00:00RTL Matin, Thomas Soto.
00:04Il est 8h19, l'interview de Céline Landreau.
00:06Votre invité ce matin, c'est donc le patron, le PDG de la compagnie aérienne Corsair,
00:10Pascal Deizaguirre, qui est aussi le président de la FNAM,
00:13autrement dit la Fédération Nationale de l'Aviation et de ses Métiers.
00:16Bonjour Pascal Deizaguir.
00:18Près de 125 dollars le baril de Brent ce matin.
00:21Le prix du kérosène a flambé depuis le début de la guerre en Iran.
00:25On va y revenir.
00:25Les bénéfices de Total Energy aussi.
00:27Une hausse de près de 50% sur un an pour atteindre près de 5 milliards d'euros au premier
00:31trimestre 2026.
00:32C'est un chiffre qui est très commenté depuis hier.
00:35Est-ce que vous, en tant que patron d'une compagnie aérienne,
00:38vous avez le sentiment, comme de nombreux automobilistes,
00:41de vous faire un peu avoir dans cette histoire d'être du mauvais côté de la cuve ?
00:44Bon, alors moi je ne vais pas faire de commentaire sur les profits de Total Energy.
00:48Je m'occupe du secteur aérien.
00:50Donc je vais laisser le Premier ministre s'occuper des grands énergéticiens.
00:54Non, nous ce qui est clair, c'est que de toute façon,
00:56à partir du moment où la France importe plus de 50% de son kérosène de la région du Golfe,
01:03évidemment, l'impact est considérable.
01:05Donc c'est là où on voit, on paye les résultats de cette dépendance énergétique
01:11que l'on subit depuis plusieurs années.
01:13Et vous les payez cher, juste pour donner un ordre d'idée,
01:15parce que nos auditeurs ont souvent en tête le prix du litre de 100.95 ou de gasoil,
01:19moins celui du kérosène.
01:22On est passé, vous me corrigez si je me trompe, de 750 dollars la tonne avant le conflit,
01:27une tonne c'est 1200 litres à peu près,
01:29à près de 1900 aujourd'hui.
01:31À près de 1900, c'est-à-dire que c'est une multiplication par 2,5,
01:34donc c'est absolument considérable.
01:38Avant le conflit, le pétrole représentait environ 25% des coûts d'une compagnie aérienne.
01:43Aujourd'hui, nous sommes arrivés à 45%.
01:4545% du prix d'un billet.
01:4745% du prix d'un billet.
01:48Donc c'est absolument gigantesque.
01:50Alors par rapport à cela, vous savez, nous n'avons pas beaucoup de moyens d'ajustement.
01:54Essayez de répercuter un peu cette hausse du kérosène sur les prix des billets d'avion,
01:58mais on l'a fait de façon très modérée et très mesurée,
02:01parce qu'on ne peut pas casser la dynamique de la demande.
02:03Il y a déjà pas mal d'incertitudes.
02:04On va revenir au prix dans un instant, mais je voudrais, pardon d'insister,
02:07revenir sur les bénéfices de Total Energy.
02:09Le Premier ministre Sébastien Lecornu a réclamé une redistribution.
02:12Total a dit qu'elle faisait déjà avec les automobilistes en plafonnant les prix à la pompe.
02:17Pour vous, pour les compagnies aériennes, est-ce qu'il y a une forme de redistribution possible, souhaitée ?
02:21Est-ce que vous la demandez ?
02:23Alors, d'abord, il y a une grande opacité sur la fixation des marges.
02:29Et c'est vrai que ce que nous avons constaté dans cette crise-là, par exemple,
02:33c'est qu'il y a une certaine décorrélation entre l'évolution du prix du brin,
02:37qui est le pétrole brut, et du pétrole raffiné,
02:40parce que l'écart entre les deux s'est matérialisé par le fait qu'il y a une augmentation
02:43beaucoup plus forte et beaucoup plus rapide pour l'augmentation du kérosène.
02:48Bon, donc effectivement, on souhaitera avoir une certaine transparence.
02:51Et lors de la réunion avec Roland Lescure et Philippe Tabarro du 6 mai,
02:54c'est certainement une des questions que nous allons leur poser.
02:57Une des questions, est-ce que vous allez demander aussi, mercredi prochain,
03:01lors de ce rendez-vous avec le ministre de l'Économie,
03:03est-ce que le secteur aérien soit aidé par l'État ?
03:07Alors, aidé par l'État, je vais vous dire, nous ne rêvons pas.
03:09L'époque du quoi qu'il en coûte, elle est terminée.
03:12Simplement, nous, on va lui demander de la transparence sur les stocks de kérosène,
03:19sur la garantie en approvisionnement, parce que ça, c'est quand même le premier point clé.
