00:00En France, à un an de la présidentielle, c'est le sujet d'inquiétude numéro un des Français,
00:04selon une enquête Cevipov qui vient de paraître, améliorer notre système de santé.
00:09Et il y a urgence, c'est ce qui ressort de votre livre édifiant.
00:12Julie Pichot, bonjour.
00:14Bonjour.
00:14Vous êtes journaliste d'investigation spécialisée des questions de santé.
00:17Vous publiez les morts cachées de la République aux éditions de l'Observatoire Plongée Vertigineuse
00:22dans les déserts médicaux, qui couvre, et on le rappelle, 87% du territoire
00:26et qui concerne 8 millions de Français.
00:28Votre livre s'articule autour de témoignages de médecins, de patients, de lanceurs d'alerte
00:33que vous rencontrez depuis des années partout en France.
00:35Ils éclairent sous un nouveau jour cette détresse immense de notre système de santé.
00:41C'est-à-dire qu'aujourd'hui, il faut remplir quelles conditions pour pouvoir être bien soigné en France ?
00:45Est-ce qu'on peut être bien soigné en France ?
00:48Le livre, en effet, s'articule à travers plusieurs histoires personnelles,
00:52mais il décrit un système, c'est ça qui est intéressant.
00:55Il remonte la chaîne des responsabilités.
00:57Il questionne les responsabilités politiques.
01:00Vous posez la question de, est-ce qu'aujourd'hui, on peut être bien soigné et où faut-il aller
01:04?
01:05Moi, j'ai beaucoup enquêté sur les urgences de Strasbourg,
01:07notamment pour complément d'enquête, et j'ai continué l'enquête pour le livre.
01:11Et le médecin lanceur d'alerte qui nous parle s'interroge et dit,
01:15aujourd'hui, si vous arrivez aux urgences, est-ce que vous pouvez être bien pris en charge ?
01:18Non. Non, parce que je dois faire des choix. Non, parce qu'il n'y a pas assez de personnel.
01:23Et ces médecins, ils alertent tous, leur direction, les ARS, les ministères,
01:28et ils ne sont pas entendus. Donc oui, il y a urgence à parler de la santé.
01:32Vous parlez justement aux urgences de ces morts inattendues.
01:35On ne connaissait pas le terme. Ce sont des gens qui meurent sur des brancards,
01:38faute de soins. Vous racontez des histoires totalement terribles.
01:42C'est tabou, parce qu'il n'y a pas de chiffres, en fait. On ne connaît pas vraiment le
01:45nombre de ces morts.
01:46Alors, tous les hôpitaux ne déclarent pas leurs chiffres à SAMU Urgence de France,
01:51qui le déplore. Et c'est vrai que dans le livre, moi, je me suis attachée à l'histoire de
01:54Micheline Myrtille,
01:55qui est une femme qui est décédée aux urgences de la Riboisière, à Paris.
01:59Les déserts médicaux, ce n'est pas forcément que dans l'Ariège.
02:02Paris, c'est le plus grand désert médical de France.
02:05Donc, Micheline Myrtille, c'est une dame qui arrive aux urgences.
02:08Elle reste 12 heures sur un brancard et elle est retrouvée à 6 heures du matin, décédée.
02:13Parce qu'elle a eu malheur d'avoir une faute d'orthographe sur son prénom et qu'elle est...
02:15Il y a eu plein d'erreurs. Il y avait un manque de personnel.
02:20La PHP n'a pas été condamnée au pénal.
02:22Le procès a été en février.
02:24Mais a reconnu quand même des failles dans le système.
02:29L'Île-de-France est le premier désert médical de France.
02:32Mais les zones rurales sont aussi particulièrement sinistrées.
02:36Vous avez passé du temps dans l'Ariège.
02:37Un beau paysage, mais la misère sociale sous la chlorophylle.
02:41C'est ce que vous dites.
02:42Un médecin, vous rencontrez un médecin qui va suivre 2000 patients.
02:45Ce chiffre paraît fou.
02:47Il y a des mois d'attente, des heures de route pour aller passer une IRM.
02:50C'est catastrophique.
02:52C'est catastrophique.
02:52Et le gros problème, c'est les spécialistes.
