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  • il y a 2 jours
En 1967-68, Ahmed Lallem tourne Elles un film noir et blanc dans lequel de jeunes lycéennes algériennes s'expriment sur leurs vies et leurs espoirs pour l'avenir. 29 ans plus tard il retrouve certaines de ces jeunes filles devenues femmes, qui vivent soit en exil soit en Algérie. À travers leurs différents parcours ce film explore la complexité de la vie des femmes algériennes, leurs déceptions mais aussi leur combativité, à travers, en toile de fond, les trente dernières années de l'histoire algérienne.

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Transcription
00:29Le code de la famille
00:54Le code de la famille
01:03Le code de la famille
01:05En 1966, 4 années après l'indépendance de l'Algérie
01:12J'ai réalisé ce film, Elle, avec des lycéennes de première et terminale à Alger
01:19Aujourd'hui, 30 ans après, j'ai retrouvé certaines d'entre elles
01:27On reste à la maison, puis on regarde des revues, on écoute la radio
01:33C'est tout ce qu'on fait
01:34Mais non, parce qu'il n'y a pas beaucoup de filles qui sortent
01:37C'est rare qu'on voit une fille en ville
01:40Jamais on a vu des choses comme ça sur nous
01:42On entend parler de toutes les filles du monde entier
01:46Puis la fille algérienne, on a l'impression qu'elle est de côté
01:49Et puis on a l'impression que la femme algérienne ne sert à rien du tout
01:52Alors, si nous regardons à la vérité, j'ai trouvé que la femme algérienne ne sert à l'arrivée de
02:04l'arrivée de l'arrivée de la famille
02:28Le fait déjà d'avoir accès à des études, si on veut
02:33C'est déjà un privilège par rapport à l'ensemble, mais les autres
02:37Celles qui sont chez elles, celles qui ne sortent pas, qui ne travaillent pas
02:41Elles ont moins de destruction, moins de connaissances
02:45Une fille, par exemple, qu'on arrête au niveau du BEPC
02:48Pour quoi faire, pour la garder à la maison
02:50Parce qu'elle est grande
02:51Je dois m'estimer heureuse de continuer mes études
02:54À part ça, je n'ai pas d'autres, enfin, distractions
03:01Parce que, je ne sais pas
03:03Une jeune fille algérienne n'a pas besoin
03:05Non, ce n'est pas parce qu'elle n'a pas de distractions qu'elle est malheureuse
03:08C'est parce que ses parents ne la comprennent pas
03:10Elle est malheureuse et elle est résignée
03:14Je ne sais pas, parce que mes parents ne sont pas peut-être assez instruits
03:18Ils ne peuvent pas me permettre certaines choses
03:20Par exemple, fréquenter des garçons
03:24Mais elle m'a demandé des explications au sujet de la réponse
03:28Tu es sa fille, tu as un certain âge
03:30Et tu as droit à certaines explications
03:33Alors toi, quand ton papa te défend de sortir, tu lui dis
03:35Mais il ne sait pas pourquoi
03:36Moi, je regrette, il fait comme ça
03:38Je ne lui dis pas pourquoi
03:39Parce que sinon, sinon, il a le point de rien
03:41C'est-à-dire qu'il y a des jeunes filles qui ont dit au monsieur
03:45Elles lui ont dit, enfin, on est malheureuse
03:46Parce qu'on n'a pas assez de distractions
03:48Parce qu'on est trop serrées par nos parents
03:52Et puis, enfin, un tas d'arguments
03:54Et puis ensuite, elles ont conclu
03:55Mais on est résignées
03:57Alors moi, je me suis dit, non, elles n'ont pas le droit de dire ça
04:00Parce qu'elles n'ont parlé uniquement que de distractions
04:03Elles n'ont pas cité le devoir
04:05Enfin, je ne voudrais pas que ça fasse bédant
04:09Mais enfin, pour moi, il me semble que la jeune fille algérienne doit avant tout
04:13Avant toute considération, voire le devoir, vous voyez
04:18Au nom de la révolution, au nom d'un tel truc
04:20Mon émancipation pour mes enfants serait mon émancipation à moi-même que je continuerai
04:25C'est-à-dire en leur donnant tout ce qui m'a manqué
04:29Et en les comprenant vraiment
04:31Ce n'est qu'une transformation radicale de la société
04:33Qui pourrait remettre, enfin, mettre la femme à l'égal de l'homme
04:37Que ce soit la femme algérienne ou une autre femme
04:39Et justement, ce n'est que par le travail
04:41Que la femme pourra se rendre égale de l'homme
04:44En 1976, j'ai eu mon baccalauréat
04:47On était très peu nombreuses
04:49Aller à l'université
04:51Mon père voulait que je fasse médecine
04:53Parce que, bien, comme ça, dans les familles bourgeoises
04:55Quand on fait des études, on fait médecine
04:58Donc, première rupture avec mon père
05:00J'ai fait sociologie
05:03Mais on ne s'est pas parlé pendant six mois
05:07D'abord, c'est quoi ?
05:08C'est la sociologie, à quoi ça sert ?
05:11Je dis, c'est pour analyser la société
05:12Il me dit, ça sert à quoi ?
