00:00Quand vous nous dites qu'on sait qu'on a une haute valeur, c'est la valeur d'échange dont
00:03vous nous parlez,
00:03parce qu'on se rappelle que vous êtes fait prisonnier pendant plus de 100 jours, 104 jours, si je me
00:09souviens bien,
00:10et que vous vous êtes transféré à l'hôpital tous les deux, donc avec votre coéquipier, vous êtes interrogé,
00:15vous faites la rencontre de Ratko Mladic, commandant en chef, rappelons-le, de l'armée de la République serbe de
00:20Bosnie,
00:21celui qu'on surnommait le boucher des Balkans tout de même, et qui a été condamné par le tribunal pénal
00:25international en 2017
00:27à la prison en perpétuité pour crimes contre l'humanité.
00:30Donc est-ce qu'à un moment donné, vous n'avez pas eu peur, ou vous avez toujours eu en
00:34tête ce que vous nous disiez,
00:35à savoir, on représentait quand même une haute valeur d'échange ?
00:40On a conscience de notre valeur.
00:42Alors après, au moment où on est abattu, on sait qu'on est les premiers à être abattus,
00:46et qu'ils n'ont que nous en tant que prisonniers.
00:50Après, il est certain que si vous prenez le cas, par exemple, de la première guerre du Golfe,
00:54où il y a eu un nombre assez important de pilotes qui ont été abattus,
00:58là, si vous voulez, c'est la loi de l'offre et de la demande.
01:01Votre valeur intrinsèque, elle diminue quand vous êtes plus nombreux,
01:04mais là, en l'occurrence, on n'était que deux.
01:06Et donc, pour nous, notre valeur, on savait que notre valeur « marchande » était très importante,
01:11et les serbes n'avaient aucun intérêt à nous tuer.
01:14Donc ça, c'est déjà un point très important à retenir.
01:21Pour mémoire, on fait trois grèves de la faim pendant qu'on est prisonnier,
01:27pour des demandes un petit peu particulières.
01:29Mais voilà, on a fait trois grèves de la faim quand on était sur place.
01:32Je ne connais pas beaucoup de prisonniers de guerre ou d'otages qui font des grèves de la faim.
01:40Nous, on avait parfaitement conscience du fait qu'ils voulaient nous garder en vie.
01:43Ça, c'était clair.
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