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  • il y a 2 jours
Les enclos paroissiaux, la ferveur du Finistère.

Dans un triangle d'or entre Morlaix, Brest et Quimper, des flèches d'Églises défient le ciel. Des portails de pierre s'élèvent, d'imposantes statues de granit s'alignent. Ici, s'est épanouie aux 16ème siècle, une architecture unique. Les enclos paroissiaux du Finistère sont des témoignages de la ferveur catholique des Bretons mais aussi de leur savoir-faire qui se transmettent encore.

L'Armorique, terre de légendes bretonnes.

Au coeur des Monts d'Arrée, la brume se lève sur les sols noirs et humides des tourbières bretonnes. Ces paysages vallonnés et mystérieux sont porteurs de légendes. Ici, en Armorique, les histoires de la mythologie celte qui imprègnent le territoire se sont entremêlées à celles d'une religion chrétienne arrivée d'Irlande au Ve siècle. Aujourd'hui, sur ces landes bretonnes profondément catholiques perdurent encore certaines de ces croyances païennes qui font le sel de la Bretagne. Année de Production : 2022

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00:00Musique
00:30A la pointe de la Bretagne, au pied des monts d'Arrée, surgissent dans la brume des clochers à la fierté de granit.
00:46Ils sont les cimes d'une architecture religieuse unique en son genre, les enclos paroissiaux du Finistère.
00:52Dans un triangle d'or, entre Morlaix, Brest et Quimper, il constitue un héritage précieux pour les habitants du Finistère,
01:03mais aussi pour les voyageurs curieux, car ces ensembles architecturaux, de pierre et de bois, sont les témoins d'un âge d'or breton,
01:11celui du XVIe et XVIIe siècles, lorsque la péninsule exportait à l'Europe entière,
01:17c'est issu de lin et ses toiles de chanvre, et cherchait en pleine réforme protestante à afficher sa fidélité à la foi catholique.
01:26Flèches d'église défiant le ciel, portes triomphales délimitant l'espace sacré, calvaires monumentaux,
01:36mais aussi dans le secret de ces monuments, retables polychromes impressionnants,
01:42poutres de gloire sculptées et statues à taille humaine.
01:46Sur quelques 50 kilomètres, la profusion d'art religieux raconte la compétition que se livraient ces paroisses
01:53pour disposer de la plus belle création, de la plus imposante des œuvres d'art.
01:58À ce jeu, une commune semble avoir gagné la partie, Saint-Égonec, à 15 kilomètres de Morlaix,
02:06sans aucun doute le plus grand, le plus haut, le plus fier de ses enclos du Finistère.
02:11Nous nous apprêtons à franchir l'arc triomphal qui mène à l'enclos,
02:20cet enclos paroissial doté de divers édifices construits sur presque plus de 200 ans.
02:26Je quitte l'espace profane, me voici dans l'enclos.
02:29Saint-Égonec offre aux voyageurs les quatre éléments majeurs de l'enclos paroissial.
02:38Son église aux puissants clochers.
02:42Son arc triomphal, dont le porche centrale est destiné au passage des morts.
02:49Un calvaire aux personnages forts en grimaces.
02:52Et enfin l'ossuaire, telle une chapelle funéraire, richement ornementée.
03:00Mais il subsiste autour du placitre, énormément d'espace,
03:04où on reçoit à l'année des foires.
03:08Il faut imaginer des boutiques qui se montent ici ou là,
03:12des marchands, des acheteurs qui viennent.
03:14Ce n'est pas qu'un lieu sacré, c'est un lieu qui appartient à la communauté.
03:18C'est l'idée même de paroisse paroquia en grec, un lieu commun.
03:24Ces enclos ouverts à tous sont administrés à l'époque par une assemblée
03:28appelée Conseil de Fabrique, composée de douze membres.
03:32Ces fabriciens se réunissaient sous les porches des églises,
03:36face à la population, pour décider du bon usage des offrandes
03:39et autres dons destinés à l'embellissement de l'enclos paroissial.
03:45D'une part on a ses nobles, mais on a aussi des paysans.
03:48Des paysans, mais enrichis.
