00:00La parole est au Président Patrick Cannaire pour le groupe socialiste, écologiste et républicain.
00:08Monsieur le Président, Monsieur le Premier Ministre, permettez-moi de vous parler d'une France dont on parle peu,
00:13celle des travailleurs qui prennent leur voiture chaque matin parce qu'ils n'ont pas d'autre choix,
00:17celle de nos concitoyens ruraux et périurbains pour qui le plein coûtait déjà trop cher et qui aujourd'hui payent
00:2250 centimes de plus le litre de gazoil,
00:25celle de ces femmes et de ces hommes contraintes de renoncer à se déplacer pour se faire soigner,
00:29car oui, il y a de véritables drames humains qui frappent nos territoires à bas bruit.
00:35L'enlisement de la guerre au Moyen-Orient a mis le feu aux poudres, mais cette poudre, vous l'avez
00:39accumulée depuis 9 ans.
00:40Oui, Monsieur le Premier Ministre, vous êtes comptable de ces 9 années de politique salariale indigente,
00:45du creusement des inégalités et de l'aggravation de la pauvreté dans notre pays.
00:48Pire, vous avez asséché les leviers financiers de l'État, la puissance publique n'a plus les moyens d'agir
00:54en faveur de ceux pour qui ce choc pétrolier devient insupportable.
00:58Alors que nous allons célébrer le 9e 1er mai, sous votre majorité, les Français défileront avec colère et amertume.
01:05Alors, le gouvernement répond dans la confusion.
01:08Madame Bréjon déclare que les prix doivent baisser, Monsieur Lescure brandit un décret de plafonnement des marches sur les distributeurs,
01:14puis recule, alors même que les chiffres sont là, ils sont implacables.
01:18Depuis le début de la crise, les marges brutes des géants du pétrole se sont envolées de manière indécente.
01:24Quand certains se privent, d'autres engrangent, prospèrent tranquillement.
01:30Face à cela, les salariés, les agriculteurs, les travailleurs indépendants veulent des réponses structurelles
01:34avec une revalorisation significative des revenus, un filet de sécurité énergétique pérenne
01:39et non pas des mesures ponctuelles, véritables inventaires à la prévère des impuissances.
01:44Le mouvement des Gilets jaunes est né dans une station-service.
01:47Et aujourd'hui, notre pays est au bord d'une nouvelle explosion sociale.
01:49Monsieur le Premier ministre, ne reproduisez pas les mêmes erreurs face à une crise
01:53qui percute de plein fouet des millions de ménages.
01:55Quelles mesures structurelles allez-vous enfin prendre pour que le travail paye en France
01:59et que les plus modestes n'aient pas à choisir entre l'essence et la nourriture ?
02:05Pour vous répondre, la parole est à Monsieur le Premier ministre.
02:08Vous avez la parole.
02:09Merci beaucoup, Monsieur le Président du Sénat.
02:11Mesdames et Messieurs les sénatrices, sénateurs, Monsieur le ministre, Monsieur le Président Cannaire.
02:18Je vais répondre et prendre peut-être un tout petit peu de temps pour être complet sur l'ensemble des
02:22aspects de votre question.
02:24Je reste persuadé que la situation...
02:26Enfin, nous savons tous, et c'est relayé sur l'ensemble des bancs ici, que la situation, elle est très
02:31difficile, évidemment, pour nos concitoyens et nos concitoyens.
02:34Nous sommes tous connectés à nos territoires.
02:35Et évidemment, plus la guerre, parce qu'on parle quand même d'une guerre, dure, plus les effets de cette
02:40guerre sont difficiles, évidemment,
02:42pour le portefeuille des Françaises et des Français.
02:45Et d'ailleurs, pour l'ensemble de notre économie, sans détacher de l'hommage que le Président du Sénat a
02:50fait au début de cette séance,
02:50pour nos soldats morts au Liban.
02:52Et donc, quand même, ce n'est pas pour se dissocier de votre propos, mais je pense qu'il ne
02:56faut pas qu'on cache aux effets des Françaises et des Français
02:59des effets des deux guerres que nous connaissons.