03:22Le deuxième point que nous allons leur demander, c'est qu'on a besoin de flexibilité et de souplesse
03:27quand nous annulons des vols pour des raisons de rentabilité.
03:31Vous savez, on a des pénalisations sur les créneaux horaires, etc.
03:34Nous avons des contraintes pour les emports de carburant entre les différents aéroports.
03:38Donc ça, on a besoin de souplesse.
03:40Le gouvernement semble avoir accepté, pour les compagnies qui le demanderaient,
03:44des reports de charges sociales et fiscales pour soulager la trésorerie,
03:47parce que n'oublions pas que non seulement cette augmentation, elle va dégrader nos comptes financiers,
03:52mais ça représente une ponction sur la trésorerie.
03:54Et ce qui tue une entreprise, vous savez, ce ne sont pas ses résultats financiers,
03:57c'est le niveau de sa trésorerie.
03:59On va lui demander, je vais lui demander de ne pas accroître la fiscalité.
04:03A priori, on avait obtenu un moratoire en 2026,
04:06parce que vous savez que le sectorien français ploie sous le poids des taxes, des redevances, des impôts.
04:12Donc n'en rajoutons pas.
04:13Et un point qui est absolument critique, alors ce n'est pas pour le très court terme,
04:18c'est la création d'une filière de carburant durable.
04:20Alors, parlons du carburant, du kérosène, pour l'instant.
04:24L'approvisionnement en kérosène est aussi à l'ordre du jour de cette réunion.
04:28Le gouvernement, pour l'instant, se veut rassurant,
04:31dit qu'il n'y aura pas de problème pour mai,
04:32évoque un stock stratégique de trois mois environ,
04:35qui permettrait de pallier d'éventuelles ruptures.
04:38Vous la craignez, vous, cette rupture d'approvisionnement ?
04:40D'après nos informations, cette rupture ne devrait pas se produire à court terme.
04:46C'est quoi, court terme ?
04:47Alors, notre visibilité, elle est de 4 à 6 semaines.
04:51Bon, sur une base roulante, réactualisée chaque semaine.
04:54Au-delà, il y a les stocks stratégiques.
04:56Donc si ça s'interrompt, il y a les stocks stratégiques.
04:58Bon, le gouvernement nous assure de trois mois de stocks stratégiques.
05:01Pour nous, ça veut dire que ça nous permettrait de passer la saison été,
05:04qui est absolument critique pour toutes les compagnies aériennes.
05:08Donc, on considère, dans les tactes de nos informations,
05:10jusqu'au mois de septembre, on a une bonne visibilité,
05:14une garantie que nous pourrons continuer d'opérer nos vols.
05:17Mais à quel prix ?
05:18Parce qu'on sait, vous l'avez un peu évoqué tout à l'heure,
05:20qu'une compagnie, déjà Transavia, la low cost d'Air France,
05:23a annoncé la suppression de 400 vols à cause du prix du kérosène.
05:28Est-ce qu'il faut s'attendre, est-ce que les auditeurs doivent s'attendre
05:30à d'autres suppressions de vols d'ici l'été ?
05:31Alors, il faut quand même relativiser, parce que ça fait moins de 2%
05:34du programme de vol de Transavia.
05:36À ce jour, aucune compagnie n'a procédé à des ajustements massifs.
05:40À l'étranger, oui.
05:42En France, non.
05:43Et donc, ce sont plutôt des ajustements ciblés, ponctuels,
05:47au cas par cas, vol par vol,
05:48quand le coefficient d'emplissage du vol, par exemple,
05:52va s'annoncer là trop faible,
05:53et qu'à ce moment-là, il serait gravement déficitaire.
05:56Donc, aujourd'hui, si vous regardez l'état des lieux,
05:59je parle à date,
06:00les compagnies aériennes françaises
06:02maintiennent la totalité de leur programme de vol pour la saison été.
06:05Je vais vous dire, pour une raison très très simple,
06:07ce sont les deux mois les plus critiques pour les compagnies aériennes,
06:10c'est là où elles font leurs résultats de l'année,
06:12et donc, elles n'ont absolument aucun intérêt
06:15à abattre leur vol durant la saison été,
06:17qu'est la saison de pointe.
06:18Donc, des vols maintenus, mais avec des prix qui s'envolent,
06:20c'est à ça qu'il faut s'attendre ?
06:22Alors, attendez, des prix qui s'envolent,
06:23je voudrais qu'on relativise.
06:25Actuellement, on en est une centaine d'euros sur un long courrier.
06:28Bon, alors, je ne dis pas que c'est négligeable, absolument pas.
06:30Mais est-ce que ça va s'arrêter là ?
