00:00D'abord ces images, ces images en direct de Cap Canaveral, c'est la base de la NASA en Floride.
00:06Vous voyez le pas de tir est prêt, tout est prêt pour le décollage de la mission Artemis
00:10qui aura lieu la nuit prochaine, heure française.
00:14Dans quelques heures, un équipage d'astronautes va donc s'envoler vers la Lune
00:17pour la première fois depuis un petit peu plus d'un demi-siècle.
00:20On va en parler avec Michel-Ange Tonini.
00:22Bonsoir astronaute à l'Agence Spatiale Européenne, vous êtes allé deux fois dans l'espace.
00:26On doit ressentir quelque chose en voyant ces images.
00:29Oui, je suppose avec Alain Sirou qui est directeur du magazine Ciel et l'Espace.
00:32Bonsoir avec Marc Tanna qui est journaliste et auteure de Sophie Adnaud, de la Terre aux étoiles.
00:38Dans quelques instants, bonsoir, on va assister à un moment important dans le cérémonial
00:42avant le décollage qui a lieu dans un peu plus de cinq heures.
00:45Les quatre membres de cet équipage vont enfiler leur combinaison
00:49qu'ils ne quitteront plus ensuite pendant un long moment.
00:52Je disais, ça rappelle forcément des souvenirs.
00:55À ce moment précis, il se passe quoi dans leur tête ?
00:58On est concentré sur sa tâche technique.
01:01Chacun sait ce qu'il va faire pendant sa mission.
01:03Donc il y a d'abord la vérification de la pressurisation des scaphandres,
01:06puis du vaisseau quand ils vont aller dans le vaisseau,
01:08vérification de tous les systèmes à l'intérieur et préparation pour la mission.
01:12On s'installe dans le vaisseau deux heures avant le décollage,
01:14deux heures à deux heures et demie avant le décollage.
01:16Un peu la même chose sur un Soyouz ou sur la navette spatiale.
01:19Tous ces vaisseaux sont toujours calibrés à deux heures et demie avant le décollage
01:21et après ils vont attendre le compte à rebours pour le décollage.
01:24Alain Sirou, c'est le moment où on ne peut plus faire demi-tour à priori ?
01:27Là encore, on peut faire demi-tour.
01:29On peut encore faire demi-tour, mais il ne vaut mieux pas quand même.
01:30En fait, il y a une succession qu'on appelle go-no-go,
01:34c'est-à-dire on y va et on arrête.
01:36Et donc, ça commence là, c'est-à-dire qu'effectivement,
01:41l'équipage va s'installer et ensuite il y aura des remplissages.
01:45Cette fusée est une fusée un peu particulière.
01:49Pourquoi ?
01:50Parce qu'en fait, ce n'est pas une fusée nouvelle,
01:52mais je dirais que c'est une fusée faite à partir d'éléments déjà existants pour une large part.
01:57Vous avez beaucoup de morceaux de la navette spatiale, en particulier les boosters,
02:02qui sont les deux choses sur le côté en blanc, qui assurent une grande partie de la propulsion.
02:08Donc ça, c'est la technologie des navettes.
02:10Et puis, vous avez un corps central et puis quelque chose de nouveau qui est au sommet,
02:14là où sont les astronautes.
02:16La capsule.
02:17La capsule.
02:18Et en dessous de la capsule, un élément qui est un élément fabriqué par les Européens,
02:24donc la capsule Orion, qui va assurer pour sa part la fourniture en énergie, en eau.
02:32Je dirais que c'est un peu la partie technique du module.
02:36Et tout ça, c'est nouveau.
02:38Donc tout ça va être pour la première fois expérimenté avec des hommes à bord.
02:42C'est ça la nouveauté.
02:43Ce que vous imaginez, c'est que tout à l'heure, ces quatre astronautes, trois hommes et une femme,
02:47vont limper tout en haut, tout en haut de la fusée, dans la capsule qui ensuite va se détacher, c
02:52'est ça ?
02:53Disons que ce qui doit se passer, c'est qu'il y a un allumage avec les boosters,
02:59qui sont ceux qui… une fois qu'on a allumé les boosters, on ne fait plus demi-tour.
03:04Ça, c'est parti.
03:04C'est vraiment le pétard.
03:05Pas de parachute.
03:06Pas de parachute.
03:06Il y a le corps principal, donc le premier étage qui est important,
03:10mais ce n'est pas lui qui va assurer la mise en orbite entièrement.
03:14Et puis, vous avez un deuxième étage qui va rester accroché pendant un certain temps
03:19pour justement faire des manœuvres.
03:21Donc, le premier objectif ce soir, c'est de positionner l'équipage qui est au sommet de la fusée
03:28en orbite autour de la Terre.
03:29Donc ça, je dirais que c'est assez classique, en quelque sorte.
