqué,
18:48mais des acteurs très différents.
18:49Le rôle du juge Lambert, on peut en reparler,
18:53mais il est quand même commenté, sur-commenté.
18:56C'est quasiment une affaire Lambert, à un moment.
18:58C'est vrai, tout à fait.
18:59Oui, c'est lui qui est vraiment la cause de tout,
19:02qui est la cause de l'effondrement de notre enquête,
19:05de notre procédure.
19:07Les expertises en écriture sont annulées,
19:10alors qu'elles étaient très très fortes, très intéressantes.
19:12Le fameux témoignage de Muriel est complètement affaibli,
19:16alors qu'il est revenu en force par la suite.
19:19Et il y a toute une campagne qui se développe contre nous,
19:22pour nous déshonorer, on peut le dire,
19:27et surtout discréditer notre travail.
19:30Très vite, l'affaire, elle part dans une direction
19:33complètement imprévisible,
19:36complètement vraiment insupportable pour nous.
19:39Dès le mois de décembre, on fait l'objet de plaintes contre nous,
19:44pour subordination de témoins, après usage de faux.
19:47Et on se retrouve, nous, enquêteurs, dans une position d'accusé.
19:51Et l'affaire dérive complètement.
19:54Des gens agissent différemment et disent,
19:58ben non, c'est pas la roche, les enrames se trompent,
20:01puisque c'est elle.
20:02Jusqu'à quand même l'impensable,
20:04parce que j'en repense à l'émission,
20:07cette émission-là, que j'ai faite il y a quelque temps
20:09avec Maître Moser, l'avocat des parents de Grégory,
20:12jusqu'à la mise en accusation de Christine Villemin,
20:16où là, vraiment, pour certains, le monde s'écroule,
20:18parce qu'ils disent qu'il sera innocenté, évidemment, plus tard.
20:22Mais après deux années de tempête médiatique,
20:24des années 85-86, absolument incroyables, délirantes,
20:29où les parents, qui sont les victimes de cette affaire-là,
20:32basculent dans le camp des accusés,
20:34où le père lui-même devient un assassin,
20:36où la mère devient et est soupçonnée
20:40d'avoir tué son propre enfant.
20:41Quelque chose de complètement improbable,
20:44complètement fou, inimaginable, même, on pourrait dire,
20:47et pourtant, qui prend corps,
20:48avec, comment dire, une tempête médiatique
20:52qui se développe parallèlement,
20:54vraiment étonnant.
20:55Effectivement, il faut en parler,
20:56parce qu'on a parlé du juge,
20:57il y a des juges, parce qu'il y a aussi d'autres juges
21:00qui prennent la suite du juge Lambert.
21:02On n'en parle pas beaucoup.
21:04Il y a Maurice Simon, le grand juge Simon,
21:07et son successeur, Jean-Paul Martin,
21:08qui est souvent l'oublié de l'affaire,
21:10et pourtant, qui a fait un travail énorme,
21:12qui est l'auteur de l'arrêt du 2 février 1993,
21:16qui est vraiment la Bible de l'affaire Grégory.
21:19Et puis, alors, les juges, les magistrats,
21:20on ne pourra pas tous les passer en vue,
21:22les enquêteurs, etc.
21:23Et puis, les journalistes qui jouent un rôle,
21:25qui sont des acteurs de cette affaire.
21:28Certains, moi, je repense toujours à la phrase
21:29de Denis Robert, qui est correspondant
21:33pour Libération à l'époque,
21:34et qui assiste à l'enterrement de Grégory,
21:37et commande des années plus tard,
21:38et dit, je crois, je cite de mémoire,
21:40« Ce jour-là, j'ai eu honte d'être journaliste. »
21:43Les journalistes ont fait quand même
21:43leur examen de conscience après,
21:45mais ils ont fait du mal.
21:46Certains, oui.
21:46Ils ont fait un mal immense,
21:49surtout dans la région.
21:51Moi, j'en retrouve encore régulièrement
21:52des gens de Lorraine,
21:53qui, lisant l'Est républicain,
21:56écoutant RTL,
21:57des médias qui étaient fortement
22:00influencés par le camp anti-Christine Villemin,
22:04et qui ont subi pendant des années
22:06un véritable matraquage médiatique contre elle,
22:11et qui ont du mal,
22:12même encore pour certaines personnes,
22:13encore aujourd'hui,
22:14qui ont du mal à sortir de ça.
22:16Bien qu'elle ait été,
22:17ils l'ont senté à 100%.
22:19Malgré ça, ça a beaucoup marqué.
