00:00Thomas Soto, RTL Matin.
00:03Il est 7h42, il est le premier secrétaire du Parti Socialiste.
00:06Olivier Faure est donc l'invité d'RTL Matin.
00:08Bonjour et bienvenue sur RTL, Olivier Faure.
00:09Bonjour à vous, Thomas Soto.
00:10La guerre est donc profitable à Total, avec ses bénéfices en hausse de 51% sur un an.
00:15Total qui, dans la foulée, a annoncé une hausse de 5,9% des dividendes reversés aux actionnaires.
00:20Non, ces résultats n'ont rien de choquant, disait à l'instant François Langlais.
00:24Est-ce que vous êtes d'accord avec lui ?
00:25Est-ce que vous faites partie des démagogues que dénonçait François à l'instant ?
00:30Est-ce que vraiment la question mérite d'être posée ?
00:35Mais enfin, vous en connaissez la réponse.
00:37Évidemment, je ne suis pas d'accord avec François Langlais.
00:39Dire que si les Français veulent vivre au mieux, qu'ils lui viennent tous actionnaires d'Ototal,
00:44j'avoue que j'ai été un peu sidéré par l'éditorial économique de François Langlais ce matin.
00:51La réalité, c'est que l'indécence de cette situation,
00:56je ne dis pas que les entreprises ne doivent pas être profitables,
00:58elles doivent l'être.
00:59Mais comment imaginer qu'une entreprise tire des bénéfices
01:04simplement liés au fait qu'il y a une guerre illégale
01:06qui est menée aujourd'hui par Donald Trump au Proche-Orient ?
01:10Pourquoi vous appellez le mot indécence ?
01:11Ce n'est pas indécent pour une entreprise de gagner de l'argent.
01:14Non, mais en revanche, gagner de l'argent parce que la guerre existe,
01:19parce qu'il y a des gens qui aujourd'hui en souffrent,
01:21oui, il y a une forme d'indécence.
01:23Et je dois dire que dans notre histoire, en France, à chaque grand moment,
01:27à chaque grande guerre, en réalité, 1914-1918, 1939-1945,
01:32à chaque fois, l'État a toujours considéré que ceux qui avaient profité de la guerre
01:37devaient contribuer au redressement du pays.
01:40Ça a été vrai à chaque étape et on a considéré, même à la fin de la Seconde Guerre mondiale,
01:45qu'on revenait sur tous les profits qui avaient été considérés comme, en réalité, indignes
01:50pendant toute la période de la guerre.
01:51Ils sont indignés, les profits de Total, aujourd'hui ?
01:53Oui, je pense que quand on profite de la guerre et quand on n'a rien fait de particulier,
01:58il n'y a pas un génie particulier qui soit attribuable à cette hausse des bénéfices de Total.
02:04Il n'y a pas eu une innovation technologique quelconque.
02:08Il n'y a aucun souffle nouveau qui vient justifier le fait qu'il gagne davantage d'argent.
02:13Quand une entreprise provoque une innovation de rupture,
02:17qu'elle est sur un marché où elle est la première logique à ce qu'elle gagne plus d'argent,
02:22là, qu'est-ce qu'ils ont fait de plus que d'habitude ?
02:24Vous dites quoi, Olivier ?
02:25Vous dites qu'il faut que Total reverse intégralement tout cet argent indu, si j'ai bien compris.
02:30Oui, en fait, ce que nous avons déposé comme proposition de loi hier
02:33avec Boris Vallaud, Philippe Brun, Estelle Mercier et les socialistes du groupe,
02:38nous avons déposé une proposition de loi
02:40qui est une proposition qui vise à taxer les super profits
02:44pour les entreprises qui font plus de 750 millions de chiffre d'affaires.
02:47Donc, les très grosses entreprises.
02:49Les très grosses entreprises.
02:50Ce serait comment, combien, très simplement ?
02:52Qu'est-ce qu'il y a dans cette proposition de loi ?
02:53Total, ce serait 2 milliards.
