- il y a 11 heures
7 mai 1995, après deux tentatives infructueuses, Jacques Chirac est enfin élu président de la République. Il a vaincu la gauche, mais il a surtout vaincu le pire des adversaires : Édouard Balladur son ami, son conseiller, l´homme qu´il a placé à Matignon deux ans plus tôt dans l´espoir qu´il lui prépare le terrain, et dont personne ne soupçonnait les visées élyséennes...
En 1995, la France a connu l´élection présidentielle la plus inattendue et la plus mouvementée de ces dernières décennies. Au coeur de la campagne, le combat fratricide entre ces deux hommes issus du même camp : Jacques Chirac et Edouard Balladur. Entre coups bas, mensonges et « affaires », toute la droite s´est déchirée comme rarement dans son histoire lors de cette bataille à ciel ouvert.
A base d´archives jubilatoires et d´interviews savoureuses avec les principaux protagonistes et observateurs de l´élection de 1995, cette comédie du pouvoir raconte un moment-clé de l´histoire de la Ve République, qui a tenu en haleine les Français au jour le jour.
Année de Production :
En 1995, la France a connu l´élection présidentielle la plus inattendue et la plus mouvementée de ces dernières décennies. Au coeur de la campagne, le combat fratricide entre ces deux hommes issus du même camp : Jacques Chirac et Edouard Balladur. Entre coups bas, mensonges et « affaires », toute la droite s´est déchirée comme rarement dans son histoire lors de cette bataille à ciel ouvert.
A base d´archives jubilatoires et d´interviews savoureuses avec les principaux protagonistes et observateurs de l´élection de 1995, cette comédie du pouvoir raconte un moment-clé de l´histoire de la Ve République, qui a tenu en haleine les Français au jour le jour.
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00:00:087 mai 1995, Jacques Chirac, patron du RPR et candidat de la droite, est élu président de la République.
00:00:18Dans les rues de Paris, il s'abandonne à l'ivresse de la victoire.
00:00:22Et quelle victoire ! Quelles épreuves ont duré !
00:00:31Il vient de battre Lionel Jospin, le candidat de la gauche, mais surtout au premier tour, il a triomphé dans
00:00:37le pire des combats politiques.
00:00:40Celui qu'il a mené contre son fidèle conseiller et ami de 30 ans, Edouard Balladur.
00:00:48En politique, chacun sait que les amitiés les plus solides ne résistent ni aux circonstances, ni aux ambitions.
00:00:58En se portant candidat, Edouard Balladur a brisé un tabou chez les gaullistes.
00:01:04Il a remis en cause la légitimité du chef.
00:01:10On peut donc s'interroger sur les raisons qui l'ont poussé, au prix de la trahison, à affronter celui
00:01:16dont il avait servi la cause pendant tant d'années.
00:01:38Tout commence sept ans plus tôt.
00:01:40Le 8 mai 1988, un soir d'élections présidentielles aussi.
00:01:45François Mitterrand vient d'être reconduit pour la seconde fois à la magistrature suprême.
00:01:51Et pour la seconde fois, Jacques Chirac est battu, cette fois lourdement.
00:01:56Derrière le sourire de façade, la potion est amère.
00:02:00Voilà le lion blessé, réfugié dans sa tanière à l'hôtel de ville de Paris, dont il est maire depuis
00:02:0510 ans.
00:02:05Nous étions sous le choc après la défaite de Jacques Chirac et le doute était dans tous les esprits.
00:02:14C'était un Chirac qu'on ne connaissait pas.
00:02:18Il semblait agar, lointain.
00:02:25On lui parlait, on avait l'impression qu'il n'entendait pas ce qu'on lui disait.
00:02:31C'est plus qu'un échec, c'est un traumatisme.
00:02:34Il se retrouve, Jacques Chirac, par terre, dans la poussière pleine, la bouche, chaos, déprimé.
00:02:39Il va à un moment même songer à abandonner quasiment la vie politique.
00:02:43Dans son propre camp, on dit beaucoup, il va nous emmener dans le mur.
00:02:48Il est trop énergique, trop à droite, trop énervé.
00:02:53Voilà, donc c'est une image assez ambivalente.
00:02:57Cette défaite de Jacques Chirac arrive après deux ans d'une cohabitation difficile avec François Mitterrand,
00:03:02dont il était le premier ministre entre 1986 et 1988.
00:03:08Édouard Balladur était alors son ministre de l'économie.
00:03:13Leur complicité remonte aux années 70.
00:03:17Tous deux jeunes énarques sont alors conseillers de Georges Pompidou, leur père en politique.
00:03:23Cette loyauté partagée est le ferment d'une amitié de 30 ans.
00:03:27Une amitié précieuse à Jacques Chirac au lendemain de cette défaite.
00:03:33À cette époque-là, il s'adore.
00:03:35On pourrait même dire qu'il s'aime carrément.
00:03:37C'était vraiment une entente, une entente merveilleuse.
00:03:41Ces deux hommes se complétaient.
00:03:42Au fond, Chirac avait une admiration éperdue pour Édouard Balladur.
00:03:46Jacques Chirac a besoin de quelqu'un qui le tire vers le haut et qui le considère comme intellectuellement supérieur
00:03:52à lui.
00:03:54Balladur avait une idée assez précise des qualités de Jacques Chirac.
00:04:02Il voyait bien le combattant, le militant, le gros travailleur.
00:04:09Mais il avait aussi senti les défauts.
00:04:10Il avait senti le côté un peu improvisé, un peu activiste.
00:04:14Et il a fait partie, je crois, de ces gens qui estiment qu'en fait, ils vont piloter le bel
00:04:21animal.
00:04:24Jacques Chirac ne prenait plus aucune décision sans se tourner vers Édouard.
00:04:28Chaque fois, il disait, on va demander à Édouard, il faudra voir ça avec Édouard.
00:04:32Tiens, allez voir Édouard pour ça.
00:04:33Édouard Balladur exigeait toujours de voir Jacques Chirac en tête à tête.
00:04:36Et on disait même à ce moment-là qu'il avait pris son cerveau en otage.
00:04:40Enfin, c'était vraiment une prégnance trop forte.
00:04:43Dans la perspective des élections législatives de 1993,
00:04:47qui s'annoncent compliquées pour les socialistes au pouvoir,
00:04:49le tandem Chirac-Balladur semble parfait pour gérer une probable cohabitation.
00:04:57Seulement voilà, Jacques Chirac, chef incontesté de la droite,
00:05:01n'est pas chaud pour devenir, encore une fois, le premier ministre de François Mitterrand.
00:05:08Jacques Chirac n'a pas voulu retourner en 1993 au charbon pour une raison simple.
00:05:14C'est qu'il avait fait le diagnostic toujours vérifié,
00:05:19que Matignon était finalement la plus mauvaise façon d'être un escalier vers la présidence de la République.
00:05:30On s'y faisait beaucoup d'ennemis, c'était quelque chose qui vous carbonisait.
00:05:35Et ça, je dirais que c'était l'expérience de la première cohabitation.
00:05:40Et cette expérience, il ne voulait pas la revivre.
00:05:44C'était une décision arrêtée.
00:05:45Et je crois que personne ne pouvait le faire revenir sur cette décision.
00:05:52Cette position irrévocable de Chirac place Édouard Balladur en pôle position pour accéder à Matignon.
00:05:58Il se prépare donc.
00:06:01Je me suis mis au travail pour réfléchir avec un certain nombre de personnes à l'avenir
00:06:09et à ce qu'il conviendrait de faire dans le domaine économique, social, de la sécurité, de la politique étrangère.
00:06:18Je crois que ce travail a été utile parce que j'avais assez clairement dans l'esprit ce que je
00:06:23voulais faire.
00:06:25Édouard Balladur loue des locaux dans Paris.
00:06:27Il constitue une équipe d'experts et de conseillers.
00:06:30Bref, il tisse sa toile.
00:06:32Le jeu d'Édouard Balladur a pu en troubler un certain nombre,
00:06:37d'autant qu'il apparaissait comme finalement le premier lieutenant de Jacques Chirac,
00:06:43procédant toujours avec une grande déférence à son égard.
00:06:49même si un certain nombre d'entre nous, plus habitués à la chasse politique ou à la chasse politique, s
00:06:59'en méfiaient.
00:07:00Cette méfiance, elle existait depuis longtemps et les contacts que j'avais pu avoir,
00:07:04les contacts personnels avec Édouard Balladur ne me faisaient que renforcer cette méfiance.
00:07:10J'ai essayé par tous les moyens de mettre en garde Jacques Chirac,
00:07:15mais il ne voulait pas l'entendre et il me disait « Non, tu te trompes ».
00:07:23Jacques Chirac avait toutes les raisons de croire qu'Édouard Balladur resterait le parfait lieutenant jusqu'au bout.
00:07:30Car trois ans plus tôt, en octobre 1990, dans l'émission d'Anne Sinclair,
00:07:35Édouard Balladur avait pris une sorte d'engagement.
00:07:38S'il doit y avoir une prochaine cohabitation, il serait souhaitable pour que le climat soit plus serein
00:07:44et la vie plus apaisée, que le premier ministre ne fût pas candidat à l'élection présidentielle
00:07:49et qu'ils le disent dès le départ.
00:07:51Je ne vois pas comment un homme pourrait se présenter devant les Français en 1993,
00:07:57leur dire « Je ne serai pas candidat dans deux ans » et l'être.
00:08:02Ce serait manquer à sa parole.
00:08:05Et s'il l'était, on lui en tiendrait rigueur et ce serait normal et justifié.
00:08:11Voilà ma réponse.
00:08:13– À propos des candidats déjà…
00:08:16– Pardon, je vous interromps, il ne faut pas abuser du cynisme en politique.
00:08:19Il faut aussi de temps à autre tenir ses engagements et être un homme de vérité.
00:08:24– Cette déclaration qui a été faite par Édouard Balladur à Anne Sinclair
00:08:28est une déclaration que nous avons entendue plusieurs fois
00:08:32dans le bureau de l'hôtel de ville de Jacques Chirac.
00:08:34Il était bien entendu qu'Édouard Balladur serait premier ministre
00:08:38mais qu'il ne serait pas candidat à l'élection présidentielle.
00:08:41Ça, c'était écrit dans le marbre.
00:08:44– Et je crois même que c'était ce que pensait aussi Édouard Balladur.
00:08:49que, allant à Matignon, il ne pense pas franchir une première étape
00:08:53pour monter ensuite à l'Élysée.
00:08:55Il est très heureux d'être premier ministre
00:08:57et il pense tout à fait légitime que ce soit à ce moment-là
00:09:02Jacques Chirac qui soit candidat présidentiel.
00:09:04– Quand je lui ai posé la question, d'ailleurs à Jacques Chirac,
00:09:07je lui ai demandé, mais est-ce que vous avez fait un pacte avec Édouard Balladur ?
00:09:11Et il m'a dit, ce n'était pas un pacte écrit, mais nous avions un engagement.
00:09:15Nous avions un engagement ensemble à lui, Matignon, à moi, à l'Élysée.
00:09:18– C'est un bobard.