05:14Donc, on ne s'est pas parlé pendant six mois
05:16Et puis, j'étais, quelque part, une de ses préférées
05:19Il en a beaucoup souffert
05:21Moi aussi
05:22Et donc, ça a été le premier affrontement
05:29Deuxième affrontement
05:31J'ai travaillé dans un milieu mixte
05:35Mon père a dit, bon, ben, tu ne fais pas médecine
05:37Alors, tu fais professeur
05:39Dans un milieu féminin
05:41C'est comme ça que ça se passe
05:43Tu ne vas pas te trouver dans un bureau avec des hommes
05:45J'ai dit, il n'en est pas question
05:48Je travaillais dans un milieu mixte
05:53Ça n'a pas été facile, hein
05:54Et ça ne l'est toujours pas
05:58Ensuite, je me suis mariée
06:00Mais j'ai connu mon mari
06:03Et j'ai annoncé à mes parents
06:05Que je connaissais quelqu'un
06:06Qui allait venir me demander un mariage
06:08Un grand scandale dans la maison
06:11Mais ils étaient tellement habitués
06:13À mes entêtements
06:15Mon père avait marié toutes les filles de la maison
06:19Même des frères, des sœurs
06:21C'était le patriarche
06:23Mais quelque part, je sais qu'il m'admirait
06:27Par rapport au courage
06:28Je faisais preuve
06:31Pour l'affronter
06:32En me disant, je gagne ma vie
06:33Et puis, si tu n'es pas d'accord
06:35Moi, je quitte la maison
06:38Donc, je me suis mariée
06:39J'ai fait des enfants
06:41Et puis, dans mon foyer, ça ne marchait pas
06:44Re-rupture encore
06:45Donc, j'ai repris mes études
06:47Pour faire une thèse de doctorat
06:48Troisième cycle
06:52Et puis, je crois qu'à un moment donné
06:53Je me suis fatiguée de me bagarrer
06:55Donc, je me suis un petit peu
06:57Je me suis un petit peu calmée
06:59Et j'ai commencé à me dire
07:01Il faut que je mette de l'ordre dans tout ça
07:03Mais au lieu de m'intéresser à ma personne
07:05Donc, je me suis intéressée aux autres
07:07Et j'ai fait ce livre
07:08Ce premier livre
07:09Sur la condition des femmes
07:13Dans les cimetières
07:14Les bains
07:16Dans tous les lieux où se retrouvent habituellement les femmes
07:19Le mal principal
07:22Qui motive leur gémissement et leur regret
07:25Se trouve être l'homme
07:27Rajl
07:28Nous nous sommes toujours demandés
07:30Comment un homme pouvait mener une vie de citoyen et de producteur
07:35Et d'être humain tout court
07:37Lorsqu'il est si peu aimé de sa femme
07:40De ses filles
07:41Et souvent de ses fils aussi
07:47Nous avons subi nous aussi
07:49Le statut peu enviable
07:51De femme
07:52Qui a dû d'abord nous priver de parole
07:55La femme algérienne pleure
07:59Gémie
08:00Menace parfois
08:02Mais parle rarement
08:03Mais malgré tout
08:05Nous tenons à parler
08:07Car nous devons le faire
08:09Nous sommes un peu désorientés
08:11Parce que
08:11Nous sommes en présence de deux civilisations
08:13Qui se heurtent
08:15Enfin une traditionnelle, l'arabe
08:17Et puis une moderne, la française
08:19On dit souvent de l'algérienne
08:21De la jeune fille algérienne
08:23Qu'elle manque de personnalité
08:24Qu'elle imite
08:25Qu'elle calque
08:26Enfin je trouve que c'est
08:28Qu'elle doit faire ça
08:29Pour atteindre sa personnalité
08:32Parce que c'est très difficile
08:33Parce qu'elle vit dans un milieu
08:35Où deux civilisations se côtoient
08:37La civilisation européenne
08:39Et la civilisation arabe
08:41Qui sont à mon avis très très différentes
08:43A la maison
08:44Elle est obligée de suivre les coutumes
08:46Tout ça des parents
08:47Au lycée
08:48Elle est côtoyée par des européens
08:52Et elle sait pas où
08:54Ou se tourner
08:55C'est pour ça que je trouve
08:57Que ce fait d'imiter
08:58Ce fait de calquer
09:00Est nécessaire
09:01Pour la jeune fille algérienne
09:04Pour atteindre sa personnalité
09:06Je suis absolument d'accord
09:07Sur ce qu'elle disait
09:08Nous sommes dans une période
09:09Absolument transitoire
09:11Il faut chercher une personnalité
09:13Qui soit une synthèse
09:14Entre deux mondes
09:14Qui jusqu'à présent
09:15S'affrontait
09:16Une personnalité
09:18Qui répond
09:19Aussi bien à ce que peuvent demander
09:21Les parents
09:22Comme aux besoins de la jeune fille
09:24Au dehors
09:26Cette synthèse
09:27Il faut essayer de l'obtenir
09:28Dans la culture
09:29Une culture qui elle aussi
09:30Est transitoire
09:31Entre deux mondes
09:32L'autre partie
09:33C'était la partie
09:34Où je parle
09:35Des partis politiques
09:36Du syndicalisme
09:37Et tout
09:38Est plus intéressante
09:39Là où il n'y a que le texte
09:41Qui est plus forte
09:42Comme
09:43Qui a plus de valeur
09:44C'est en plus
09:44Là je dis une bêtise
09:46Pourquoi tu dis
09:46Que tu dis une bêtise ?
09:47Parce que c'est pas vrai
09:48On n'est pas entre deux mondes
09:49On n'est pas entre deux cultures
09:51Ni rien du tout
09:51On a une culture algérienne
09:52Qui est bien définie
09:54Qui est propre à l'algérien
09:55On a une identité
09:56On n'est pas la même chose
09:57Que les marocains
09:57Ni les tunisiens
09:58Ni
09:59Je pense qu'il y a
10:00Une culture algérienne
10:02On se reconnaît
10:03En tant qu'algérien
10:04Je crois à l'algérienité
10:06D'abord je ne crois pas
10:07Bon ce qu'on dit
10:08Et ce qu'on pense profondément
10:10Moi je ne sais pas
10:11Le vécu qu'ont eu depuis
10:12Ces femmes
10:13Celles qui ont parlé
10:14Bon je connais que mon propre vécu
10:16Je n'ai rencontré personne d'autre
10:17Pratiquement
10:18Pas par une personne
10:19J'ai rencontré personne
10:20De toutes ces demoiselles
10:21Mais je ne sais pas
10:23Si le vécu
10:24A été de la qualité
10:24De la profondeur
10:26Semble-t-il apparente
10:28De ce qui se dit
10:28Moi je ne crois pas
10:29Que c'était si profond que ça
10:31Elles étaient
10:32Bon elles voulaient
10:33Faire des choses
10:33Mais je ne crois pas
10:35Qu'elles aient eu
10:35La possibilité
10:36Ou le caractère
10:38D'aller aussi loin
10:42Ce qui est sûr
10:43Celles qui voulaient
10:43Conduire un bateau
10:45Ou un avion
10:46Elle ne l'a pas fait
10:47Je veux dire que
10:48Il ne faut pas aussi
10:49Prendre des positions
10:51Juste pour le plaisir
10:53De prendre une position
10:54Pour défendre une idée
10:55En sachant très bien
10:56Que jamais
10:58D'abord parce que
10:58Ce n'est pas du tout
10:59Dans leur propre caractère
11:01On ira jusqu'au bout
11:02De cette idée
11:04C'est trop
11:05Entre le rêve
11:06Et je ne sais pas
11:09Si j'arrive
11:09A me faire comprendre
11:10Mais c'est-à-dire
11:12Ça traduit
11:13Peut-être un rêve
11:14Mais un rêve
11:15Très lointain
11:16De la réalité
11:17Donc elles n'ont
11:18Aucune chance
11:20D'aller jusqu'au bout
11:21De ce rêve
11:22Mon idée à moi
11:24C'était
11:24Bon après le baccalauréat
11:25Après le lycée
11:26Etc
11:26J'avais tout à fait
11:28L'intention
11:28De continuer
11:29Mes études universitaires
11:30Mes études supérieures
11:31Continuer vers la maîtrise
11:33Et tout ça
11:35Tandis que
11:36Mes parents
11:36Qui étaient
11:38Qui sont très traditionnels
11:41Pour eux
11:42Leur idée
11:42C'était que
11:43Bon
11:43Que chacune des filles
11:45Dans la famille
11:46On était cinq
11:48Arrive au niveau
11:48Du baccalauréat
11:49Qu'on obtienne
11:50Notre bac
11:51Et puis pof
11:52On s'arrête
11:54J'ai eu du mal
11:55J'ai eu beaucoup de mal
11:57Et je crois que
11:58C'est pendant cette année-là
11:59Que j'ai décidé
12:00Que
12:01Bon soit
12:02Je me mariais
12:03Ce qui était
12:04Un moyen peut-être
12:06De quitter
12:06La maison de mes parents
12:09Soit
12:09J'allais ailleurs
12:11J'ai pu obtenir
12:12Une bourse
12:13Pour aller aux Etats-Unis
12:15Pour faire mes études
12:16Pour faire une maîtrise
12:18Je ne sais pas
12:19Où j'ai téléphoné
12:20A mes parents
12:20Parce que je savais
12:21Que ça n'allait pas
12:23Il n'allait pas
12:24Apprendre ça très bien
12:26J'ai téléphoné
12:27A ma soeur aînée
12:27Qui était un peu
12:28L'intermédiaire
12:29Entre mes parents
12:30Et moi
12:31Parce que bien sûr
12:32Tu t'en doutes
12:33Il n'avait pas
12:35Il n'était pas d'accord
12:36Avec le fait
12:37Que je sois partie
12:39Dès le départ
12:41Mais j'ai insisté
12:42Je suis quand même partie
12:43Donc je suis passée
12:44Par ma soeur
12:45Et je lui ai dit
12:46Bon dans trois semaines
12:47Je vais me marier
12:48Est-ce que tu veux venir
12:49Insister à mon mariage ?
