- il y a 2 jours
Les "Cahiers de la marge", dirigés par Maximilien Friche, s’imposent comme un acte rare dans le paysage littéraire : un geste de mémoire, presque de résistance. Après André Suarès, ils rendent hommage à Maurice G. Dantec, dix ans après sa disparition. Un écrivain majeur pour certains, devenu presque invisible pour d’autres.
Ici, pas d’analyse froide ni de discours académique. Mais une mosaïque de textes vivants : témoignages, récits, hommages, éclats. Tous portés par une même conviction : Dantec n’était pas un auteur comme les autres. Son œuvre, prolifique et inclassable, a marqué en profondeur ses lecteurs. Sa pensée, radicale et visionnaire, continue de déranger. Ce Cahier fait le pari qu’il faut relire Dantec aujourd’hui, peut-être plus que jamais. Et qu’à travers lui, c’est notre époque elle-même qui se révèle.
Ici, pas d’analyse froide ni de discours académique. Mais une mosaïque de textes vivants : témoignages, récits, hommages, éclats. Tous portés par une même conviction : Dantec n’était pas un auteur comme les autres. Son œuvre, prolifique et inclassable, a marqué en profondeur ses lecteurs. Sa pensée, radicale et visionnaire, continue de déranger. Ce Cahier fait le pari qu’il faut relire Dantec aujourd’hui, peut-être plus que jamais. Et qu’à travers lui, c’est notre époque elle-même qui se révèle.
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00:05Il y a dix ans, disparaissait l'inclassable écrivain Maurice G. Dantec.
00:10Les éditions de la Nouvelle Marche lui rendent hommage à travers plusieurs contributions
00:14sur la direction de Sylvain Gauthier et Maximilien Friche.
00:17Et pour parler des cahiers de la Marche, ce que j'ai entre les mains
00:21et que vous pouvez vous procurer sur le site tvl.fr, dans la boutique de TVL,
00:25eh bien j'ai comme invité Maximilien Friche.
00:28Bonjour, monsieur.
00:29Bonjour, monsieur, bonjour, Martial.
00:30Votre démarche, je l'ai dit, de rendre hommage à l'écrivain aux lunettes noires,
00:34mais aussi de lutter contre l'oubli, l'oubli relatif d'un écrivain
00:38qui a pourtant marqué toute une génération.
00:40Ah oui, oui, alors j'ai quand même constaté que petit à petit, il avait disparu.
00:46Disparu des rayons, on ne le trouve plus à Gibert, on ne le trouve plus à la FNAC, ça bien
00:49sûr.
00:51Et quand j'interroge autour de moi, certains me disent qu'on n'est pas.
00:55Là, qu'on n'est pas, c'est quand même très grave, parce que c'est un nom, c'était
00:59une star,
01:00c'était une star de la littérature, il était invité partout, alors même si on ne l'a pas lu,
01:04on l'avait forcément vu chez Ardisson et partout, sur tous les plateaux.
01:09Et donc là, je me suis dit quand même, pour les dix ans de sa mort, il ne faut pas
01:12laisser passer,
01:13il faut qu'on marque le coup et qu'on célèbre.
01:15– Pour l'écrivain, oui, de notre génération, je dis de notre génération parce que,
01:21oui, on a tous à peu près le même âge, voilà.
01:25Nous étions jeunes, nous ne le sommes plus, c'était au tournant des années 2000,
01:29avec cette claque notamment des journaux métaphysiques,
01:33et d'un seul coup, la claque avait été donnée aux politiquement corrects.
01:37Et nous, nous avions l'injonction de ne pas être dupe du monde,
01:40et Dantecq a été là et a été un tremplin.
01:44– Parce qu'un écrivain, c'est aussi un personnage qui a déjà compris tout le sens de la communication.
01:48On pourrait le rapprocher un peu d'Huelbeck aujourd'hui.
01:50– Oui, alors oui.
01:53– Pas la même œuvre, le personnage.
01:55– Bien sûr, le personnage.