03:51Une sorte de caste particulière, supérieure, qu'on appelle les julots.
03:55Donc on a ces deux groupes qui font des choix sur l'usage de l'argent
04:01pour l'embellissement du centre de la paroisse, l'enclos paroissial.
04:07Au XVIIe siècle, sur 60 paroisses du Finistère,
04:11des centaines de paysans marchands cultivent chanvre et lin
04:14et produisent environ 10 000 kilomètres de toiles par an.
04:19La Bretagne est alors l'une des premières provinces toilières de France.
04:24Toiles de chanvre pour les voiles et toiles de lin pour l'habillement
04:27sont prisées dans toutes les cours d'Europe et tous les ports du monde.
04:31Le chanvre est utilisé par toutes les marines européennes.
04:36C'est elles qui permettent de traverser l'Atlantique en direction la Méditerranée
04:42et puis plus tard vers l'Amérique.
04:45Autant dire que les débouchés sont très larges pour les producteurs de toiles locaux
04:51autour de Saint-Egonnec, Guimillot, mais aussi une portion du Trégor.
04:55A Saint-Egonnec, l'enclos paroissial devient dès le XVIIe siècle
05:04une façon d'imposer sa puissance et sa réussite face aux autres paroisses de la région.
05:14Il y a eu une guerre des clochers.
05:15C'était à qui aurait donc le plus beau, le plus bel enclos.
05:19Et je crois que dans cette course, l'orgueil Saint-Egonnec est arrivé largement en tête.
05:26Saint-Egonnec est le symbole même de l'orgueil paroissial porté à son paroxysme.
05:33Une fierté et un attachement qui sont restés intacts pour la plupart des finistériens.
05:39J'aime tout, c'est vrai, cette église, regardez.
05:46Des bretons conscients de la dimension pédagogique de ces œuvres imposées par le clergé.
05:52Les enclos correspondent également à un moment particulier de l'église catholique.
05:56Après la réforme protestante, après le concile de Trente,
06:00on lance la charge pour donner donc à l'église catholique la place qu'elle devait avoir.
06:05C'est vrai que le grand retable du rosaire, je crois qu'il correspond à peu près à ce que voulait l'église
06:15à travers donc ces grands murs d'images qui ont été réalisés en tout ici dans l'église.
06:22C'est à peu près 300 mètres carrés de retable.
06:26Donc il y avait de quoi faire de l'éducation du peuple de croyants.
06:33C'est un peu comme une BD.
06:35Je trouve donc qu'il est beau.
06:39A 8 kilomètres de Saint-Egonèque, l'enclos paroissial de Guimilio offre aux voyageurs un autre joyau d'enseignement religieux.
07:02Un calvaire, véritable récit de pierre en trois dimensions.
07:08200 personnages taillés dans la pierre de Carcenton, une pierre qui a résisté admirablement au vent, à la pluie, au soleil pendant cinq siècles.
07:18C'est un vrai trésor et c'est un catéchisme pour la population.
07:28En détaillant cette oeuvre qui a nécessité sept ans d'ouvrage, le voyageur s'amuse à décrypter les scènes de la vie du Christ avec quelques originalités.
07:36Ici, Joseph, lors de la fuite en Égypte en costumant rétrois, culottes bouffantes et habits d'apparat.
07:45Et plus loin, une scène profane, issue des légendes bretonnes.
07:49Qu'a-t-elle Golette, malmenée par trois diables ?
07:53Qu'a-t-elle Golette, c'était une servante dans une auberge et qui avait des mœurs légères.
08:00Et à la demande d'un de ses amants, elle a été volée une hostie consacrée.
08:07Donc c'était le crime absolu de faire ça.
08:11Et donc, elle est vouée aux enfers. Il faut qu'elle expie sa faute.
08:16Le sculpteur s'est fait plaisir en évoquant Qu'a-t-elle Golette et l'enfer.
08:23Depuis les hauteurs de Guimilio, on devine à 3 km le clocher décapité de l'enclos paroissial de l'Ampole.
08:40Avec ses 70 m, il fut le plus haut du Léon.