12:51Elle me dit
12:52Mais ça va mal
12:55Elle me dit
12:55Ça se fait pas
12:56Tu te maries avec un Algérien ?
12:58Je dis
12:58Ben non
12:59Ça va mal
13:01C'est à moi de dire ça
13:03Elle me dit
13:05Bon ben non
13:06Il faut que tu rentres
13:07Le mariage
13:07Il faut pas que ça se fasse
13:09Il faut que tu rentres
13:09Il est musulman ?
13:11Je dis non
13:13Alors elle m'avait posé
13:14Les questions les plus importantes
13:15Elle savait que
13:16C'est ça que mes parents
13:17Allaient vouloir savoir
13:21Ils ont dû
13:22Ils se sont réunis
13:24Mes frères et soeurs
13:25Pour décider de mon sort
13:28À 6000 miles d'Alger
13:33Et il me rappelle
13:35Une semaine après
13:37Et mon frère est né
13:40Tout fier de lui
13:41Il me dit
13:42Bon ben écoute
13:43Moi je vais prendre l'avion
13:44Je viens te chercher demain
13:46Je dis
13:47Ah oui ?
13:47Mais depuis quand ?
13:48C'est toi qui décides pour moi ?
13:50Il m'a dit
13:51Mais écoute
13:51Tu te rends pas compte
13:52De ce que tu es en train de faire
13:53Enfin c'était toute la
13:56Toute la leçon de morale
13:57Etc
13:58J'ai dit non
13:58Tu restes là où tu es
14:00Si tu veux pas assister
14:02Si personne ne veut venir
14:03Moi je suis mariée
14:04De toute façon
14:05Et non seulement ça
14:07Mais je vais rester
14:07Je vais habiter aux Etats-Unis
14:11Coupure pendant 5 ans
14:14J'ai fait l'impensable
14:16Il est interdit aux femmes
14:17D'épouser des étrangers
14:18Les hommes
14:20C'est pas grave
14:21Ils peuvent épouser
14:22Des françaises
14:22Des allemandes
14:23C'est pas
14:23C'est pas trop
14:25On voit pas ça trop mal
14:27Donc
14:29On a coupé l'éponge
14:30Je vous ai dit avant
14:31Mais enfin c'était
14:33Avec la plus grande partie
14:34De ma famille
14:35Sauf bien sûr
14:35Avec ma soeur aînée
14:36C'était elle
14:37Qui restait mon contact
14:39Alors elle m'a dit
14:40Elle m'a conseillé
14:41Elle m'a dit
14:41Est-ce que ton mari
14:43Il est musulman
14:44J'ai dit non
14:44Elle m'a dit
14:45Est-ce qu'il voudrait
14:46Se faire musulman
14:48Je lui dis ça ?
14:49Je lui dis ça ?
14:50C'est pas à moi
14:50De décider pour lui
14:52Elle m'a dit
14:53Écoute
14:54Il faudra lui demander
14:55Peut-être que
14:56Ça serait le seul moyen
15:00Que ce soit acceptable
15:01Pour mes parents
15:04Alors je lui ai demandé
15:06Et puis
15:06Bon ben
15:07Il s'est fait musulman
15:11Le premier pas
15:12C'était qu'il se fasse musulman
15:13Le deuxième pas
15:15C'était qu'il devienne papa
15:17Donc à partir du moment
15:19Où mes parents
15:19Ont su qu'ils avaient
15:21Une petite fille
15:23Alors du coup
15:24Ils ont
15:25Ils se sont radoucis
15:28Et on l'a emmené
15:29Enfin mon mari
15:30Et ma fille
15:31Et moi
15:32S'en allait en Algérie
15:33Quand elle avait
15:34Elle avait un an et demi
15:37Et comme moi
15:38Enfin moi
15:38J'ai jamais coupé les ponts
15:39Avec moi
15:40J'écrivais tout le temps
15:41J'écrivais
15:41J'écrivais
15:42J'envoyais des photos
15:43Donc ils savaient
15:45Ils étaient au courant
15:47Et ils n'ont pas pu résister
15:48Il fallait qu'ils la voient
15:52Donc
15:53Par l'intermédiaire
15:54Encore une fois
15:54De ma soeur aînée
15:55On est allé passer
15:57Quatre semaines à Algérie
15:59Quand elle avait un an et demi
16:00En 79
16:02Dès qu'il a vu
16:03Sa petite fille
16:06Algéro-américaine
16:07Il a fondu
16:10Et à partir de ce moment là
16:12On a eu
16:13Absolument aucun problème
16:16Donc
16:17Les relations sont
16:20Parfaites
16:21Et donc
16:22Après régulièrement
16:23Tu avais dit
16:24Que tu retournais là-bas
16:25Oui
16:26Tous les deux ans
16:27On retournait en famille
16:29Jusqu'à
16:30Jusqu'à 89
16:50Ils sont
17:08En 90, quand je suis partie, quand je suis arrivée en France, je me suis plus sentie chez moi en
17:14France qu'en Algérie.
17:16Si je suis partie d'Alger, j'adore par ailleurs, c'est qu'à Alger, j'étais étrangère.
17:23Tout dans mes gestes, dans mes réactions, dans mes manières d'aide, dans ma manière de parler, dans ma manière
17:27de sentir, etc., dénoté.
17:32Je suis arrivée en France, je t'ai dit, d'ailleurs tu le sais très bien, quand on part d
17:35'Algérie, même quand tu laisses des milles et des cents là-bas, tu pars les mains dans les poches.
17:40Donc d'énormes difficultés matérielles.