02:54C'est-à-dire qu'il y a un médecin généraliste, en effet,
02:57qui essaye d'officier et de prendre en charge des patients.
03:00Mais les spécialistes, il n'y en a plus.
03:02Des dermatologues, c'est un vrai problème.
03:04Même à Paris, il y a des dermatologues.
03:05Même à Paris, des cardiologues, des endocrinaux.
03:10Donc, c'est un vrai problème.
03:11Avec des retards de prise en charge et de diagnostic.
03:14Et vous le décrivez aussi très bien dans les...
03:17Je vous ai interrompu.
03:18Non, non, non.
03:18Des retards de prise en charge aussi pour des cancers.
03:23On a été vraiment au fin fond des villages rencontrer des gens aussi
03:26qui restent avec leurs cancers,
03:29qui n'ont pas forcément les moyens de faire des kilomètres
03:31pour aller être soignés à l'hôpital et qui n'en parlent pas
03:35et qui meurent chez eux.
03:37Vous évoquez les fermetures des centres de santé sexuelle.
03:40130 en 15 ans.
03:41Ça oblige, par exemple, 17% des femmes qui voulaient aborter
03:44à changer de département.
03:45Et là, vous dites, en revanche, c'est peut-être plus une raison politique.
03:49C'est une raison politique.
03:50C'est-à-dire que c'était un système qui fonctionnait.
03:53Donc, pourquoi l'arrêter ?
03:54On a pris l'exemple de la Drôme.
03:56Il y a 7 centres de santé sexuelle qui ont fermé sur 18.
04:01Que permettent ces centres aux jeunes filles
04:03qui ont des grossesses non désirées d'aller demander des conseils ?
04:07Aux femmes qui craignent des violences dans le milieu familial
04:11ou des enfants qui dénoncent ça sur leurs parents d'aller en parler ?
04:15Et le conseil départemental a fermé ces centres.
04:17Ça dépend des conseils départementaux.
04:19Complètement.
04:20On a malheureusement très peu de temps,
04:22mais je vais terminer par ceux qui apparaissent
04:24comme presque des sous-patients.
04:25Et c'est terrible, ce sont les enfants.
04:27Vous évoquez la pédiatrie, la pédopsychiatrie.
04:301,6 million d'enfants ados souffrent de troubles psy.
04:32Ils sont sévères chez 800 000 d'entre eux.
04:34Vous décrivez dans votre livre des enfants de 7-8 ans
04:37qui ont fait des tentatives de suicide
04:38et qui sont envoyés à la maison parce qu'on ne peut pas les accueillir.
04:42Il n'y a plus de pédopsychiatres.
04:43Enfin, il y en a très peu.
04:44Les CMP sont complètement débordés.
04:46Les psychiatres en libéral sont complètement débordés.
04:49Je ne sais pas si vous avez vu hier,
04:51la Fédération hospitalière de France...
04:52A lancer une alerte.
04:53A lancer une alerte sur une difficulté d'accès aux soins massives
04:57chez les jeunes.
04:58Il est vraiment, vraiment temps de s'alerter sur la pédopsychiatrie.
05:02Avec en parallèle des centres privés qui se développent.
05:05Bien sûr.
05:06Mais qui choisissent leurs patients.
05:07C'est ça, exactement.
05:08Et notamment le groupe EMEIS,
05:10qui est le nouveau nom de l'ancienne Orpéa.
05:14Exactement.
05:15C'est passionnant.
05:16Il y a aussi des solutions
05:17parce qu'on voit qu'à l'échelle locale,
05:19la solidarité, la cohésion,
05:20certaines municipalités font des efforts
05:22pour attirer les médecins
05:23parce que là aussi, évidemment,
05:24vous proposez des solutions.
05:25Mais elles sont toujours individuelles, en fait,
05:27les solutions.
05:27Il faudrait qu'elles soient collectives.
05:28Vous avez prévu de l'envoyer à l'Élysée, votre livre ?
05:30Pourquoi pas.
05:32Merci.
05:32Les morts cachées de la République
05:33aux éditions de l'Observatoire.
05:35Merci, Julie Pichot.
05:36Merci à vous.
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