00:00C'est l'édito Média, Cyril Lacarrière. Ce matin, Libération n'a toujours pas de patron.
00:04Et franchement, ce n'est pas une surprise. J'en avais parlé la semaine dernière, c'est Nicolas Barré qui
00:09avait été proposé à la rédaction pour remplacer le très apprécié Dovalfo.
00:13Et l'affaire a tourné court. Nicolas Barré, c'est un ancien directeur de la rédaction des Echos du Figaro.
00:17Il est venu dans les locaux de Libé lundi. Denis Oliven était là. C'est lui qui gère les affaires
00:21médiatiques du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky.
00:24C'est le mécène de Libération. Oliven a comparé la situation de Nicolas Barré à celle de Pompidou après De
00:30Gaulle.
00:30Bon, une envolée qui n'a rien changé. Tout le monde a compris qu'il ne passerait pas le vote
00:34de la rédaction qui valide ou pas la nomination d'un directeur.
00:38Donc Nicolas Barré s'est retiré et Libé n'a pas de patron.
00:41Alors qui ?
00:41A ce stade, eh bien pas de nouveau nom sorti de la manche de Denis Oliven.
00:45D'autant que trouver le bon patron pour Libé, c'est une affaire compliquée Florence.
00:49Alors vous noterez que je dis patron et jamais patronne. Parce que, eh bien oui, il n'y a jamais
00:54eu de femme à la tête de libération.
00:56C'est quand même dingue quand on y pense pour le grand quotidien de gauche français.
00:59Mais bon, je disais, trouver le bon patron, c'est compliqué.
01:02C'est toujours compliqué de trouver un patron. Pourquoi plus spécifiquement à Libé ?
01:05Eh bien parce qu'il ressemble au mouton à cinq pattes ce patron.
01:07Il faut maîtriser les multiples nuances de gauche qui peuplent la rédaction du quotidien.
01:11Savoir comment aller chercher un jeune lectorat de gauche, souvent plus radical que ses aînés,
01:15sans faire fuir la vieille garde sociale démocrate qui achète encore des journaux et paye encore des abonnements.
01:21Et puis, il faut sauver la maison. Et là, je parle d'argent.
01:24Ça veut dire faire des arbitrages difficiles dans les dépenses car Libé perd encore beaucoup d'argent.
01:29Le problème, c'est que prononcer le mot rentabilité dans les couloirs de ce journal, ça peut être mal vu.
01:34Et c'est comme ça que le choix peut finalement se porter sur un ancien chef de service
01:37ou un rédacteur en chef qui connaît les codes, les susceptibilités syndicales et les lignes rouges.
01:42Ça a l'avantage de la paix sociale, mais peut-être l'inconvénient de freiner la transformation d'un journal.
01:47Est-ce que ça veut dire qu'il faut changer les règles ?
01:49Sujet complexe. Je rappelle qu'à Libération, la rédaction peut rejeter le choix de son directeur
01:53si la moitié des inscrits au vote disent non.
01:56Une mesure qui doit garantir son indépendance.
01:58Et ce mécanisme existe aussi dans d'autres journaux.
02:01Sur le papier, évidemment, c'est très bien, mais il peut y avoir des revers.
02:05Par exemple, que la rédaction se réunisse sur le plus petit dénominateur commun pour choisir son patron
02:10ou qu'elle se conforte dans un entre-soi alors qu'est-ce que finalement un bon patron,
02:14ce n'est pas aussi quelqu'un qui nous le challenge ?
02:16Des inconvénients, mais sur le fond, c'est un bon procédé.
02:18Bah oui, parce que ça veut dire que la personne doit convaincre la rédaction qu'elle doit avoir un projet.
02:23Emporter le vote, c'est déjà prouvé qu'elle a ce qu'il faut pour embarquer ses troupes.
02:27Et puis, ça protège les journaux contre les interventions de milliardaires
02:31qui voudraient imposer leur ligne éditoriale.
02:32Il paraît que ça existe.
02:34Merci Cyril Lacarrière.