- il y a 13 heures
La série documentaire de l'INA (France) : Intitulée "L'Algérie dix ans après", elle se compose de trois volets, dont le premier s'appelle "L'Algérie des Algériens". Réalisé par Igor Barrère et Edmond Bergheaud, ce film de 86 minutes croise images d'archives et interviews d'anciens militants du FLN et d'habitants d'Alger.
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00:15L'indépendance de l'Algérie
00:30Avec tant d'ardeur, tant d'anxiété, tant d'espoir, tant de fureur
00:35Pour les uns, qui n'étaient pas tous des français, c'était la fin d'un monde
00:40La fin de la France en Algérie, la mort de l'Algérie française
00:43Pour les autres, qui n'étaient pas seulement des musulmans, c'était la fin d'une domination étrangère
00:47Le rêve de l'indépendance enfin réalisé
00:50Pour beaucoup d'autres encore, en France, c'était la fin de la période coloniale ou colonialiste de notre histoire
00:56C'était une page tournée, c'était l'achèvement de la décolonisation
00:59L'annonce peut-être de relations nouvelles entre les deux peuples français et algériens
01:03Entre les français et tout le tiers monde
01:06Nous n'avons pas voulu faire l'histoire de la guerre d'Algérie
01:10Mais seulement, dix ans après, évoquer avec ceux qui les ont vécus ou ceux qui les ont subis
01:15Les épisodes de la longue marche vers l'indépendance algérienne
01:19Et les conséquences qu'elle a entraînées
01:20Non seulement pour les français d'Algérie ou pour les algériens eux-mêmes
01:24Mais pour ce nouvel état que l'Algérie constitue depuis dix ans
01:28Vous les verrez, tous ces témoins, tous ces acteurs
01:32Vivre tels qu'ils sont maintenant
01:34Et revivre, avec nous, avec vous, le drame qui les a tous emportés
01:40Vous les verrez hésiter
01:42Tâcher de se retrouver ou parfois se perdre
01:44Entre la mémoire et l'histoire
01:48Il n'était pas possible d'évoquer ces événements sans passion
01:51Sans retrouver ces passions qui nous ont animés et opposés
01:55Ou qui parfois s'opposaient en chacun d'entre nous
01:57Tous ceux qui ont participé à cette émission
02:00Ont senti revivre ces sentiments en eux
02:02En eux-mêmes comme vous
02:04Vous les sentirez peut-être revivre en vous
02:08Les trois émissions que nous vous présenterons
02:11Et dont la première est ce soir
02:12Constitue un ensemble
02:13Dont chaque aspect est indissociable du reste
02:16C'est cet ensemble qui contribuera, nous l'espérons
02:19A éclairer le regard que les hommes adultes
02:22Doivent porter sur leur passé
02:24C'est-à-dire sur eux-mêmes
02:37Ces visages, nous les avons croisés il y a quelques jours à Alger
02:41Ce sont ceux d'hommes et de femmes en train d'écrire leur propre histoire
02:45Celle de l'Algérie algérienne
02:56Celle de l'Algérie algérienne
03:13Celle de l'Algérie algérienne
03:17Celle de l'Algérie algérienne
03:36Celle de l'Algérie algérienne
03:51Celle de l'Algérie algérienne
03:53...
04:23C'est ici que se réunit le gouvernement de l'Algérie.
04:27Il y a dix ans, souvenez-vous, ce bâtiment s'appelait le gouvernement général, le GG comme on disait.
04:34Mais aujourd'hui, comme hier, le Forum s'appelle toujours le Forum.
04:55Le 13 mai 1958, les Français d'Algérie, s'emparant du gouvernement général, manifestaient par une exaspération à laquelle ils
05:05donnaient le nom d'espérance, leur désir de rester sur cette terre.
05:09...
05:10Nous sommes en fascinant !
05:11On est hors !
05:12On doit faire un peu plus grand !
05:15On est hors !
05:17Je vous demande, je vous dis, je vous dis tout à l'heure !
05:20En plus, je vous dis !
05:21En plus, je vous dis !
05:21En plus, je vous dis !
05:40En plus, je vous dis !
05:43En plus, je vous dis !
05:49En plus, je vous dis !
05:51En plus, je vous dis !
05:52En plus, je vous dis !
05:54En plus, je vous dis !
05:57En plus, je vous dis !
06:00En plus, je vous dis !
06:00En plus, je vous dis !
06:02En plus, je vous dis !
06:03En plus, je vous dis !
06:04En plus, je vous dis !
06:07En plus, je vous dis !
06:08En plus, je vous dis !
06:10Je viens de recevoir du général de Gaulle le message suivant.
06:15Je serai parmi vous mercredi prochain.
06:18Attendez-moi avec calme et confiance.
06:36Je vous ai compris.
06:48Je sais ce qui s'est passé ici.
06:59Je vois ce que vous avez voulu faire.
07:08Je vois que la route que vous avez ouverte en Algérie, c'est celle de la rénovation et de la
07:23fraternité.
07:28Quelques centaines de mètres seulement séparent les lieux qui ont constitué le cœur de l'Algérie des Pieds-Noirs.
07:35La grande poste d'Alger, l'ex-rue Michelet, aujourd'hui dit Lous-Mourad.
07:46La cafétéria et l'automatique, aujourd'hui cercle des étudiants, plastiqués au début de la bataille d'Alger.
08:13L'ex-place Bugeau, où des activistes européens tentèrent de tuer le général Salan depuis la terrasse de cet immeuble,
08:22au pied duquel le milk bar fut ravagé quelques mois plus tard par une bombe FLN.
08:39C'est dans ce périmètre qu'a vécu et qu'est morte, le 22 mars 1962, dans l'ex-rue
08:47Disly, l'illusion de l'Algérie française.