17:44Je me suis inscrite à la fac tout de suite, puisque je fais partie de cette génération qui avait les
17:53mêmes diplômes qu'en France,
17:55dont j'ai pu m'inscrire à la fac, je n'étais pas illégale, enfin, au plan des papiers, moi
17:59par rapport à d'autres, si tu veux, j'avais cette chance-là.
18:04Mais, donc d'énormes difficultés matérielles, enfin tout ce que tout le monde connaît, quoi.
18:08la galère habituelle, et pourtant, alors que j'étais, bon, je pesais même pas 40 kilos, ça ne veut pas
18:18dire que je crevais être fait en Algérie,
18:19ça veut dire que par ailleurs, il y avait eu plein de choses qui ont fait que je me suis
18:23énormément affaiblie.
18:24Je ne veux pas te dire que, bon, tout ce qui se passe là-dedans, ça rejaillit sur...
18:30Bon, de toute façon, et pourtant, je me sentais pleine de... je me sentais vivante, voilà.
18:37Voilà, j'avais plein d'énergie, voilà.
18:44Et puis en plus, bon, j'ai débarqué à Toulouse, enfin, un tout petit passage à Paris, mais j'ai
18:50débarqué à Toulouse,
18:51chose que je n'étais plus capable de faire, alors qu'adolescente, je le faisais, j'adorais ça,
18:55d'aller me balader des heures dans la case bas, à regarder les portes, à regarder les fontaines, à regarder...
19:02J'avais cette... en 90, je n'étais plus capable, je ne savais plus marcher, je ne savais plus...
19:08Quand je suis arrivée à Toulouse, c'était une ville nouvelle que je ne connaissais pas, une très belle ville
19:12en plus,
19:14ben j'ai recommencé à me balader dans les rues, à regarder les façades, à entrer dans les cours, à
19:17parler aux gens, voilà.
19:21La vie, c'est beau dans la mesure où je la vis dans mon pays.
19:26Ce ne serait pas... Est-ce que les personnes qui sont parties ne se sont pas mutilées de beaucoup de
19:31choses en étant à l'extérieur du pays ?
19:33C'est ça la bonne question. Parce qu'on me dit, bon, je ne reste pas en Algérie parce que
19:36je ne peux pas faire telle et telle chose
19:37qui, par ailleurs, sont peut-être superficielles, ne sont pas essentielles.
19:40Enfin, du moins, pour moi, ce n'est pas essentiel à ma vie.
19:43Mais est-ce qu'à l'extérieur, des choses essentielles, comme un lever du matin sur Alger, ou l'odeur
19:48d'un marché, ou le ressac de la mer,
19:53est-ce que c'est... Moi, en tous les cas, c'est une chose qui me serait essentielle.
19:57Est-ce que là, en partant, ils n'ont pas perdu d'autres choses essentielles ?
20:02Alors, oui, il y a eu des petits renoncements, qui, à l'époque, m'ont semblé d'énormes renoncements.
20:08Je n'ai, par exemple, pas fini mes études. Moi, j'étais quelqu'un de brillant, donc j'avais été
20:13élevée pour faire une grande carrière universitaire, etc.
20:19Je n'ai pas fini mes études parce que c'était un choix. J'avais divorcé, il fallait que je
20:23garde mon enfant, etc.
20:24Donc, dans ma vie particulière, il y avait des choix à faire.
20:30Et aujourd'hui, je peux dire que, malgré tout ça, je n'ai pas eu... J'ai fait ce que
20:36je voulais faire.
20:38J'ai fait des tas de choses intéressantes. J'ai mené une carrière qui a été pleine de surprises et,
20:50en même temps, pleine de réalisations.
20:52J'ai fait des choses. Je peux dire, à la fin de ma vie, professionnelle, parce que, bon, dans 5
20:57ans, c'est la retraite, dans 6 ans, c'est la retraite,
20:59qu'effectivement, j'ai réalisé plein de choses.
21:03Alors, maintenant, est-ce que j'ai été payée comme je l'aurais dû ?
21:07Est-ce que j'ai eu une carrière au niveau de la progression des postes et tout comme je l
21:10'aurais dû ?
21:12Non. Honnêtement, non.
21:14Mais le fait d'avoir une grande jeune fille de 26 ans, ça me donne un poids dans la société.
21:21Il faut dire que, pour la femme arabe, la femme musulmane, en règle générale, plus vous vieillissez, plus vous avez
21:30de droits, plus vous êtes impliquée dans votre vie familiale,
21:34plus votre position familiale et sociale prend une assise.
21:38Et bien sûr, lorsque vous mariez votre enfant, lorsque vous avez un genre, lorsque vous avez des enfants,
21:43votre poids au niveau de la société, au niveau familial, est de plus en plus important.
21:49La femme européenne, plus elle vieillit, plus elle va à la dérive et plus elle n'existe pas.
21:54La femme, dans les sociétés musulmanes, en règle générale, existe de plus en plus, au fur et à mesure que
22:00ses enfants grandissent et qu'elle prend un poids familial.
22:09Je connais des femmes, personnellement, ne demanderait pas mieux que de sortir sans voile et puis elles sont très potables
22:14physiquement, quoi. Elles peuvent se permettre.
22:16Franchement, parce que le mari, quand il impose à sa femme de mettre le voile, c'est plutôt pour les
22:20gens qu'il connaît.
22:21Il ne veut pas que les gens qu'il connaît voient sa femme.
22:25Il a l'impression de ne pas dominer la famille, de ne pas commander sa femme et toute la famille.
22:31Une femme ne peut pas tout à fait égaliser l'homme, je ne sais pas, pour qu'il y ait
22:35un bonheur.
22:36Il faut que quelqu'un domine dans la maison, il faut que, ou le mari ou la femme, plus généralement,
22:41c'est le mari qui domine.
22:42Alors la femme, elle doit limiter ses prétentions.
22:47Personnellement, je ne pense pas. Il peut y avoir tout à fait des légalités.
22:50Et on a vraiment l'exemple, l'exemple de toutes les femmes dans tous les pays socialistes,
22:54telles que le RSS, telles que la Bulgarie, où on voit des femmes qui habitent en bateau,
22:58où on voit des femmes receveurs d'autobus.
23:03Moi, je suis d'accord avec les camarades qui viennent parler de l'inégalité, de grand blablabla,
23:07mais je suis en train de me rendre compte qu'on est en train de faire des grandes phrases,
23:09de parler, de bâtir le pays, de faire comme dans les pays socialistes, des patatis, patatas,
23:14mais on ne peut pas brûler les étapes avant d'essayer de jouer les femmes qui commandent des bateaux
23:19ou qui font recevoir d'autobus.
23:21C'est bien, bon, d'accord, mais on n'est pas arrivés en un jour, premièrement,
23:24et ensuite, ce n'est pas nos problèmes, que vous ne voulez pas, vous êtes en train de faire du
23:27blablabla,
23:28de dire, oui, nous, les femmes, nous avons des problèmes,
23:30et vous développez ces problèmes, c'est faux, vous n'avez qu'à regarder les problèmes que vous avez.
