00:00Le 39e jour de guerre au Moyen-Orient et fin aujourd'hui de l'ultimatum lancé par Donald Trump à
00:05l'Iran
00:05qui se résume en une formule, un accord ou l'enfer.
00:10Bonjour Jérôme Vialagoffra.
00:11Bonjour.
00:12Merci d'être avec nous, vous êtes docteur en civilisation américaine, spécialiste de la rhétorique présidentielle
00:16et auteur des mots de Trump aux éditions d'Allos, justement des mots, on va en parler ce matin,
00:21des mots qui ont choqué ce week-end.
00:23Je cite le président américain, ouvrez le putain de Détroit, espèce de taré où vous vivrez en enfer,
00:28vous allez voir, et gloire à Allah.
00:31Et puis hier soir, le président américain a aussi promis de pouvoir détruire l'Iran en une nuit
00:37et de rayer le pays de la carte.
00:39De l'outrance, on passe aux injures.
00:42Est-ce qu'il y a une stratégie de Donald Trump derrière ça ?
00:44Alors il essaye d'être sur plusieurs fronts, c'est-à-dire à la fois d'expliquer au peuple américain
00:52pourquoi ils sont déjà en train de gagner, c'est déjà la victoire,
00:55puisqu'il a dit d'ailleurs hier, on a gagné.
00:59Et puis en même temps, de parler de la négociation, d'une possible négociation,
01:04tout en étant dans le rapport de force et la domination.
01:07Donc c'est une domination rhétorique, pour l'instant, c'est que du narratif,
01:10puisque évidemment il y a une domination militaire également,
01:13mais voilà, c'est cette idée que non seulement il y avait des bonnes raisons d'aller au conflit,
01:18mais qu'en plus on a déjà gagné et que c'est juste une question de jour.
01:21Donc c'est un but de aussi rassurer la population, qu'il n'y aura pas quelque chose d'autre
01:26qui durera trop longtemps.
01:28Et puis il parle du peuple aussi iranien, hier il en a parlé.
01:33Cette conférence de presse était assez étonnante, on va dire.
01:37Oui, alors en plus il y a un aspect religieux qui est très important, dont il a parlé.
01:41Pete Exeth, aussi le secrétaire à la guerre, puisqu'il se nomme ainsi,
01:48à comparer le sauvetage du pilote à Jésus-Christ.
01:52C'est-à-dire que c'est vraiment, il a fait le rapport avec Pâques.
01:55Donc on voit qu'il y a ce mélange des genres.
01:58On est toujours dans le spectacle avec Donald Trump, ça c'est très important de le dire.
02:01Donc une héroïsation aussi de ce sauvetage, donc ça c'était très important.
02:05Il faut qu'il donne des choses positives, parce que c'est très négativement aux Etats-Unis cette guerre.
02:11C'est la guerre la plus impopulaire de toutes les guerres à ce stade.
02:15Alors la classe politique américaine a fait tentante, fait tentante son inquiétude.
02:19Regardez par exemple Marjorie Taylor Greene, qui est une ex-députée de Géorgie,
02:23donc qui est ancienne alliée de Trump, de Donald Trump.
02:26Voilà ce qu'elle dit.
02:27Tous ceux qui au sein de son administration se disent chrétiens doivent se mettre à genoux,
02:30implorer le pardon de Dieu, cesser de vénérer le président et mettre un terme à la folie de Trump.
02:34Il est devenu fou et vous êtes tous complices.
02:36Donc la question, on se la pose.
02:37Est-ce qu'il est devenu fou Donald Trump ?
02:39Alors ça, on y a toujours, il y a la fameuse règle de Goldwater
02:44qui dit qu'on ne peut pas décider si quelqu'un est fou sans avoir un diagnostic médical en présence.
02:51Mais en tout cas, ce qu'on constate, c'est qu'il va un peu dans tous les sens,
02:56c'est-à-dire qu'il se contredit du jour au lendemain.
02:57On le voit dans les ultimatums.
02:59On passe un jour, ça va être la destruction, et puis finalement, on négocie.
03:03Et c'est aussi un problème, parce que c'est ce qui pose problème sur la crédibilité de ce qu
03:08'il peut dire.
03:08Et c'est ce que dit d'ailleurs le régime iranien.
03:11Donc c'est comment croire, de toute façon, à une éventuelle négociation.