03:01L'Ukraine, d'une part, qui continue, dont on parle trop peu, et du Moyen-Orient, d'autre part.
03:05La deuxième des choses, c'est que c'est une crise des prix.
03:08C'est une crise d'une inflation importée.
03:11Ce n'est pas une crise, pour l'instant, des capacités de production au Moyen-Orient.
03:16C'est donc une crise de la circulation maritime.
03:19Qu'est-ce qu'on est en train de payer en ce moment ?
03:20De toutes les évidences, le fait que les négociations entre les belligérants s'enlisent, patinent.
03:27Et ça se sent tout de suite, évidemment, sur le cours des marchés.
03:30Je voulais juste quand même commencer par là, parce que je pense que les Françaises et les Français sont plein
03:34de bon sens.
03:34C'est un peuple politique.
03:35C'est un peuple qui regarde aussi la géopolitique et qui voit bien que les dérèglements du monde s'imposent
03:39à nous
03:40et que, malheureusement, nous payons nos dépendances en matière d'hydrocarbures.
03:43Et à la rigueur, si vous me considérez comme étant responsable de quelque chose depuis 9 ans,
03:48avec regret, je le dis, c'est que nous ne soyons pas allés beaucoup plus vite pour sortir d'un
03:51certain nombre de cette dépendance.
03:52Et donc, il ne faudra pas reproduire les mêmes erreurs.
03:55Deuxième aspect de votre question, et au fond, ça monte dans le débat public.
03:59Et merci d'avoir pris la tonalité rigoureuse qu'on vous connaît pour me poser cette question.
04:03C'est à qui profite la crise ?
04:05Et la question, elle est posée.
04:07Qui profite de tout ce qui se passe ?
04:10La première des choses, déjà, c'est l'État.
04:13Et vous le voyez bien, l'extrême droite introduit de plus en plus l'idée, au fond,
04:16que le grand gagnant de cette crise serait l'État.
04:19Alors, présenter l'État comme si c'était une entreprise comme les autres,
04:21ce n'est pas une entreprise.
04:23Présenter l'État comme s'il ne nous appartenait pas à tous,
04:25c'est quand même, d'un point de vue républicain, un tout petit peu curieux.
04:28Mais enfin, le débat est là.
04:30Et la suspicion, au fond, s'installe en se disant,
04:32à chaque fois qu'on va à la pompe,
04:35lentement mais sûrement, on remplirait les caisses de l'État.
04:38On sait qu'il y a deux types de taxes.
04:39Une taxe, évidemment, sur les volumes, l'Axis,
04:42et une taxe sur le prix en tant que tel, la TVA.
04:47Et donc, je profite de votre question pour déjà donner cette clarification
04:49devant la représentation nationale,
04:51parce que des chiffres surréalistes circulent ici ou là.
04:55Le fameux surplus, que d'aucuns qualifieraient de cagnotte,
04:59je mets des guillemets sur cette affaire,
05:01du début de cette guerre, fin février, début mars, au 20 avril,
05:06il y a quelques jours, le surplus est de 170 millions d'euros de fiscalité.
05:11Et donc, ce que je vous propose,
05:13non pas pour protéger le gouvernement, nous sommes de passage,
05:16mais l'État, parce que pour le coup,
05:17vous l'avez incarné comme ministre,
05:18d'autres après nous l'incarneront,
05:20ayons aussi quand même cette humilité,
05:21ce que je vais faire, c'est que chaque euro de fiscalité,
05:25de surplus de fiscalité,
05:27prélevé pour les Français à la pompe,
05:30vont être affectés aux mécanismes d'aide directe
05:34que nous mettons en place.
05:34Comme ça, on met derrière nous l'idée délétère pour la République
05:39que l'État serait en train de profiter de la crise.
05:41C'est une très mauvaise chose pour le pacte social.
05:44Sous-titrage Société Radio-Canada
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