08:51Ce jour-là, huit jours après les accords déviants, l'armée affrontait pour la première fois les Pieds-Noirs.
08:59Les premières balles seraient parties de cette fenêtre.
09:01Personne n'a jamais su qui les avait tirés.
09:05Elle a jamais su qui les avait tirés.
09:06ans, il ne fait pas s'en engleter.
09:23Il s'est mis auն automatic, il s'arrête àÓure et ne préférant pas pris allies.
09:44Il était 14h45, moins de deux minutes plus tard, il y avait 46 morts et 200 blessés européens.
09:52C'était il y a dix ans.
09:59Depuis dix ans, l'Algérie a fait l'apprentissage de la paix.
10:28C'était l'apprentissage de l'apprentissage de l'apprentissage de la paix.
10:35C'était l'apprentissage de l'apprentissage de l'apprentissage de l'apprentissage de l'apprentissage de l'apprentissage de
10:39l'apprentissage de l'apprentissage de l'apprentissage de l'apprentissage de l'apprentissage de l'apprentissage de l'apprentissage
10:45de l'apprentissage de l'apprentissage de l'apprentissage de l'apprentissage de l'apprentissage de l'apprentissage de l
10:52'apprentissage de l'apprentissage de l'apprentissage de l'apprentissage de l'apprentissage de l'apprentissage de l'apprentissage de
10:54l'apprentissage de l'apprentissage de l'apprentissage de l'apprentissage de l'apprentissage de l'app
11:05rues les plus commerçantes de l'algérie des biénoirs exactement vous êtes ici depuis quand
11:10depuis 1962 c'est à dire depuis l'indépendance oui juste après l'indépendance et avant avant
11:16j'étais à la casbah et vous faisiez le même métier le même métier toujours vous aviez un
11:20magasin important oui moins important que ça bien sûr mais assez important quand même pour
11:25ce qui est des magasins de la casbah à l'indépendance vous aviez toujours pensé avoir un magasin rue
11:30d'idouche mouran oui bien sûr nous avions pensé à ce moment là nous avons vu que les français devait
11:37partir qu'ils vendaient leurs magasins c'était de très bonnes affaires d'ailleurs c'est surtout ça
11:42qui nous a incité à venir nous installer dans la l'ex vie française et vous l'avez payé cher
11:47ma
11:48foi je vous dis c'était des affaires de très bonnes affaires c'est à dire on n'a pas
11:52payé c'est
11:53dit on avait payé moins cher que ce qu'il valait avant l'indépendance qu'est ce que bien sûr
11:56bien entendu
12:14qu'est-ce que la population pensait de benbella
12:17vous savez en ce moment tout le monde pensait et pensait tout le monde jamais on a pensé
12:22les moines de lui parce que les gens connaissaient pas encore la politique les gens ils connaissaient
12:27pas c'était j'étais encore en plein d'indépendance il était populaire il était populaire oui et vous
12:33savez c'était c'était le comment dire le tribun de l'indépendance vous savez tout le monde
12:37de tout le monde de regarder comme on regarde même pour qu'il mette là
12:42mais qu'est-ce qu'ils ont pensé quand boum diane a remplacé benbella
12:45vous savez les gens ils sont vous savez ils ne bougent pas ils sont là et puis ça change
12:51il est parti boum diane il est parti benbella il est venu boum diane ça pour eux ça n'a
12:56rien
12:56ça on espère en ce moment personne ne pensait personne ne pensait qu'est-ce que ça allait venir
13:03vous voyez les grottes qu'est-ce que c'est que ces grottes là ? c'est des grottes où
13:07les gens vivent
13:07des couples ou dans dans ces grottes dans ces grottes oui monsieur mais pourquoi elles sont
13:12profondes ces grottes ? elles sont profondes et c'était profondes parce que là c'était plein
13:15de terre ouais c'était plein de terre avec un rideau ils se camouflaient avec un rideau
13:20il y avait des familles qui vivent ? il y avait des familles et qu'est-ce que c'était
13:24ces gens ?
13:24des familles d'intérieur de l'intérieur parce qu'on ne trouvait pas de logement ici c'était difficile pour
13:30nous pour trouver un logement
13:30soit ça ou soit une baraque peut-être à quelle époque ça ? c'est à l'époque avant l
13:35'indépendance
13:35juste avant l'indépendance
13:40tout le long il y en avait comme ça ? tout le long ouais tout tout on était ici dehors
13:44mais en hiver ils se cachaient là-dedans
13:45ils vivaient là-dedans
13:48le 13 mai quand les musulmans sont venus au forum est-ce que c'était tout à fait spontané ou
13:55c'était un peu
13:55ah non c'était préfabriqué monsieur
13:56ah oui pourquoi ? ça a été préfabriqué parce que
13:58c'était préfabriqué comment ?
14:00ça a été préfabriqué parce qu'on les a amenés par camion on allait dans les fermes chercher les algériens
14:05par camion
14:05dans les fermes ?
14:06dans les fermes oui monsieur
14:08dans les fermes même les femmes qu'ils ont même les femmes qu'ils ont amenées c'était des femmes
14:12qu'ils ont
14:14excusez-moi c'est pas des femmes
14:15c'est pas des femmes spontanées qui sont venues c'est des femmes de bordel qui ont été cherchées
14:20des prostituées ?
14:21des prostituées pour mieux vous dire
14:22et là en arrivant ici ils ont enlevé le voile
14:25ils ont commencé à se dévoiler
14:28et les autres les autres algériens où est-ce qu'ils étaient ?
14:31j'étais chez eux chacun est chez lui
14:32on bougeait pas
14:33on bougeait pas ?