01:56Moi, j'ai un grand faible pour Dantecq plus que pour Houellebecq,
02:02parce que Houellebecq, il est plus dans la littérature miroir,
02:04alors c'est son grand talent de montrer la société telle qu'elle est dans ses livres,
02:09de la montrer aussi laître qu'elle est.
02:11Dantecq, pour moi, avait quelque chose de prophétique,
02:15c'est-à-dire de sacrifice, il y avait une notion de sacrifice.
02:19Il ne s'économisait pas en vue du prochain livre,
02:23il n'était pas le rentier de lui-même.
02:24Il voulait absolument, dans l'urgence, écrire ce qu'il appelait de ses voeux,
02:28c'est-à-dire une somme incorporée à l'appareil narratif,
02:33en fait toute la vérité dont il avait été témoin
02:35et qu'il avait eu, en fait, la tare de recevoir.
02:39Recevoir la vérité, en fait, est une tare.
02:41Et donc, il voulait la transmettre, la sauver, cette vérité, dans l'appareil narratif.
02:45Donc, voilà, je distingue quand même de Houellebecq.
02:49– Dantecq, Dantecq, ce cahier consacré, alors, vous dites,
02:51au maître ou au patron, selon vos expressions,
02:55ce n'est pas un travail académique, mais une somme de textes très libres.
02:58Vous mettez d'ailleurs vos lecteurs en garde,
03:00« Nous ne sommes pas un club de fans, nous sommes légitimes,
03:04car nous l'avons lu, aimé et été modifié par lui. »
03:08– Oui, oui.
03:10– Oui, c'est vraiment…
03:10– Programmé, dites-vous.
03:13Nous nous reconnaissons avoir été écrit par lui, prévu, programmé.
03:18Très bien, non ?
03:19– Oui, c'est un peu le vocabulaire de la SF aussi,
03:21c'est-à-dire qu'il y avait…
03:23– C'est un souci.
03:24– De la science-fiction, exactement.
03:25Il y avait chez Dantecq cet art de penser le programme,
03:31le programme à la fois individuel, au cœur de l'ADN, etc.,
03:36et le programme du monde.
03:37Et pour lui, bien sûr, le monde était une matrice,
03:41cette matrice s'était créée, le temps était dans cette matrice,
03:44et donc il y avait cette conceptualisation du monde et de l'être,
03:48c'est ça qui le rendait théologien aussi, à sa façon.
03:52Et donc, oui, on a été modifié par lui,
03:55parce que d'un seul coup, on s'est reçu toute cette science,
04:02toute cette vérité, et je n'ai plus été le même.
04:07Parce qu'il écrivait et par les livres qu'il a apportés,
04:09parce que c'était une bibliothèque.
04:12Dans tous ses romans, il y a un homme qui a une bibliothèque,
04:15cette bibliothèque sauve le monde, c'est quand même ça.
04:17Donc, après avoir lu un Dantec, on lisait tous les auteurs
04:22qu'il nous prescrivait, Joseph de Mestre, Léon Blois, etc.
04:25Lui-même était autodidacte, et il a fait de nous des autodidactes,
04:29c'est-à-dire des gens qui allaient vers les bibliothèques
04:33et dévorer ces livres qui allaient tous nous modifier,
04:37mais le premier, c'était Dantec, la porte d'entrée.
04:40Alors, partons à la rencontre de ce Maurice Dantec,
04:44Maurice Gédantec, Maurice Georges Dantec, dès qu'il devient populaire,
04:48c'est-à-dire dans les années 90, avec une œuvre romanesque,
04:51mêlant polar et, on l'a bien compris, fiction,
04:53il se définit auprès du grand public comme un écrivain nord-américain
04:57de langue française.
04:58En fait, c'est un petit Français qui est né à côté de Grenoble en 59
05:01et qui va s'installer à Montréal, mais 30 ans plus tard,
05:04parce qu'il considère que l'Europe, elle est morte.
05:08Morte et en terre inédit-il.
05:09– Oui, oui, vraiment, et ça rejoint en fait son art narratif.
05:15Son art narratif base la survie sur la fuite et l'exil.
05:20C'est pour ça d'ailleurs que tous ces livres sont souvent des suites.
