00:00Et en cette veille de 1er mai, ouvrons désormais une page importante sur cette fête du travail qui a fait
00:04couler beaucoup d'encre ces dernières semaines.
00:07Anne Leroux, secrétaire générale CGT, Moselle est avec nous. Bonsoir.
00:11Bonsoir.
00:11Merci d'être là en face. Florent Arnold, journaliste de la rédaction. Bonsoir Florent.
00:15Bonsoir.
00:16Florent, demain nous serons donc le 1er mai, jour chômé et rémunéré.
00:20Lors de ce jour férié, les boulangeries et les fleuristes avaient l'habitude d'ouvrir, mais cette année, ils se
00:25retrouvent au pied du mur.
00:26Tout à fait, Jean. Demain, il vous faudra peut-être faire des détours pour aller chercher votre baguette ou acheter
00:32un brin de muguet.
00:34Ouvrir ou ne pas ouvrir, c'est la question que se posent ce jeudi 30 avril les artisans boulangers, pâtissiers
00:40et les fleuristes indépendants qui sont plus que jamais dans le flou.
00:43Alors pourquoi la question se pose cette année particulièrement ?
00:46Alors ce 1er mai 2026 sera la journée de l'incertitude pour ces artisans de proximité.
00:51Pourtant, jusqu'à il n'y a pas si longtemps, la question de leur ouverture ne se posait pas.
00:56Dans un accord de branche, selon leur convention collective, des boulangers pâtissiers, il est spécifié que les salariés peuvent travailler
01:03le 1er mai,
01:04à condition que ce soit volontaire et que leur salaire soit doublé, évidemment.
01:10Jusqu'ici, tu vois bien, Fauron ?
01:11Oui, mais le 1er mai 2024, il y a deux ans, des boulangers vendéens reçoivent une visite surprise.
01:16C'est l'inspection du travail qui vient les contrôler pour un motif qui n'avait jusqu'ici pas été
01:21soulevé.
01:22Dans la loi, seuls les gérants sont autorisés à travailler ce jour.
01:26Ce n'est pas le cas pour leurs salariés, même volontaires et payés doubles.
01:30Jusqu'ici, il y avait un laissé-faire, une sorte de flou juridique.
01:33Mais ce 1er mai 2024, l'inspection du travail a fait une lecture stricte de la situation
01:38et a sanctionné les gérants d'une amende de 750 euros par salarié et 1 500 euros par apprenti.
01:45Une sanction qui refroidit, forcément.
01:48Oui, totalement.
01:48Et ces boulangers ont finalement été relaxés, mais législativement, pour l'instant, rien n'a bougé.
01:54Pour un gérant, c'est impossible de faire fonctionner un commerce tout seul.
01:58Donc, les boulangeries qui ouvriront demain avec des salariés volontaires pourraient reprendre des amendes.
02:04C'est une véritable épée de Damoclès.
02:06Oui, une épée de Damoclès qui peut en effrayer plus d'un, malgré les propos rassurants du ministre du Travail,
02:13qui a dit, pour faire simple, que si des amendes sont dressées cette année, elles finiront à la poubelle.
02:19Mais j'ai rencontré un boulanger à Metz ce matin,
02:21qui est un exemple probant de l'absurdité de cette situation.
02:25Pendant près de 20 ans, il a travaillé tous les premiers mai.
02:28Mais désormais gérant, depuis l'incident de 2024,
02:32il préfère rester fermé par principe de précaution,
02:34quitte à s'asseoir sur une journée fructueuse.
02:37Aline Leroux, qu'avez-vous pensé de ces sanctions de la part de l'inspection du travail ?
02:43Je pense que des sanctions, c'est tout à fait normal quand on ne respecte pas la loi, en fait.
02:47Donc à partir du moment où la loi précise très clairement que les patrons, en fait,
02:53peuvent aller travailler si ça leur chante, mais pas leurs salariés,
02:57ben en fait, c'est juste une application de la loi.
02:59Et j'ai d'ailleurs entendu pas plus tard, qu'en venant là tout de suite à la radio,
03:04des inspecteurs du travail qui disent qu'effectivement,
03:07s'ils pressentent que des commerces qui ne devraient pas ouvrir,
03:11ou en tout cas ne pas faire travailler de salariés seront ouverts demain, le 1er mai,
03:16ben ils iront les contrôler, ce qui est normal en fait.
03:19Alors Florent, comment apaiser ces tensions et résoudre cette situation ?
03:22Oui, parce qu'on l'a entendu, il y a une différence entre la volonté des commerçants
03:26et ce qu'il y a concrètement dans la loi.
03:29Et pour ce faire, les représentants des artisans boulangers-pâtissiers
03:33dénoncent une psychose qui a créé l'inspection du travail, selon eux,
03:36sur ce sujet depuis deux ans.
03:38Alors pour y mettre fin, ils espèrent une clarification juridique,
03:41un projet de loi dans leur sens, passera prochainement en deuxième lecture au Sénat.
03:46Et c'est notamment la ligne que défend Julien Frolich,
03:49vice-président de la Fédération Mosellane des boulangers.