02:54Ça veut dire simplement qu'en fait, quand on prend la moyenne des trois dernières années,
03:00on regarde ce qu'était le chiffre d'affaires et quel était le bénéfice habituel,
03:05et sur cette moyenne-là, quand on a dépassé cette moyenne de plus de 1,2, plus 1,5, etc.,
03:11avec des taux progressifs, eh bien là, on est taxé à 20, 30 ou 40%.
03:15Ça serait rétroactif ou pas ? Parce que normalement, une loi n'est pas rétroactive.
03:18Ça ne peut pas être rétroactif, mais...
03:19Donc, c'est à partir du moment où elle est votée ?
03:21Oui.
03:21D'accord. Donc, ça ne taxerait pas les profits dont on parle ce matin ?
03:25Pas ceux-là ?
03:26C'est difficile de revenir en arrière.
03:28Mais la réalité, c'est qu'il faut la faire vite.
03:30C'est une proposition d'intérêt général.
03:31Et je souhaite qu'effectivement, on puisse la faire adopter rapidement pour une raison simple.
03:36C'est que cet argent-là, de la même façon que l'État s'est engagé par la voix du
03:40Premier ministre
03:41à ce que les taxes, les sur-taxes reçues, perçues grâce à l'augmentation du prix du baril,
03:48eh bien, en fait, cet argent sera intégralement redistribué en direction des grands rouleurs,
03:53de toutes celles et ceux qui ont besoin de leur voiture.
03:55Donc, avec des aides ciblées.
03:55Avec des aides ciblées, avec, je pense, aux infirmières libérales,
03:59je pense à toutes celles et ceux qui sont aides à domicile,
04:02je pense aux taxis, je pense à tous ceux qui ont besoin de leur véhicule.
04:05J'habite à 45 km de Paris.
04:08Eh bien, dans ma circonscription, les gens font la navette, pour une part d'entre eux en tout cas,
04:13entre Paris et la Grande Couronne.
04:16Et ça suppose qu'à un moment, ces gens-là soient aidés, accompagnés,
04:19parce que ça pèse lourd.
04:20Et puis, au-delà de tout ça, c'est vrai aussi qu'il va falloir se poser la question des
04:23salaires.
04:24Parce que le vrai sujet, on parle souvent du pouvoir d'achat,
04:28mais le poids d'achat, il peut très bien augmenter facialement,
04:32mais en réalité, le reste à vivre, ce qui nous est disponible après les dépenses contraintes,
04:37il peut, lui, diminuer en même temps.
04:39Et donc, il va falloir qu'à un moment aussi,
04:41on se pose la question de ce qu'est le reste à vivre des Français aujourd'hui.
04:44Et donc, ça supposera aussi que les entreprises,
04:46et je pense notamment à la question du SMIC, mais pas exclusivement,
04:49il va falloir que les entreprises comprennent aussi qu'elles ont des salariés
04:52qui, aujourd'hui, tirent la langue.
04:53Et à ceux qui disent, à propos de Total en substance,
04:55attention, c'est un jeu dangereux, vous voulez taxer vos Total de 2 milliards,
04:58si j'ai bien compris, si vous les embêtez, ils vont partir,
05:01ils vont mettre le siège social de Total à l'étranger.
05:03À l'instant, sur TF1, la porte-parole du gouvernement,
05:06Maude Bréjean, dit avoir un pétrolier national,
05:08c'est aussi un outil de souveraineté pour le pays.
05:12Mais moi, je crois au civisme, y compris de Patrick Pouyanné.
05:15Je ne crois pas que c'est une entreprise française,
05:20c'est une entreprise qui fait partie de notre quotidien depuis si longtemps,
05:23et je n'imagine pas, à chaque fois, c'est toujours la même histoire qu'on nous raconte,
05:28les grands patrons vont partir, les sièges aux cheveux vont s'exporter, etc.
05:32La vérité, c'est qu'heureusement, même ces gens-là savent très bien
05:35qu'ils peuvent ne pas augmenter les dividendes de 6%.