23:33Les problèmes qui se posent à chacune de nous, ça n'est pas le...
23:35Ça peut me faire croire que c'est vouloir construire un bateau ou vouloir être ingénieur,
23:40mais bon, d'accord, c'est dans l'avenir.
23:42Vous avez 16, 17, 18 ans, ça ne permet pas que vous pensez être médecin ou être ingénieur,
23:46et surtout pas, c'est-à-dire, je vais être médecin ou ingénieur,
23:49parce que ça s'est fait en urs, ça s'est fait en chine, et parce que je vous savais
23:52mon pays.
23:52Maintenant, les problèmes qui se posent à vous, c'est les problèmes les plus concrets,
23:55que vous n'osez pas dire parce que vous pensez que c'est idiot, que ça n'a pas de
23:57sens,
23:57que, par exemple, vous n'osez pas sortir, ou que...
24:00Les problèmes qui se posent à vous, à cause des parents, à cause des gens qui sont autour de vous,
24:03mais n'allez pas chercher midi, 14 heures.
24:05J'ai l'impression que ce qui m'a fait réagir comme ça,
24:07et c'est quelque chose que j'ai...
24:10Après, je l'ai compris, mais de manière plus réfléchie,
24:14et là, c'était très instinctif.
24:16C'est en fait cette difficulté,
24:20cette difficulté qu'on avait à l'époque,
24:24et qu'on a gardée encore, et qu'on nous a inculquées très jeunes,
24:29mais pas seulement à nous, peut-être,
24:30enfin, pas seulement aux filles, je veux dire, aux garçons également,
24:35c'est de ne pas dire, de ne pas dire ce qu'étaient les aspirations réelles,
24:40les besoins réels, les envies réelles.
24:43Et bon, dans le cas précis,
24:47et c'est ce que je leur dis, là,
24:48vous avez envie de dire, on a envie de sortir,
24:51on a envie de voir des copains,
24:52on a envie de voir des...
24:53on a envie de vivre,
24:56ou on a envie de...
24:57Et vous ne le dites pas, et vous n'arrivez...
24:59Enfin, là, je ne le dis pas,
25:01et peut-être que je ne le sentais pas à ce moment-là,
25:02mais ça m'a fait réagir.
25:06Et j'ai appris par la suite,
25:08et j'ai appris souvent de manière assez...
25:12Enfin, on y les en est plus, quoi,
25:14que ça faisait énormément de dégâts,
25:16le fait de ne pas dire.
25:20La vie de lycéenne, ça va très bien,
25:22les études et tout,
25:23mais c'est en dehors du lycée,
25:24que ça gâche pas avec les parents,
25:26et que le tâche...
25:27Mais c'est surtout à la maison, tu vois.
25:28Je sais que pour les parents,
25:29aller à l'école, c'est déjà une sortie.
25:31Oui, c'est vrai.
25:32Quand je me plains de ne pas sortir,
25:34on me dit, oui, mais tu es dehors
25:35de 8h jusqu'à 5h.
25:36Il y a des beaux films qui passent,
25:38j'aimerais pouvoir y aller.
25:40Il y a, par exemple, des mouvements,
25:41j'aimerais pouvoir faire partie d'un mouvement.
25:43Il arrive un moment où on a besoin de se distraire,
25:45on a besoin de voir des gens autour de nous,
25:46de parler.
25:47Il n'y a pas que la jeune fille algérienne
25:48qui se plaît sur ce point.
25:50Même les jeunes gens se plaindront
25:51du manque de distraction.
25:53Puis la jeunesse, ça ne cherche pas que le devoir.
25:55Oui, c'est vrai.
25:56Enfin, on devrait comme ça, ça.
25:58Et puis on n'est pas le premier pays
25:59à avoir fait une révolution.
26:01Alors, les distractions,
26:02mais il nous faut des distractions.
26:04S'il y avait plus de relations
26:05entre les lycéens et les lycéennes,
26:07s'il y en avait véritablement,
26:08parce que je pense qu'il n'y en a pas,
26:09il n'y a pas de relations entre lycéens et lycéennes.
26:11Vous savez qu'il y a des gars qui sont abusés
26:12ou qui sont affrementains,
26:13ou atatawidibas,
26:15mais c'est tout ce que vous savez d'eux.
26:16C'est vrai.
26:17Parce qu'ils ne nous laissent pas.
26:18Alors, les garçons n'ont pas de copines,
26:19ils n'ont pas avec qui discuter.
26:20Ils ne peuvent pas discuter aussi toujours
26:21avec des garçons entre eux,
26:27et ils n'ont pas de problème.
26:28Au sport, comme ça,
26:31j'ai parlé avec un garçon,
26:32et puis, alors, ils sont toujours là
26:35à nous poser pourquoi vous ne parlez pas avec nous,
26:37pourquoi, par exemple,
26:40on n'organise pas par exemple une bande
26:42puis sortir ensemble.
26:44Ça, c'est sûr,
26:45il n'y a absolument aucun contact
26:47entre les hommes et les femmes algériennes.
26:53Il n'y a pas de contact.
26:54Du moment où, à notre âge,
26:56les gosses,
26:57quand les parents les empêchent
26:59de fréquenter leurs camarades garçons,
27:01c'est à partir de ce moment-là, justement,
27:03que l'on doit essayer de résoudre le problème.
27:05On voit, par exemple,
27:05des gamins et des petites filles
27:07qui n'ont pas le droit de marcher ensemble,
27:09de jouer ensemble,
27:10parce que c'est les parents
27:11qui les en empêchent.
27:12Et c'est là, justement, le problème.
27:14C'est peut-être à nous d'y remédier,
27:16mais c'est aussi aux autres,
27:17parce que nous,
27:18on est aussi des jeunes
27:19et on nous empêche, justement,
27:20de fréquenter nos camarades.
27:22J'étais déjà dans un sujet mixte.
27:24On s'entendait bien, c'était bien.
27:28On était confrères et sœurs.
27:31On s'entendait bien.
27:34En 67, c'était bien.
27:36On était des groupes de filles,
27:40d'étudiantes, filles et garçons mélangés.
27:42Enfin, c'était la première année
27:45où on évoluait dans des milieux vraiment mixtes.
27:49Parce que jusqu'à présent,
27:51moi, j'avais été en internat
27:53et les seuls garçons que je connaissais,
27:55c'était mes frères ou mes cousins.
27:57Et mes cousins auxquels
27:58j'avais peut-être même pas le droit
28:00d'adresser la parole.
28:03Il y avait des limites,
28:04il y avait plus de limites.
28:05Il fallait que je rentre à une certaine heure.
28:06Il fallait que...
28:08Mais à l'intérieur de ces limites,
28:10c'était...
28:11C'était parfaitement accessible, les garçons.
28:13Voilà.
28:14C'était parfaitement accessible.
28:15Ça doit être très difficile maintenant
28:17pour les jeunes filles de 17 ans.