05:25Les trois premiers, Sirène Rouge, Les Racines du Mal et Babylon Babies,
05:30sont des suites et trouvent un rebond dans cette Alive Sister
05:33à la toute fin de sa carrière.
05:35Il y a d'autres suites comme ça.
05:37Et donc, il a une logique d'exil, de fuite, de suites, de nouvelles frontières.
05:42Dans ses livres, la nouvelle frontière, c'est d'abord l'exil,
05:46puis l'exil vertical vers la Lune, puis Mars.
05:50Et donc, je pense qu'il est allé effectivement à Montréal.
05:53Non pas parce que le Québec aurait été une terre
05:57où l'islam n'aurait pas imposé sa loi comme en France ou en Europe.
06:01Non, parce que c'était une nouvelle frontière.
06:04On lui aurait donné la possibilité d'aller sur la Lune,
06:06il serait allé sur la Lune, voilà, pour incarner sa narration, véritablement.
06:11En fait, il était au service de ses livres.
06:13On le voit souvent comme une vedette,
06:16qu'il était une star de la littérature, c'est vrai.
06:20Mais c'était pour lui sacrificiel d'arriver avec les lunettes noires,
06:23de faire le guignol, comme il disait, devant les caméras,
06:25avec ses lunettes noires et son blouson, pour vendre ses livres.
06:28Il était en fait l'organe de ses livres,
06:30l'organe externe de ses livres pour les vendre.
06:32Et donc, il s'est vécu au service de ses livres.
06:34Moi, je vois cet exil, c'est en mon interprétation,
06:37mais vraiment comme le fait d'incarner sa narration.
06:42– C'est quand même une fuite.
06:43Lui, qui dénonce à la fois la conjonction du bolchevisme et de l'islamisme,
06:47dont il dit qu'ils sont faits pour finalement s'entendre.
06:51On voit aujourd'hui que c'est totalement d'actualité.
06:54Et il dit, mais néanmoins, ma France, mon Europe, elle est morte.
06:57Il dit, même mon ancien monde est mort.
06:59Alors, dans ce cas-là, il va y avoir un nouveau monde, une nouvelle France.
07:02– Oui, elle est déjà en marche, la nouvelle France, malheureusement.
07:06– Ça prend la fuite.
07:07– Voilà, il prend la fuite pour survivre
07:12et pour permettre l'existence d'une arche.
07:16C'est-à-dire qu'on parle souvent de la boîte noire du verbe
07:20qui se serait scratchée et dans laquelle on retrouve effectivement
07:23l'essentiel de notre culture.
07:25Et finalement, c'est ça la logique de sa fuite, de son exil,
07:30c'est de nous suggérer qu'effectivement, il est fort probable
07:35que la France soit morte, mais nous avons l'injonction
07:40de créer une arche, de sauver la civilisation française
07:43si on ne peut pas sauver la France et l'Europe.
07:45Peut-être un rebond plus tard, en tout cas.
07:47Peu importe, il en va de notre honnêteté et de notre salut,
07:52du salut du monde.
07:53– Alors Dantec, c'est une œuvre, on l'a compris, inclassable,
07:56je l'avais dit, qui échappe à toutes les catégories,
07:58le polar, la science-fiction, la métaphysique, la théologie, la politique,
08:02une œuvre prolifique, ce sont des romans, des journaux, des essais,
08:05c'est aussi de la musique.
08:07Est-ce que cela ne le rend pas finalement difficile d'accès ?
08:10Et comment on peut entrer dans son œuvre sans s'y perdre ?
08:12– Ah oui, oui. Alors là, c'est une question centrale.
08:15– C'est-à-dire, on ne le retrouve plus, on ne le trouve plus,
08:17mais des fois, je me suis dit, on ne le trouve peut-être pas
08:19parce qu'on ne sait pas à quel endroit on pourrait le trouver réellement.
08:22– Et on me pose souvent cette question.
08:24– C'est souvent de la mieux en science-fiction seulement.