14:34on bougeait pas tout le monde restait chez eux
14:37parce que tout le monde avait peur vous voyez
14:39les mobilisations tout le monde avait peur
14:42est-ce que vous pouvez me dire ce que les algériens pensaient du général de Gaulle ?
14:47il nous a donné une chance
14:49il nous a donné une chance
14:51et aujourd'hui qu'est-ce que les algériens pensent du général de Gaulle ?
14:53on pense que c'était un homme d'État
14:56il nous a rendu service
14:58il nous a rendu service ?
14:59bien sûr il nous a rendu service
15:00il nous a économisé du temps
15:03il vous a quoi ?
15:04il nous a économisé du temps et de vie humaine
15:06du temps et de vie humaine ?
15:08bien sûr ça aurait duré encore deux ans ou trois ans encore
15:11ça a été essayé
15:17vous avez l'impression qu'il y a un peu plus de justice dans la société algérienne maintenant ?
15:21qu'avant ou pas ?
15:23oui vous savez
15:25vous savez comme dans tous les pays du monde
15:28il y a toujours des classes privilégiées
15:30on ne peut pas supprimer ça vous savez
15:31il y a la bourgeoisie intellectuelle qui se forme
15:34en ce moment ?
15:35oui
15:35il y a une bourgeoisie intellectuelle qui se forme en ce moment ?
15:38il se forme
15:38et les fêtes de qui en général ces gens ?
15:40comme tout le monde
15:41des peuples
15:42du machin
15:43le type qui les instruit automatiquement il devient
15:46il devient
15:47ce sont quoi ?
15:48ce sont les gens qui tiennent les rouages de l'Etat ?
15:50c'est cela ?
15:51non c'est
15:51non pas encore cela
15:52parce que les rouages de l'Etat
15:53c'est tous des machins
15:54c'est tous des anciens
15:55vous voyez ce que je veux dire ?
15:57la relève ne s'est pas faite encore
15:59vous voyez ce que je veux dire ?
16:00c'est tous ces anciens
16:00vous pensez à qui en disant ça alors ?
16:02en disant la loi de génération qui arrive
16:05vous pensez qu'il y a une nouvelle bourgeoisie qui va se créer là ?
16:09il paraît qu'elle va se créer
16:10on ne sait pas encore si elle va se créer
16:12vous voyez avec le régime qu'on a
16:13on ne peut pas savoir ce qu'elle va se créer
16:14ce qu'il y a demain
16:15vous voyez ce que je veux dire ?
16:16oui
16:17nous sommes dans un pays socialiste hein ?
16:33ici c'est le Dermasoul
16:35le confort
16:35on appelle ça le confort
16:37c'était habité par qui ça ?
16:39par des Européens
16:40tous les Européens ils habitaient ici
16:42il y avait quelques Algériens
16:43quelques Algériens c'était minime pour eux
16:45ça a été un des sièges de l'OAS
16:47ça non je crois ?
16:48non c'était pas un siège de l'OAS
16:49mais c'était quand même
16:51réservé pour eux
16:51vous voyez c'est là
16:52c'est là qu'ils pouvaient se cacher
16:54ou qu'ils pouvaient s'invitailler entre eux
16:55vous voyez c'est là qu'ils pouvaient se cacher
16:55vous voyez c'est là qu'il y en avait
16:56il y avait des gens de l'OAS ici ?
16:57c'était interdit ici pour nous
17:01vous voyez ce que je veux dire ?
17:02c'était interdit là
17:04ça a été occupé par les Algériens
17:06tout de suite à l'indépendance ?
17:08tout de suite
17:09tout de suite ça a été remplacé
17:15tout de suite il y a encore des inscriptions de l'OAS
17:18l'OAS oui
17:38il y a eu beaucoup d'attentats OAS
17:40pendant la période
17:41qui a précédé l'indépendance ?
17:43vous savez ça a commencé
17:44je crois depuis le mois d'avril 61
17:46oui
17:47jusqu'en 62
17:48ça a commencé en 61
17:50et alors comment ça se passait ?
17:52racontez-moi un peu
17:52qu'est-ce qui se passait ?
17:53quelle était la vie un peu à Alger
17:54pendant toute cette période ?
17:55cette période était...
17:57elle était dure pour nous
17:59mais c'est-à-dire dure ?
18:00et c'est dur ?
18:01parce qu'on pouvait pas
18:02se ravitailler
18:03on pouvait pas sortir
18:03les gens ils avaient peur
18:05tout le monde avait peur
18:07mais peur pourquoi peur ?
18:08peur de se faire tuer
18:09mais tuer comment ?
18:10tuer par balle
18:11et comment ça se passait ça ?
18:12ça se passait
18:13vous savez vous marchez d'un coup
18:14ils sont 2-3
18:15ils viennent vous tirer dessus
18:17ils vous tirent dessus
18:18ils s'en vont
18:18comme ça sans raison ?
18:19sans raison
18:20ils voient que c'est un Algérien
18:21c'est tout
18:22et il y a eu beaucoup de gens
18:23tués comme ça ?
18:25ça se compte pas
18:26j'ai un beau frère
18:28qui a été tué comme ça aussi
18:30il a été tué dans quelles conditions ?