22:22C'est vrai que ça a été,
22:22les années 85-86 sont absolument délirantes.
22:26On se souvient de Marguerite Duras venant là,
22:30et puis tout le reste,
22:33après le juge en vert qui sort son livre,
22:36c'était complètement délirant,
22:40vraiment, cette période.
22:40C'est le mot, c'est le mot.
22:42Et comment,
22:43autre acteur dans cette affaire,
22:45qu'on oublie peut-être aussi un peu,
22:47c'est la population,
22:49comment elle se comporte,
22:50comment elle est,
22:51vous l'observez, vous forcément,
22:53vous êtes les gendarmes,
22:53vous êtes quand même souvent très très proche
22:55des populations,
22:56comment vous la voyez cette population-là ?
22:59On fait face à une population
23:01qui a peur,
23:02qui est traumatisée par l'invasion médiatique,
23:06on pourrait dire,
23:07journalistique sur place,
23:08qui ne parle pas beaucoup,
23:10des gens qui,
23:11on sait même qu'il y a des témoins
23:12qui se sont manifestés
23:13une dizaine d'années après,
23:15mais sur le moment,
23:16ils ne parlent pas pourtant
23:17des témoins capitaux,
23:18je pense à la fameuse fermière,
23:20Madame Caudon,
23:20la voisine des Villemains.
23:23Ce sont des gens qui sont tellement affolés
23:26par l'ampleur,
23:27l'écho médiatique de l'histoire,
23:29et par l'arrivée des journalistes
23:32dans leur village,
23:33dans leur vie,
23:34bien qu'ils se referment sur eux-mêmes.
23:35Et on a très peu de témoignages,
23:37finalement,
23:37qui nous arrivent directement.
23:41C'était traumatisant,
23:42il faut reconnaître aussi,
23:43pour la population ici,
23:44parce qu'on les a décrits,
23:46les gens de ces vallées,
23:47comme des gens arriérés.
23:49Ah oui, c'était terrible.
23:50C'était absolument insupportable,
23:53ce qui a été dit sur eux.
23:54Je comprends aujourd'hui
23:55que les gens,
23:58on a marre de voir arriver
23:59les journalistes.
24:01Et puis alors,
24:02vous, vous êtes quand même,
24:03vous êtes tous,
24:04les uns et les autres,
24:05vous êtes mis sous pression,
24:06quand même.
24:07Et puis, il arrive alors,
24:09il y a même,
24:09tout ça est monté aussi,
24:10en cinéma,
24:11en téléfilms.
24:13Par exemple,
24:14le plus récent,
24:15c'est Mineraffaires françaises,
24:17je crois.
24:17C'est Guillaume de Tonquedec,
24:19qui joue votre rôle,
24:21capitaine Cessma.
24:22Vous n'êtes pas colonel,
24:22à l'époque,
24:23vous êtes capitaine Cessma.
24:24comment vous l'avez trouvé,
24:25Guillaume de Tonquedec,
24:26dans ce téléfilm ?
24:27Plutôt vrai.
24:28J'ai rencontré après,
24:30j'ai trouvé un acteur
24:34qui était vraiment attentionné
24:36à être au plus près de la réalité.
24:39Oui,
24:39je le suis bien aimé.
24:41On le sent très humain.
24:42C'est bien,
24:43comment vous l'avez ressenti ?
24:44Moi, je me suis retrouvé
24:45dans son rôle,
24:46mis à part le fait
24:47que je ne fume pas.
24:49Ah oui, d'accord.
24:51Autrement, pour le reste,
24:52il a été proche des défaits.
24:54Et la scène qui a été tournée
24:55sur les bords de la Vologne
24:58était vraiment très forte
25:00pour moi aussi,
25:01émotionnellement.
25:02Non, parce que vous,
25:02on en parlait un peu en voiture
25:04entre les deux séquences.
25:06Vous dites,
25:06il y a toutes les technologies
25:07qui ont avancé,
25:08la police scientifique
25:09a fait des progrès considérables.
25:12Mais vous dites,
25:13il faut continuer à croire
25:14quand même à l'humain
25:16dans ces enquêtes-là.
25:17Le flair,
25:18j'allais dire,
25:18le flair de l'enquêteur.
25:19Oui, c'est sûr
25:20qu'il n'y a pas...
25:21Aujourd'hui,
25:22tout ne peut pas être résolu
25:24par la police technique
25:26et scientifique.
25:26Même si elle peut apporter
25:27parfois d'énormes moyens
25:30pour avancer.