28:19Puis on parlait le même langage, quand même,
28:22à cette époque.
28:22Entre les garçons de...
28:24Bon, j'avais 16 ou 17 ans,
28:26je ne fréquentais pas des garçons de 16 ans,
28:27un peu plus.
28:27Tu sais bien que les filles sont plus...
28:30Mais on se comprenait quand on parlait,
28:31on parlait le même langage.
28:32Il y avait des moments où il y avait...
28:34Quand on ne se comprenait plus,
28:35j'avais la possibilité de réagir violemment
28:37et d'envoyer pètre.
28:40Le rapprochement entre les garçons et les filles,
28:42je vais vous dire quelque chose qui peut étonner
28:45beaucoup de gens.
28:46Mais en tant qu'enseignante, en tant que travailleuse,
28:48le rapprochement entre filles et garçons
28:51est beaucoup plus important actuellement
28:53qu'à notre époque.
28:54À notre époque, il était artificiel.
28:58Actuellement, il est rare,
28:59mais quand il existe, il est réel.
29:02Donc ceci est pour moi un progrès.
29:04C'est un progrès parce qu'il y a des choses
29:07qui sont en train de se construire
29:10solidement et pour la durée.
29:11On ne peut pas changer une société millénaire
29:14comme ça en 30 ans.
29:17Les choses se construisent
29:19et celles qui se font sont réelles,
29:21sûres et certaines.
29:23C'est comme lorsqu'on construit une maison,
29:25c'est les fondations.
29:26Et après, tout le reste va très vite.
29:28Alors le progrès pour nous,
29:30c'était d'abord qu'on nous avait autorisés
29:32à aller jusqu'à la terminale.
29:34Et puis, on avait déjà 18 ans,
29:36on n'était pas mariés.
29:38Ça, c'était le progrès.
29:39C'est le monsieur language.
29:49C'est le premier.
29:54C'est la première entente.
29:56Les baisses Prates이었inent
29:58lorsqu'on l'aiste... les baisses
30:00mais rien,
30:06avant la storé
30:08qui devraient
30:22On avait foi en l'avenir, on ne savait pas très bien ce que ça voulait dire,
30:27mais il y avait un contenu dans les mots socialisme, création d'un homme nouveau, liberté, etc.
30:35Et en tout cas, il y avait une chose qui était certaine, et ça c'est fondamental, je pense,
30:41il y avait un espoir immense, et on le vivait cet espoir, l'impression que j'ai maintenant,
30:46et puis non, d'ailleurs je l'ai connue également, et j'ai connu cette perte d'espoir en achevée.
30:51En fait, la plus grosse perte, c'est qu'à force d'accepter de perdre un tout petit peu tous
30:57les jours,
30:59il arrive un moment où tu n'as plus envie et où ça t'est égal de perdre.
31:05Et c'est à ce moment-là que...
31:13C'est ça le désespoir, je crois, c'est le moment où tu n'as plus envie,
31:16où tu te dis, bon, je ne peux plus aller dans ce café, prendre un café à 6h de l
31:20'après-midi,
31:20bon ben tant pis, je ne peux plus aller voir un film à la cinémathèque à 6h.
31:27Après, tiens, à la cinémathèque, je ne peux plus du tout y aller,
31:29et comme je ne pouvais déjà plus aller dans les salles commerciales,
31:32alors je ne peux plus aller nulle part, bon ben tant pis.
31:35Je ne peux plus prendre le bus.
31:39Maintenant, ce n'est plus possible de prendre le bus.
31:47Dans l'islam, la femme a beaucoup de droits, d'accord, au temps du prophète, certainement.
31:52Il aimait beaucoup les femmes, enfin les femmes, je m'entends, il n'aimait pas les femmes,
31:56mais il a donné beaucoup de droits aux femmes, mais au cours de 14 siècles,
31:59ça s'est complètement transformé, et on ne voit aucune trace.
32:02À quoi ça rime ça ? Je crois que, bon, on a beaucoup de droits,
32:06mais on n'en a jamais parlé de ces droits.
32:08On a beaucoup de droits, mais la bigamie existe toujours.
32:10On a beaucoup de droits, mais la fille, c'est un corps,
32:13quoi, c'est ni plus ni moins, une fille qui pense, ça n'existe pas ça.
32:40Le code de la famille, à mon avis, a été la dernière.
32:44La dernière serrure mise en 1984 face à l'éclatement irréversible
32:53des rapports de domination au sein du couple institués par la société patriarcale en pleine régression.
33:01Donc cette serrure, qu'est-ce qu'elle a fait ?
33:04Voyons que les femmes et les hommes ne respectaient plus ces rapports inégalitaires,
33:10elle les ont institués, légalisés.
33:13C'est curieux, ça n'a pas été fait en 62, ça n'a pas été fait en 70,
33:16ça n'a pas été fait en 80, ça a été fait en 84.
33:19C'est très, très significatif.
33:21C'est-à-dire qu'il y avait une évolution qui s'était faite,
33:23et puis tout d'un coup, certains législateurs, conservateurs,
33:25s'ont rendu compte que la société avait évolué sans qu'ils s'en rendent compte,
33:29et vite, vite, ils ont dit on va mettre des serrures.
33:31Donc, on a rétabli des normes qui relèvent de la société traditionnelle algérienne.
33:41Entre autres, la présence d'un tuteur pour une femme majeure,
33:49pour le mariage,
33:51l'exclusion du domicile conjugal quand il y a divorce,
33:59alors que la femme a la garde des enfants dans la majorité des cas,
34:02pour ne pas dire la quasi-majorité des cas,
34:05ce sont en tous les cas les deux éléments les plus injustes,
34:12dont la réparation des préjudices
34:17qui peuvent résulter de la rupture d'un couple.
34:20Il y a aussi, par exemple, des termes absolument incroyables qui sont cités.
34:25La femme doit obéissance à son mari
34:30et je crois que c'est déférence à son mari en tant que chef de famille.
34:37Et respect pour sa famille, en général.
34:41C'est-à-dire qu'il peut y avoir divorce à ses torts
34:44si elle est en conflit avec sa belle famille,
34:49sans même qu'on établisse qui a raison et qui a tort.
34:52Il y a l'allégeance féodale.
34:57Comment dirais-je ?
34:58Je peux voter pour le président de la République,
35:01mais je ne peux pas choisir mon mari.
35:02C'est une aberration totale.
35:04Donc au niveau de la liberté individuelle,
35:08effectivement, nous avons été réduites à l'état de sous-citoyens.
35:13Mais au niveau du travail,
35:15nos droits et nos devoirs, par ailleurs,
35:18sont identiques à ceux des hommes.
35:19C'est-à-dire qu'il y a une dichotomie
35:21entre le texte de la Constitution
35:23et les textes qui régissent,
35:25bon, le code de la famille, etc.,
35:27les textes qui régissent les individus.
35:29J'avais perdu, parce que femme,
35:31le droit d'avoir les besoins,
35:34les envies, les aspirations
35:35de tout être vivant dans une société.