00:09:22C'est un bobard qui a été complaisamment répandu.
00:09:27Je vais vous dire comment les choses se sont passées.
00:09:29Dans la conversation que nous avions eue le samedi,
00:09:32qui avait précédé le deuxième tour des élections législatives en 1993,
00:09:37Chirac m'avait dit, si vous êtes premier ministre,
00:09:42est-ce que vous soutiendrez ma candidature à l'élection présidentielle ?
00:09:46Et je lui avais répondu, mon soutien dépendra du soutien que vous apporterez vous-même
00:09:54à mon action à la tête du gouvernement.
00:09:57Voilà quel était le, je dirais, le décor.
00:10:01Le rideau s'ouvre enfin, la pièce peut se jouer.
00:10:04Elle commence par une défaite historique de la gauche aux législatives.
00:10:08Elle réalise son plus mauvais score depuis un siècle.
00:10:12Avec 247 députés, le RPR devient le premier parti de France.
00:10:17François Mitterrand doit se résoudre, pour la seconde fois, à une cohabitation.
00:10:23Il lui faut choisir un premier ministre.
00:10:25Comme Jacques Chirac a fait savoir qu'il n'accepterait pas Matignon,
00:10:29le choix est réduit.
00:10:34Il y avait un enthousiasme dans le pays, on ne parlait que de Balladur.
00:10:38Balladur était le sauveur, l'homme qui montait, etc.
00:10:44Et donc, il y avait...
00:10:46Mitterrand était très à l'écoute de tout ce qui se passait dans le pays.
00:10:49Et il s'est dit, au fond, c'est pas mal, ça fera un anti-Chirac.
00:10:53Mitterrand ne pouvait qu'appeler Balladur.
00:10:55Et dans ces conditions, les différentes familles de la droite
00:10:58le voient évidemment comme légitime.
00:11:01Il y a l'accord formel de Jacques Chirac,
00:11:04il y a la volonté de Balladur d'y aller,
00:11:06et il y a l'acceptation souriante de François Mitterrand.
00:11:10Le dimanche soir, le président de la République me dit
00:11:13« Vous allez demander à rencontrer Édouard Balladur,
00:11:19envoyez par moi, et vous me rendrez compte. »
00:11:22Édouard Balladur me reçoit le lundi matin, au Plaza.
00:11:27Édouard Balladur, lui, a une version un peu différente de cet épisode.
00:11:31Et donc, sans même avoir pris contact avec moi,
00:11:35M. Mitterrand a déclaré le soir à la télévision qu'il me nommait Premier ministre.
00:11:40Ce qui a fait que, je suis donc, il m'a invité à aller le voir le soir.
00:11:47M. Mitterrand m'a dit, au cours de notre conversation,
00:11:51qu'il ne serait guère plus qu'un notaire,
00:11:54et que c'est moi qui aurais l'essentiel des décisions.
00:11:58Alors, je lui ai répondu qu'il serait certainement davantage,
00:12:01et que mon intention était tout à fait de respecter ses attributions,
00:12:06dès lors que lui-même avait déclaré
00:12:10que la gestion de la politique d'étrangère et de défense
00:12:14était un domaine partagé.
00:12:17« Je confie, dès ce soir,
00:12:20la charge de Premier ministre
00:12:22à M. Édouard Balladur.
00:12:24Je souhaite
00:12:25qu'il soit en mesure de former
00:12:28une équipe gouvernementale
00:12:30solide et cohérente
00:12:32dans les plus brefs délais. »
00:12:36Édouard Balladur s'attèle aussitôt à cette tâche
00:12:39dans laquelle Jacques Chirac entend prendre sa part
00:12:41et placer ses hommes.
00:12:43« Soyez patient, soyez patient, c'est une vertue. »
00:12:49Jacques Chirac pensait
00:12:51qu'Édouard Balladur allait lui demander
00:12:56plus que des conseils.
00:12:58Jacques Chirac était même persuadé
00:13:00que le gouvernement allait se composer à la mairie de Paris.
00:13:04Et d'ailleurs, des listes
00:13:06avaient été faites
00:13:07où Jacques Chirac
00:13:10avait distribué les rôles
00:13:12parmi ses compagnons,
00:13:15ses amis.
00:13:16Évidemment, Édouard Balladur n'a rien demandé
00:13:19à Jacques Chirac.
00:13:19Il a composé son gouvernement
00:13:22qu'il est allé présenter à François Mitterrand.
00:13:25« J'ai tenu à ce que les choses
00:13:26fussent parfaitement claires dès le départ
00:13:29puisque M. Mitterrand
00:13:31m'a désigné un lundi soir
00:13:32et le mardi soir, mon gouvernement était fait,
00:13:35constitué,
00:13:37et je l'ai fait
00:13:38et je l'ai constitué
00:13:39sans demander
00:13:41l'avis de personne
00:13:43parce que j'estimeux
00:13:44que c'était ma responsabilité.
00:13:45Et dans ce gouvernement,
00:13:47on doit dire que la part
00:13:48qui était faite
00:13:49aux proches de Jacques Chirac
00:13:51était vraiment très faible.
00:13:53En dehors d'Alain Juppé,
00:13:55Jacques Toubon
00:13:56et Roger Romani,
00:13:58il n'y avait pas grand monde.
00:14:02Édouard Balladur n'a pas cherché
00:14:04à honorer les fidèles de Jacques Chirac.
00:14:06Il fait la part belle
00:14:07aux libéraux et aux centristes.
00:14:09Simone Veil à la santé,
00:14:11Pierre Meignery à la justice,
00:14:13François Lehotard à la défense.
00:14:15Charles Pasqua,
00:14:17homme clé du RPR,
00:14:18est promu ministre d'État,
00:14:20ministre de l'Intérieur.
00:14:22Et le jeune Nicolas Sarkozy
00:14:24obtient son premier poste ministériel
00:14:26au budget.
00:14:27Il est aussi porte-parole
00:14:29du gouvernement.
00:14:32À l'hôtel de ville de Paris,
00:14:34Jacques Chirac ronge son frein,
00:14:36tandis qu'à l'Élysée,
00:14:37François Mitterrand reçoit
00:14:38pour la première fois
00:14:39le gouvernement d'Édouard Balladur.
00:14:44Quand il a eu le premier conseil
00:14:46des ministres
00:14:46avec toutes les gens de droite,
00:14:48vous savez cette photo,
00:14:48on le voit où il est calé
00:14:50dans son fauteuil comme ça,
00:14:51puis il a l'œil noir
00:14:52et il regarde autour.
00:14:54Je lui dis,
00:14:54à quoi vous avez pensé ?
00:14:55Eh bien, je vais vous dire.
00:14:57Quand je l'ai vu,
00:14:58j'étais là, tout seul,
00:14:59je les ai regardés.
00:15:00Je me suis dit,
00:15:01qu'est-ce que je fais là ?
00:15:03Ou bien plutôt,
00:15:04qu'est-ce qu'ils feront là ?
00:15:10Dans une ambiance compassée et glaciale,
00:15:1330 ministres de droite
00:15:14entourent le président socialiste.
00:15:16Le silence se fait pesant
00:15:18avant que les caméras
00:15:19ne soient invitées
00:15:19à sortir de la salle.
00:15:21Certains jeunes nouveaux ministres
00:15:23trouvent quand même le temps
00:15:24de prendre la pause
00:15:25devant les photographes.
00:15:28Ce gouvernement rajeuni
00:15:30se met au travail
00:15:30avec un potentiel
00:15:31de satisfaction exceptionnel.
00:15:35Pour beaucoup,
00:15:36Baladur a le profil
00:15:37du sauveur tant attendu
00:15:39qui pourrait incarner
00:15:40une certaine politique libérale.
00:15:42C'est une lune de miel
00:15:43pour l'opinion.
00:15:45L'opinion a trouvé
00:15:46à droite
00:15:47quelqu'un qui soit
00:15:49à la fois assez modéré,
00:15:51assez visiblement compétent
00:15:53pour qu'il puisse
00:15:54se reconnaître en lui
00:15:56avec une certaine tranquillité.
00:15:58Et en même temps,
00:15:58il a une ligne directrice
00:15:59assez claire.
00:16:00Il veut continuer
00:16:01à construire une France
00:16:04raisonnablement insérée
00:16:05dans l'Europe.
00:16:06Il accepte la logique
00:16:07de la monnaie unie
00:16:08qui gère très habilement
00:16:10les choses.
00:16:11Et les Français comprenaient,
00:16:13savaient qu'en réalité,
00:16:15c'était quelque part lui
00:16:16qui avait raison.
00:16:17Je pense que les Français
00:16:18ont été sensibles
00:16:19au fait que je disais
00:16:21les choses telles qu'elles étaient.
00:16:23J'étais en face
00:16:24d'une situation difficile.
00:16:25Je vous rappelle quand même
00:16:26que nous avons connu
00:16:27une crise monétaire
00:16:28très grave.
00:16:29Je pense que le pays
00:16:30a eu le sentiment
00:16:31qu'on lui parlait
00:16:32le langage de la vérité
00:16:33et qu'on agissait
00:16:36conformément
00:16:37à ce qu'on avait dit.
00:16:38Cette orientation européenne
00:16:40et libérale du gouvernement
00:16:41agace Philippe Seguin,
00:16:43ténor de la droite sociale
00:16:44qui réagit frontalement.
00:16:46La préoccupation de l'emploi
00:16:48demeure seconde
00:16:50dans les choix
00:16:51qui sont effectués,
00:16:53reléguée qu'elle est
00:16:54après la défense
00:16:55de la monnaie,
00:16:56la réduction
00:16:57des déficits publics,
00:16:59le productivisme
00:17:00ou la promotion
00:17:01du libre-échange.
00:17:03Philippe Seguin
00:17:03vient de lâcher une bombe
00:17:04dans les pieds
00:17:05du Premier ministre
00:17:06deux mois à peine
00:17:07après son arrivée
00:17:08à Matignon.
00:17:11Édouard Balladur,
00:17:12bien sûr,
00:17:13a demandé immédiatement
00:17:14à Jacques Chirac
00:17:15de désavouer
00:17:17Philippe Seguin
00:17:18ce que Jacques Chirac
00:17:19n'a pas fait.
00:17:20Jacques Chirac
00:17:21fait des déclarations
00:17:22qui ne vont pas
00:17:22dans le sens
00:17:23de la solidarité
00:17:24avec le Premier ministre
00:17:25et avec le gouvernement.
00:17:27Et donc,
00:17:27Édouard Balladur,
00:17:28à ce moment-là,
00:17:29considère cela
00:17:29comme une trahison,
00:17:30comme une trahison
00:17:31de l'intérêt général
00:17:32et comme une trahison
00:17:33en plus tout court.
00:17:35Donc c'est à partir
00:17:36de ce moment-là
00:17:36que les relations
00:17:37commencent à se dégrader.
00:17:38Il s'est installé
00:17:39entre nous,
00:17:40je pense,
00:17:41une sorte
00:17:42d'incompréhension
00:17:43réciproque
00:17:45parce que
00:17:46je ne pouvais pas manquer
00:17:47de constater
00:17:49que souvent
00:17:50ce que je faisais
00:17:51était critiqué
00:17:54par les responsables
00:17:56du parti
00:17:56qu'il dirigeait.