18:32l'OAS
18:40la grande poste était le centre de l'Algérie des pieds noirs
18:44la casbah elle était le coeur de l'Algérie des musulmans
19:01deux mondes coexistaient
19:02mais leur vie n'était pas mise en commun
19:05à partir du 1er novembre 1954
19:08début de la révolte algérienne
19:10cette ligne invisible
19:12marquera désormais la frontière entre ces deux univers
19:15l'antagonisme d'abord
19:17la peur ensuite
19:18rendront rarement franchissable cette ligne
19:21par les uns ou par les autres
19:26le 10 août 1956
19:28une bombe déposée par des précurseurs de l'OAS
19:30éclatait rue de Thèbes
19:32au centre de la casbah
19:34faisant 70 morts musulmans
19:36la bataille d'Alger venait de commencer
19:51désormais et pour un an
19:53de jour et de nuit
19:54la casbah connaîtra les bouclages
19:57les fouilles
19:58les perquisitions
19:59les arrestations
20:00et la torture
20:01et la torture
20:40durant cette période
20:41les habitants de la casbah
20:43tentaient de survivre
20:44aujourd'hui
20:46ils vivent
20:47les nouvelles
20:48les autres
20:48nous, au revoir
20:50tout d'abord
21:06nous, au revoir
21:15toutes leshrlichies
21:15les terrains
21:15nous, en ce moment
21:16nous, nous, nous, on a la carte
21:16la carte de la carte
21:37La cathédrale des Français
21:56La cathédrale des Français
22:18La cathédrale des Français
22:32La cathédrale des Français
22:58La cathédrale des Français
23:31La cathédrale des Français
23:57La cathédrale des Français
24:25Monsieur Belkacem est né dans la Casbah. Il n'a jamais cessé d'y vivre. Une parenthèse dans cette vie,
24:32le service militaire dans l'armée française, la guerre, la campagne d'Italie.
25:01Vous allez à la mosquée plusieurs fois par jour, M. Belkacem ?
25:04Je vais, c'est-à-dire, on doit aller cinq fois par jour. Quand j'ai le temps, que j
25:10'ai le temps, je vais à la mosquée faire ma prière. Et quand je n'ai pas le temps d
25:16'aller, je fais ma prière ici dans mon magasin.
25:20Et quand vous allez à la mosquée, vous tirez votre rideau ?
25:24Je tire la porte, je tire la porte, je tire la porte et je laisse la vitrine ouverte. Et je
25:31m'absente une demi-heure de temps.
25:34Où est-ce que vous avez appris à la mosquée ?
25:36J'ai réparé, c'est-à-dire, j'ai travaillé dans des usines. Mais malheureusement, vous voyez, l'époque, à
25:45mon époque, moi, je ne vous cache pas.
25:49Parce que je suis un type que je ne sais pas lire, ni écrire. Si je sais lire et écrire,
25:57c'est sans ça, à mon cerveau, tout seul.
26:00Je marchais dans les rues, je voulais savoir la lettre A, B, qu'est-ce que ça veut dire.
26:05Vous avez appris à lire et à écrire tout seul ?
26:07100 mètres, monsieur.
26:09Vous n'êtes pas allé à l'école ?
26:10Rien. L'école, le moment que j'allais à l'école, on me refusait l'école.
26:14Pourquoi ? Les Français, vous refusaient l'école ?
26:16Oui, monsieur. Oui, monsieur. Ça, je peux l'affirmer que l'époque que je voulais aller au boulevard Gambetta, il
26:26n'y avait pas de place pour moi.
26:28Vous voyez ? Et pourtant, regardez, je parle pas mal. Hein ? Et j'ai un type qui me voit
26:35et il dit celui-là, il a les certificats qu'il veut. Et pourtant, je suis édité.
26:41Hein ? Ça, c'est pour vous montrer. Et je fais tous les métiers que vous voulez.
26:47Hier, quand nous avons parlé, vous m'avez dit, quand les Français venus de la métropole au moment de la
26:52guerre d'Algérie, vous parliez des gendarmes.
26:54Vous m'avez dit, je me suis aperçu que les Français qui venaient de la métropole n'agissaient pas de
26:59la même manière que les Français qui étaient d'ici.
27:01Qu'est-ce que vous vouliez dire ?
27:02C'était pas, c'est, ils sont pas la même chose. Vous voyez ?
27:06Pourquoi ils étaient pas la même chose ?
27:07Non, c'était, je crois qu'ils sont pas brutals comme les gens qu'il y avait ici.
27:12Par exemple, le temps des oeufs, ils nous frappaient, les bleus, tout ça, ils nous frappaient.
27:17Et quand, pourquoi qu'ils sont venus après, ils sont venus les gardes mobiles ?
27:21Pour, pour mettre le calme. Vous voyez comme ils ont vu les choses.
27:25Alors ils sont venus les gardes mobiles, les gardes mobiles, ils frappaient, ils faisaient pas les temps.
27:31Je ne voyais pas faire les misères qu'ils faisaient les oeufs.
27:35Les oeufs, ils amenaient à nous sortir dehors, nous, nos femmes, amenaient dans le stade, apportaient le palais clin ici,
27:43les mains au mur, derrière le mur.
27:45Des fois, il y a des types qui sont disparus jusqu'à présent, on sait même pas, il y a
27:49des familles qui savent même pas où ils sont.
27:51Est-ce qu'avant l'indépendance, les Arabes sortaient de la Casbah ?
27:55Non, avant les événements.
27:57Ah non, tout le monde, tout le monde allait où il voulait.
28:01Et après, quand il y a eu cette histoire-là, des événements 54, tout ça, les gens, alors il y
28:09avait des gens qui commençaient à torturer, à frapper, à tuer.
28:13Vous voyez, alors les gens de Babelouet, vous savez que la Casbah était pleine, archi-complet.
28:19Tous les gens, tous qui habitaient la Pointe, qui habitaient le Babelouet, qui habitaient le Clément de France, qui habitaient
28:28le Frévalon, qui habitaient la Ramp-Vallée, qui habitaient, enfin, Sainte-Gêne, de Moulin, tous ces...
28:37Ils sont revenus tous vers la Casbah. Beaucoup, ils sont... On n'avait plus de place.
28:42Il y avait même... Il y avait même des gens que... Tellement qu'ils avaient peur, ils venaient et ils
28:47logeraient dans une bianderie. Dans une bianderie, monsieur.