03:33On sait faire, même si la fusée est un peu compliquée,
03:36et que surtout, on ne peut pas prendre de risques,
03:38parce que dans une fusée qui n'a pas volé depuis quatre années,
03:42où il y a eu déjà ces dernières semaines des problèmes,
03:46il y a eu quelques fuites, on a dû la ramener au garage pour réparer des choses.
03:49Il y a sans doute un tout petit peu de stress du côté de la NASA ce soir.
03:52Il y a du stress et personne ne se permettra de faire une impasse technique
03:56en se disant « bon, ce n'est pas grave, on y va ».
03:58Personne.
03:58Bon, il y a trois Américains et un Canadien qui sont à bord.
04:02Je sors mon petit drapeau bleu-blanc-rouge.
04:04Marc Dalla, pourquoi ce n'est pas Sophie Adnaud qui part vers la Lune ?
04:08En tout cas, elle pourrait tout à fait être plus que candidate
04:13et aller autour, voire plutôt sur la Lune, dans le cadre de ce grand programme Artemis.
04:19Parce que, comme le disait Alain, l'Agence spatiale européenne
04:23est vraiment protagoniste de ce programme.
04:28ce module européen ne donne pas que la température, il donne également l'oxygène
04:34et puis surtout, il permet la propulsion autour de la Lune.
04:38En gros, j'allais dire, c'est toutes les parties vitales.
04:41Les Américains confient leurs astronautes aux Européens, aux technologies européennes.
04:45Sans nous, il n'y a pas d'oxygène, il n'y a pas de température, il n'y a
04:47pas de propulsion.
04:48Donc, c'est vraiment un signe de très, très grande confiance.
04:51Et nous, en échange de ça, parce que dans l'espace, rien ne se monnaie en dollars ou en carnet
04:57de chèques,
04:57tout se fait en échange marchandises.
04:59En échange de cela, nous avons droit, théoriquement, à des fauteuils d'astronautes européens.
05:04Trois sont garantis.
05:06Le premier, on a appris au mois de novembre, lors de la ministérieure de l'ESA à Brême,
05:10que ce serait un Allemand, parce que les Allemands mettent beaucoup d'argent dans le vol habité.
05:14Donc, il reste deux places ?
05:15Il reste deux places, voilà.
05:16Sachant que là, il y a quelques jours à peine, la NASA a décidé de tirer un trait
05:21sur la mini-station spatiale internationale, ou plutôt occidentale,
05:25puisque les Russes ne font pas partie de l'aventure.
05:28Il devait y avoir une petite station qui devait tourner en orbite autour de la Lune.
05:31Elle devait être américaine et européenne, canadienne, japonaise, mais beaucoup européenne.
05:36Et là, du coup, on ne sait plus très bien si les Européens vont pouvoir aller directement sur le sol.
05:42Ces accords sont à revoir.
05:44Mais une chose est sûre, c'est qu'on est protagoniste.
05:46D'ailleurs, on le voit sur l'image de votre plateau.
05:48Sous le logo NASA, il y a quand même le logo de l'Europe spatiale, de l'Agence spatiale européenne.
05:53Ce n'est pas rien.
05:54Là, il s'agit donc d'aller vers la Lune, mais c'est un aller-retour.
06:00C'est-à-dire qu'on ne pose pas le pied là-bas.
06:02Les plus anciens qui ont peut-être le souvenir de 1969 vont se dire
06:06« Mais pourquoi on n'y repose pas le pied aujourd'hui ? »
06:08D'abord, parce qu'on n'a pas de lander.
06:09On n'a pas l'atterrisseur qui va se poser sur la Lune.
06:12Chose qu'on avait en 1969.
06:13Vous voulez dire qu'on est moins avancé qu'en 1969 ?
06:14Non, on y va différemment.
06:15Comme vous l'avez dit tout à l'heure, à l'époque, on voulait aller sur la Lune.
06:18Maintenant, on veut rester sur la Lune.
06:19Donc, on va y aller avec des bases plus importantes.
06:21La fameuse station Gateway qui était autour de la Lune va se transformer en base lunaire.
06:26Nos modules, on mettra des petits pieds pour que ces modules puissent arriver sur la Lune.
06:29Donc, là, on y va.
06:31On y va, mais avec des éléments et des modules européens, notamment italiens.
06:36Ce qui pourrait nous faire croire que le premier européen à fouler le sol lunaire sera un Italien.
06:43C'est mon analyse.
06:45Parce que tout est question quand même de...
06:46Là, je remballe mon petit drapeau tricolore que j'avais sorti.
06:49Très sincèrement, on ne sait même pas si Thomas Pesquet ira un jour.
06:52Il y a d'autres pronostics.
06:53C'est pour ça que je considère que Sophie Adnaud, elle, fait partie vraiment de la génération de la promotion
06:582022
06:58qui a été sélectionnée pour finir sur ce programme Artemis.