08:44Mais ce péché d'orgueil fut foudroyé par le ciel en 1809 et jamais reconstruit.
08:53A peine le seuil de l'église franchit, le voyageur est frappé par la richesse des œuvres sculptées par les artisans d'art breton du XVIe et XVIIe siècle.
09:05Une mise au tombeau d'Antoine Chavagnac, architecte de marine à Brest.
09:09Des retables foisonnants, dans lesquels on retrouve les influences des artistes de la Renaissance, comme ces anges déchus, inspirés par Rubens.
09:23La Hollande et l'Italie ont beaucoup influencé les artistes.
09:31Et il y avait des livres qui circulaient à l'époque.
09:34Donc ils avaient aussi des références en lisant les livres.
09:38Bon, ils avaient aussi leur éducation religieuse propre, parce que Dieu sait si on vivait dans la religion depuis la naissance jusqu'à la mort.
09:46Tout ça, ça faisait partie de leur culture.
09:53Grâce aux merveilles qu'ils réalisent ici, la renommée de certains de ces artistes bretons dépasse alors largement les frontières de la région.
10:03Un héritage restauré avec ferveur par des artisans bretons d'aujourd'hui,
10:08qui perpétuent les gestes et le savoir-faire de leurs ancêtres du XVIe et XVIIe siècle.
10:16Quelques kilomètres plus au sud, dans le village de Cizin, c'est le cas de Steven Lebert,
10:22charpentier comme son père avant lui, qui a réalisé la rénovation de la charpente de l'église de son village.
10:32Je suis bien ici, je trouve que c'est vraiment une belle église.
10:34On a quelque chose de lumineux et puis on ressent quelque chose de fort, je pense.
10:40Pour moi, en tout cas, c'est après plusieurs années de travail, c'est une satisfaction.
10:46C'est vrai que la conservation du monument lui-même est intéressante,
10:55mais il y a aussi quand même toute la conservation du savoir-faire qui est indispensable.
11:00Culture bretonne et maîtrise du geste, un patrimoine essentiel à transmettre pour ces artisans finistériens
11:06qui perpétuent aussi l'usage de la langue grotonne dans leur métier.
11:11Bon, passez les modes ?
11:12Nous tournerons notre carlan, d'un volume d'istraïs et de voir bricoler les biens.
11:17Dans cet atelier, les frères Lebert et leurs compagnons artisans n'ont de cesse de transmettre ces savoir-faire des siècles passés.
11:25On sait qu'ils utilisaient des gouges et des maillets.
11:30Donc après, les formes des gouges, a priori, d'après ce qu'on voit en traces, ça devait ressembler.
11:36Le tranchant lui-même était le même.
11:42Quand je sculpte, là, le temps s'arrête et je suis là, quoi.
11:46Et là, c'est génial.
11:52Les gestes de métier sont importants dans le sens où il y a des métiers, où il y a eu des interruptions de retransmission.
11:59Donc, au-delà de préserver le patrimoine en lui-même ou l'ouvrage, la menuiserie et la charpente,
12:04il y a une préservation nécessaire de gestes.
12:10C'est dans cet atelier qu'ont été restaurés les deux retables magistraux de l'ampol Guimilio,
12:14consacrés à la passion et à Saint-Jean-Baptiste.
12:19Une longue année de restauration pour ces artisans d'art.
12:24On est toujours contents, en fait, quand il y a un retable qui arrive et qui repart restauré.
12:30Je pense que l'émotion, elle est à chaque fois identique.
12:34C'est toujours, voilà, voir cet ouvrage qui repart pour 100, 100 ans, 300, on espère.
12:44Depuis plus de 4 siècles, ces enclos paroissiaux de Saint-Egonec à Guimilio,
12:56de Cisin à l'ampol Guimilio, résistent aux éléments naturels puissants du Finistère Nord.
13:03Ultime témoin d'un âge d'or révolu, il est continu d'affirmer fièrement l'histoire de cette Bretagne,
13:09dont la culture a su, elle aussi, défier les temps.
13:20Lorsqu'on est touché dans son histoire, je crois qu'on est capable de se réunir,
13:28de dépasser donc ce qui nous oppose et pour aller de l'avant.