06:31C'est ça aussi la question qu'on pose.
06:33Alors, ça, je vais être très très honnête avec vous,
06:35ça ne s'arrêtera pas si le prix du pétrole continue de monter,
06:38parce que nous n'avons pas d'autres possibilités.
06:40Mais on a voulu rester mesuré
06:42dans la répercussion
06:44de ces hausses,
06:45parce qu'on ne veut pas casser la dynamique de la demande,
06:48et pour une raison extrêmement simple,
06:49c'est que la période actuelle, je vais vous dire,
06:51elle est absolument primordiale
06:53pour les engagements de vente de l'été.
06:55C'est durant la période où les Français achètent leur voyage.
06:58Donc, les compagnies aériennes
06:59n'ont pas intérêt à casser cette demande.
07:02On est déjà dans un climat d'incertitude.
07:04Vous voyez moins de réservations, par exemple,
07:06que l'an passé, à l'heure actuelle,
07:07chez vous, à Corsair, par exemple.
07:08Alors, bon,
07:09j'ai la chance, si vous voulez,
07:10d'avoir un réseau
07:12sur des destinations de report.
07:14Donc, les Antilles marchent très fort,
07:16la Réunion marche très fort,
07:17l'île Maurice aussi,
07:18et l'Afrique n'est pas affectée.
07:20Donc, moi, j'ai un réseau un peu spécifique.
07:22Je peux vous dire que la dynamique commerciale,
07:24elle ne s'est pas arrêtée.
07:26En revanche, si on regarde au niveau global,
07:28on peut penser que les Français, effectivement,
07:29vont choisir plutôt des destinations
07:31de plus grande proximité,
07:33l'Hexagone,
07:34toujours les quatre grandes destinations,
07:36vous savez,
07:37gagnantes qui sont l'Espagne,
07:39le Portugal,
07:40la Grèce et l'Italie,
07:42plus, ce que je vous disais,
07:43des destinations de report.
07:44Donc, on ne constate pas
07:48un affaiblissement marqué de la demande,
07:51mais un attentisme plus grand,
07:53les Français attendant de voir
07:54quelle est la situation.
07:55Et ils ont le temps d'attendre
07:56pour acheter leur billet ?
07:57Alors, le conseil que je donnerais,
07:59c'est quand même d'acheter son billet maintenant,
08:01parce qu'effectivement,
08:02là, pour l'instant,
08:02je vais vous dire,
08:03tant que le prix du pétrole
08:04reste à ce niveau,
08:05et même qu'il continue d'augmenter
08:06suite aux déclarations
08:08de Donald Trump-Pierre,
08:09effectivement,
08:10la répercussion,
08:10elle est inévitable.
08:12Il y a des gens
08:13qui ont déjà acheté un billet
08:14chez Volotea,
08:16une compagnie
08:17qui a décidé de mettre en place
08:19le Fair Travel Promise,
08:20la promesse d'un voyage
08:21au prix juste,
08:22si on peut le traduire comme ça.
08:24Très concrètement,
08:25cette mesure,
08:25présentée comme exceptionnelle
08:26et temporaire,
08:27permet d'augmenter
08:29le prix du billet
08:30après son achat
08:32en se basant sur le prix du pétrole
08:347 jours avant le décollage.
08:36Est-ce que ça peut faire des émules ?
08:38Est-ce qu'il faut s'attendre maintenant
08:39avoir son prix du billet
08:41augmenté,
08:42même après l'avoir acheté ?
08:43Parce que ça choque un peu
08:44son procédé.
08:44Alors,
08:45je n'ai pas commenté
08:46les décisions prises
08:47par une autre compagnie aérienne.
08:49Chacune est libre,
08:50bien sûr,
08:50d'avoir sa propre politique
08:51et commerciale.
08:52Je peux vous dire
08:52que chez Corsair,
08:53on ne fera pas ce genre,
08:55on ne fait pas ce genre de pratique.
08:57Si vous achetez votre billet,
08:58il n'y aura aucune réindexation
09:00à la hausse par la suite.
09:01Et pour l'instant,
09:02c'est la politique commerciale
09:03suivie par la quasi-totalité
09:05des compagnies aériennes
09:06à ce stade.
09:07Mais il faudra bien lire
09:08les conditions de vente du billet
09:10quand on achètera pour cet été
09:11pour ne pas se faire surprendre.
09:12Bien sûr,
09:12bien sûr.
09:13Merci beaucoup,
09:14Pascal Isagir,
09:16PDG de Corsair
09:16et président de la FNAM.
09:18Merci d'être venu ce matin
09:19sur RTL.
09:19Merci à vous.
09:20Merci à vous.
09:21On se retrouve demain, Céline.
09:21Au revoir.
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