00:18:01et d'autre part,
00:18:03lui,
00:18:03je pense,
00:18:06ressentait
00:18:06avec difficulté
00:18:08le fait
00:18:10qu'étant Premier ministre,
00:18:11j'entendais prendre
00:18:12mes décisions
00:18:13librement.
00:18:14Cette position
00:18:16se traduit rapidement
00:18:17et concrètement.
00:18:18Le Premier ministre
00:18:19ne prend plus
00:18:20Jacques Chirac
00:18:21au téléphone.
00:18:21Il y a une liaison
00:18:23ministérielle
00:18:24entre le Premier ministre
00:18:25Édouard Balladur
00:18:26et Jacques Chirac.
00:18:27Édouard Balladur
00:18:28mettra fin
00:18:29très, très rapidement
00:18:30et il n'aura même
00:18:31plus le moindre égard.
00:18:34Édouard Balladur
00:18:35ne le considérera pas,
00:18:36ne l'informera de rien.
00:18:38Nos contacts,
00:18:39nous en avions
00:18:40mais relativement rares
00:18:42si vous voulez.
00:18:43Il y avait
00:18:44un déjeuner
00:18:45de la majorité
00:18:46tous les mardis,
00:18:48je crois.
00:18:49Et puis,
00:18:49nous avions de temps
00:18:50à autre des conversations
00:18:51mais,
00:18:52soyons clairs,
00:18:54elles étaient
00:18:54de moins en moins
00:18:55chaleureuses.
00:18:56Voilà.
00:18:57Et c'est à partir
00:18:58de ce moment-là
00:18:58qu'il a compris
00:18:59qu'Édouard Balladur
00:19:01avait décidé
00:19:02de voler
00:19:03de ses propres ailes
00:19:04et qu'il serait
00:19:06certainement candidat
00:19:07à l'élection présidentielle.
00:19:10Mais,
00:19:12l'ayant compris,
00:19:14il nous a donné
00:19:15des instructions
00:19:16en disant
00:19:16surtout,
00:19:18ne jetez pas
00:19:19d'huile sur le feu.
00:19:20L'élection présidentielle,
00:19:22c'est autre chose.
00:19:23On verra
00:19:23le moment venu.
00:19:25Très vite,
00:19:26tout le monde
00:19:27va se rendre compte
00:19:28qu'Édouard Balladur
00:19:30ait bien décidé
00:19:31d'aller à la présidence.
00:19:33On se souvient,
00:19:35par exemple,
00:19:36de Nicolas Sarkozy.
00:19:37Quand il dit
00:19:38« on ne choisit pas
00:19:39entre papa et maman »,
00:19:40un journaliste
00:19:41qui lui demande
00:19:41qui il préfère
00:19:42pour l'élection présidentielle
00:19:44comme candidat
00:19:45de Jacques Chirac
00:19:46ou d'Édouard Balladur,
00:19:47le simple fait
00:19:48de ne pas dire
00:19:48tout de suite
00:19:49« mais bien sûr,
00:19:51c'est Jacques Chirac »,
00:19:51c'est déjà
00:19:53un signal faible
00:19:55qui montre
00:19:55qui montre
00:19:56bien les choses.
00:19:58En septembre 1993,
00:20:01lors des journées parlementaires
00:20:02du RPR à La Rochelle,
00:20:04la tension entre Chiracien
00:20:05et Balladurien
00:20:06est palpable.
00:20:12Mais l'état-major du RPR
00:20:14n'a alors qu'une obsession,
00:20:15sauver les apparences.
00:20:17Jacques Chirac s'y emploie
00:20:19avec le talent
00:20:19qu'on lui connaît.
00:20:22« Ceux qui s'inquiètent
00:20:24à l'idée que
00:20:26la discorde
00:20:28pourrait s'introduire
00:20:30entre Édouard Balladur
00:20:32et moi
00:20:32peuvent être
00:20:33tout à fait rassurés.
00:20:35Nos rapports
00:20:36ne s'inspiront
00:20:37jamais
00:20:38dans un contexte
00:20:40de concurrence.
00:20:41Le bal des hypocrites
00:20:43tourne à la farce
00:20:44lorsque les deux hommes
00:20:45marchent de concert
00:20:46devant les caméras
00:20:47de télévision.
00:20:54On veut organiser
00:20:56un cheminement
00:20:57pour bien montrer
00:20:58que les deux compères
00:20:59s'entendent toujours bien
00:21:00et que ce qui s'est raconté
00:21:02s'est exagéré,
00:21:03s'est excessif
00:21:04et chacun sera
00:21:05le moment venu
00:21:06dans son rôle.
00:21:07C'était une situation
00:21:08qui était un peu fausse
00:21:10si vous voulez,
00:21:10un peu difficile à gérer.
00:21:13Enfin, on en a à mon avis
00:21:14plus parlé
00:21:15qu'il n'était nécessaire.
00:21:17Alors, bien entendu,
00:21:18toutes les chaînes
00:21:19de télévision
00:21:20et tous les journaux
00:21:21ont pris les images
00:21:22et les photos
00:21:23de ce tête-à-tête
00:21:26entre Jacques Chirac
00:21:27et Édouard Balladur.
00:21:29Je dois dire
00:21:29que si on lisait
00:21:30les commentaires,
00:21:31on ne se faisait
00:21:32aucune illusion.
00:21:34Ce n'était
00:21:34qu'une apparence.
00:21:36Il y a quelque chose
00:21:36qui ne va pas.
00:21:37On sent
00:21:38que Balladur
00:21:39est sur une trajectoire,
00:21:41que Chirac
00:21:41ne la contrôle plus.
00:21:43Mais
00:21:44Chirac
00:21:45est-il même
00:21:46persuadé à ce moment-là
00:21:47que l'autre
00:21:48va y aller ?
00:21:49Pas sûr.
00:21:50Je n'avais pas l'intention
00:21:51de me présenter
00:21:51à l'élection présidentielle.
00:21:53Quand vous êtes arrivé
00:21:54à Matignon,
00:21:55vous n'aviez pas l'intention ?
00:21:56Absolument.
00:21:57Et ce qui m'en a convaincu,
00:22:00c'est,
00:22:00je vais vous dire
00:22:01ce que c'est,
00:22:01c'est la constatation
00:22:03qu'il y avait
00:22:03un désaccord de fond,
00:22:05finalement,
00:22:06sur la politique
00:22:07qu'il fallait mener
00:22:07pour notre pays.
00:22:09Fallait-il une réforme
00:22:10libérale
00:22:11pour le rendre plus fort,
00:22:12ce qui était
00:22:12ma conception ?
00:22:14Fallait-il au contraire
00:22:15continuer
00:22:16dans une politique,
00:22:17disons,
00:22:18étatiste et redistributrice
00:22:20qui négligeait
00:22:21les déficits
00:22:22et les réformes
00:22:24nécessaires
00:22:24pour les empêcher,
00:22:26ce qui était
00:22:27une autre politique ?
00:22:29Certes,
00:22:30c'est une guerre
00:22:30des droites
00:22:31qui se dessine.
00:22:38C'est aussi
00:22:39un conflit
00:22:39entre deux hommes
00:22:40qui,
00:22:40chacun de leur côté,
00:22:41se sentent trahis.
00:22:43Jacques Chirac,
00:22:44bien sûr,
00:22:46Édouard Balladur aussi.
00:22:48Il a compris
00:22:49que la machine RPR
00:22:50risque de jouer
00:22:51contre lui.
00:22:53Mais le temps presse,
00:22:54car la maladie
00:22:55de François Mitterrand
00:22:56progresse au point
00:22:57de faire croire
00:22:58à certains
00:22:58qu'il n'achèvera
00:22:59pas son mandat.
00:23:00Bonjour,
00:23:00Monsieur le Premier ministre.
00:23:01Bonjour,
00:23:02Monsieur le Président.
00:23:03Il a été souvent
00:23:05dans un état de santé
00:23:06qui rendait difficile
00:23:09une activité
00:23:10très forte
00:23:11par moments,
00:23:13je n'en ai jamais
00:23:14parlé
00:23:15à qui que ce soit
00:23:17et je n'ai jamais
00:23:18voulu,
00:23:19comment vous le dire,
00:23:19l'exploiter
00:23:20à mon profit,
00:23:21ce qui était
00:23:21parfaitement indécent.
00:23:23Il y a forcément
00:23:23à droite
00:23:24des gens qui se disent
00:23:25bon,
00:23:26François Mitterrand,
00:23:27il résiste,
00:23:27il tient le coup,
00:23:28il est courageux,
00:23:29mais il peut disparaître
00:23:30d'un jour à l'autre
00:23:31quand même.
00:23:32Donc,
00:23:32il faut qu'on soit prêt,
00:23:33peut-être sans attendre 95.
00:23:35Donc,
00:23:35ceux qui sont
00:23:37balladuriens
00:23:37et qui le deviennent
00:23:38de plus en plus
00:23:38au fur et à mesure
00:23:39que Balladur devient
00:23:39une option politique
00:23:40en tant que telle
00:23:41qu'on s'organise,
00:23:42vite,
00:23:43en tant que balladuriens.
00:23:45Ceux qui sont
00:23:45chirakiens
00:23:46et qui sont
00:23:48furieux,
00:23:49stupéfaits,
00:23:50en tout cas hostiles,
00:23:51cette montée en puissance
00:23:52de Balladur,
00:23:53il ne faut pas les laisser faire,
00:23:54il faut être pris aussi.
00:23:55Mais c'est Édouard Balladur
00:23:56qui se trouve
00:23:57dans la situation
00:23:58la plus favorable.
00:24:00Un président
00:24:01au seuil de sa vie
00:24:02dans le palais
00:24:02de l'Elysée,
00:24:03un Chirac
00:24:04sur la touche
00:24:05qui n'est plus écouté,
00:24:07une voix royale
00:24:08ou presque
00:24:08s'ouvre devant lui.
00:24:11Il a commencé
00:24:12par séduire
00:24:12les journalistes,
00:24:14puis les intellectuels,
00:24:15puis les élus
00:24:16et enfin
00:24:17tout ce qui comptait
00:24:18dans les appareils politiques.
00:24:19En leur promettant
00:24:21des postes,
00:24:22en leur offrant,
00:24:22puisque maintenant
00:24:23il avait Matignon,
00:24:24il s'est attaché
00:24:25à un certain nombre
00:24:25de fidélités.
00:24:26Nicolas Sarkozy,
00:24:27très vite avec
00:24:30Bazir,
00:24:31le directeur de cabinet
00:24:32d'Édouard Balladur,
00:24:35ont été en quelque sorte
00:24:36les moteurs
00:24:37de l'équipe
00:24:39de mise
00:24:40en place
00:24:41de la candidature
00:24:42d'Édouard Balladur.
00:24:44Alors c'était
00:24:44des déjeuners en ville
00:24:46qui se faisaient
00:24:47dans les grands restaurants.