13:31On dit que le Breton est têtu, il a du caractère certainement et je crois qu'on ne lâche pas.
13:37Et la devise de Saint-Egonec, vous savez ce qu'elle est, quelle est-elle ?
13:41C'est d'alarmada tau, tiens bon, toujours.
13:44Les enclos paroissiaux, un patrimoine toujours vivant, dans le cœur des Bretons, du bout des terres.
13:51La Bretagne est une terre de brume et de tourbière.
14:15Une terre catholique, couverte d'églises, de clochers et de calvaires.
14:21Mais elle recèle aussi une autre mémoire, héritée des âges celtiques.
14:27Une mémoire qui affleure en armorique, en particulier à mi-chemin entre Quimper et Morlaix.
14:34Ici se dévoilent des étendues de l'Ande que les Finistériens cultivent comme un jardin secret.
14:40Elles sont le terreau dans lequel se sont écrites une partie des légendes qui racontent l'âme des Bretons
14:46et surtout leur rapport intense avec la mort et son messager, l'Ankou.
14:54A partir du VIe siècle, l'église a tout fait pour s'emparer de ses croyances ancestrales.
15:00Mais a-t-elle vraiment réussi à les effacer ?
15:04Sur ce chemin rapeux qui traverse la lande, une légende peut en faire douter.
15:08Il se raconte qu'un jour, ici, des noceurs ont provoqué un prêtre qui allait donner les derniers sacrements.
15:18Et les noceurs commencent alors à se moquer de lui.
15:20Ben, monsieur le prêtre, monsieur le curé, monsieur le recteur, comme on dit ici.
15:24Ben, pourquoi vous faites une mine d'enterrement ?
15:27Ben, je me rends au chevet d'un mourant et je dois me dépêcher.
15:31Ben, oh, ben, venez boire un coup, c'est jour de fête.
15:35Et puis, le moribond, avant de le mettre dans sa boîte, vous n'avez qu'à lui dire de venir boire un petit coup aussi.
15:41Alors ça, c'était un mot de trop.
15:44Est-ce que c'est le prêtre qui s'est fâché ou est-ce que c'est l'Ankou, le valet de la mort,
15:50qui passait là dans la lande, invisible aux yeux des gens ?
15:53En tout cas, une malédiction a eu lieu.
15:55Tous les gens du mariage ont été pétrifiés sur place à la tombée de la nuit.
16:02Et ils attendent là, dans la lande, depuis.
16:05Voilà.
16:06Alors le grand, là-bas, c'est le marié.
16:08Le petit qui suit, c'est le chien.
16:10Ouais, ouais, ouais.
16:11Il y a tonton Marcel, là-bas, au bout.
16:13Au pied des monts d'Arrée, qui furent un jour de fière montagne,
16:24la magie et l'âpreté de la nature ont bercé l'imaginaire des hommes.
16:30Sur les rives du lac de Brénilis, en particulier, s'est installée une drôle de végétation.
16:37Si vous voyez des mollinis, une plante typique des sols acides,
16:41dans ces graminées qui brandissent leur paille desséchée vers le ciel,
16:45vous avez tout faux.
16:47Les poules piquettes sont ceux qui vivent dans les poules d'ours,
16:50c'est-à-dire dans les zones humides, les trous d'eau, les mares.
16:54Et ici, il y en a un sacré, un de trous d'eau.
16:56Et ce sont des mauvais, hein.
16:57Faut pas tomber sur les poules piques, comme ça.
17:00Surtout le soir, la nuit.
17:03Ils vous attrapent les bottes et ils vous tirent dans la boue, là,
17:07jusqu'à vous enfoncer complètement.
17:09Non, non, faut se méfier d'eux.
17:11Là, ils sont endormis, ils ont même pas ouvert leurs yeux.
17:14Tout peut se transformer en personnage.
17:17Là, j'en vois un, là-bas, qui a deux petits bras.
17:20On voit presque sa trogne un peu méchante, là, ses yeux grobuleux.
17:25Juste à côté, là, il y a son copain qui a pas l'air de valoir beaucoup mieux.