08:25– Voilà, alors la FNAC, le rangé en SF,
08:27alors que c'était un écrivain majeur qui méritait sa place à Saint-Germain,
08:32de toute façon, ça ne lui aurait pas pu d'être à Saint-Germain, peu importe.
08:34– Mais effectivement, on me pose souvent la question,
08:37par où commencer ? Où rentrer ?
08:40Et alors, il y a plusieurs écoles, etc.
08:42Il faut essayer de mesurer la sensibilité de son interlocuteur.
08:50Si l'interlocuteur est plus porté sur les essais,
08:52moi je recommande bien sûr les journaux métaphysiques,
08:56Théâtre des opérations, TDO, comme on disait à l'époque.
08:58– C'est les initiés.
08:59– Exactement, les TDO, et où là, on assiste à,
09:03il y a tout un tas d'aphorismes qui nous rappellent Gustave Thibault,
09:06par exemple, on assiste à la conversion d'un homme, quand même, en direct.
09:13Au début, ça navigue dans la gnose, dans un ésotérisme,
09:17et puis avec un mélange métapolitique, etc.
09:22Et puis, au bout du deuxième volume, il se convertit en direct.
09:26Et c'est passionnant, c'est passionnant.
09:29Puisqu'il devient ce catholique du futur, qu'il se revendiquait être.
09:33Donc, pour ceux qui aiment les essais, ça, c'est très bien.
09:35Pour ceux qui aiment les polars, les racines du mal, c'est quand même extraordinaire.
09:39Mais enfin, il faut avoir le cœur bien accroché,
09:40parce qu'il y a de la viande sur les murs, quand même.
09:43– C'est pas qu'un romancier, c'est aussi un penseur.
09:48Quelle est, selon vous, la colonne vertébrale de sa vision du monde ?
09:52Vous écrivez « Dantec est toujours sur tous les fronts »
09:56et « ne mettre plus jamais personne d'accord ».
10:00– Et oui, parce qu'au début, les gens le suivaient
10:07parce que c'était la star de la Noire chez Gallimard,
10:09parce qu'il avait cette vision du mal,
10:11cette vision même de la réification de toute forme de vie humaine,
10:18prophétisée par Marx.
10:19Et donc, il avait des gens qui le suivaient.
10:21Et puis un jour, quand Dantec s'est mis à diagnostiquer
10:24que le mal de l'Occident, c'était l'islamisation,
10:27notamment, il y a des gens qui ont du mal à le suivre.
10:29Et donc, il avait du mal à mettre tout le monde d'accord,
10:33oui, ça c'est clair.
10:36Et il pensait le monde au fur et à mesure.
10:42Et en fait, il n'était pas chargé de convaincre.
10:44C'est-à-dire qu'on le sent vraiment dans ses livres
10:46ou recevant cette vérité, c'est comme une vision, en fait.
10:50Il avait une vision de la vérité.
10:52Il se sent obligé de nous le dire, mais pas de nous convaincre.
10:56C'est-à-dire que, comme Sainte Bernadette disait,
10:59je ne suis pas chargé de vous convaincre,
11:02mais je suis chargé de vous le dire.
11:03Et lui, il reçoit ça.
11:04Et donc, forcément, il y en a qui décrochent.
11:08Et puis, alors, quand effectivement, dans Cosmos Incorporated,
11:10il met un paquet de théologie,
11:13les gens qui ne sont pas très sensibles à cette matière
11:16décrochent aussi du fil narratif.
11:18Et néanmoins, c'est une œuvre majeure, ce livre, un de mes préférés.
11:21– Je crois qu'il est très engagé, avec des positions fortes.
11:23Le monde quotidien des Sainte-Gauches va le qualifier de réactionnaire.
11:28On lui a reproché son combat identitaire, qu'est-ce que militant ?
11:31En France, son combat contre le nihilisme,
11:34contre l'islamisme, on l'a dit, contre l'anti-américanisme.
11:37On lui a reproché son soutien à George W. Bush pendant un instant,
11:40son sionisme pendant plus qu'un instant.
11:42Bref, qu'est-ce que cela n'a pas contribué, finalement,
11:46à son isolement, puis de l'isolement, la punition, l'effacement ?