00:24:49On parlait très haut,
00:24:50très fort
00:24:51pour que les tables voisines
00:24:53on puissent entendre
00:24:54les propos
00:24:55qui étaient tenus
00:24:56et ces propos,
00:24:57c'était
00:24:58Chirac est nul,
00:25:00il est foutu,
00:25:02il est complètement ramolli,
00:25:05Édouard,
00:25:06il est porté
00:25:06par le peuple,
00:25:08il a une popularité
00:25:09qui dépasse
00:25:09tout ce qu'on peut imaginer,
00:25:11ce qui n'était pas faux
00:25:12dans les apparences.
00:25:14Édouard Balladur
00:25:15essayait de nous séduire
00:25:16et il essayait
00:25:17de nous séduire
00:25:17en faisant du Chirac,
00:25:18mais n'est pas Chirac
00:25:20qui veut.
00:25:20Et je me souviens
00:25:22d'un déjeuner
00:25:23de parlementaires
00:25:23à Matignon
00:25:24qui ne manquait pas
00:25:25de sel,
00:25:26c'est le cas de dire
00:25:27« Nous voyons arriver
00:25:28à table
00:25:29un somptueux cassoulet
00:25:31servi dans des cassolettes
00:25:34de terre »
00:25:35et on se disait
00:25:36« Vraiment,
00:25:37c'est sympathique,
00:25:38on est bien reçu,
00:25:39on avait l'impression
00:25:40de se retrouver
00:25:40à la mairie de Paris
00:25:41avec Jacques Chirac.
00:25:43Patatras ! »
00:25:45« On voit arriver
00:25:46une assiette
00:25:47sur laquelle
00:25:48il était servi
00:25:49une petite noix
00:25:51de filet de bœuf
00:25:53sans sauce
00:25:53avec quelques haricots
00:25:55verts croquants
00:25:56et le Premier ministre
00:25:57se fait servir ce plat
00:25:59et on s'est tous regardés
00:26:01on se dit vraiment
00:26:02« Il nous prend
00:26:03pour des bouseux ! »
00:26:05Malgré ces maladresses évidentes,
00:26:07la méthode Balladur
00:26:08porte ses fruits.
00:26:09« Je suis pour Balladur »
00:26:12Même des Chirakiens convaincus
00:26:13changent de camp.
00:26:14Ils stimulent chez Balladur,
00:26:16s'il en est encore besoin,
00:26:17l'envie de se lancer
00:26:18dans la course.
00:26:21Il voyait des gens
00:26:23autour de lui,
00:26:25notamment parmi ses ministres
00:26:27qui étaient réputés
00:26:28proches de Chirac
00:26:29et qui lui disaient
00:26:31pratiquement tous les jours
00:26:32« Monsieur le Premier ministre,
00:26:34c'est à vous d'y aller.
00:26:36Jacques Chirac n'y arrivera pas,
00:26:37il va se prendre les pieds
00:26:39dans le tapis,
00:26:39il va faire une campagne
00:26:41incontrôlable.
00:26:42Avec vous,
00:26:43la France sera sûre,
00:26:44nous aussi. »
00:26:45Balladur a donné l'impression
00:26:49à Méhaniori,
00:26:50à Simone Veil,
00:26:51à Sarkozy,
00:26:52aux autres,
00:26:54qu'il était évidemment
00:26:56l'homme qui serait président,
00:26:58que c'était absolument
00:27:00inévitable.
00:27:01Et alors,
00:27:01s'agissant de Simone Veil,
00:27:03c'était très précis.
00:27:04Nous, moi j'étais
00:27:05dans la même situation qu'elle,
00:27:06nous avions des convictions,
00:27:08nous avions le sentiment
00:27:09que Balladur voyait
00:27:11juste pour le pays,
00:27:13qu'il savait la difficulté
00:27:15des réformes,
00:27:15il savait que les réformes
00:27:16seraient impopulaires,
00:27:17donc il était modeste.
00:27:19En réalité,
00:27:20ce qui est extravagant,
00:27:21c'est que la qualité de Balladur,
00:27:23c'était la modestie,
00:27:24l'humilité.
00:27:25Alors qu'il était jugé
00:27:26comme arrogant
00:27:27et vaniteux
00:27:28par les Français,
00:27:29ses qualités réelles
00:27:31étaient à l'opposé.
00:27:32Et Chirac,
00:27:33avec son air de tranche-montagne,
00:27:35était en réalité
00:27:36quelqu'un
00:27:36qui racontait des histoires.
00:27:39Jacques Chirac,
00:27:41le vétéran
00:27:41qui porte ses deux échecs
00:27:42à la présidentielle
00:27:43comme une croix,
00:27:45semble au bout du rouleau.
00:27:47Derrière lui,
00:27:48les rangs s'éclaircissent.
00:27:51C'était terrible
00:27:53de se rendre
00:27:53à l'hôtel de ville
00:27:54dans ces années-là
00:27:55pour aller visiter Chirac.
00:27:57Parce que,
00:27:58autant autrefois,
00:27:59avant,
00:28:00il y avait à l'hôtel de ville
00:28:01foule de courtisans
00:28:02qui se pressaient
00:28:03pour aller voir
00:28:04le futur président
00:28:05de la République,
00:28:06autant on trouvait
00:28:07ces grands salons déserts.
00:28:08Jacques Chirac
00:28:09était tout seul.
00:28:10Il était abandonné de tout,
00:28:12sauf comme il disait
00:28:13de son chauffeur,
00:28:14de sa fille,
00:28:14de Jacques Toubon
00:28:15et de Bernard Ponce
00:28:16et de quelques autres
00:28:16rares hommes
00:28:17qui étaient encore fidèles.
00:28:19Nous avons eu
00:28:19des moments de vide.
00:28:22Je dois vous dire
00:28:23que quand il me disait
00:28:26qu'il avait au sein
00:28:28du gouvernement
00:28:28des noirs maladurs
00:28:29de solide soutien,
00:28:31je lui disais
00:28:32« Tu peux me les énumérer ? »
00:28:34Je me souviens
00:28:35des journées parlementaires
00:28:37de Colmar
00:28:38en 1994,
00:28:40à la rentrée des vacances.
00:28:41C'était absolument épouvantable.
00:28:44J'ai assisté
00:28:45à une scène
00:28:46où c'était quasiment
00:28:48dans le désert
00:28:49autour de Jacques Chirac,
00:28:50désert des élus
00:28:51qui étaient là,
00:28:52sénateurs et députés,
00:28:54désert des journalistes
00:28:55qui n'attendaient
00:28:56qu'une chose,
00:28:57l'arrivée en vainqueur
00:28:58du Premier ministre,
00:28:59d'Edouard Balladur.
00:29:01Durant ces deux jours,
00:29:03l'hostilité est évidente
00:29:04entre les clans Chirac
00:29:05et Balladur.
00:29:07Il n'est plus question
00:29:08de faux-semblants.
00:29:09Les couteaux sont tirés
00:29:10et la haine se lit
00:29:11sur les visages.
00:29:13C'est Balladur
00:29:15qui passe à l'offensive.
00:29:16Ce qui fait
00:29:17une famille politique
00:29:20forte,
00:29:21au-delà des convictions
00:29:22partagées,
00:29:24c'est aussi
00:29:24le succès.
00:29:26Il faut nous souvenir
00:29:27des leçons du passé.
00:29:29La dernière fois
00:29:30qu'un gaulliste
00:29:31a été élu président
00:29:32de la République,
00:29:34c'était Georges Pompidou,
00:29:35c'était en 1969,
00:29:37c'était il y a
00:29:38un quart de siècle.
00:29:42C'est pour moi
00:29:44un souvenir
00:29:44assez difficile.
00:29:47Il était près de minuit.
00:29:49Jacques Chirac
00:29:50était assis tout seul
00:29:51sur un banc,
00:29:53devant l'hôtel.
00:29:55Et je m'assis
00:29:56à côté de lui
00:29:57et tous les deux,
00:29:59nous nous mettons
00:29:59à parler.
00:30:01Je lui ai dit
00:30:01« Tu devrais dire
00:30:02que tu ne vas pas pardonner
00:30:05à ceux qui t'auront trahi. »
00:30:09Et il m'a dit
00:30:10à ce moment-là
00:30:11« Je ne pardonnerai pas. »
00:30:15Les sondages
00:30:15en faveur de Balladur
00:30:17oscillent alors
00:30:17entre 25 et 30 %.
00:30:19Jacques Chirac
00:30:21et sa garde rapprochée
00:30:22sont atterrés.
00:30:25En voyant
00:30:27la montée
00:30:28inexorable
00:30:29d'Edouard Balladur
00:30:31dans les sondages
00:30:33et le fait
00:30:34que sa candidature
00:30:35devenait
00:30:36en quelque sorte
00:30:37quelque chose
00:30:38d'imparable.
00:30:40Un article
00:30:41dans Le Monde
00:30:42était paru
00:30:42avec Sarkozy
00:30:43disant
00:30:44« Il pourrait même
00:30:46être élu
00:30:46au premier tour
00:30:47s'il était seul candidat. »
00:30:51Tous les Chirakiens
00:30:51pressent Jacques Chirac
00:30:53de se prononcer
00:30:54et de dire
00:30:55qu'il est candidat.
00:30:56Jacques Chirac
00:30:57a annoncé sa candidature
00:30:59parce que nous l'avons
00:30:59un peu pressé
00:31:00le 4 novembre
00:31:031994
00:31:04dans la Voix du Nord.
00:31:06Au lendemain
00:31:07de son annonce
00:31:09de candidature
00:31:11les sondages
00:31:12étaient très mauvais
00:31:13pour lui
00:31:14et ils étaient
00:31:16très bons
00:31:17pour Edouard Balladur.
00:31:18La plupart
00:31:18des pronostiqueurs
00:31:19se disent
00:31:20« Bon,
00:31:20il est candidat,
00:31:21il va y avoir
00:31:22un match entre eux
00:31:23mais Chirac
00:31:25va perdre. »
00:31:26Donc malgré
00:31:26cette faveur
00:31:27des commentateurs
00:31:29sur le fait même
00:31:30de se présenter
00:31:31et la façon
00:31:31dont il le fait
00:31:32les pronostics
00:31:33ne sont pas bons.
00:31:35Les proches
00:31:36d'Edouard Balladur
00:31:36exultent
00:31:38et l'un de
00:31:38Charles Pasqua
00:31:39ministre de l'Intérieur
00:31:41donnent le coup de grâce
00:31:42une semaine plus tard.
00:31:44Cela devait être
00:31:45le 10 novembre
00:31:461994.
00:31:49J'étais seul
00:31:50avec Jacques Chirac
00:31:51dans son bureau
00:31:51de l'hôtel de ville.
00:31:53Il m'a dit
00:31:53« Charles vient
00:31:54de me téléphoner
00:31:55pour m'annoncer
00:31:56qu'un sondage
00:31:57va être publié
00:31:58demain matin
00:31:59qui me donne
00:32:0010%
00:32:03et en raison
00:32:04de l'amitié
00:32:05qu'il me porte
00:32:07il me conseille
00:32:08de me retirer.