05:38C'est possible.
05:39Et ils savent très bien qu'y compris leurs actionnaires ne les quitteront pas
05:42parce que ce sont des entreprises qui sont très profitables.
05:44C'est du cinéma ?
05:44Et donc, il y a beaucoup de cinéma autour de tout ça.
05:46Et la réalité, c'est qu'il n'y a aucun risque de voir Total s'enfuir où que ce
05:52soit.
05:53Total dit, on les partage les bénéfices puisqu'on a bloqué les prix.
05:55Et c'est vrai que ce sont les seules stations-service
05:57où les prix du diesel et du sans-plomb sont plafonnés.
06:01Ce n'est pas suffisant ?
06:02Ils vont annoncer la prolongation pour le mois de mai de ce plafonnement ?
06:05Ce n'est pas suffisant.
06:06La preuve en est, c'est qu'ils ont réalisé des bénéfices extraordinaires.
06:09Parce que, enfin, on ne va pas entrer dans la technique trop, mais en réalité, c'est
06:16parce que Total a été habile en achetant tôt des flux de pétrole disponibles.
06:26Et donc, quand le cours...
06:28On ne peut pas leur reprocher de mal gérer, on ne peut pas leur reprocher d'être habiles.
06:30Mais on ne peut pas leur reprocher quoi que ce soit, on ne peut pas leur reprocher l'habileté.
06:34Moi, ce que je dis simplement, c'est que leur part de civisme, c'est que quand un pays va
06:37mal,
06:38quand les Français vont mal, les entreprises qui sont très profitables,
06:41elles doivent contribuer en acceptant une accession de leurs super profits.
06:45Emmanuel Macron a appelé le gouvernement à réfléchir à de nouvelles réponses.
06:48Le Premier ministre Sébastien Lecornu a dit à peu près la même chose.
06:52Pourquoi ne pas baisser les taxes sur le carburant ?
06:54Il y avait à l'époque une baisse sur la TIPP, qui a changé de nom aujourd'hui,
06:59mais c'est le même principe.
07:01Et sous Lionel Jospin, en 2001, cette TIPP avait été baissée,
07:05et ça avait fait baisser le prix du litre de 60 centimes, je crois, à l'époque.
07:08Pourquoi ne pas retourner dans ce dispositif ?
07:14Si vous voulez qu'on entre dans la technique, on peut le faire.
07:18Non, ce n'est pas technique, c'est politique.
07:19Oui, mais la réalité, il y a deux réalités.
07:21Il y a une réalité technique dans laquelle on ne rentrera pas,
07:24et il y a une deuxième réalité, c'est qu'en fait, on peut réinstaller un bouclier tarifaire.
07:28Mais le bouclier tarifaire, il se compte en milliards.
07:31Or, vous l'avez compris, l'État ne récupère pas des milliards.
07:34170 millions pour l'instant, d'après ce que dit le gouvernement.
07:37Donc, on est très très loin d'avoir cette capacité-là.
07:40Et moi, je veux bien qu'on dise que désormais, la seule priorité, c'est le prix du carburant,
07:44qu'on prend des mesures générales qui profiteront aussi bien à celui qui roule en SUV
07:48qu'à celui qui a une voiture qui lui permet d'aller travailler et qui est une voiture modeste.
07:54Et donc, on a des mesures d'ordre général.
07:56Moi, je prône des mesures qui soient ciblées sur celles et ceux qui en ont réellement besoin.
08:01Donc, ce qui a commencé à faire le gouvernement, mais de manière amplifiée.
08:04Oui, c'est ça ?
08:05Oui, bien sûr.
08:05Qu'il y ait un plus grand nombre de bénéficiaires, que ce soit sur une durée plus longue.
08:08Parce que malheureusement, ce que l'on comprend désormais, c'est que la crise va durer.
08:13Et que ce que Donald Trump vient de déclarer, c'est-à-dire qu'il pense bloquer les redormuses pendant
08:18plusieurs mois.