11:51– Totalement, totalement.
11:52C'est pour ça qu'il passe de Gallimard à Albain,
11:55puis après Albain, plus rien, puis les éditions Ring.
11:59C'est avec Maurice Dantec, c'était la sister,
12:02que les éditions Ring sont nées.
12:04Puis maintenant, ça s'appelle Magnus, un truc comme ça.
12:07Peu importe.
12:08Mais donc, il avait perdu ses éditeurs, les gros éditeurs.
12:13Il est même passé chez Flammarion un temps.
12:14Non, il était viré chez ses éditeurs.
12:18Le politiquement correct agissait.
12:21Il a été exclu.
12:22Les libraires le retiraient des rayons.
12:24– Avant Renaud Camus, avant Richard Millet,
12:25avant tout le monde, entre guillemets.
12:28– Oui, il a essuyé les plâtres,
12:30mais à croire que ça n'a pas suffi,
12:32puisque les autres ont pris la même route.
12:35Et ça, effectivement, tout à l'heure,
12:37on me posait la question de sa colonne vertébrale.
12:39Sa vraie colonne vertébrale, c'est de combattre le nihilisme.
12:44C'est-à-dire que derrière l'islam qu'il combat,
12:47derrière le bolchevisme qu'il combat, etc.,
12:49c'est le nihilisme qui le hante.
12:51Et dans tous ses romans,
12:53ça prend une forme d'une machine qui s'appelle Nihil,
12:56d'un programme transplanétaire de gouvernement mondial
13:00qui met en place, donc, comme une IA aujourd'hui,
13:03qui s'appellerait Nihil aussi, etc.
13:05Donc, c'est vraiment son obsession en dessous.
13:08C'est pour ça qu'il agit comme un chevalier.
13:11– Alors, isolement, effacement, mais aussi,
13:13puis grande fidélité, vous le prouvez d'ailleurs,
13:15de ses lecteurs, même vous, d'ailleurs,
13:17vous expliquez votre lecture de Dantec
13:18par le fait que votre conscience politique,
13:21vous l'avez dit d'ailleurs à l'instant,
13:22avait besoin de devenir incorrect,
13:24de ne plus être dupe du camp du bien.
13:25Vous avez fait besoin de lui pour cela.
13:27– Oui, mais vous savez que je fus de gauche plus jeune.
13:35– J'avais oublié cela.
13:36– C'est juste que je suis capable d'oublier.
13:38– Non, non, oui.
13:39En fait, j'avais été, moi, largement déniaisé
13:44par les émeutes de 2005,
13:45mais Dantec, avant, mettait des mots, en fait,
13:49des mots très concrets sur ce qu'on vivait.
13:54Et puis, des auteurs derrière,
13:57qu'il me fallait découvrir,
13:59des auteurs dont on ne parlait pas.
14:00Est-ce qu'on parlait au lycée de Joseph de Mestre ?
14:04Je ne pense pas, voilà.
14:05D'un seul coup, on avait Raymond Abélio aussi,
14:07des choses comme ça.
14:08Je ne pourrais pas citer tous les auteurs
14:10qu'il m'a fait lire, mais c'était génial.
14:12Oui, le monde, on avait cette intuition
14:14que le monde allait à sa perte,
14:17mais quel est le diagnostic ?
14:20Voilà, et pour moi, il était important,
14:22effectivement, de puiser jusqu'aux racines,
14:24c'est-à-dire de voir l'impact sur le cosmos.
14:27Et donc, c'est pour là, ça, le nihilisme
14:29que j'évoquais, etc.,
14:30et de ne pas juste avoir une opinion politique
14:32comme on l'aurait aux Inc.
14:33– A-t-il laissé une descendance intellectuelle ?
14:36Ou bien est-il resté un écrivain profondément solitaire ?
14:39Ce qui, aussi, n'est pas désagréable ?
14:42– Non, une descendance intellectuelle…
14:44– Est-ce que vous êtes un héritier de Dantec ?