00:32:09ça n'était pas
00:32:10très amical.
00:32:12Ça a fait mal
00:32:13à Jacques Chirac
00:32:14et je crois
00:32:15qu'il en a conservé
00:32:16la marque longtemps. »
00:32:19Ce n'est pas tout.
00:32:20Le 9 janvier
00:32:211995
00:32:22Jacques Chirac
00:32:23subit un nouvel affront.
00:32:26Mais cette fois
00:32:26c'est en direct
00:32:27à la télévision
00:32:28à une heure
00:32:28de grande écoute.
00:32:30« Quoi qu'il arrive
00:32:30j'irai jusqu'au bout
00:32:32dans cette campagne
00:32:32présidentielle
00:32:33M. Chirac.
00:32:35Vous n'avez pas
00:32:36l'intention
00:32:36de renoncer
00:32:37vous irez bien
00:32:37jusqu'au bout
00:32:38c'est la question
00:32:38c'est vrai
00:32:39que certains
00:32:39s'interrogent
00:32:41Vous parlez sérieusement
00:32:42ou vous faites
00:32:43de l'humour ?
00:32:44Certains se demandent
00:32:44de temps en temps
00:32:44de détermination
00:32:45quoi qu'il arrive.
00:32:47Écoutez
00:32:48soyons sérieux
00:32:48je vous en prie.
00:32:50M. Chirac
00:32:50Merci beaucoup.
00:32:53Dans la foulée
00:32:53le journal Le Monde
00:32:55publie un article
00:32:56du patron de la Soffresse
00:32:57un institut de sondage
00:32:58Le titre
00:32:59Pour l'opinion
00:33:01l'élection présidentielle
00:33:02est déjà jouée
00:33:04La presse a été
00:33:05en effet
00:33:06très baladurienne
00:33:07On avait le sentiment
00:33:09que les interviews
00:33:10de baladure
00:33:11la présentation
00:33:12quotidienne
00:33:13des faits et gestes
00:33:14de baladure
00:33:15était entourée
00:33:16d'enluminures
00:33:17ce qui n'était pas le cas
00:33:18pour les autres candidats
00:33:19Il y a eu
00:33:20comme ça
00:33:20une espèce
00:33:21d'homme en majesté
00:33:23sur son piédestal
00:33:25traversant
00:33:26marchant
00:33:26quasi sur l'eau
00:33:27et qui ne pouvait
00:33:29qu'aller vers
00:33:29une grande victoire
00:33:30et évidemment
00:33:31c'est une belle histoire
00:33:32à raconter
00:33:33Dans l'exaltation
00:33:34de cette montée
00:33:35en puissance
00:33:36Edouard Balladur
00:33:37annonce sa candidature
00:33:38depuis l'hôtel Matignon
00:33:40Nous sommes le 18 janvier
00:33:411995
00:33:43J'ai décidé
00:33:44de présenter
00:33:45ma candidature
00:33:47à la présidence
00:33:48de la République
00:33:48C'est la confiance
00:33:50de nos concitoyens
00:33:51maintenue depuis 20 mois
00:33:53C'est la nécessité
00:33:55du rassemblement
00:33:56le plus large possible
00:33:58des Français
00:33:58qui me détermine
00:34:00à solliciter
00:34:02leur suffrage
00:34:03La candidature
00:34:04de Balladur
00:34:05ne prend pas
00:34:06d'abord
00:34:08cette déclaration
00:34:08de candidature
00:34:09depuis l'hôtel Matignon
00:34:11On sait
00:34:12que c'est très difficile
00:34:14dans l'imagerie
00:34:15de l'opinion publique
00:34:16de passer
00:34:17de Matignon
00:34:17à l'Elysée
00:34:18et précisément
00:34:18il s'installe
00:34:20à Matignon
00:34:20et il s'installe
00:34:21en majesté
00:34:22dans les ors
00:34:23de la République
00:34:24comme si tout naturellement
00:34:26c'était à lui
00:34:27de passer
00:34:28d'un palais
00:34:28à l'autre
00:34:29Son discours
00:34:31n'est pas
00:34:31d'une clarté
00:34:32formidable
00:34:33On ne voit pas
00:34:35très bien
00:34:35à quoi correspond
00:34:36cette annonce
00:34:37de candidature
00:34:38Bref
00:34:39c'est une déception
00:34:41globale
00:34:42profonde
00:34:43Le clan Chirac
00:34:45se saisit
00:34:45de l'occasion
00:34:46pour prendre l'avantage
00:34:47A Bondy
00:34:48lors d'un meeting
00:34:49Philippe Seguin
00:34:50avec sa fougue habituelle
00:34:52ranime la flamme
00:34:53en brocardant
00:34:54le candidat Balladur
00:34:55présenté
00:34:56comme élu d'avance
00:34:58Cette élection
00:34:59quand vous mettrez-vous
00:35:01dans la tête
00:35:02qu'elle est finie
00:35:04avant même
00:35:05d'avoir commencé
00:35:09Le vainqueur
00:35:11le vainqueur
00:35:11a déjà été désigné
00:35:14proclamé
00:35:15fêté
00:35:17encensé
00:35:18adulé
00:35:21Il est élu
00:35:23il n'y a pas à le choisir
00:35:24il y a le célébré
00:35:28donc
00:35:28ça n'est pas la peine
00:35:30ça n'est plus la peine
00:35:32de vous déranger
00:35:34circulez
00:35:35il n'y a rien à voir
00:35:37Ces mots
00:35:38piquent au vif
00:35:39les français
00:35:39et le programme social
00:35:41de Chirac
00:35:41inaudible jusque là
00:35:43commence à prendre
00:35:47Jacques Chirac
00:35:48se démarque
00:35:50du coup
00:35:51du côté
00:35:51j'allais dire
00:35:52droite libérale
00:35:53que pouvait avoir
00:35:54Édouard Balladur
00:35:55lui il revient
00:35:56sur une sorte
00:35:56au fond
00:35:57de gaullisme
00:35:58de gauche
00:35:59la fracture sociale
00:36:01qu'il fallait réduire
00:36:02qu'il fallait combattre
00:36:03ça parlait
00:36:03à un beaucoup plus grand nombre
00:36:05qu'au fond
00:36:06la continuité
00:36:07dans la gestion du pays
00:36:09qu'incarnait
00:36:09Édouard Balladur
00:36:10Cette histoire
00:36:11de la fracture sociale
00:36:12ça a fait la différence
00:36:13non ?
00:36:15Je ne sais pas
00:36:16c'était une formule
00:36:17une formule
00:36:19je dirais
00:36:20à la fois
00:36:21heureuse et malheureuse
00:36:22heureuse
00:36:22puisqu'elle a plu
00:36:24et qu'elle a été efficace
00:36:26et puis malheureuse
00:36:27parce qu'on s'est aperçu
00:36:28ensuite
00:36:29que faute d'avoir
00:36:30une croissance suffisante
00:36:32parce qu'on ne remettait pas
00:36:33de l'ordre
00:36:34dans les affaires du pays
00:36:35la fracture sociale
00:36:37demeure et elle demeure
00:36:38encore plus aujourd'hui
00:36:39Mais pour l'heure
00:36:40la campagne bat son plein
00:36:42et les promesses
00:36:43du candidat Chirac
00:36:44portent leurs fruits
00:36:46On entrevoit
00:36:48une lueur
00:36:48le 28 ou le 29 janvier
00:36:50sur un instrument
00:36:51d'études
00:36:52qui nous appartient
00:36:53qui n'est pas du tout
00:36:55une intention de vote
00:36:57d'un sondage quantitatif
00:36:59publié dans la presse
00:37:00et c'est la première fois
00:37:01depuis des mois et des mois
00:37:02qu'on a cette lueur d'espoir
00:37:04la légitimité de Balladur
00:37:05supposait que Chirac
00:37:07n'avait aucune chance
00:37:07à partir du moment
00:37:09où Chirac n'avait aucune chance
00:37:10tout le monde disait
00:37:11ben oui
00:37:12c'est normal
00:37:13on va pas
00:37:14on doit gagner
00:37:15on va prendre celui qui gagne
00:37:16à partir du moment
00:37:17où ils étaient en concurrence
00:37:19c'est évident
00:37:20qu'il y avait un avantage
00:37:20de légitimité pour Chirac
00:37:22compte tenu
00:37:23des combats passés
00:37:23par rapport à Balladur
00:37:24et compte tenu
00:37:25de ce qu'à tort
00:37:26ou à raison
00:37:27l'opinion considérait
00:37:28que Balladur
00:37:29devait tout à Chirac
00:37:29le parcours électoral
00:37:31de Chirac
00:37:32prend un tour nouveau
00:37:33un livre
00:37:34la France pour tous
00:37:35un emblème
00:37:36le pommier
00:37:37transforme la figure
00:37:38du candidat
00:37:39et la télévision
00:37:40s'empare du personnage
00:37:42de façon inattendue
00:37:44putain j'ai une patate
00:37:45en ce moment moi
00:37:46je l'ai bouffée tous
00:37:47j'ai la niaque
00:37:48inouï
00:37:49oui oui
00:37:50donc vendredi soir
00:37:51vous avez présenté
00:37:52votre programme
00:37:52pour de Versailles
00:37:53ouais
00:37:54putain j'ai fait un carton
00:37:55moi inouï
00:37:56le carton que j'ai fait
00:37:57oui mais c'est normal
00:37:58il y avait que des gens
00:37:59du RPR
00:37:59ah ben justement
00:38:00pas évident de faire
00:38:01un carton avec des gens
00:38:02du RPR
00:38:03quand on s'appelle
00:38:03Chirac en ce moment
00:38:05mais bon
00:38:05ils étaient comme fous
00:38:07hystériques
00:38:07un carton
00:38:09revenons à votre programme
00:38:10tout le monde dit
00:38:10que c'est un peu anachronique
00:38:12un peu démago
00:38:12pour dire le mot
00:38:13non c'est pas démago
00:38:15c'est y'en a pour tous les goûts
00:38:17quoi
00:38:17un patchwork
00:38:18un peu comme un buffet campagnard
00:38:20y'a tout en grande quantité
00:38:21pour tout le monde
00:38:22chacun prend ce qu'il aime
00:38:23autant qu'il veut
00:38:24c'est ça mon programme
00:38:25buffet campagnard
00:38:26formule jusqu'à peu plus
00:38:28et vous pensez
00:38:29que ça peut suffire
00:38:29pour vous faire gagner
00:38:30non
00:38:31ah non
00:38:32si je pouvais gagner