07:03D'ailleurs, même le nom de cette promotion, Hoppers, une des raisons pour lesquelles ils ont métaphoriquement choisi le nom
07:09de Hoppers,
07:10c'est justement parce qu'on bondit sur le sol lunaire.
07:13Donc, sachant qu'en plus, Sophie est la doyenne de cette promotion.
07:17Donc, c'est vraiment une promotion qui a été sélectionnée pour finir sur la Lune.
07:21Louis-Sophie Adnaud est clairement concernée.
07:23Alain Sérou, ils vont donc faire un voyage de 4 jours environ pour aller en direction de la Lune,
07:29faire le tour de la Lune, aller du côté de la face cachée de la Lune ?
07:34Oui.
07:34Ils seront les premiers à la voir ou pas ?
07:36Alors, ils ne seront pas les premiers à la voir.
07:38D'ailleurs, ils ne vont certainement pas la voir.
07:39Ah bah zut.
07:40Tout ça pour ça.
07:41Il faut se resituer dans, je dirais, le contexte.
07:44La face cachée, c'est celle qu'on ne voit jamais, nous, pour petits terriens.
07:47Voilà, exactement.
07:48Ils ne vont pas la voir ?
07:49Non, ils ne vont pas la voir parce que là, dans la configuration astronomique
07:53dans laquelle ils vont se retrouver, si l'école ce soir, ça peut changer dans quelques jours,
07:58mais ils vont passer derrière la Lune au moment où la face cachée n'est pas visible,
08:03c'est-à-dire qu'elle n'est pas éclairée par le Soleil.
08:05Donc, ils ne vont rien voir du tout ?
08:06Non, ils ne verront rien du tout.
08:07Par contre, ce qui est intéressant, et c'est ça le principe de cette expérience
08:13aujourd'hui, en tout cas de ce vol d'essai, c'est de faire un vol pour tourner autour
08:18de la Lune, mais pas tourner comme ceci, tourner pour faire… en fait, c'est un peu
08:24comme la Coupe de l'América, c'est-à-dire, vous avez un bateau, il va faire le grand tour
08:28de la bouée.
08:29Donc, ils vont tourner autour de la bouée, mais l'idée, c'est de pouvoir être attrapé
08:33par l'attraction gravitationnelle de la Lune.
08:36Donc là, on fait confiance à Newton, aux forces newtoniennes.
08:40Donc, le vaisseau va s'approcher de la Lune, va être assez loin, il va être attrapé
08:45par les forces gravitationnelles.
08:46Et s'il y avait une panne moteur, il n'y a pas besoin de moteur, mais s'il y
08:49avait
08:49une panne moteur, par exemple, il reviendrait naturellement vers la Terre et reviendrait
08:54donc…
08:56Scénario Apollo 13.
08:57Scénario Apollo 13.
08:59Scénario Apollo 13.
09:01On voit donc cette image de cette fusée.
09:04Il faut se faire un ordre de grandeur, c'est à peu près 100 mètres de haut.
09:06Plus.
09:07C'est pas rien.
09:08Je crois qu'elle est un peu plus petite que celle d'Apollo 13.
09:10On a réduit la taille…
09:11Oui.
09:12Et donc, tout en haut, l'endroit, la fameuse capsule Orion, vous voyez à droite de
09:16l'écran, dans laquelle les 4 astronautes vont s'installer tout à l'heure, 2 heures
09:21avant le décollage, ils vont vivre là-dedans, c'est 9 mètres cubes, 4 mètres carrés au
09:27sol, c'est même pas une chambre d'étudiants, une demi-chambre d'étudiants, un quart de
09:30chambre d'étudiants, ils vont y passer 10 jours là-dedans, enfermés.
09:33Oui.
09:34Comment on tient ?
09:35Bien.
09:36Oui.
09:36Mais rappelez-vous, les premiers vols…
09:38C'est-à-dire qu'on ne peut pas marcher, par exemple ?
09:40Ah ben non, on flatte, on espace.
09:41Mais les vols en Soyouz, au départ, c'était des vols sur 9 mètres cubes, où ils restaient
09:45jusqu'à 18 jours.
09:45Ça, je l'ai fait un, moi, je ne me souviens pas très bien des vols en Soyouz.
09:49Non, mais en apesanteur, on est moins gêné par ce manque de volume.
09:51En apesanteur, on flotte dans l'espace, donc on peut s'arranger, le Soyouz faisait
09:5510 mètres cubes, on était tout à fait à l'aise dans le Soyouz.
09:58Si les étudiants, parce que Michel est un éternel étudiant, si les étudiants vivaient
10:02dans des mètres cubes et plutôt que des mètres carrés, ils auraient plus de place.
10:04Mais si les étudiants volaient, on le saurait.
10:06Merci beaucoup à tous les trois.
10:08On suivra évidemment ce décollage tout à l'heure, minuit, 24h française, à suivre
10:12en direct sur BFMTV.
10:13Le compte à rebours, donc, à Cap Canaveral.
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