14:47– J'ai été modifié par lui,
14:48donc je pourrais dire oui,
14:50mais d'un point de vue littéraire, absolument pas.
14:52– Programmer, modifier, programmer, dites-vous.
14:54– Programmer, reprogrammer ?
14:55C'est un peu excessif, mais…
14:57– Oui, je trouve.
14:58– Mais littérairement, non,
15:00je ne suis pas un enfant de Dantec.
15:02Marco Brugon…
15:03– Qui écrit dans…
15:04– Qui écrit dans les Cahiers de la Marche,
15:06ressemble beaucoup plus à un héritier de Dantec
15:09dans sa prose, dans sa volonté de roman global,
15:11de roman qui dirait le monde.
15:14– Tout est en noir chez Marx, sauf les lunettes.
15:16– Oui, c'est ça.
15:17En plus, physiquement, il a…
15:19– Il y a quelque chose.
15:20– C'est un heavy metal, mais pas post-punk,
15:24mais bon, vu de nous autres, ça peut se rapprocher quand même.
15:29– Pour convaincre vos téléspectateurs,
15:31vous nous avez donné la porte d'entrée.
15:35Beaucoup de ces romans ont été portés à l'écran.
15:37Ça a été difficile et pas couronné véritablement de succès,
15:41alors que, par exemple, des gens comme Kassovitz
15:43s'y sont collés, si vous permettez l'expression.
15:46– Oui, oui, la sirène rouge, notamment,
15:49avec Jean-Marc Barthes, ma mémoire est bonne.
15:51C'était pas très bon.
15:52– Babylon Babies aussi.
15:53– Oui, Babylon Babies.
15:54– Devenu Babylon AD, je crois.
15:56– Oui, peut-être, il faudrait énormément de moyens
15:59pour mettre au cinéma un livre de Dantec.
16:02C'est rempli de lumière, de choses transcendantes.
16:10D'ailleurs, il parle beaucoup de transfiction aussi dans ses romans.
16:15Je pense qu'il faudrait des moyens comme ceux de Interstellar,
16:19des choses comme ça, pour vraiment faire un bon Dantec.
16:22Et puis, on ne peut pas tout dire dans un film.
16:28Et c'était des pavés, quand même.
16:30C'était des pavés remplis de lumière, remplis de verbes,
16:33le nombre de phrases, de citations.
16:36Alors, le côté sympa pour mettre en film,
16:38c'est qu'il y a plein de musique dans les livres de Dantec.
16:43Alors là, on peut illustrer les films avec cette musique,
16:47de U2 à…
16:49Je ne sais plus quel groupe que Dantec voulait jouer à la messe,
16:54m'avait-il dit, bon, voilà.
16:57– Lui-même s'est essayé à la musique,
16:58il a parlé dans des clips, il a fait partenir à un groupe,
17:01je crois en 1980, un groupe qui a fait un album.
17:03– Oui, oui, Artifact, Ma mémoire est bonne.
17:06– Oui, c'était bon, c'est ça.
17:07– Et puis, il a fait un album avec Richard Pinas.
17:10Et un dernier, d'ailleurs, il y a un entretien
17:13dans Mauvaise Nouvelle ces jours-ci,
17:16autour de son dernier roman qui s'appelle Les Résidents,
17:19qui est pour moi d'ailleurs un roman très lumineux.
17:21Les deux derniers, on a l'impression qu'enfin Dantec
17:27nous ouvre à l'espérance, parce que quand même c'est très noir,
17:30les racines du mal, il est allé très loin
17:33pour nous faire connaître le mal.
17:34– Les Résidents, on est en 2014, son décès en raison de la maladie,
17:38et c'est en 2016, donc on est à la fin de son oeuvre.
17:40Il y a encore un livre qui est, je crois, inachevé.
17:43– Oui, il y en a plusieurs.
17:44Il avait un projet de dix ans de livres,
17:47je les cite à plusieurs endroits, il y avait « Casa Queen »,
17:50un western, un western qu'il voulait complètement électrique.