08:20Et donc, les conséquences vont être terribles.
08:22Chacun l'a bien compris.
08:24Et donc, ça suppose qu'on prenne des mesures qui soient aussi très redistributives.
08:28Donc, d'abord en direction de celles et ceux qui en ont besoin.
08:31Et non pas en direction de ceux qui peuvent, malgré tout, payer un carburant plus cher.
08:34Olivier Faure, cette crise va durer et va peser sur la campagne présidentielle qui vient.
08:38Il y a quelqu'un qui se sent de plus en plus à l'aise dans cette pré-campagne.
08:41C'est François Hollande.
08:42Est-ce que vous pourriez vous effacer devant lui ?
08:43Est-ce que ça pourrait être le candidat qui met tout le monde d'accord chez les socialistes ?
08:46Je doute que ce soit celui qui met tout le monde d'accord.
08:49Mais moi, je n'ai aucun problème avec quiconque dès lors qu'il passe par un mode de sélection que
08:55tout le monde comprend.
08:55La primaire.
08:56La primaire.
08:57Vous y participerez, vous, ou pas ?
08:59Mais je ne sais pas encore ce que je ferai.
09:01Ce que je veux dire, c'est que moi, je suis...
09:03Vous ne savez pas ce que vous ferez.
09:04Moi, je plaide.
09:05Non, parce que je plaide pour qu'il y ait un mécanisme qui conduise à un candidat commun de la
09:09gauche hors élefi.
09:10Et donc, ce que je ne veux pas, c'est que nous reproduisions ce que nous avons connu déjà à
09:14trois reprises.
09:15Première reprise, enfin, première fois, c'était avec Lionel Jospin et le 21 avril 2002.
09:21Cinq, six, sept candidats de gauche au premier tour, aucun au second.
09:24Et l'extrême droite qui nous remplace.
09:27Eh bien, moi, je souhaite que cette fois-ci, il y ait un seul candidat de cette gauche réformiste, de
09:32cette gauche démocratique et écologique.
09:34Et ça suppose qu'à un moment, on se mène d'accord sur la façon d'y parvenir.
09:37Et moi, je vois cette multiplication.
09:39Mais on a, en fait, vous parlez de François Hollande, mais enfin, François Hollande, Bernard Cazeneuve, Raphaël Glucksmann,
09:44Louis Vallaud, Olivier Frommage, François Ruffin, Clémentine Autain.
09:49Enfin, ça ne peut pas durer.
09:51On ne peut pas continuer à désespérer les Françaises et les Français en multipliant les ambitions.
09:55Et en n'ayant pas le moyen, à un moment, d'arriver à quelque chose de clair, de simple.
10:00C'est qu'il y aura un seul ou une seule candidate pour cette élection, pour l'espace que nous
10:05représentons.
10:05Rapidement, demain 1er mai, est-ce que vous pourriez aller acheter de la viande chez ce boucher,
10:09qu'on entendait dans le journal de 7h sur RTL, qui va ouvrir demain en ne respectant pas la loi
10:13?
10:13Est-ce qu'il faudrait lui mettre une amende à ce monsieur ?
10:15Oui, moi je crois au respect de la règle.
10:19Et la règle, c'est que le 1er mai, qui est le seul jour qui est entièrement chômé par quasiment
10:24tous les Français,
10:25en dehors de ceux qui ont des activités, notamment dans les services publics, qui sont indispensables.
10:30Mais la vérité, c'est que ce jour-là est un jour, j'allais dire sacré, n'exagérons pas.
10:34Mais enfin, en tout cas, c'est un jour qui a été balisé, parce qu'il est le jour où
10:38nous rendons hommage à la fois au combat,
10:41celles et ceux qui n'ont pas mis un droit du travail, qui sont un droit du travail qui permet
10:46de protéger les salariés.
10:47Et puis en même temps, c'est aussi le jour où on fête les travailleurs, et non pas simplement le
10:52travail.
10:52Merci beaucoup Olivier Ford d'être venu.
10:53Merci.
Commentaires