35:43J'avais perdu le droit
35:47de parler la langue dans laquelle je pensais.
35:50J'avais perdu le droit
35:56que l'on reconnaissait aux hommes, par contre.
36:00Le deuxième voyage aussi,
36:01j'ai remarqué des filles plus jeunes que moi
36:07avec le voile.
36:11Avec le hijab.
36:13Le hijab ?
36:14Oui.
36:15Pas seulement le voile,
36:16la façon turque,
36:18comme le portait ma mère,
36:19le voile blanc avec le...
36:21Non, le hijab,
36:22que je n'avais pas vu
36:24dans les deux voyages auparavant.
36:27Moi, j'ai fait mes études
36:29de sociologie vers 1967
36:33et nous étions 10 femmes.
36:37Donc, actuellement,
36:38dans un amphi en sociologie,
36:40vous pouvez trouver 100 femmes,
36:43dont 30 sont voilées.
36:45Donc, c'est un problème de proportion.
36:48Il y a, donc,
36:51au lieu de 10 filles dévoilées,
36:52il y en a 60 supplémentaires.
36:55Donc, c'est cet aspect-là
36:57qu'il faut voir.
36:594 ou 5 de mes neveux
37:00avaient des institutrices
37:01qui étaient soeurs musulmanes.
37:02Donc, ils commençaient déjà
37:04à implanter les idées islamistes.
37:08Et par l'intermédiaire
37:09des jeunes, des enfants,
37:11qui rentraient chez eux
37:13et qui disaient à leur mère,
37:15écoute, à mes soeurs,
37:17écoute-toi,
37:18pourquoi tu conduis une voiture ?
37:19Ça ne se fait pas.
37:20Les femmes,
37:21ce n'est pas normal
37:21qu'elles conduisent.
37:22C'est les hommes.
37:24C'est un travail d'homme, ça.
37:26Toi, il ne faut pas
37:27que tu conduises.
37:28Et pourquoi tu vas au travail, toi ?
37:29Pourquoi tu travailles ?
37:30Il ne faut pas que tu travailles.
37:33Et bon, petit à petit,
37:35ils se mettaient même
37:36à dire à mes soeurs
37:37pourquoi est-ce que
37:38tu ne portes pas le hijab.
37:42Alors, à ce moment-là,
37:43c'est à ce moment-là
37:44que mes soeurs,
37:45elles ont dit,
37:45moi, chacune,
37:46on est passé par là, quoi.
37:49chacune ont bien fait comprendre
37:50à leur fils,
37:51pas leur fille,
37:53que ce qu'elles faisaient,
37:56leur travail,
37:57toutes les décisions
37:59qu'elles prenaient,
38:00ça ne les regardait aucunement.
38:02Donc, il fallait absolument
38:04leur faire savoir
38:05à ce moment-là
38:06que c'était elle
38:08qui était responsable.
38:09Ce n'était pas au fils
38:09seulement parce qu'il était mal.
38:11Ce n'était pas à lui
38:11de décider
38:13ce que ferait sa mère.
38:15Mais il a fallu clarifier ça
38:18à plusieurs reprises.
38:21Et toutes mes soeurs
38:22sont passées par là.
38:24Je n'ai pas envie
38:25d'être pessimiste.
38:26Je ne sais pas l'être.
38:28Je n'ai pas envie
38:29d'avoir une vision
38:31apocalyptique.
38:32D'abord parce que
38:33je n'y crois pas.
38:35Il n'y a qu'à regarder
38:36l'histoire.
38:38Il y a des pays
38:39qui ont connu
38:39des soeurs
38:40encore plus graves
38:41que le nôtre.
38:42Et puis,
38:43ainsi va la vie.
38:44Ainsi va la vie.
38:46Et les choses nouvelles
38:47se créent toujours
38:49dans la douleur.
38:50Les sociétés nouvelles
38:52sont toujours nées
38:53dans la douleur.
38:56Et moi,
38:58je me dis,
38:59d'après ce que je vois,
39:00ce n'est pas simplement
39:01une...
39:04Comment dire ?
39:05Une espèce de mélodie
39:07que je me raconterai
39:08pour me rassurer.
39:10Je suis quand même
39:11un peu plus réaliste
39:13que ça.
39:15Je ne dis pas
39:15que l'inquiétude
39:16n'existe pas.
39:18Je ne dis pas
39:19que je ne crains pas.
39:23Ceci dit,
39:25vu tout ce qu'on a traversé
39:26et qu'on a survécu,
39:28il n'y a pas de raison
39:29que ça ne soit pas le cas.
39:31Il n'y a absolument
39:32aucune raison.
39:34Je pense qu'il y a eu
39:35des moments
39:36dans l'histoire
39:39où on a accepté
39:40trop facilement
39:41de laisser la place.
39:43Où, au nom
39:44d'un certain consensus,
39:46on s'est fondu
39:47dans une masse
39:48en disant,
39:49il faut que nous soyons...
39:52C'est la meilleure forme
39:55de lutte possible.
39:59Où on a abdiqué
40:00ou on a renoncé
40:02à certains principes
40:06ou à certaines bases
40:08au nom de l'unification
40:13ou de la...
40:15Et moi, je pense,
40:23je te dis,
40:24c'est à mon niveau.
40:25Il n'aurait pas fallu.
40:33Psalm 255,
40:34il n'aurait pas fallu.
40:35La naïlaïde.
40:37La naïlaïde.
40:40La maïlaïde.
40:49Ocons vom,
40:52la laïlaïde.
40:54La maïlaïde.