28:51J'aimerais qu'on revienne un petit peu en arrière. Avant de faire ce métier, avant la guerre, qu'est
28:57-ce que vous faisiez comme métier ?
28:58Avant la guerre de 45, je faisais Mouler. Je faisais Mouler au Hama. C'est-à-dire au Hama, c
29:08'est après le Chamaneuve, avant le Jardin d'Essé, je trouve. Dans la maison Becquerel, Henri Becquerel.
29:16Et pourquoi vous avez changé de métier ?
29:18Becquerel, il était maire de Kouba. Vous voyez, il était maire de Kouba. Et en ce moment, moi, ça ne
29:25me faisait pas beaucoup plaisir. Je faisais du travail que je pouvais avoir la paie d'une première catégorie.
29:34Mais j'étais à la troisième catégorie. Il ne voulait pas me payer deuxième ou troisième catégorie, première catégorie, parce
29:42que j'étais un musulman.
29:44Je portais le nom de Belkacem. Et pourtant, je faisais, moi, je remarquais que je faisais la même pièce et
29:52le même travail que faisaient l'espagnol et l'italien.
29:56Le même travail, le même moulage, soit noyateur ou mouleur en cuivre, en aluminium ou en fonte, je faisais le
30:04même travail.
30:04Et le jour que j'ai demandé, moi, une augmentation, le directeur et contre-maître, Henri Becquerel, ils n'étaient
30:11pas d'accord avec moi.
30:12Ils me trouvaient des histoires, des histoires, des histoires.
30:15Et jusqu'à la fin, que j'en avais marre, moi, je vous dis carrément, un jour, je n'ai
30:20plus voulu aller, travaillé.
30:24Et comme c'était la guerre, il y a eu la guerre, la mobilisation, j'étais mobilisé, réquisitionné, en appel
30:33différé.
30:34Mais seulement, je faisais 14, 15 heures par jour, au lieu de 8 heures, de 7 heures.
30:39Mais je ne suis pas enfer, moi.
30:40Toujours dans la même...
30:41Dans la même fonderie.
30:43Le jour que je n'ai pas été, j'ai refait...
30:47Ça m'a monté la tête, j'ai dit, moi, je ne vais plus faire ce travail, c'est trop
30:51fatigant.
30:51J'ai repris.
30:53J'ai repris mon travail que je faisais en 1930.
30:57J'étais ouvrier fini à la maison Chalpi, rue Charasse.
31:02Je faisais la tapisserie, je faisais la peinture.
31:05Et alors, qu'est-ce qui t'est passé ?
31:05J'ai repris ce travail-là, j'ai commencé à faire ce travail.
31:09Et en ce moment-là, ils ont su où j'étais les gendarmes, ils sont venus, ils m'ont arrêté.
31:14Ils m'ont mis les chaînes à...
31:16Ils m'ont mis les chaînes à la main.
31:19Ils m'ont mis des chaînes à la main, comme ça.
31:22Je vous les montre.
31:26Voilà.
31:27Voilà les chaînes qu'ils m'ont mis.
31:30Après avoir travaillé chez M. Bicarelle.
31:33Ils m'ont mis la chaîne à la main, ils m'ont chaîné avec un cadenas,
31:36ils m'ont monté à Barbarousse.
31:39Il y a le type, ils m'ont rasé les cheveux.
31:42J'ai jamais eu un procès,
31:44ou j'ai jamais manqué de respect à un homme de loi,
31:47ou rentré dans un commissariat,
31:49et je suis un enfant de famille.
31:51Vous voyez ?
31:53Vous voyez ?
31:55À l'heure-là, ils m'ont amené,
31:57ils m'ont descendu au palier de justice,
32:00et j'ai fait un avocat.
32:01Là, on m'a condamné à 5 ans d'interdiction des droits civils.
32:08Mais moi, je ne suis pas un type mauvais ou méchant.
32:13Depuis ce temps-là, je n'ai plus fait ça.
32:15J'ai juré de ne plus faire mouleur.
32:18J'ai repris, je connecterai, c'était, j'ai commencé à me lancer.
32:21Vous habitez tout près d'une grande mosquée
32:25qui a été un lieu important pour les Français,
32:28puisque c'était la cathédrale d'Alger.
32:30Oui.
32:31Et maintenant, aujourd'hui, c'est une mosquée ?
32:32Une mosquée, aujourd'hui, c'est une mosquée musulmane.
32:36C'était la cathédrale.
32:37Les meilleurs mariages européens,
32:39ils passaient ici, la cathédrale.
32:42Et en face, il y avait l'archivêque.
32:43Il y avait le seigneur Lénaud,
32:46il y avait Poggi,
32:48il y avait beaucoup qui passaient là.
32:51Alors, là, il y avait des mariages formidables.
32:54Les gens qui avaient les mariages,
32:55interdits de passer.
32:56Un arabe ne traversait pas cette rue.
32:58C'était copié par 10 ans, il fallait faire le grand tour.
33:02Vous voyez, aujourd'hui, moi, je vais faire ma prière là-bas.
33:06Alors, c'est déjà une chose, je suis content.
33:10Vous avez l'église de la Ruronde,
33:13dans soi-disant, il y avait Israélites là-bas,
33:15maintenant, il y a des musulmans.
33:17C'est déjà un autre atout.
33:20Et ici, maintenant, il y a beaucoup de choses.
33:23Aujourd'hui, plus ça va, plus ça meilleurs.
33:26Alors, petit à petit, l'oiseau fait son nid.
33:29Qu'est-ce que c'est, ces photos qui sont à l'entrée de votre...
33:32Ah, ça, c'est des photos, c'est mes petits-neveux.
33:38Ça, c'est mes petits-neveux.
33:40Ça, c'est les trois petits-neveux.