17:30A leurs pieds, la boue des tourbières pourrait pour sa part avaler les imprudents qui s'y égarent la nuit.
17:41C'est d'ailleurs ici que la mythologie bretonne situe l'une des portes de l'enfer.
17:45Le Yonélèse, un marais humide, peuplé d'étranges créatures qui sentent le soufre de nains maléfiques et d'âmes des défunts.
17:54Dans l'imaginaire celte, les lieux humides et bas étaient plutôt les lieux liés à la mort.
18:03Surtout, et c'est le cas pour cette tourbière particulière, la tourbière du Yonélèse, c'est une zone qui était dédiée aux morts.
18:17Ici, en Inferniène, en breton, ce qui veut dire l'enfer froid.
18:22Vous avez vu la tourbe, ça colle, c'est glissant, froid.
18:27Dans ces terres, hésitant entre féerie et noirceur, la nature aime jouer des tours aux hommes.
18:38Parfois, le méthane issu de la fermentation des végétaux s'enflammer, créant des feux follés qui pouvaient brûler pendant des semaines.
18:49Mettez-vous dans la peau de ceux qui vivaient il y a 200, 500 ans, 1000 ans en arrière.
18:53Pour eux, c'était magique, bien sûr.
18:57Les monts d'Arrée, c'est mon jardin, c'est à moi.
19:03Je crois que tout le monde s'approprie cet endroit qui est comme une île intérieure, quelque part.
19:10Une petite île protégée par un phare symbolique situé sur le mont Saint-Michel de Braspard.
19:24L'un des points culminants de la Bretagne grâce à sa croix.
19:28Certains ne verront sous cette croix qu'une modeste chapelle.
19:31Là aussi, les esprits plus mystiques seront surtout sensibles à la puissance de la nature.
19:39Sur ce mont, elle a inspiré différentes religions au fil des millénaires,
19:44dont le culte druidique de Taranis, le dieu du ciel et de l'orage.
19:48On sent quand même qu'il y a une force spirituelle ici.
19:54À l'ère pré-chrétienne, vraisemblablement, il y avait des cultes ici, sans doute dédiés aux morts.
20:02Au XVIIe siècle est édifié ce petit oratoire consacré à l'archange Saint-Michel.
20:07La légende dit que l'archange Saint-Michel, qui est le chef des milices célestes,
20:16souvent représentées en armure, en armes, a terrassé le dragon ici.
20:23Évidemment, c'est un symbole qui veut dire que la religion chrétienne a terrassé,
20:28a supplanté les anciennes religions considérées comme païennes.
20:31Pour les historiens, ce n'est pas par le glaive que le christianisme
20:37aurait soumis le paganisme des celtes en Bretagne, mais par le verbe.
20:42Et peut-être un peu par la magie.
20:51Dès le Vème et le VIème siècle, des moines venus du pays de Galles
20:55apportent le christianisme en Bretagne païenne.
20:57L'un des premiers, Guénolé, un noble, choisit une langue de terre
21:03lovée au sud de la Rade de Brest pour y bâtir un monastère.
21:09C'est un signe de la nature qui lui désigne ce lieu.
21:13De cette histoire lointaine, les Bretons ont surtout gardé la légende.
21:17Gwénolé arrive, lui, au VIème siècle.
21:32Donc, il traverse la Bretagne de la côte nord jusqu'à la côte sud.
21:36Et, miracle, il va faire comme Moïse, il va séparer les eaux
21:40et il va venir à pied sec de l'Ithibidique jusqu'à Landévenec
21:44où il va fonder son héritage qui deviendra l'abbaye de Landévenec.
21:50C'est le premier monastère avéré, effectivement, en Bretagne
21:53où les moines vivaient selon la règle irlandaise.
21:58En ce haut Moyen-Âge, la population rêvère comme des saints
22:02ces moines qui ont le même rapport au merveilleux et à la nature.
22:05C'est un coup de foudre.
22:07Nous sommes sur le passage d'un monde à un autre,
22:14d'un monde païen à un monde chrétien.