40:58La ilaha illa Allah
41:01M'hammedur Rasulullah
41:09Wa'aliha n'alqa Allah
41:16La ilaha illa Allah
41:19A'aliha n'ahya
41:21A'aliha n'umut
41:23A'aliha n'umut
41:24A'aliha n'umut
41:26A'aliha n'umut
41:29Ils l'ont pris devant son père
41:31Sa mère
41:33Son père criait
41:34Prenez-moi moi
41:35On sait très bien ce que c'est la fille en Algérie
41:38On sait très bien ce que c'est l'honneur de la fille en Algérie
41:41Le père il a été frappé avec une crosse
41:44On a pris la fille Sonia
41:46Et on l'a violée à l'âge de 15 ans
41:49On sait très bien ce que c'est la virginité en Algérie
41:51On l'a violée
41:52On l'a tuée dans sa chair
41:54Au nom de Allah
41:55Au nom de l'islam qui n'est pas l'islam
41:57On l'a violée
41:58Quand elle est revenue
41:59Quand elles les ont découvertes
42:00Ils étaient une quarantaine de filles
42:02Dans la région de Blida
42:03Une quarantaine de filles
42:05Vous imaginez
42:05La plus petite avait 8 ans
42:07Qui criait toute la nuit
42:09Il lui dit
42:09Tu t'es sinon on te tue
42:10Et effectivement une balle dans la tête
42:13J'aurais pas osé parler devant des petites filles comme ça
42:15Ces horreurs qui vivent toutes les Algériennes aujourd'hui
42:18Alors le fils aujourd'hui
42:20Ses complices nous ont donné l'image
42:22Avant qu'ils nous ont donné la promesse
42:25De la grande démocratie
42:26Qui nous la donne à nous les femmes
42:27Parce que je parle en nom de moi
42:29Femme
42:29Voilà mon vécu
42:30Merci
42:38Et moi j'ai pas peur de la mort
42:40J'ai pas fait de mal
42:41Si aujourd'hui mon heure est venue de mourir
42:43J'ai pas dit non plus que je vais me jeter sous un train
42:46Mais je veux dire que je sais que je suis mortelle
42:49A partir de là je vis chaque jour comme étant le dernier
42:53Je m'intéresse pas au futur
42:54Moi ce qui m'intéresse c'est le passé
42:56Parce que c'est mes racines
42:57C'est ma source d'inspiration et de vie
43:00Le passé
43:02Et la culture
43:03Et le présent parce que c'est ma réalisation
43:05C'est ce que je laisse
43:08Et à l'extrême le futur
43:11Déjà moi je l'ai fait le futur
43:13Puisque j'ai un enfant qui a 26 ans
43:15Qui va avoir des petits enfants etc
43:16Moi j'ai déjà semé le futur
43:20Mais à 50 ans
43:21Enfin près de la cinquantaine
43:22Maintenant je me retrouve une femme apaisée
43:26Tranquille
43:30Plus heureuse en tout cas
43:32Que lorsque j'avais 20 ou 30 ou 40 ans
43:35Plus les années passent
43:36Et plus je suis apaisée et heureuse
43:38Plus je me réalise
43:42Les plus petites choses me donnent de plus en plus de bonheur
43:46J'ai de moins en moins des idées
43:51Toutes faites
43:52En me disant
43:53Si je ne fais pas telle chose
43:55Ma vie sera un désastre
43:57Maintenant les
43:58Et les petites choses
44:01Me rendent très très pleinement heureuse
44:04Même les mauvaises choses que j'ai vues autour de moi
44:08Font partie de ce réel
44:10Que je nie
44:12Que je nie parce qu'il ne fait pas partie
44:14De ce à quoi je crois
44:16Et ce que j'aime
44:18Mais j'ai appris une chose
44:20C'est savoir que ça existe
44:22Que ça me plaise ou pas
44:24Ça existe
44:25Et que je dois vivre avec ça
44:29Sinon je renonce à ce pays ou à la vie
44:32Que chose
44:33Je ne veux renoncer ni à ce pays ni à la vie
44:36Par conséquent je sais que ça existe
44:39Et ça me donne une solidité intérieure extraordinaire
44:44Parce qu'il fait un moment où je me laissais détruire
44:47Je m'auto détruisais
44:50Et maintenant c'est l'inverse
44:52Je me dis l'autre existe tel qu'il est
44:54Mais ça m'a donné une plus grande conscience
44:57De mon identité et de ma différence
44:59Pourquoi je suis comme ça
45:01Et pour moi c'est une très belle expérience
45:05C'est comme si j'avais traversé un océan en furie
45:10Juste sur une petite barque très légère
45:13J'étais partie avec trois idées dans la vie
45:15Il faut transformer la société
45:17Il faut travailler
45:19Il faut libérer les femmes
45:20Et je me prenais pour une fée
45:22Avec une baguette magique
45:24Je croyais qu'il suffisait d'y croire
45:26Et tout le monde y va
45:28Et ben non
45:29Ben non
45:30Et
45:34Ben je n'en souffre plus
45:36Je n'en souffre plus
45:37C'est comme si j'avais abordé
45:40Sur l'autre rive
45:41Que j'avais terminé une partie du voyage
45:43Qui consiste à comprendre comment fonctionne l'être humain
45:46Comment fonctionne la société
45:48Et je te le dis encore
45:50Je me sens très forte et très solide
45:51Prête à affronter pas mal de choses
45:53Et à aider les autres générations
45:56Par ce vécu là
45:57A avoir une traversée peut-être moins douloureuse
46:01Moi j'ai besoin pour être moi
46:04J'ai autant besoin de
46:07De
46:08De la charbat que de la bouillabaisse
46:14J'ai autant besoin de
46:17De
46:19De 54
46:21Que de 1954
46:24Que de
46:25Pas 89
46:27Parce que c'est trop
46:28Mais
46:29Oui par exemple
46:30Que de 89
46:31J'ai autant
46:341789 cette fois
46:36J'ai autant besoin de chanter
46:38Que de chanter
46:39Le chant des partisans
46:41Que de chanter
46:44J'ai autant besoin de
46:47De temps en temps
46:48De me faire belle
46:49En mettant un haïk blanc
46:50Que de me faire belle
46:52Et du crôle aux yeux
46:53Que de me faire belle
46:55En portant
46:58Qu'est-ce que je fais
46:59Qu'est-ce qui est très typiquement français
47:01Bon bah
47:02Un exemple
47:03Tu vois
47:03J'ai besoin de ces deux choses là
47:06C'est à dire que
47:07Si tu m'enlèves
47:0889
47:08Tu m'en putes
47:09Si tu m'enlèves 54
47:10Tu m'en putes
47:11Si tu m'enlèves
47:12La Marseillaise
47:13Tu m'en putes
47:14Si tu m'enlèves
47:14La Marseillaise
47:15Tu m'en putes
47:16Si tu m'enlèves
47:17Le couscous
47:17Tu m'en putes
47:18Et si tu m'enlèves
47:19Le bœuf bourrino
47:20Tu m'en putes
47:21Tu vois
47:22Et de moins en moins
47:23J'ai pu être ces deux choses là
47:25En même temps
47:25Tout en étant une
47:29Ma vie
47:31Ma vie
47:32Vraiment
47:32Elle est devenue
47:34Ce que je voulais qu'elle soit
47:35Je voulais être
47:37Émancipée
47:37Je suis
47:38Tout à fait
47:42Il n'y a personne
47:42Pour me mettre
47:43Les bâtons dans les roues
47:45Personne
47:48Donc
47:49De ce point de vue là
47:50C'est ce que je voulais
47:53De notre côté
47:55Son passé
47:56On ne peut pas s'en débarrasser
48:01La culpabilité
48:03Tu gardes tes attaches sentimentales
48:07Tes attaches sentimentales aussi
48:09Je me dis
48:10Mes sœurs sont en train
48:11De passer par là
48:12Pourquoi est-ce que
48:12Je devrais y être
48:13Peut-être aussi
48:22Des fois on a des regrets
48:28Mais des fois je me dis
48:29Bon si
48:31Si j'étais en Algérie
48:32Je crois que je ne supporterais pas
48:34Je ne pourrais pas
48:37Je ne pourrais pas supporter
48:38Parce que je pense
48:39Que je n'ai pas autant de courage
48:40Que celles qui sont restées
49:41Sous-titrage MFP.
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