00:38:33avec mes programmes
00:38:33il y a longtemps
00:38:34que ça se saurait
00:38:35non par contre
00:38:36ce qui peut se passer
00:38:37c'est que
00:38:37l'autre salopard
00:38:38il perde
00:38:39c'est pas dur
00:38:40je ne ferai pas
00:38:42d'attaque personnelle
00:38:44jusque là
00:38:45il était
00:38:45un peu trop à bleur
00:38:47un peu trop arrogant
00:38:48et cette fois-ci
00:38:49il devenait Chirac
00:38:51sympathique
00:38:52sympathique
00:38:52comme il ne l'avait jamais été
00:38:53jusque là
00:38:55la lutte se déplace
00:38:56sur le terrain
00:38:57de l'image
00:38:57et de la communication
00:38:59et dans ce domaine
00:39:01Edouard Balladur
00:39:02n'est pas le meilleur
00:39:04Balladur
00:39:05il souffre
00:39:05évidemment
00:39:06de cette image
00:39:07qu'il n'est pas
00:39:09quelqu'un
00:39:09qui vient du peuple
00:39:10et que ça se voit
00:39:12et même
00:39:12que ça s'entend beaucoup
00:39:13donc tout ce qui peut
00:39:15aggraver ce trait
00:39:16les erreurs de communication
00:39:19Balladur
00:39:19descendant dans le métro
00:39:20s'il y a un endroit
00:39:21où Balladur
00:39:22ne doit pas être à l'aise
00:39:23c'est bien dans le métro
00:39:24parisien
00:39:25le dessin de Balladur
00:39:27sur une chaise à porteur
00:39:29de Plantu
00:39:29tout ça
00:39:30illustre un aspect
00:39:32de la personnalité
00:39:34de Balladur
00:39:35qui devient de plus en plus
00:39:36envahissant
00:39:37au fur et à mesure
00:39:38pas seulement
00:39:38que les caricaturistes
00:39:40les opposants
00:39:41le disent
00:39:42mais au fur et à mesure
00:39:43que la campagne
00:39:44de Balladur
00:39:45lui-même
00:39:45semble le montrer
00:39:47il y a une photo
00:39:48d'un match
00:39:49où on le voit
00:39:50prendre son petit déjeuner
00:39:51photo qu'il avait conçue
00:39:53pour montrer à quel point
00:39:53il était comme les autres
00:39:54qui prenaient un petit déjeuner
00:39:55le matin
00:39:56avant de partir au travail
00:39:58sauf que toute sa vaisselle
00:39:59en argent
00:39:59cet apparat
00:40:01signait la distance infinie
00:40:03entre lui
00:40:04et les français
00:40:04et les chiraciens
00:40:06ne se privaient pas
00:40:07de l'exploiter
00:40:09Édouard Balladur
00:40:10s'est trouvé
00:40:14en terre étrangère
00:40:15dans cette campagne
00:40:16présidentielle
00:40:17Jacques Chirac
00:40:19lui
00:40:21il s'était frotté
00:40:23à toutes sortes
00:40:24de campagnes
00:40:24législatives
00:40:25dans un secteur
00:40:26très difficile
00:40:27il y avait
00:40:2920 ans
00:40:31qu'il était là
00:40:32sur le pont
00:40:33à les soutenir
00:40:34les uns
00:40:34et les autres
00:40:35à taper dans le dos
00:40:37de l'élu
00:40:39conseiller général
00:40:40du coin
00:40:41à connaître
00:40:42tout le monde
00:40:43à boire des coups
00:40:45Jacques Chirac
00:40:46le grand arpenteur
00:40:47de la France
00:40:47fait feu de tout bois
00:40:49et en matière
00:40:49d'électoralisme
00:40:50il atteint des sommets
00:40:55Jacques Chirac
00:40:56avait dit
00:40:56au début
00:40:57de cette campagne
00:40:57je vous surprendrai
00:40:58par ma démagogie
00:40:59il a été fidèle
00:41:01à son personnage
00:41:05extraordinaire
00:41:06réquisitionné
00:41:08des logements
00:41:08à Paris
00:41:09pour loger
00:41:09des SDF
00:41:11la dénonciation
00:41:13des technocrates
00:41:14alors que Jacques Chirac
00:41:15n'était entouré
00:41:16que de technocrates
00:41:17alors ça nous laissait
00:41:19un peu étonnés
00:41:21mais en même temps
00:41:22on était
00:41:23tout à fait
00:41:24tout à fait
00:41:25entraînés
00:41:26dans cette surenchère
00:41:28Edouard Balladur
00:41:29est dépassé
00:41:30lui qui n'a jamais
00:41:31battu le pavé
00:41:32se retrouve soudain
00:41:33acculé
00:41:35contraint de faire
00:41:35ce dont il est incapable
00:41:37sans même
00:41:38en comprendre les codes
00:41:40Edouard Balladur
00:41:41cherchera à faire pop
00:41:42il aura beaucoup de mal
00:41:43pour être franc
00:41:43pourtant il avait bien
00:41:44observé
00:41:45ce que faisait Jacques Chirac
00:41:47il s'escrimait
00:41:48à aller au contact
00:41:49à jouer du corps à coeur
00:41:51à serrer des mains
00:41:52mais même quand il enlevait
00:41:53ses gants blancs
00:41:54c'est comme s'il les avait encore
00:41:55c'était pathétique
00:41:56de le voir s'adresser
00:41:58à des foules
00:41:58de le voir faire
00:41:59les marchés
00:42:00parce que
00:42:01il n'était pas à sa place
00:42:02jamais
00:42:04résultat
00:42:04à deux mois du premier tour
00:42:06des signes d'un fléchissement
00:42:08apparaissent dans les sondages
00:42:10et Edouard Balladur
00:42:11n'en prend pas la mesure
00:42:14j'ai été le premier
00:42:15à publier un sondage
00:42:16tout à fait la fin de février
00:42:18je pense
00:42:18où
00:42:20Balladur
00:42:21se laisse dépasser
00:42:22par Jacques Chirac
00:42:23il est à ce moment-là
00:42:25à Chamonix
00:42:26il se promène dans les rues
00:42:28il y a une petite foule
00:42:29de journalistes
00:42:30et quelqu'un lui dit
00:42:31il paraît qu'il y a
00:42:32un premier sondage
00:42:33qui met Chirac devant vous
00:42:34comment est-ce que
00:42:35vous réagissez
00:42:36et Balladur répond
00:42:38original
00:42:39c'est tout le problème
00:42:40des premiers ministres
00:42:41qui sont candidats
00:42:43ils ont
00:42:44dans la tête
00:42:45leur bilan
00:42:46ils sont habitués
00:42:47au fond
00:42:48à un discours
00:42:48assez technique
00:42:49l'exercice
00:42:50de la présidentielle
00:42:51est totalement différent
00:42:52c'est au fond
00:42:53une page blanche
00:42:54un homme
00:42:54une page blanche
00:42:55et
00:42:56il rencontre
00:42:59ses compatriotes
00:43:00ou il ne les rencontre pas
00:43:01je pense que
00:43:03l'erreur
00:43:04que j'ai commise
00:43:05ça a été
00:43:06dans le courant
00:43:06du mois de février
00:43:07de ne pas avoir donné
00:43:09assez de corps
00:43:10à mon projet d'avenir
00:43:11et de ne pas avoir
00:43:13été assez convaincant
00:43:14tellement les choses
00:43:15me semblaient évidentes
00:43:16bref
00:43:17je n'ai pas accordé
00:43:19à ce qu'il est convenu
00:43:19d'appeler la communication
00:43:21l'organisation des choses
00:43:23le temps
00:43:24et l'attention
00:43:25nécessaires
00:43:26la présidence
00:43:26de la république
00:43:27c'est une incarnation
00:43:28Edouard Balladur
00:43:29n'a jamais réussi
00:43:30cette incarnation-là
00:43:31en campagne
00:43:32il n'incarnait pas
00:43:34quelqu'un
00:43:35qui serait la France
00:43:36et qui serait
00:43:38les français
00:43:41Balladur
00:43:42accumule les handicaps
00:43:43manque d'empathie
00:43:45avec les électeurs
00:43:46de tempérament
00:43:47sur le terrain
00:43:48mauvaise communication
00:43:50mais ce n'est pas tout
00:43:51car pour se lancer
00:43:52dans un marathon électoral
00:43:53il faut des moyens financiers
00:43:55à la hauteur de l'enjeu
00:43:57c'est un message
00:43:58qui est tellement simple
00:44:00qu'il faut que les gens
00:44:01le retiennent
00:44:01pour être élu
00:44:02il faut dépenser de l'argent
00:44:04comme on n'a pas l'argent
00:44:06il faut le récupérer
00:44:07où on peut
00:44:07et où on peut
00:44:08c'est la poche du contribuable
00:44:10via les factures
00:44:11les fausses factures
00:44:12les pourcentages prélevés
00:44:14sur les marchés publics
00:44:15je rappelle pour reprendre
00:44:16quand même
00:44:17l'HLM de Paris
00:44:18que toutes les sociétés
00:44:19qui ont eu des marchés
00:44:20enfin toutes
00:44:2190% des sociétés
00:44:22qui ont eu des marchés
00:44:23avec l'office de l'HLM de Paris
00:44:24étaient dirigées
00:44:25par des chefs d'entreprise
00:44:27qui étaient membres du RPR
00:44:29en conséquence
00:44:30le RPR aux mains de Chirac
00:44:32prélève depuis bien longtemps
00:44:33sa part sur les marchés publics
00:44:35attribués par les municipalités
00:44:37et collectivités locales
00:44:38qu'il détient
00:44:41Jacques Chirac
00:44:42a les finances du RPR
00:44:43et les finances de la mairie de Paris
00:44:45donc c'est un élément
00:44:47tout à fait important
00:44:49pour l'aider dans cette campagne
00:44:50et Édouard Balladur n'a pas ça
00:44:52L'argent c'est le nerf de la guerre
00:44:54vous, vous n'aviez pas
00:44:55un parti derrière vous
00:44:56pour financer
00:44:58votre campagne électorale
00:44:59c'était plus difficile pour vous ?