33:42Moi, je ne savais pas, vous voyez, là, vous voyez qu'ils ont été abattus en 1957.
33:53Vous voyez, par les soldats, il y avait beaucoup,
33:59parce que là, le jour qu'ils ont trouvé, sa cachette,
34:04le combat durait de 12h30 à 4h30, ou 5h.
34:09Vous voyez, et sur place, ils ont téléphoné.
34:12Alors, il y a eu les bijards, il y a eu les machus,
34:16il y a eu les berets rouges, il y a eu les berets verts,
34:18il y a eu les légionnaires, il y avait les bleus, soi-disant,
34:24il y avait les ouafs de l'état-major.
34:26Alors, est-ce qu'ils étaient responsables, FLN, ici, dans la Casse-Bâle ?
34:30Ah oui, il était responsable, lui, il a pris la responsabilité.
34:33Qu'est-ce qu'il était ? Quel rôle il jouait ? Quel grade il avait ?
34:36Pardon.
34:38Lui, il avait le grade, il avait le grade, vous voyez,
34:41j'ai encore un journal que je garde comme souvenir.
34:45Vous voyez ?
34:47C'est le jour où ils ont été abattus, ça ?
34:52Vous voyez ? Voilà.
34:54Ils sont tous les trois, là.
34:56Là, vous voyez, il y a le machu,
34:58quand il descend la rue du Soudan,
35:00c'est quand ils ont trouvé les grenades.
35:03Et là, vous voyez, il descend de la machine,
35:05une boîte pleine de grenades.
35:07Où est-il est votre neveu, là ?
35:09Le voilà.
35:10Là, et ça, c'est Mourad.
35:12Ça, c'est l'ancien fabricant,
35:14l'ancien fabricant de bombes.
35:16C'est celui qui fabriquait les bombes.
35:24C'est ici, dans la maison, là, au fond, à gauche.
35:32Et alors, qu'est-ce qui s'est passé ?
35:33Essayez de nous raconter ce qui s'est passé.
35:34Dans cette maison, vous voyez, c'est...
35:36Ils étaient... Enfin, c'est une cachette pour eux,
35:39ils ne savaient pas.
35:40Personne ne savait qu'ils étaient là
35:42jusqu'au jour qu'ils ont accroché.
35:45Accroché un jeune.
35:46Qui c'est qu'il a...
35:47Un jeune, ils l'ont accroché, les oeufs.
35:50Les oeufs, enfin, l'armée,
35:52ils l'ont accroché.
35:53Et puis, en ce moment, lui,
35:55il avait dit...
35:56Ils l'ont torturé.
35:58Et à force de le torturer,
36:01alors, le type, enfin,
36:02ils ont l'électricité,
36:04ils lui ont fait boire de l'eau,
36:06ils l'ont mis dans une baignoire,
36:08il paraît qu'ils l'ont fouetté.
36:11Ils lui ont fait toutes les misères voulues.
36:13Alors, en ce moment, le gosse était jeune.
36:16Alors, il a parlé, finalement.
36:18Il ne devait pas avoir 20 ans.
36:20Alors, en ce moment, il les a amenés.
36:22Bijar est rentré dans la maison.
36:24Il a dit,
36:26pourquoi ne tirez pas à rendez-vous,
36:28ici, dans la maison même.
36:30Voilà, Bijar, oui.
36:31Ne tirez pas, vous aurez la vie sauf.
36:33Alors, il y a un qui les a répondu.
36:37C'était mon deuxième petit-neuve,
36:39Nordine.
36:40Oui.
36:41Alors, là, il leur répondit,
36:42je n'ai pas confiance à vous.
36:44Si vous êtes sûr,
36:47faites, tenez,
36:48voilà une enveloppe
36:50et un stylo,
36:51faites-nous un mot
36:52comme quoi qu'on aura la vie sauf.
36:55Et en ce moment,
36:56ils ont descendu avec une ficelle
36:58dans l'enveloppe.
36:59Et quand Bijar s'est approché,
37:01là, il y a une explosion.
37:03Le stylo était piégé ?
37:05Oui.
37:05Le stylo, c'était une bombe piégée.
37:07Alors, là, le Bijar a été blessé.
37:10Ça s'est passé où ?
37:11Ici, là ?
37:12Ici, dans la maison.
37:13Là, là, dans la maison.
37:14Dans la maison.
37:14Oui.
37:16Votre neveu est parti par là ?
37:17Oui, oui, Ramel, oui, Ramel.
37:20Ramel, oui.
37:22Hadji Atman dit Ramel.
37:24Alors, il est arrivé là,
37:25il a vu là,
37:25il a vu qu'il y avait
37:28les militaires,
37:29ils étaient là-bas en haut.
37:30C'était en haut de l'escalier ?
37:31En haut d'escalier,
37:32en bas d'escalier,
37:33par de commencer à tirer,
37:35il priait les gens
37:35de sortir du café,
37:37café à gauche, là,
37:39pour qu'ils le couvrent.
37:41Ils n'ont pas qu'ils le couvert,
37:43lui, il sortait.
37:44Alors, il y a eu Morad,
37:46avec lui, de père.
37:47Oui, de père, chérif.
37:48Son camarade.
37:48Oui, son camarade.
37:50C'était lui le responsable
37:51qui faisait les bombes.
37:53Alors, il a rempli.
37:55Il a piégé une bombe
37:56et puis il a commencé à avancer avec.
37:59Avec son bombe ?
37:59Oui, arrivé là-bas,
38:01la bombe, elle a explosé sur lui.
38:03Il est tombé sur le four, là-bas.
38:05Ici ?
38:06Oui, et alors ?
38:09Et puis, mon neveu est arrivé là.
38:12Oui.
38:12Au moment d'arriver ici.