22:17Et c'est parce qu'effectivement, ils dominent les éléments
22:19comme les anciens druides dominaient les éléments.
22:22C'est parce qu'ils maîtrisent effectivement le temps et l'espace.
22:26C'est parce qu'ils accomplissent des miracles
22:27qu'on leur attribue la sainteté.
22:30Saint Gwénolé est toujours très présent dans le cœur des Bretons.
22:33Mais il n'a jamais été reconnu par Rome.
22:35Car entre l'église et les Bretons, tout n'a pas toujours été aussi simple.
22:43Dans le village de Landé-Vénèque, qui s'est construit autour du monastère,
22:48le cimetière en témoigne.
22:51Au Moyen-Âge, les Bretons avaient pris l'habitude
22:53d'enterrer leurs morts sous l'église.
22:55Mais à partir du XVIIe siècle,
22:59les autorités catholiques imposent de nouvelles règles
23:01et l'enterrement des morts dans des cimetières à l'extérieur.
23:05Non sans mal.
23:06Dans certaines paroisses,
23:08le désaccord tourne même parfois au pugilat.
23:13Dans ce petit cimetière, léché par les flots,
23:16un compromis semble avoir été trouvé.
23:18Les morts ont quitté l'église,
23:20mais ils ont vu sur le paradis des Celtes.
23:26Dans l'imaginaire breton,
23:28le paradis est une île
23:29qui se trouve à l'ouest du monde,
23:31là où le soleil se couche.
23:33D'où la croyance en Bretagne,
23:35les défunts se pressent sur la côte
23:39pour attendre la barque,
23:41la barque de nuit,
23:42bagnose en breton,
23:43pour passer dans l'au-delà.
23:44Et donc ici,
23:47ils sont au bord de la mer,
23:49donc ils n'ont plus qu'à attendre le bagnose,
23:51la barque de nuit
23:52et le passeur pour aller dans l'au-delà.
23:55Donc c'est effectivement une situation exceptionnelle.
24:00Mais pour les chrétiens,
24:02le paradis est au ciel,
24:03dans un monde bien séparé
24:05de celui des vivants.
24:07Et il n'est pas question
24:08de passeurs invisibles.
24:10À quelques kilomètres de la côte,
24:22en l'église du village de la Martyr,
24:24le culte catholique
24:25semble avoir réussi à conquérir
24:27les âmes des vivants,
24:28aussi bien que des morts.
24:30Alléluia, Alléluia, Alléluia, Alléluia.
24:41Pourtant, même ici,
25:03des figures venues des temps anciens
25:05sont parvenues, mine de rien,
25:07à se glisser entre les pierres.
25:08Voilà ce béniquier
25:18avec une représentation de la mort,
25:22donc l'Ancou.
25:24On l'a à plusieurs endroits
25:26et on l'a dans certaines parois,
25:29c'est sur l'Ossuaire.
25:31Dans le monde celtique,
25:38il y avait cette croyance
25:40en un autre monde.
25:42Et quand la vie se terminait
25:45dans ce monde-ci,
25:47on faisait partie
25:48de l'autre monde.
25:51Les écrivains latins
25:53qui se moquaient des celtes
25:55parce que les celtes
25:56faisaient des emprunts
25:59payables en l'autre monde.
26:01Ils étaient fous,
26:02ces celtes.
26:03Bon, c'était comme ça.
26:05Je ne me sens pas
26:11de l'église romaine
26:13dans ce sens très précis,
26:15de l'église hiérarchique
26:18qui impose sa manière de faire
26:21un peu partout,
26:23sans tenir compte des cultures.
26:26Je ne peux pas entrer là-dedans.
26:27A l'image de la martyr,
26:32l'armorique tout entière
26:33est restée foncièrement religieuse,
26:36d'une religion
26:37où le paganisme celtique
26:38s'éternise dans les recoins
26:40du catholicisme.
26:43Entre cette mer,
26:44souvent hostile,
26:45et ses terres âpres et sublimes,
26:47la magie ancestrale
26:48et le culte chrétien
26:50continuent de mêler vaillamment
26:51leur force
26:52pour apprivoiser la mort.
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