00:45:02Oui mais on avait fait
00:45:03il y avait eu un budget
00:45:04qui avait été effectué
00:45:06et finalement
00:45:06nous avons réuni
00:45:09les fonds qui étaient nécessaires
00:45:10et dont la plupart
00:45:11faite l'égalité
00:45:12si c'est ce que vous voulez
00:45:15dire
00:45:15dans la plus parfaite l'égalité
00:45:18je n'en dirai pas davantage
00:45:20sur ce point
00:45:21parce que
00:45:23je crois que
00:45:24rarement
00:45:25un scrupule aussi grand
00:45:27a été apporté
00:45:28à la gestion de tout ça
00:45:29voilà
00:45:30et j'ai tout à fait confiance
00:45:32dans mes collaborateurs
00:45:33en la matière
00:45:34parce qu'il y a des polémiques
00:45:35qui continuent
00:45:35oui il y a des polémiques
00:45:37mais les polémiques
00:45:39ce sont des polémiques
00:45:40justement
00:45:41et ce n'est pas forcément
00:45:42la vérité
00:45:44voilà
00:45:44je n'en dirai pas plus
00:45:46sur ce sujet
00:45:48la messe est dite
00:45:49circuler
00:45:50il n'y a rien à ajouter
00:45:51mais la question reste entière
00:45:53comment Edouard Balladur
00:45:55a-t-il financé sa campagne
00:45:56qui a payé les tracts
00:45:58les affiches
00:45:59les t-shirts des militants
00:46:00et leurs déplacements
00:46:02de meeting en meeting
00:46:05Chirac avait des sources importantes
00:46:08il avait les caisses
00:46:09du RPR
00:46:10qui étaient tout de même
00:46:11bien pleines
00:46:12et croyez-moi
00:46:12il n'a pas donné un centime
00:46:14à Balladur
00:46:15évidemment
00:46:15pour financer la sienne
00:46:17donc
00:46:18Edouard Balladur
00:46:19n'avait pas d'autres ressources
00:46:21que de
00:46:23rechercher
00:46:24des
00:46:25des accommodements
00:46:27et des
00:46:27des financements
00:46:29parallèles
00:46:29et qui dit parallèle
00:46:31il dit souvent
00:46:32des financements
00:46:32un peu souterrains
00:46:34la solution vient de
00:46:35François Léotard
00:46:36ministre de la défense
00:46:38et soutien
00:46:38de la première heure
00:46:39de Balladur
00:46:41il trouve une source
00:46:42de financement
00:46:43juteuse
00:46:43discrète
00:46:44et accessible
00:46:45dans deux contrats
00:46:46d'armement
00:46:47qu'il a signés
00:46:49il porte sur la vente
00:46:50de trois sous-marins
00:46:51au Pakistan
00:46:52et de trois frégates
00:46:53à l'Arabie Saoudite
00:46:54et il donne lieu
00:46:56à d'importantes commissions
00:46:58à l'époque
00:46:59il était
00:47:01parfaitement
00:47:02autorisé
00:47:02de pouvoir
00:47:04corrompre
00:47:05des agents
00:47:05étrangers
00:47:06dans le cadre
00:47:07de contrats
00:47:08notamment
00:47:08des contrats
00:47:09d'armement
00:47:09en revanche
00:47:10ce qui était
00:47:11parfaitement
00:47:12interdit
00:47:13c'était de faire
00:47:14revenir
00:47:15une partie
00:47:16de ces sommes
00:47:17en France
00:47:19pour pouvoir
00:47:20permettre
00:47:21à ce que
00:47:22des sommes
00:47:22d'argent
00:47:23en liquide
00:47:24soient ensuite
00:47:26versés
00:47:26sur notamment
00:47:28des comptes
00:47:29de campagne
00:47:29et apparemment
00:47:31le compte de campagne
00:47:32d'Edouard Balladur
00:47:33aurait été
00:47:34abondé
00:47:35d'un certain
00:47:35nombre de fonds
00:47:36Edouard Balladur
00:47:37a expliqué
00:47:38qu'il avait
00:47:39financé sa campagne
00:47:40par le produit
00:47:41des différents meetings
00:47:42et notamment
00:47:43par la vente
00:47:43des t-shirts
00:47:44tout cela
00:47:45était parfaitement
00:47:46scandaleux
00:47:47ubuesque
00:47:49ubuesque
00:47:50c'est le mot
00:47:50car le produit
00:47:51de la vente
00:47:52de ces t-shirts
00:47:53le voici
00:47:54il tient
00:47:55dans trois bordereaux
00:47:56de remise
00:47:56d'argent liquide
00:47:57au total
00:47:5810 millions
00:47:5950 000 francs
00:48:01en billets
00:48:01de 500 francs
00:48:02une somme
00:48:03déposée
00:48:04au crédit du nord
00:48:04par l'AFICEB
00:48:06l'association
00:48:07pour le financement
00:48:08de la campagne
00:48:09électorale
00:48:09d'Edouard Balladur
00:48:13il s'agit
00:48:14probablement
00:48:15d'une partie
00:48:15des rétrocommissions
00:48:16récoltées
00:48:16par l'équipe
00:48:17Balladur
00:48:18leur réalité
00:48:19est confirmée
00:48:20par Charles Millon
00:48:21bientôt ministre
00:48:22de la défense
00:48:23de Jacques Chirac
00:48:24je peux dire
00:48:25que j'ai interrompu
00:48:26sur la demande
00:48:26du président
00:48:27de la république
00:48:27tous ces versements
00:48:28simplement
00:48:29il y avait eu
00:48:29des versements
00:48:30préalables
00:48:30qui ont permis
00:48:32sans doute
00:48:32à ceux
00:48:33qui touchaient
00:48:33la rétrocommission
00:48:34d'en toucher
00:48:35les bénéfices
00:48:37et de financer
00:48:38les campagnes électorales
00:48:38éventuellement
00:48:40c'est la justice
00:48:41je crois que la justice
00:48:43est saisie
00:48:43c'est à elle
00:48:44de vous donner
00:48:45la réponse
00:48:46plus de 20 ans
00:48:47après les faits
00:48:48l'instruction
00:48:49est toujours en cours
00:48:50il n'empêche
00:48:51qu'on peut légitimement
00:48:52se poser des questions
00:48:53quand on sait
00:48:54que dans l'équipe
00:48:55Balladur
00:48:55on ne se privait
00:48:56de rien
00:48:57car l'argent
00:48:58coulait à flot
00:49:00j'étais épaté
00:49:02de la profusion
00:49:03d'argent
00:49:05qui régnait
00:49:06dans la campagne
00:49:07d'Edouard Balladur
00:49:07rien n'était un problème
00:49:09tout était simple
00:49:11la location
00:49:12des salles
00:49:13les calicots
00:49:15les déplacements
00:49:16les autocars
00:49:17tout allait
00:49:18tout coulait
00:49:19comme ça
00:49:19on voyait des gens sortir
00:49:21sinon avec des valises
00:49:23mais en tout cas
00:49:23avec des sourires
00:49:24comme ça
00:49:25des sourires
00:49:27de ceux
00:49:27qui n'ont pas
00:49:28de soucis d'argent
00:49:29dans la campagne
00:49:29ni dans la vie
00:49:30c'était une campagne
00:49:32qui baignait
00:49:33dans le fric
00:49:34vraiment
00:49:36mais cela suffira-t-il
00:49:37car à ce moment
00:49:38entre en jeu
00:49:39un personnage
00:49:40pour le moins inattendu
00:49:41François Mitterrand
00:49:43qui va jouer
00:49:44au chat et à la souris
00:49:45avec les deux candidats
00:49:50François Mitterrand
00:49:51n'aimait ni
00:49:52Edouard Balladur
00:49:53ni Jacques Chirac
00:49:55il n'aimait
00:49:56ni l'un
00:49:57ni l'autre
00:49:57certains jours
00:49:59en conseil des ministres
00:50:00il faisait pâte
00:50:02de velours
00:50:02à Edouard Balladur
00:50:04et il le poussait
00:50:06à aller
00:50:07dans tel ou tel sens
00:50:08quelques jours plus tard
00:50:10rencontrons
00:50:11Jacques Chirac
00:50:12il laissait croire
00:50:13qu'il faisait
00:50:14des confidences
00:50:15à Jacques Chirac
00:50:16et qu'il l'incitait
00:50:17à être candidat
00:50:17je me souviens
00:50:18de conversations
00:50:19avec lui
00:50:19avec François Mitterrand
00:50:21quand on lui disait
00:50:22mais enfin
00:50:23est-ce que vous pensez
00:50:24que Jacques Chirac
00:50:24pourrait vous succéder
00:50:26puis il disait
00:50:27mais bien sûr
00:50:27Jacques Chirac
00:50:28peut me succéder
00:50:29mais bien sûr
00:50:29mais tout à fait
00:50:30mais alors
00:50:30qu'est-ce qu'on va rigoler
00:50:32il ajoutait ça aussitôt
00:50:33mais qu'est-ce qu'on va rigoler
00:50:35voilà
00:50:35donc
00:50:38François Mitterrand
00:50:39n'était pas dupe
00:50:39des
00:50:40j'allais dire
00:50:40des limites
00:50:41de Jacques Chirac
00:50:44et il était plutôt
00:50:45en bon terme
00:50:45avec Edouard Balladur
00:50:46et puis l'état de santé
00:50:48de Mitterrand
00:50:48s'est dégradé
00:50:51Balladur est devenu
00:50:52un homme indispensable
00:50:53mais malgré tout
00:50:55il devenait vraiment
00:50:57l'homme
00:50:59qui allait succéder
00:51:00à François Mitterrand
00:51:02alors vous savez
00:51:03c'est quelque chose
00:51:04que les présidents
00:51:05malades n'aiment pas
00:51:07François Mitterrand
00:51:07ne supporte pas
00:51:08qu'on lui désigne
00:51:09d'avance son successeur
00:51:11il se rapproche alors
00:51:12ostensiblement
00:51:13de Jacques Chirac
00:51:14en qui il reconnaît
00:51:16un animal politique
00:51:17de sa trempe
00:51:18il se sentait une complicité
00:51:20malgré tout
00:51:21François Mitterrand
00:51:22avec Jacques Chirac
00:51:23la complicité
00:51:24des vieux chefs de guerre
00:51:25la complicité
00:51:26des hommes
00:51:26qui ont parcouru la France
00:51:27qui l'ont apprise
00:51:28avec les pieds
00:51:28c'est des hommes
00:51:29qui se sont beaucoup
00:51:30combattus
00:51:31Jacques Chirac
00:51:32et François Mitterrand
00:51:33mais qui à la fin
00:51:34s'étaient estimés
00:51:37s'étaient même appréciés
00:51:38au delà
00:51:39de ce qui est convenu
00:51:41entre deux anciens combattants
00:51:42alors on a beaucoup dit
00:51:43qu'effectivement
00:51:44il avait apporté
00:51:45son soutien
00:51:47à Chirac
00:51:51moi je ne l'ai pas constaté
00:51:54très clairement
00:51:55vous savez grosso modo
00:51:57je crois qu'il n'a pas eu
00:51:59à se plaindre
00:51:59de mon comportement
00:52:00envers lui
00:52:01François Mitterrand
00:52:02a sciemment joué
00:52:02Jacques Chirac
00:52:03a envoyé plusieurs
00:52:04de ses hommes
00:52:04comme émissaire
00:52:06pour lui dire
00:52:06qu'il pouvait compter
00:52:07sur lui
00:52:07et je crois que
00:52:08l'appui des Mitterrandistes
00:52:10a été très précieux
00:52:12pour la victoire
00:52:13de Jacques Chirac
00:52:14et pour la défaite
00:52:15d'Edouard Balladur
00:52:16car une sombre histoire
00:52:18éclate alors
00:52:19qui va peser largement
00:52:20dans la balance
00:52:22écoutez
00:52:22il y a eu des journalistes
00:52:24qui effectivement
00:52:24ont fait des articles