03:16Mais ce qu'on voit avec Majority Taylor Greene, ce qui est intéressant,
03:19c'est qu'elle, c'est une partie effectivement de sa base,
03:22mais globalement, il est quand même encore très soutenu.
03:26Et quand il parle, quand il dit « banque de tarés »,
03:29enfin on ne va pas reciter ses déclarations des derniers jours, mais très outrancières,
03:34est-ce que ce sont les mots de Donald Trump lui-même, ou les mots de ses électeurs ?
03:38Là, on est vraiment dans les mots de Donald Trump.
03:40On sent que, d'abord, il aime avoir ce genre de langage hors normes.
03:47Il pense comme ça qu'il parle un petit peu comme le peuple.
03:50Il faisait ça dans des meetings politiques pendant très longtemps, pendant les campagnes.
03:54Mais là, il le fait en tant que président.
03:55C'est assez choquant, effectivement.
03:57Jamais ça n'a eu lieu comme ça sur une déclaration finalement officielle.
04:02Et puis, c'est aussi une manière d'humilier l'adversaire.
04:06Et on sent aussi, quelque part, un énervement de sa part.
04:09Parce que ce « fucking straight », c'est vraiment des termes qui montrent
04:16qu'il y a une vraie impatience chez Donald Trump.
04:19Parce qu'encore une fois, il est au pied du mur.
04:21C'est-à-dire que là, il va falloir qu'il agisse.
04:24Et il est quand même assez conscient des risques,
04:26mais il faut qu'il ait un levier de négociation éventuel.
04:30Ça veut dire qu'il n'a pas de « community manager ».
04:31Donc, il prend son smartphone et il publie.
04:34Personne ne lui dit rien autour de lui, personne ne contrôle.
04:36Non.
04:36Et d'ailleurs, c'est ce qu'il aime, c'est ce rapport direct avec la population.
04:40Alors, parfois, il dicte, parfois, ce qu'il dit.
04:43Mais d'ailleurs, quand il a fait son tweet, son poste dont on parle,
04:47il y avait une faute d'orthographe.
04:49Enfin, une faute.
04:50Et ça, c'est aussi un signe que c'est généralement Donald Trump.
04:52C'est-à-dire qu'il a confondu « pleuvoir rain » et « rain », « régner ».
04:55Il a mis le mauvais mot, en fait.
04:58Donc, c'est un petit…
04:59Voilà, on le voit.
05:00Je ne sais pas si « you're believing in hell ».
05:04Mais en tout cas, oui.
05:05C'est caché par le…
05:06Enfin, voilà.
05:07Mais c'est lui, en tout cas, qui est à la manœuvre sur ces messages.
05:12On psychologise beaucoup la politique en général, Donald Trump en particulier.
05:17Cet argument de la folie de Trump qui revient assez souvent.
05:21Il a déjà été utilisé plusieurs fois par ses opposants.
05:24Ça ne marche pas.
05:26On invoque le 25e amendement qui permet de le faire quitter le pouvoir.
05:30C'est presque même inefficace, cette stratégie-là.
05:33Oui, parce que ça le rend victime, en fait, d'un complot éventuel.
05:36Et alors, c'est intéressant parce que si on compare à Joe Biden,
05:40qui apparaissait, lui, comme très faible et qui a dû renoncer
05:42parce qu'au niveau cognitif, ça posait problème.
05:45On n'a pas du tout le même personnage.
05:47C'est-à-dire que Donald Trump, même s'il va un peu dans tous les sens,
05:51il incarne encore quand même une certaine force.
05:53Il a quand même fait ça pendant, hier, une heure et demie de conférences de presse.
05:58Et encore une fois, il ressemble un peu…
06:00C'est plutôt le vieil oncle qui va répéter les mêmes choses
06:04que quelqu'un qui ne maîtrise plus ou qui aurait un début d'Alzheimer, par exemple.
06:07On n'en est pas là, a priori.
06:10Il sait ce qu'il va faire, d'après vous, ou pas ?
06:12Il a dit hier qu'il ne savait pas, en réalité.
06:14Alors, il menace, mais il ne sait pas.
06:16Et à une question, il a dit « je ne sais pas ».
06:17Et tout de suite après, il est allé sur « en fait, on a déjà gagné ».
06:21Donc ça, pour rassurer sa population là-dessus.
06:24Merci beaucoup de nous avoir aidés à décrypter ces mots de Donald Trump.
06:27Merci beaucoup d'avoir regardé cette vidéo.
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