38:15Quand ton neveu est arrivé là ?
38:16Mon neveu est arrivé là.
38:18Alors, il tirait, tirait.
38:20Justement, ils lui ont donné
38:22deux balles.
38:23Il a reçu deux balles ici.
38:24Finalement, il a reçu
38:25dans le bassin,
38:27il a reçu des balles ici.
38:29Il ne pouvait pas se rendre.
38:30Parce que, vous savez,
38:32il préfère de se tuer
38:33que de se rendre.
38:35En ce moment,
38:35il s'est vu perdu.
38:37Il n'avait pas le temps.
38:39Et il comptait sur personne.
38:41Alors, qu'est-ce qu'il a fait ?
38:42Il s'est tiré des balles
38:44dans le bassin.
38:45Et il a préféré
38:47lui-même.
38:48C'est-à-dire qu'il a préféré
38:49se suicider, se tuer
38:51plutôt que d'être pris là ?
38:51Oui, il a préféré
38:53tuer, mourir.
38:54que tu dois donner
38:55ses amis,
38:56ses camarades.
39:26Sous-titrage Société Radio-Canada
39:34Sous-titrage Société Radio-Canada
40:00Le soleil qui écrase les terrasses
40:02ne parvient pas à percer
40:03l'ombre et le secret
40:04des causes intérieures
40:05de la casbah.
40:12Cela explique peut-être
40:13l'âpreté d'une lutte
40:14dans laquelle,
40:15de part et d'autre,
40:16la fin comptait
40:17plus que les moyens
40:18et qui était à l'image,
40:20sans doute,
40:20de cet univers
40:21de silence et de mystère.
40:49de silence et de mystère.
40:54Vous avez eu beaucoup d'enfants,
40:55de l'âme ?
40:56J'en ai eu 14.
40:58Combien il y a la victoire ?
41:00Enfin, j'ai 7 de vivants
41:02à part le chahide,
41:04celui qui est mort.
41:05J'ai 8.
41:07Vous avez perdu un fils ?
41:08Un fils.
41:09Qui est mort comment ?
41:10Sans d'honneur.
41:11C'est-à-dire ?
41:12Enfin, un combattant militant.
41:16C'était un combattant militant
41:17qui est mort
41:18pendant la guerre de l'Ontario ?
41:20Pendant la guerre.
41:20En 62,
41:21en 62 est mort.
41:2361 plutôt.
41:2461.
41:2761-62.
41:28Est-ce que je peux
41:28vous demander une chose,
41:29madame ?
41:30Je souhaiterais
41:31que vous me racontiez
41:32l'histoire de votre fils
41:34mais j'aimerais
41:35que vous me la racontiez
41:37et que vous acceptiez
41:38d'enlever votre voile.
41:39Est-ce que vous êtes d'accord
41:39pour enlever votre voile ?
41:41D'accord.
41:43Comment est mort votre fils ?
41:46Comment ?
41:47Comment est mort votre fils ?
41:49Eh bien,
41:50il a été enlevé le 9...
41:54le 9 mars, je crois.
41:569 février.
41:58Le 29 février.
41:59Enfin,
42:00il a été enlevé le mois de février.
42:02Oui.
42:0362.
42:05À 3 heures du matin.
42:07D'abord,
42:08j'aimerais que vous me disiez
42:08quel rôle il avait.
42:10Eh bien,
42:10il était dans le groupe de choc.
42:12C'est-à-dire ?
42:12Qu'est-ce qu'il faisait ?
42:13Eh bien, il tuait.
42:14Oui.
42:16Dans la Casbah ?
42:17Dans la Casbah même.
42:18Quel âge avait-il ?
42:20En ce temps-là,
42:20il avait, je crois, 22 ans.
42:2421 ans, 22 ans, 22 ans.
42:26Et ça s'est passé chez vous, ça ?
42:27Chez moi,
42:27à la Casbah.
42:29C'est-à-dire ?
42:29Comment ça s'est passé ?
42:31Eh bien, ça s'est passé...
42:32La veille, il est venu me dire
42:33« Maman, ils ont arrêté mes copains.
42:36Tu veux que je monte au maquis ? »
42:37J'ai dit non.
42:38Si tu monte au maquis,
42:41ils vont m'enlever les autres,
42:42tes deux frères.
42:43Alors, il m'a dit non.
42:44Il vaut mieux que je reste.
42:46Puisqu'il en est, il en est.
42:48Et peut-être bien qu'on ne viendra pas me chercher.
42:50S'il me dénonça pas mon copain,
42:52eh bien, je reste.
42:52Et là ?
42:54Enfin, c'était la veille du carême,
42:56du ramadan.
42:57Vers les deux heures du matin,
42:59il s'est réveillé comme malheureux,
43:01faire chauffer un peu de café,
43:03en short.
43:07Tout d'un coup, il entend
43:10du bruit dans la rue.
43:12Il est allé à la terrasse,
43:13il a vu, il a vu que tout le quartier
43:15était encerclé.
43:17Ils sont montés, les soldats.
43:19Enfin, la troupe est montée.
43:22Il est venu me trapper à la porte.
43:24Maman, lève-toi.
43:26On est venu me chercher.
43:27C'est sûrement que c'est pour moi.
43:31Samah, il nous a réveillés.
43:33Lève-toi, maman.
43:34On est venu me chercher.
43:37Oui.
43:38Enfin, dès que j'ai ouvert la porte,
43:40je vois mon fils avec la casserole,
43:43il a vidé la casserole par terre.
43:46Il avait enfin tremblé.
43:48Il a ouvert,
43:49il a deuxièmement ouvert la porte.
43:51J'ai vu la troupe venir.
43:53Qu'est-ce que c'était cette troupe?
43:54C'était quoi?
43:55Un mélangé de tout.