17:54Il voulait aussi raconter l'histoire de l'électricité,
17:56parce qu'il était très marqué par l'électricité comme feu invisible,
17:59et comme lui aimait la musique, c'était la naissance du rock,
18:03l'électricité, d'un seul coup.
18:05Non pas faire du son avec l'électricité qui servirait à amplifier,
18:10mais faire du son avec l'électricité, avec la guitare électrique, etc.
18:13Donc il était passionné par ça, il voulait écrire l'histoire de l'électricité.
18:16– Je vais revenir à Dantec, mais je vais revenir encore à vous quand même.
18:18Il y a peu dans le magazine L'Incorrect, qui vous a ouvert ses colonnes,
18:22vous vous présentez comme un écrivain, vous le présentant,
18:25c'est L'Incorrect qui le fait, mais je pense que ça ne vous a pas choqué,
18:28parmi les écrivains les plus corrosifs de notre époque,
18:30et adeptes du mauvais esprit.
18:31Et je me suis dit de Dantec, cette fois-ci, il ne lui manque que les lunettes.
18:36Ingérable, je suis ingérable, je souhaite demeurer, c'est de vous ?
18:39– Oui, c'était la carte noire que j'ai écrite pour L'Incorrect de ce mois-ci.
18:46Je me suis fait plaisir, il faut quand même de temps en temps l'ouvrir,
18:52avoir le verbe haut dans ce monde qui voudrait qu'on appartienne au parc humain.
18:59Et ce sur quoi je m'énerve dans ce papier, c'est l'injonction au bonheur.
19:04L'injonction au bonheur est la pire des tyrannies.
19:06En fait, mais permettez-moi d'aller mal si je veux,
19:09et puis permettez-moi de vivre mon agonie,
19:12permettez-moi de d'échapper au parc humain,
19:15je ne suis pas juste là pour jouir et jouer le jeu.
19:17Voilà, donc oui, là je me suis un peu énervé.
19:20Je ne suis pas sûr d'être…
19:20– Je ne sais pas si vous a transformé,
19:22mais vous en êtes toujours quand même un bon porte-parole de Dantec, non ?
19:24– Oui. Alors, c'est pour moi une mission.
19:27– Vous avez été programmé.
19:29– J'ai été programmé pour ça.
19:31Mais je me dis, qui d'autre ?
19:34Si personne ne le fait, il faut que je le fasse,
19:36il faut que je rende hommage à Dantec.
19:37Ce n'est pas possible que pour les 10 ans de Dantec, il ne se passe rien.
19:41Donc, j'y suis allé, non pas comme chef de file,
19:43mais comme catalyseur, comme gentil organisateur, on va dire.
19:50Il y a Juan Asensio dans ce cahier qui est érudit
19:56et qui a produit un nombre de textes incalculables sur son site,
20:00sur Maurice Dantec, c'est un puits de science.
20:03Il nous offre d'ailleurs un entretien avec Maurice Dantec dans ce cahier.
20:07Donc, je suis loin d'être un chef de file,
20:09mais il fallait que quelqu'un le fasse,
20:13donc je ne pouvais pas me défiler.
20:14– Allez, en conclusion, on revient cette fois-ci à Dantec.
20:16Finalement, qu'est-ce qui le dérange encore ?
20:20Est-ce qu'il dérange encore, 10 ans après sa mort ?
20:23– Je pense, puisque son principal combat, si on voulait retenir,
20:27c'était quand même contre l'islamisation de l'Europe et de la France.
20:30Et on ne peut pas dire qu'on a changé de monde.
20:33Il n'a fait que s'aggraver depuis sa disparition.
20:37Donc, je pense qu'effectivement, aujourd'hui,
20:40il resterait toujours illisible pour beaucoup,
20:43même dans sa narration, pas seulement dans ses essais,
20:47mais dans sa narration, il explique cette islamisation,
20:52ce relativisme qui attaque l'Église.
20:55Dans un de ses romans, il y a un antipape,
20:57une antipape à Los Angeles.
20:59Et puis, trop catholique, trop chrétien.
21:03Trop chrétien pour accéder aux médias.
21:07– Allez, Dantec, reste une énigme de notre époque
21:10qui n'a pas encore eu le courage de l'affronter.