25:31Mais parfois,
25:31il faut réfléchir
25:32et il y a un levier psychologique
25:34dans cette affaire.
25:35Pour moi,
25:36le mobile du crime,
25:37il est éminemment psychologique.
25:39Et à mon avis,
25:40on ne travaille pas suffisamment
25:43sur cet aspect-là.
25:44Moi, c'est ce que j'ai essayé
25:45de faire
25:45dans la dernière mouture
25:47de mon livre.
25:47De même qu'on a quand même
25:49un phénomène dans cette histoire
25:50hors du commun,
25:51sous de nombreux rapports.
25:53Eh bien,
25:53on a quand même
25:54un déroulé des faits.
25:55Le jour du 16 octobre
25:56qui est vraiment extraordinaire.
25:58Oui, oui, oui.
25:58Tout s'est passé
25:59en l'espace d'une heure.
26:00Oui, oui, oui.
26:01Là, sur cette passerelle,
26:04passe vers 17h40,
26:05à 17h45,
26:06Madame Guyot
26:07qui va chez elle
26:08et elle voit
26:09une forme dans la rivière
26:11qu'elle prend pour un sac poubelle.
26:13C'est un peu la tombée de la nuit.
26:15Elle ne regarde pas trop.
26:16Elle ne peut pas savoir d'emblée
26:18que Grégory porte justement
26:20un anorak couleur bleue
26:22des sacs poubelles de l'époque.
26:23Et on n'a retrouvé aucun sac poubelle.
26:25Donc, ce sont témoignages fiables.
26:26Et à 17h45,
26:27donc,
26:28le corps de Grégory
26:29était déjà là.
26:30Alors qu'il est enlevé
26:31à 17h40.
26:32Tout ça s'est passé
26:33de façon extrêmement précipitée,
26:37extrêmement soudaine,
26:38comme une fuite en avant
26:40dans la folie meurtrière.
26:42A Frégory,
26:43il y a déjà basculé dans l'histoire
26:44parce qu'elle est exceptionnelle
26:45dans les annales judiciaires.
26:48On est compte,
26:4841 ans,
26:49le dossier est toujours actif.
26:51Elle est toujours d'actualité.
26:53On en parle toujours.
26:55Elle suscite toujours,
26:56même pour des jeunes générations,
26:57des gens qui n'étaient même pas nés
26:59en 1984,
27:00elle suscite de l'intérêt.
27:01C'est une affaire
27:03qui marque
27:04une période
27:05de notre société.
27:07Totalement hors normes.
27:08Hors normes, oui.
27:09Et Guillaume de Tonquedegg,
27:10et je terminerai là-dessus,
27:11Guillaume de Tonquedegg
27:11dans l'interview,
27:12dit
27:13c'est parce que c'est un gamin.
27:14Oui, certes,
27:14mais c'est quand même plus que ça
27:16pour qu'elle soit à ce point hors normes.
27:17C'est qu'il y a eu d'autres éléments,
27:19d'autres ressorts.
27:21Je ne sais pas
27:22comment on peut l'expliquer.
27:24Il y a l'affaire dans l'affaire.
27:27Toute l'affaire Grégory
27:28se déroule
27:29selon un scénario inimaginable.
27:31Aucun romancier
27:32n'aurait osé écrire un roman
27:33en racontant ça.
27:35Une tragédie.
27:36Ça n'aurait pas été possible.
27:37Et pourtant,
27:37c'est une réalité.
27:39C'est une vraie tragédie,
27:40mais une tragédie
27:40avec des ressorts,
27:41une tragédie
27:42qui se répète,
27:44le crime dans le crime,
27:46la compromission des uns,
27:50des rebondissements incroyables,
27:52des défaillances aussi
27:54insupportables,
27:55inadmissibles.
27:56C'est tout ça,
27:57l'affaire Grégory.
27:58En tout cas,
27:59un très, très grand merci.
28:00Merci de venir.
28:01Merci pour votre confiance.
28:02Merci pour votre intérêt
28:04pour que tu es à mon combat.
28:04Oui, vraiment.
28:05Très bien.
28:06Et je conseille vraiment
28:06le livre
28:08Les deux affaires Grégory
28:09par Étienne Sesma.
28:10C'est un excellent bouquin.
28:11Merci encore, Étienne.
28:12Merci.
28:25Ici Lorraine,
28:27craque pour l'émission
28:28Sur ma route,
28:29sur Moselle TV
28:30et Vosges Télévisions.
28:31Ici,
28:32votre radio de proximité
28:34en Lorraine.
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