43:56C'est-à-dire?
43:57Un mélangé de gendarmes,
43:59de bérets verts,
44:00de bérets noirs,
44:02de zouaves,
44:03de harkis,
44:05et toutes les terrasses pleines.
44:08Et là, et ensuite?
44:09Et là, ils m'ont enfermée.
44:11À clé.
44:11Vous?
44:13Ils ont enlevé la clé de dedans,
44:14ils m'ont enfermée.
44:16Ils ont convoqué mon fils.
44:19À qui vous cherchez?
44:19Alors, il leur a demandé
44:20qui vous cherchez.
44:21Ils ont dit,
44:22on cherche Ben Hatig Abdelkader.
44:24Et mes trois enfants
44:25dormaient dans des petits lits comme ça.
44:28Alors, on voulait m'enlever tous les enfants.
44:30Lui, il a dit,
44:30non, vous cherchez Ben Hatig Abdelkader,
44:32c'est moi.
44:34Mes frères, ils sont en rien.
44:37Ils l'ont envé, ils l'ont emmené.
44:39Et ensuite?
44:41Et le...
44:42Quand ils l'ont emmené,
44:44la voisine est venue m'ouvrir la porte.
44:47Je suis descendue affolée,
44:48comme ça, sans voile,
44:49en chemise de lui-même.
44:52Et leur demander pourquoi
44:53vous l'avez enlevé.
44:56Alors, on me dit,
44:57parce qu'il a fait quelque chose.
44:59Si il n'avait pas fait quelque chose,
45:01on ne l'enlève pas.
45:02Alors, je dis,
45:03est-ce que vous êtes sûr
45:04que mon fils a fait ces choses-là?
45:06Il m'a dit,
45:06il faut qu'on l'emmène.
45:07Il n'y a rien à faire.
45:09Alors, je les ai traitées de tout.
45:10C'est-à-dire?
45:12Je les ai traitées.
45:13Et là?
45:13C'était des traîtres,
45:15que vous êtes des OAS,
45:17que vous vous êtes encrissés par l'OAS.
45:19Alors, un type de ces soldats
45:22me dit, non, on est des gaullistes.
45:23Je lui dis, non,
45:24vous n'êtes pas des gaullistes.
45:25Les gaullistes ne font pas ça.
45:28Et là?
45:28Ce n'est pas des traîtres.
45:31Et là, je ne l'ai plus vu depuis...
45:33Vous ne savez pas comment il est là?
45:35Vous n'avez jamais eu aucune nouvelle?
45:37Rien.
45:38Absolument rien.
45:38Vous n'avez jamais eu aucune indication?
45:40Rien du tout.
45:41D'aucune histoire?
45:41Rien.
45:43Pas de signe de vie, rien.
45:47J'aimerais maintenant qu'on essaie de parler
45:49sans que je vous pose de questions.
45:50C'est-à-dire que j'aimerais que vous me disiez
45:52tout ce que vous avez envie de dire
45:54sur toute cette période-là.
45:55Et bien, au début, au début de la guerre, on entendait dire, en 54, il y a une déclaration
46:06de guerre, le 1er novembre.
46:08On ne voyait pas la guerre, là, en Algérie, enfin, en plein centre.
46:13Et puis après, ça a commencé, petit à petit, petit à petit.
46:19Et tout le monde fonctionnait, presque tout le monde.
46:22Un enfant de 12 ans, 15 ans, connaissait ce que c'est.
46:27Et on était tellement malheureux
46:29qu'on cherchait comment faire pour lutter
46:32pour être contre ces gens-là.
46:34Contre qui, oui?
46:35Contre les collants.
46:38Même les juifs, les italiens, les espagnols.
46:44L'espagnol était plus considéré que nous, que c'est notre pays.
46:49On allait déposer plainte ou bien de faire une petite demande.
46:52On n'avait jamais raison.
46:55Une femme allait travailler, la pauvre malheureuse, pour des enfants.
47:00On l'a laissé s'ouvrir pendant toute la matinée.
47:03Du matin au soir, on lui donnait 500 ou 400 francs et il partait.
47:06Elle laissait ses enfants enfermés.
47:09Enfin, et les hommes, tout ce qu'ils ont travaillé,
47:12tout ce qu'ils ont lutté, même chez les colons, là-bas dehors,
47:17à la ferme.
47:19De 5h du matin, debout, le pauvre malheureux,
47:22il lui donnait 300 francs, le colon.
47:25Alors, à la fin, ces gens-là, ils ont ouvert les yeux,
47:28ils n'ont pas pu se porter.
47:30Ils ont dit, il vaut mieux mourir que de souffrir.
47:37Et là, je parle de moi-même.
47:44J'ai vu que mon fils s'était éveillé
47:47et il savait ce que c'était les colons.
47:51Et il parlait, il a dit que les colons ne resteront pas en Algérie.
47:55Il faut que je lutte à l'âge de 17 ans.
47:58Il a commencé à lutter.
48:00Le dernier moment, il a été arrêté trois fois.
48:04Et la quatrième fois, je ne l'ai plus revu.
48:07Et il a lutté, le dernier moment, il a fait groupe de choc.
48:12Il a été tué.
48:13Et même, moi, je l'ai aidé quelques fois
48:18à lui prendre quelque chose.
48:20T'as dit ?
48:20Eh bien, enfin, je le suivais
48:22pour lui remettre quelque chose en main.
48:24Quoi ?
48:25Enfin, affaire de chargeur ou bien d'armes ou bien.
48:30Et il avait ses deux ou trois copains.
48:34Il a fait tout son possible.
48:37Et malgré ça, il a dit
48:38« Je veux mourir,
48:40mais pas vivre écrasé comme une puce. »
48:44Lui bien, c'est toi.
48:54Merci.
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