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« Il n’y a pas un scandale par semaine »

Devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur l'audiovisuel public, la journaliste spécialisée dans l'environnement et l'agriculture, Géraldine Woessner (Le Point) a pointé les dérives de l'information scientifique. Selon elle, la course à l'audience pousse certains médias à mettre en scène des « révélations » au détriment de la rigueur : « Pour faire une émission de scandale par semaine, il va falloir les gonfler un petit peu ». De l'antivaccinisme au glyphosate, elle détaille comment des lobbies militants s'imposent sur les antennes publiques, avec des conséquences sanitaires et démocratiques majeures. Un plaidoyer pour le retour aux faits et au décryptage rigoureux face au sensationnalisme.

#GéraldineWoessner #AssembléeNationale #AudiovisuelPublic #Désinformation #Science #Santé #LePoint #FactChecking #Médias

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Transcription
00:00Répondre à vos questions.
00:01Merci beaucoup.
00:01C'était un propos approfondi et qui permet déjà d'ouvrir quelques réflexions.
00:05J'aime sa parole à Mme Vosner.
00:07J'ai dit que vous étiez direct au point.
00:09Je pourrais dire aussi que vous êtes une forme de lanceuse d'air.
00:11En tout cas, sur votre compte X, vous alertez régulièrement sur la désinformation scientifique.
00:17Et c'est à ce titre aussi que nous vous auditionnons aujourd'hui.
00:20Je vous remercie d'avoir accepté notre convocation.
00:24Bonjour.
00:24Oui, je vous remercie de cette invitation à m'exprimer sur ce thème qui est pour moi fondamental.
00:30Deux thèmes fondamentaux en réalité.
00:31A la fois le service public, auquel je suis extrêmement attachée.
00:35J'y ai commencé ma carrière dans les antennes locales de Radio France.
00:39Et au sujet scientifique, auquel je m'intéresse particulièrement depuis une dizaine d'années.
00:44Sciences, santé, énergie, agriculture, environnement.
00:47J'ai moi-même tenu une rubrique de fact-checking sur ces sujets sur la radio Europe 1 il y
00:52a quelques années.
00:54Avant d'arriver au point où je dirige le service société.
00:57Vous m'avez adressé une liste de questions.
01:00Qui m'ont un petit peu surprise.
01:02Parce qu'elles portent sur un thème exclusif quasiment.
01:05Qui est le climat et la désinformation climatique.
01:08Alors c'est vrai que c'est un sujet important.
01:10On va beaucoup en parler.
01:11Mais le problème de la désinformation scientifique s'étend bien au-delà.
01:16Et je voudrais revenir un petit peu dans l'histoire.
01:18Pour que vous compreniez pourquoi c'est devenu un problème qui est fréquent sur les antennes publiques.
01:28Il est devenu en fait un problème depuis les années 2005-2010.
01:32Quand sont nées en fait les chaînes de la TNT.
01:35Elles sont venues concurrencer six chaînes nationales.
01:38Avant on avait une situation de quasi-monopole.
01:41Et puis d'un coup on avait une situation de concurrence.
01:43Qui a poussé les chaînes, pas que publiques.
01:46Toutes les chaînes mais aussi les chaînes publiques.
01:48A changer leur approche en étant un petit peu plus sensationnalistes.
01:52Un peu plus racoleuses peut-être.
01:54Pour conserver leurs audiences.
01:56On a assisté depuis ces années-là à un glissement de l'information.
02:00On ne vous promet plus seulement des enquêtes, du décryptage.
02:04Ce que faisaient jusqu'à présent des grandes émissions comme envoyé spécial.
02:08On vous promet des révélations, des scandales.
02:11C'est d'ailleurs sur cette promesse qu'est née Cash Investigation en 2012.
02:15Le problème c'est qu'on est en France.
02:18Et si le pays n'est pas parfait, nous sommes quand même une grande démocratie.
02:21Et il n'y a pas un scandale par semaine dans notre démocratie.
02:26Ça n'est pas vrai.
02:28Donc pour faire une émission de scandale par semaine, il va falloir les gonfler un petit peu.
02:33Il va falloir les pousser.
02:35Donc on a des médias qui cherchent des scandales.
02:38C'est dans leur fiche de poste aussi.
02:40C'est leur cahier des charges.
02:41Et face à eux va se développer tout un écosystème militant qui va s'organiser pour leur en apporter.
02:48Les premiers reportages.
02:49Je vais prendre des exemples parce qu'on a un peu oublié ce qui s'est passé.