00:52:25favorables
00:52:26d'autres ont fait
00:52:26des articles
00:52:27défavorables
00:52:28mais grosso modo
00:52:29ça s'est bien passé
00:52:31jusque
00:52:32à une
00:52:35malheureuse affaire
00:52:36Choulaire Maréchal
00:52:38de quoi s'agit-il
00:52:39d'un règlement de compte
00:52:41entre Chiracien
00:52:42et Balladurien
00:52:43à propos de l'enquête
00:52:44du juge Alphen
00:52:45sur les marchés truqués
00:52:46du RPR
00:52:47en Ile-de-France
00:52:49le beau-père du juge
00:52:50le docteur Maréchal
00:52:51propose
00:52:52moyennant finance
00:52:53d'intervenir
00:52:54auprès de son gendre
00:52:55pour qu'il stoppe
00:52:56ses investigations
00:52:59Charles Pasqua
00:53:00persuadé
00:53:01que c'est un piège
00:53:02des Chiraciens
00:53:02fait mettre
00:53:03le docteur Maréchal
00:53:04sur écoute
00:53:06le fait divers
00:53:07devient une affaire d'état
00:53:08lorsqu'Edouard Balladur
00:53:09mis en cause
00:53:10est contraint
00:53:11de s'expliquer
00:53:12à la télévision
00:53:14moi j'ai ma conscience
00:53:15pour moi
00:53:15dans cette affaire
00:53:16et je n'accepterai pas
00:53:17d'être mis en cause
00:53:18je le répète
00:53:19dans n'importe quelle condition
00:53:21alors si quelqu'un
00:53:22peut prouver
00:53:23que mon gouvernement
00:53:24n'a pas respecté
00:53:26scrupuleusement
00:53:26les règles
00:53:27de la déontologie
00:53:28et de la morale
00:53:29et du respect
00:53:30des droits des personnes
00:53:31en la matière
00:53:32qu'il vienne ici
00:53:33invitez-le
00:53:34il a été formel
00:53:36lorsqu'il a fait
00:53:37une intervention
00:53:37à la télé
00:53:38au journal de 20 heures
00:53:39il a affirmé
00:53:40mordicus
00:53:41que mon beau-père
00:53:42n'avait jamais été
00:53:43mis sous écoute
00:53:45or deux jours après
00:53:46un journal
00:53:47un hebdomadaire
00:53:48sort le compte-rendu
00:53:50de ces écoutes-là
00:53:52et on s'est aperçu
00:53:53que l'ordre
00:53:55était venu
00:53:56de Matignon
00:53:56quand c'est tombé
00:53:57il a été pris
00:53:58en flagrant
00:53:59des lignes mensonges
00:54:00Balladur
00:54:00de l'écoute téléphonique
00:54:03qui m'a été imputée
00:54:04à tort
00:54:04puisque j'ignorais
00:54:05complètement
00:54:06qu'elle avait été faite
00:54:07elle d'ailleurs
00:54:08elle n'avait
00:54:08aucun espèce
00:54:09d'intérêt
00:54:09d'aucune sorte
00:54:10et qui a été
00:54:11exploitée
00:54:12pour montrer
00:54:13que je me livrais
00:54:14à des pratiques
00:54:16qui étaient
00:54:16tout à fait
00:54:16condamnables
00:54:17ce qui était faux
00:54:18les sondages
00:54:19ont chuté
00:54:20de plus de 10%
00:54:21d'intention de vote
00:54:22dans les 15 jours
00:54:23qui ont suivi
00:54:25la panique
00:54:26gagne le clan
00:54:27Balladur
00:54:28et les Chirakiens
00:54:29veulent donner
00:54:30le coup de grâce
00:54:31la confrontation
00:54:32prend un tour
00:54:33nauséabond
00:54:34les équipes
00:54:35se rendent
00:54:35coup pour coup
00:54:36sans retenue
00:54:36les rumeurs
00:54:38les tracts
00:54:38les libelles anonymes
00:54:39souvent diffamatoires
00:54:41affluent dans les rédactions
00:54:42commencent à circuler
00:54:44des bruits
00:54:44absolument odieux
00:54:46enfin
00:54:46toute une série
00:54:48de choses
00:54:48qui n'ont rien
00:54:49de politique
00:54:49et qui
00:54:50qui n'ont
00:54:51pour but
00:54:52que de
00:54:53détruire
00:54:54l'adversaire
00:54:56entre autres
00:54:57gracieuseté
00:54:57Jacques Chirac
00:54:58serait cocaïnomane
00:55:00et Édouard Balladur
00:55:01pas vraiment français
00:55:02car né à Smyrne
00:55:04en Turquie
00:55:05c'est quand même
00:55:06toujours
00:55:07toujours le problème
00:55:08des politiques
00:55:09ce ne sont pas
00:55:10les idées
00:55:11c'est les hommes
00:55:11qu'on veut abattre
00:55:12je ne détruis pas
00:55:13le programme
00:55:14de mon adversaire
00:55:15je veux
00:55:16ça pour
00:55:18cette lutte
00:55:19sans merci
00:55:19dure jusqu'au jour
00:55:20du vote
00:55:21car Édouard Balladur
00:55:22qui multiplie
00:55:23les sorties
00:55:24sur le terrain
00:55:24reprend quelques points
00:55:26dans les sondages
00:55:27cela ne suffira pas
00:55:31au soir du premier tour
00:55:33le 23 avril
00:55:34le socialiste
00:55:35Lionel Jospin
00:55:36arrive en tête
00:55:36suivi de Jacques Chirac
00:55:38et Édouard Balladur
00:55:39se retrouve en troisième position
00:55:42l'écart
00:55:43entre les deux candidats
00:55:43de droite
00:55:44s'est joué
00:55:45à moins de 700 000 voix
00:55:47la pilule est amère
00:55:48tout démontre
00:55:50que les français
00:55:51l'ont décidé
00:55:53c'est monsieur
00:55:54Jospin
00:55:55et monsieur Chirac
00:55:56qui seront
00:55:58présents
00:56:01je vous demande
00:56:01de vous arrêter
00:56:03je vous demande
00:56:04de vous arrêter
00:56:07les jeux sont faits
00:56:08la victoire
00:56:09de Jacques Chirac
00:56:10au second tour
00:56:10ne fait plus de doute
00:56:12au soir du 7 mai
00:56:14il l'emporte largement
00:56:16sur Lionel Jospin
00:56:18et le pourcentage
00:56:19de la victoire
00:56:20pour le nouveau
00:56:20président de la république
00:56:22cinquième président
00:56:23de la cinquième république
00:56:24Jacques Chirac
00:56:2652%
00:56:27des suffrages
00:56:28exprimés aujourd'hui
00:56:31quelques jours plus tard
00:56:33François Mitterrand
00:56:34laisse le palais
00:56:35de l'Elysée
00:56:35à son successeur
00:56:39monsieur le président
00:56:40de la république
00:56:42le conseil constitutionnel
00:56:44a constaté
00:56:45que vous avez recueilli
00:56:46Roland Dumas
00:56:47tout nouveau président
00:56:48du conseil constitutionnel
00:56:49valide l'élection
00:56:51et proclame
00:56:51Jacques Chirac
00:56:52président de la république
00:56:55et pourtant
00:56:56cette élection
00:56:57nous la prendrons
00:56:58bien plus tard
00:56:58est entachée
00:56:59d'irrégularités financières
00:57:01qui auraient pu
00:57:02en théorie
00:57:03la faire annuler
00:57:05en cet instant
00:57:07particulièrement solennel
00:57:08c'est vrai
00:57:09qu'il y avait quand même
00:57:10quelques petites
00:57:11anomalies
00:57:11aussi bien dans le compte
00:57:13de Balladur
00:57:13que dans celui de Chirac
00:57:14mais
00:57:16Chirac est élu
00:57:16par le peuple français
00:57:17il va aller
00:57:19autour de la France
00:57:20dans les conférences
00:57:22internationales
00:57:22il va aller à New York
00:57:23il va aller à Moscou
00:57:24il va aller un peu partout
00:57:24et là
00:57:25vous imaginez
00:57:26ce que sont
00:57:27les conférences internationales
00:57:28avec tous les collaborateurs
00:57:29les uns et les autres
00:57:30tu as vu
00:57:31le français
00:57:31le mal élu
00:57:32tu sais
00:57:32il est contesté
00:57:33etc
00:57:34je me suis dit
00:57:35il faut quand même
00:57:35éviter ça
00:57:36et donc
00:57:37on a validé
00:57:37les comptes
00:57:38la position
00:57:39que j'avais prise
00:57:40a été approuvée
00:57:40par les deux membres
00:57:41du conseil constitutionnel
00:57:42il n'y a plus rien
00:57:43à dire
00:57:43à partir de là
00:57:45unanimité donc
00:57:46pour que la vie politique
00:57:48reprenne son cours
00:57:49tranquille
00:57:50mais malgré la victoire
00:57:51à droite
00:57:52rien n'est plus comme avant
00:57:54là la fracture
00:57:55est extrêmement importante
00:57:56et elle va durer
00:57:57Chirac ne nommera pas
00:57:59beaucoup de Balladurien
00:58:00voire aucun Balladurien
00:58:02dans son gouvernement
00:58:03comme pour marquer
00:58:05que voilà
00:58:05c'était irréparable
00:58:07il faudra des années
00:58:09pour que certains
00:58:10arrivent même
00:58:11à se reparler
00:58:12et ils ne s'en seront
00:58:13jamais remis
00:58:15je crois
00:58:15ni Jacques Chirac
00:58:16ni Édouard Balladur
00:58:17et je pense que
00:58:18l'échec
00:58:19d'ailleurs
00:58:20du premier septennat
00:58:22de Jacques Chirac
00:58:24vient pour beaucoup
00:58:25de cette bataille là
00:58:27parce que quand Jacques Chirac
00:58:28a été élu
00:58:29il aurait dû rassembler
00:58:30il aurait dû ouvrir les bras
00:58:31et il en a été
00:58:32complètement incapable
00:58:33alors falloir qu'en principe
00:58:35le roi de France
00:58:36doit pardonner
00:58:37les offenses faites
00:58:38aux princes
00:58:40il n'y aura point de pardon
00:58:42ni d'indulgence
00:58:43mais pouvait-il en être autrement
00:58:46la conquête du pouvoir
00:58:47est un combat sans merci
00:58:49et pour les hommes politiques
00:58:50tels les gladiateurs
00:58:52descendant dans l'arène
00:58:53c'est la victoire
00:58:54ou la mort
00:58:56le spectacle est assuré
00:58:58mais au bout du compte
00:58:59qu'en est-il des idées
00:59:01qui font progresser la société
00:59:04il y avait chez Édouard Balladur
00:59:06une distance
00:59:07une froideur
00:59:08qui n'avait rien à voir
00:59:09avec les qualités
00:59:12nécessaires pour être élu
00:59:13en fait
00:59:14mais la question demeure
00:59:15est-ce que les qualités
00:59:16pour être élu
00:59:17dans les démocraties
00:59:18médiatisées modernes
00:59:19sont les qualités
00:59:20nécessaires pour gouverner
00:59:21ou pour présider
00:59:23la question reste ouverte
00:59:31et ce serait à refaire
00:59:33j'accepterai à nouveau
00:59:35de diriger le gouvernement
00:59:39et j'accepterai également
00:59:41à nouveau d'être candidat
00:59:42mais peut-être qu'avec
00:59:44l'expérience que j'ai faite
00:59:46je serai un meilleur candidat
00:59:48que je n'ai été
00:59:49je n'ai pas été un très bon candidat
00:59:52mais de toute façon
00:59:53le problème ne se pose plus
00:59:54et pour moi
00:59:56je suis dans la sérénité de l'âge
00:59:58je suis dans la sérénité de l'âge
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