03:53Regardez.
03:54Nous, on veut simplement rendre un service à la population,
03:57en tant que profession de l'alimentaire.
03:59Nous, notre objectif, et ce qu'on veut,
04:02c'est donc en deuxième lecture au Sénat que ça soit de nouveaux positifs
04:06et que ça revienne à l'Assemblée nationale et que ça se passe comme normalement
04:08toutes les lois, qu'il y ait des débats, etc.,
04:11mais qu'on ressorte avec quelque chose de positif
04:13et qu'on arrive à pouvoir avoir un texte de loi clair, net et précis et officiel
04:21pour le 1er mai 2027.
04:24Donc il y a nouveau un an devant nous,
04:25mais il faut quand même que les choses s'activent très rapidement
04:27pour qu'une fois pour toutes, ce soit officiel et officialisé.
04:31Et bien sûr, les fleuristes y sont aussi concernés.
04:35Donc en effet, pour l'instant, le gouvernement s'est engagé en priorité
04:39envers les artisans boulangers et les fleuristes indépendants.
04:42Et pour les fleuristes particulièrement, c'est une journée à enjeu, Florent.
04:45Bien sûr, le muguet est le symbole de la journée internationale de lutte
04:50pour les droits des travailleuses et des travailleurs.
04:52Une fleur majoritairement cultivée en France qui fait travailler toute une filière,
04:56mais qui doit être commandée aux fournisseurs plus d'un mois à l'avance.
04:59Et surtout, c'est un porte-bonheur particulièrement plébiscité,
05:03ce qui représente un enjeu financier majeur pour ces artisans.
05:07Pour Perrine Inderer, fleuriste à Mulhouse
05:09et membre de la Fédération française des artisans fleuristes,
05:13elle, son chiffre d'affaires quotidien est multiplié par 3, voire 4,
05:17lors du 1er mai.
05:18Pourtant, elle est dans le même flou que les boulangers, regardez.
05:22Disons que là, actuellement, le cadre juridique actuel
05:25est quand même source d'incertitude pour nous, fleuristes.
05:31Alors, on a été autorisés il y a quelques jours
05:35de pouvoir faire quand même travailler nos salariés cette année.
05:40Il y a eu une dérogation.
05:42Mais voilà, nous, ce qu'on aimerait, c'est que la loi puisse être modifiée
05:47et que pour les futurs 1er mai, on puisse travailler dans des conditions
05:52plus pérennes pour nous et pour nos salariés,
05:55qu'ils puissent être sécurisés.
06:00Donc, Aline Leroux, vous venez de l'entendre,
06:02ces deux professions argumentent que travailler un 1er mai peut être intéressant
06:07et pour la clientèle et aussi pour leurs salariés, financièrement parlant.
06:10Mais pourrait-il y avoir des dérives ?
06:13Et quel garde-fou faut-il imaginer pour garder l'essence du 1er mai ?
06:17Bien sûr qu'il peut y avoir des dérives, puisqu'on est déjà dans une dérive, en fait.
06:21À partir du moment où la loi est très claire,
06:23actuellement, le projet de loi n'est pas validé.
06:26Donc, en fait, la question de faire travailler des salariés demain
06:29ne devrait pas se poser.
06:31Les chefs d'entreprise qui veulent ouvrir leur commerce le peuvent.
06:34Donc, ils peuvent vendre leur muguet, ils peuvent vendre leur pain s'ils le souhaitent.
06:38Les dérives, c'est principalement quand on parle de volontariat.
06:42Par exemple, chez les salariés, il faut quand même savoir
06:44que le volontariat dans le monde du travail, ça n'existe pas.
06:46On est soumis à un contrat de travail.
06:48Il y a un lien de subordination avec son employeur.
06:52À partir du moment où votre employeur prévoit de vous faire travailler un 1er mai,
06:55je ne vois pas bien comment on peut encore parler de volontariat.
06:59Ça n'existe pas.
07:00C'est une légende, le volontariat dans le monde du travail.
07:03Et clairement, je pense qu'aujourd'hui,
07:04les salariés ne souhaitent pas travailler plus.
07:08Ce n'est pas la priorité, surtout pour une journée dans l'année,
07:11qui souvent est même plutôt une demi-journée sur la question du 1er mai.
07:15Je veux dire, si l'économie du pays tient une demi-journée d'activité,
07:18je pense que là, il faut s'inquiéter quand même.
07:20Là, la question, c'est que les salariés,
07:22aujourd'hui, leur problématique, c'est leur salaire.
07:25Eux, ce qu'ils veulent, c'est être payés dignement pour le travail qu'ils font.
07:29Alors, faire travailler les gens le 1er mai,
07:31ce n'est clairement pas la priorité.
07:33D'ailleurs, il y a beaucoup de commerces
07:34où je ne suis pas sûre que les salariés seraient vraiment prêts
07:39à travailler ce jour-là.
07:40On va aborder avec vous, Aline Leroux,
07:43ce 1er mai plus globalement.