02:52Les premiers reportages anti-vaccin par exemple, ils sont diffusés sur le service public sur France 5 en décembre 2008.
02:59C'est une série.
03:00C'était silence, on vaccine.
03:01La thèse alors, c'est que le vaccin contre l'hépatite B provoque de l'autisme.
03:07Ensuite, on aura une série de reportages sur l'aluminium qui est utilisé comme adjuvant dans les vaccins.
03:14Aluminium, un poison toxique sur France 5 toujours, qui est ensuite repris bien sûr sur toutes les antennes du service
03:20public.
03:21Et cette fake news typiquement va s'incruster pendant des années.
03:24J'en parle pour quatre raisons principales.
03:27Parce que d'abord, c'est une vraie désinformation.
03:29Il était très facile à l'époque de vérifier que les travaux du lanceur d'alerte qu'on nous présente
03:35alors, le professeur Gherardi, n'avaient aucune valeur scientifique.
03:41C'est la première raison, une vraie désinfos.
03:43La deuxième raison, parce que ça a eu un impact majeur sur la couverture vaccinale.
03:48Il y a eu de vraies conséquences de santé publique.
03:51La troisième, c'est que ça a eu aussi des conséquences démocratiques lourdes qu'on mesure encore aujourd'hui.
03:58Le complotisme prend racine dans ce genre de reportages où on vous les explique en gros que l'État et
04:04Big Pharma complotent et conspirent pour empoisonner le bas-peuple.
04:09Et puis, dernière raison, c'est parce que c'était le début d'un schéma.
04:12Depuis ces années-là, vous avez toujours le même schéma.
04:15Vous avez un enfant malade ou une maman éplorée.
04:19Vous avez un lanceur d'alerte.
04:21Vous avez une étude bidon qu'on va vous présenter, qui va donner un vernis scientifique à l'ensemble.
04:28Et les boîtes de production achètent ce package scandale quasiment clé en main.
04:34Des ONG, par exemple Génération Futur, qui est un lobby qui est financé par l'industrie du bio,
04:40va devenir le fournisseur quasiment officiel des antennes publiques de scandale.
04:46Par exemple, il va écrire le cash investigation de février 2016, pesticides, nos enfants en danger,
04:53qui était un empilement de contre-vérités.
04:56Et ce lobby va pouvoir s'en vanter.
04:59Il va concevoir les glyphotests que soutiendront un envoyé spécial modèle de désinformation également en 2019.
05:07Et là encore, ce n'est pas anodin l'effondrement de nos productions agricoles.
05:13Il doit beaucoup à ces émissions qui ont été diffusées, qui ont créé une véritable panique de la population
05:18sur la consommation de fruits et de légumes qui ne seraient pas issus de l'agriculture biologique.
05:23On pourrait en citer de nombreux autres.
05:26Il y a eu des reportages sur les OGM, sur le cholestérol, qui n'était pas un facteur de risque
05:31d'AVC, par exemple,
05:32mais un complot de Big Pharma pour vous vendre des statines.
05:36Ça, c'était sur Arte en 2016.
05:38Il y en a eu sur les perturbateurs endocriniens qui feraient baisser le QI,
05:42sur les ongles 5G, bien sûr, qui causeraient des cancers,
05:46sur les compteurs Linky, sur les PIFAS, sur les arbres nucléaires, sur l'eau.
05:50Dès qu'un sujet, en réalité, est à la croisée des sciences et de la politique,
05:55la vision politique portée par un agent d'influence, par un lobby, a tendance à l'emporter.
06:02Plus globalement, et je pense que c'est ce qu'on va détailler,
06:04ces informations existent dans tous les médias, c'est vrai.
06:07Mais dans les médias publics, justement, on attend qu'ils ne soient pas soumis au dictat de l'audience.
06:14Jouer sur les peurs a des conséquences, des conséquences sanitaires.
06:17La consommation de fruits et légumes s'effondre, des conséquences politiques.
06:24On a quand même été à deux doigts de fermer la moitié de nos centrales nucléaires
06:27à cause de ces désinformations médiatiques, en partie.
06:31À Limoges, il y a quelques jours, le 21 mars,
06:33on a jugé des gens qui avaient incendié des antennes 5G,
06:39posées par Enedis, c'est notre argent, c'est nos impôts à tous.
06:43Et bien sûr, des conséquences démocratiques,
06:45le complotisme de plus en plus présent,
06:48les populismes se nourrissent de ce terreau-là.
06:52Mais je reste persuadée, on l'explorera sans doute, qu'il y a des solutions.
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