00:18Il y a aujourd'hui 2 millions d'habitants à Alger, il y en avait seulement 700 000 en 1962.
00:24Et rares maintenant sont les habitants de la Casbah qui comprennent le symbole de cette rue Médée, empruntée à l
00:31'époque, en 1954, par ceux que l'on appelle les chefs historiques.
00:36L'histoire est encore divisée sur leur compte. 23 chefs historiques pour les uns, 9 pour les autres.
00:43Ils se retrouvaient au café à la riche, aujourd'hui fermé, anonyme, gommé de l'histoire.
00:56On parle souvent de la révolution, sur nos frères martyres, beaucoup.
01:05Puisque la Casbah c'était l'endroit des révolutionnaires. Chaque maison il y a un révolutionnaire.
01:16C'est le café, la riche ça. Vous savez qui est-ce qui s'est réuni dans ce café ?
01:21C'est des révolutionnaires. C'était des révolutionnaires comme Ali Lapointe, comme...
01:26C'était le premier révolutionnaire.
01:27C'était le chef de la OTAN, c'était Yusuf Saadi.
01:33Pour les jeunes Algérois, Yusuf Saadi ou Ali Lapointe riment d'abord avec Massu ou Bijar,
01:38comme si l'histoire ne commençait qu'en 1957, avec la bataille d'Alger,
01:42rejetant presque dans l'oubli ou dans le flou les noms de ceux qui ont participé au soulèvement du 1er
01:47novembre 1954.
01:49A 150 km d'Alger, là où on s'est battu, de l'affrontement ne reste que des Meshta abandonnés
01:55et des Miradors, où les jeunes Français passaient deux belles années de leur vie.
02:04Il y a des terroristes, parce qu'il y a des terroristes, avec les Meshta abandonnés, c'est la même
02:11chose.
02:13Pendant la guerre, il n'y a personne qui habite là-bas, plein d'immunitaires.
02:18Plein d'immunitaires.
02:22Où ?
02:23Là, toute l'endroi, là, comme il était là, ils sont pleins de bétons.
02:36Voici donc Yakouren, un millier d'habitants dont la moitié travaille à Alger, un peu, en France surtout.
02:42Un dimanche après-midi, les jeunes, 70% du village, ici comme pour toute l'Algérie,
02:47n'ont qu'un divertissement, le football à la télé.
03:06Est-ce qu'il y a encore des Européens dans ce village ?
03:09Non, il n'en reste plus.
03:11Il y en avait avant ?
03:12Oui, bien sûr.
03:15Vous, que faites-vous en ce moment ?
03:16Je travaille à Alger.
03:19À Alger ?
03:20Oui.
03:20C'est-à-dire que la majorité des jeunes sont obligés de faire ce village ?
03:23Oui, parce qu'il n'y a pas assez de débouchés, ils sont obligés de démigrer, en quelque sorte.
03:37Mais dans vos familles, on parle encore de la guerre ?
03:39Oui.
03:40On évite d'en parler ?
03:43Non, mais je ne sais pas, je ne pense pas en exemple, par exemple.
03:45On n'hésite pas de parler, mais de temps en temps, on discutait de la guerre.
03:49Oui.
03:50Et les tout petits, comme vous, vous leur expliquez ?
03:53Non, non, non.
03:55On est obligés maintenant, à la guerre, ça.
03:57Quel âge est où ?
03:58Maintenant, 26 ans.
04:01Vous avez participé au combat pour l'indépendance ?
04:04J'étais jeune, oui, enfin, pas au combat, mais, enfin, pas terre, enfin.
04:11On voulait des cartouches, on s'est arrivé quand même.
04:14Oui, c'est ça, c'est ça.
04:16On a l'impression que les Moudjahines, les combattants du village, eux, veulent plutôt rester très discrets.
04:23On n'en voit pas autour de nous, là.
04:25Non, mais il ne faut pas nous en vouloir, c'est, si l'on veut, peut-être qu'ils y
04:30tiennent, qu'ils tiennent encore en cune, parce que, je ne sais pas, ils sont plus marqués que les jeunes.
04:38Est-ce que vous avez l'impression qu'il y a, pour vous, pour les gens de votre âge, encore
04:42beaucoup de rancœur, d'animosité contre la France ?
04:50Non, mais, on peut, oui et non.
04:55Oui et non, c'est-à-dire que, non, pour la guerre, mais, oui, sur certaines pressions, c'est-à
05:01-dire, surtout sur le racisme qui est actuellement en France, si, on y tient.
05:06Pour tous, la guerre semble donc bien finie, mais le temps sera encore long avant que les arrières-pensées et
05:12les rancœurs soient effacées.
05:14Lourd héritage à partager des deux côtés de la Méditerranée.
05:20Lourd héritage à partager des deux côtés de la Méditerranée.
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