21:13Alors, cet ouvrage et ce courage des contributeurs
21:15de ce cahier de la marche, nous le citons,
21:17en dehors de Sylvain Gauthier et Maximilien Friche, bien évidemment.
21:21On a cité Juan Asensio, Marco Brégon.
21:24Moi, je voudrais aussi citer Romarie Sangar,
21:26ce qui a été un des piliers de Bistro Liberté il y a quelques années.
21:29– Exactement.
21:29– C'était un exercice difficile pour lui.
21:32C'était ça qui était sympathique.
21:33Est-ce qu'il y a d'autres noms ?
21:34– Marc Alpozzo, qui est un philosophe.
21:37Raphaël Denis, spécialiste de Artaud,
21:39qui nous offre un beau texte.
21:41Et puis, j'en oublie, mais voilà.
21:44David Atria, compositeur de musique,
21:46qui nous offre un joli texte poétique.
21:49– C'est le cahier de la marche.
21:52Ce sont des cahiers Dantec, mais c'est le deuxième.
21:55Il y a eu un autre écrivain.
21:56Pas si facile non plus d'accès.
21:58C'est un peu abandonné, un peu délaissé.
22:01– Oui, André Suarez.
22:02André Suarez, le premier cahier de la marge.
22:05Oui, c'est mon envie du moment de faire des cahiers,
22:08de réunir des écrivains pour qu'ils écrivent sur un autre écrivain.
22:13Je l'ai dit, les écrits académiques ne m'intéressent pas.
22:16Mais quand un écrivain écrit sur un écrivain,
22:18il rentre en dialogue et il fait de la littérature sur la littérature.
22:21Et finalement, on assiste à un dialogue entre deux écrivains.
22:24Et c'est ça qui me plaît.
22:25– Et comment faites le choix des écrivains ?
22:26Il y a eu une époque, après-guerre, on va dire, où il y a eu des écrivains maudits
22:31à qui on a collé ce terme.
22:32Aujourd'hui, il y a d'autres écrivains, 80 années plus tard,
22:35qui sont aussi maudits.
22:36Je sais dire, Renaud Camus, Richard Millet et quelques autres.
22:40D'autres qui n'ont pas eu la place, qui méritaient.
22:41Je pense à Jean Raspail et tant d'autres.
22:43Et tant d'autres, vers qui vous allez aller après, Dantec ?
22:47– Alors, j'ai très envie de faire un cahier sur Henri Michaud,
22:51qui n'a pas été, comment dire, blavé ou mis au banc de la société
22:59pour mauvaises idées, mais qui néanmoins n'est pas complètement lu.
23:06– Ce ne sont jamais des écrivains grand public.
23:08C'est peut-être de votre côté Saint-Germain-des-Prés.
23:10– Peut-être, peut-être, mais Michaud, j'adore.
23:14– C'est un texte performant.
23:16À chaque fois qu'on lit un texte de Michaud, c'est une langue unique.
23:21Et puis, j'aimerais aussi un jour, mais là c'est un peu plus long,
23:27mais Monterland aussi.
23:28Vous voyez, je me suis posé la question à un moment donné
23:31si la postérité n'était pas un concept du passé.
23:34Et donc, nous n'aurons pas de postérité peut-être,
23:37mais nous avons un devoir vis-à-vis de ceux qui ne sont plus là,
23:40nous les vivants, oui.
23:42– Merci, Monterland.
23:43Plus l'œuvre que le personnage, c'est aussi.
23:46– Oui, oui, bien sûr, surtout l'œuvre de théâtre,
23:49qui est absolument magistrale.
23:51– Merci beaucoup Massimilien, vous reviendrez nous voir, bien évidemment,
23:54dès que les prochains Cahiers de la Marche seront là-dedans.
23:56Merci de faire cet effort, de faire revivre tous ces écrivains
23:59qui le méritent et en priorité, puisque c'est de lui que nous parlons,
24:03Maurice G. Dantec, achetez ses Cahiers de la Marche.
24:05Merci.
24:05– Merci, Marcia.
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