07:45Pouvoir d'achat sous pression,
07:46conditions de travail dégradées,
07:47inquiétudes sur l'emploi,
07:48le climat social reste tendu,
07:50en Moselle comme partout en France d'ailleurs.
07:52À quoi s'attendre demain,
07:53en termes de mobilisation en Moselle ?
07:55Écoutez, on espère qu'on va être très, très, très nombreux.
08:00Notamment, puisqu'on est sur une remise en question
08:02de ce jour férié-chômé.
08:06Donc, on espère que, voilà,
08:08on sera massivement nombreux demain à la manifestation.
08:13Et puis, bon, également l'après-midi,
08:15on organise une fête du chiffon rouge à Voipi.
08:18Et on espère que la population sera présente.
08:22Il faut, aujourd'hui...
08:24Alors, il y a la remise en question du 1er mai,
08:25mais effectivement, comme vous l'avez dit,
08:26il y a des grosses, grosses tensions actuellement, socialement.
08:29Quels sont les sujets de tension, aujourd'hui,
08:31les plus importants ?
08:32Mais à part ce qu'on vient d'évoquer pendant 5 minutes.
08:34Alors, en Moselle,
08:36j'ai envie de dire qu'on est quand même
08:37un territoire particulièrement sinistré.
08:40Donc, la question, je vous l'ai dit tout à l'heure,
08:42il y a les salaires.
08:43Les salaires, c'est vraiment, pour nous,
08:45une priorité, là, actuellement.
08:46Mais il y a aussi la question des emplois.
08:50En Moselle, ces dernières années,
08:53notamment dans le secteur de la métallurgie,
08:55la sidérurgie, et dans le secteur automobile,
08:57il y a des milliers d'emplois qui disparaissent
09:00dans le plus grand des calmes.
09:02On a eu très récemment
09:04beaucoup d'entreprises
09:06qui se sont mobilisées.
09:08Je pense à Baomarc,
09:10par exemple,
09:11il y a quelques jours encore.
09:13Il y a eu une mobilisation
09:14chez Stellantis,
09:16il n'y a pas longtemps aussi,
09:17parce que,
09:18prenons l'exemple de Stellantis,
09:19il y a des emplois qui disparaissent,
09:20mais il n'y a pas de licenciement.
09:23Et pourtant,
09:24c'est des milliers et des milliers d'emplois
09:26qui s'en vont du territoire de la Moselle.
09:29Et évidemment,
09:30je ne peux pas ne pas parler
09:31de la fermeture de Novasco,
09:33qu'on ne digérera jamais.
09:35C'est vrai que c'est un gros dossier du département.
09:37Oui.
09:38Donc, beaucoup d'emplois.
09:39Et puis, bon,
09:40il y a aussi une autre question,
09:41c'est la paix.
09:43Aujourd'hui,
09:44le contexte international,
09:45il est quand même très, très compliqué,
09:46très tendu.
09:47Donc,
09:48premièrement,
09:49pour les populations
09:50de ces pays
09:50qui sont concernés
09:51et qui meurent aujourd'hui
09:52sous des bombes et des balles,
09:54mais aussi parce que
09:55toutes les conséquences économiques
09:57de ces guerres-là,
09:59en fait,
09:59c'est aujourd'hui nous
10:00qui les subissons aussi.
10:03Les travailleurs et les travailleuses,
10:04quand ils vont à la pompe à essence actuellement,
10:06ils peuvent s'en rendre compte
10:07très clairement.
10:09On doit s'attendre
10:10à une grosse
10:13mobilisation.
10:14Donc, demain,
10:14est une démonstration de force,
10:16vraiment ?
10:17On l'espère,
10:18en tout cas.
10:20Sachant qu'en plus,
10:21demain,
10:22la manifestation sur Metz
10:24est intersyndicale,
10:25ce qui n'est pas toujours le cas.
10:26Donc,
10:27c'est aussi
10:29un indice
10:30du fait que
10:31le contexte social
10:33est tendu
10:34et qu'il va falloir aussi
10:36que le gouvernement,
10:37les politiques,
10:38entendent
10:39et ressentent
10:40cette mobilisation.
10:42D'ailleurs,
10:43quand on entend
10:44aujourd'hui,
10:45un ministre
10:45qui dit très clairement
10:47c'est interdit
10:48de travailler
10:49un 1er mai,
10:50mais si vous le faites,
10:51vous ne serez pas contrôlé,
10:52s'il y a des amendes,
10:53elles seront jetées à la poubelle,
10:54qu'est-ce que c'est ?
10:54Ce signal qu'on envoie.
10:56Ça veut dire que les salariés,
10:57en fait,
10:58on les méprise
10:59et donc ça continue.
11:00Donc,
11:01j'espère effectivement
11:01que demain,
11:02nous serons très nombreux
11:03et nombreuses dans la rue.
11:04Merci beaucoup Aline Roux
11:06d'avoir été avec nous
11:07ce soir dans Moselle Info.
11:08Merci aussi beaucoup
11:09Florent.
11:11Et Moselle Info
11:11se poursuit dans quelques instants.
11:13Restez avec nous.
11:14A tout de suite.
11:15Sous-titrage Société Radio-Canada
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