00:00Répondre à vos questions.
00:01Merci beaucoup.
00:01C'était un propos approfondi et qui permet déjà d'ouvrir quelques réflexions.
00:05J'aime sa parole à Mme Vosner.
00:07J'ai dit que vous étiez direct au point.
00:09Je pourrais dire aussi que vous êtes une forme de lanceuse d'air.
00:11En tout cas, sur votre compte X, vous alertez régulièrement sur la désinformation scientifique.
00:17Et c'est à ce titre aussi que nous vous auditionnons aujourd'hui.
00:20Je vous remercie d'avoir accepté notre convocation.
00:24Bonjour.
00:24Oui, je vous remercie de cette invitation à m'exprimer sur ce thème qui est pour moi fondamental.
00:30Deux thèmes fondamentaux en réalité.
00:31A la fois le service public, auquel je suis extrêmement attachée.
00:35J'y ai commencé ma carrière dans les antennes locales de Radio France.
00:39Et au sujet scientifique, auquel je m'intéresse particulièrement depuis une dizaine d'années.
00:44Sciences, santé, énergie, agriculture, environnement.
00:47J'ai moi-même tenu une rubrique de fact-checking sur ces sujets sur la radio Europe 1 il y
00:52a quelques années.
00:54Avant d'arriver au point où je dirige le service société.
00:57Vous m'avez adressé une liste de questions.
01:00Qui m'ont un petit peu surprise.
01:02Parce qu'elles portent sur un thème exclusif quasiment.
01:05Qui est le climat et la désinformation climatique.
01:08Alors c'est vrai que c'est un sujet important.
01:10On va beaucoup en parler.
01:11Mais le problème de la désinformation scientifique s'étend bien au-delà.
01:16Et je voudrais revenir un petit peu dans l'histoire.
01:18Pour que vous compreniez pourquoi c'est devenu un problème qui est fréquent sur les antennes publiques.
01:28Il est devenu en fait un problème depuis les années 2005-2010.
01:32Quand sont nées en fait les chaînes de la TNT.
01:35Elles sont venues concurrencer six chaînes nationales.
01:38Avant on avait une situation de quasi-monopole.
01:41Et puis d'un coup on avait une situation de concurrence.
01:43Qui a poussé les chaînes, pas que publiques.
01:46Toutes les chaînes mais aussi les chaînes publiques.
01:48A changer leur approche en étant un petit peu plus sensationnalistes.
01:52Un peu plus racoleuses peut-être.
01:54Pour conserver leurs audiences.
01:56On a assisté depuis ces années-là à un glissement de l'information.
02:00On ne vous promet plus seulement des enquêtes, du décryptage.
02:04Ce que faisaient jusqu'à présent des grandes émissions comme envoyé spécial.
02:08On vous promet des révélations, des scandales.
02:11C'est d'ailleurs sur cette promesse qu'est née Cash Investigation en 2012.
02:15Le problème c'est qu'on est en France.
02:18Et si le pays n'est pas parfait, nous sommes quand même une grande démocratie.
02:21Et il n'y a pas un scandale par semaine dans notre démocratie.
02:26Ça n'est pas vrai.
02:28Donc pour faire une émission de scandale par semaine, il va falloir les gonfler un petit peu.
02:33Il va falloir les pousser.
02:35Donc on a des médias qui cherchent des scandales.
02:38C'est dans leur fiche de poste aussi.
02:40C'est leur cahier des charges.
02:41Et face à eux va se développer tout un écosystème militant qui va s'organiser pour leur en apporter.
02:48Les premiers reportages.
02:49Je vais prendre des exemples parce qu'on a un peu oublié ce qui s'est passé.
02:52Les premiers reportages anti-vaccin par exemple, ils sont diffusés sur le service public sur France 5 en décembre 2008.
02:59C'est une série.
03:00C'était silence, on vaccine.
03:01La thèse alors, c'est que le vaccin contre l'hépatite B provoque de l'autisme.
03:07Ensuite, on aura une série de reportages sur l'aluminium qui est utilisé comme adjuvant dans les vaccins.
03:14Aluminium, un poison toxique sur France 5 toujours, qui est ensuite repris bien sûr sur toutes les antennes du service
03:20public.
03:21Et cette fake news typiquement va s'incruster pendant des années.
03:24J'en parle pour quatre raisons principales.
03:27Parce que d'abord, c'est une vraie désinformation.
03:29Il était très facile à l'époque de vérifier que les travaux du lanceur d'alerte qu'on nous présente
03:35alors, le professeur Gherardi, n'avaient aucune valeur scientifique.
03:41C'est la première raison, une vraie désinfos.
03:43La deuxième raison, parce que ça a eu un impact majeur sur la couverture vaccinale.
03:48Il y a eu de vraies conséquences de santé publique.
03:51La troisième, c'est que ça a eu aussi des conséquences démocratiques lourdes qu'on mesure encore aujourd'hui.
03:58Le complotisme prend racine dans ce genre de reportages où on vous les explique en gros que l'État et
04:04Big Pharma complotent et conspirent pour empoisonner le bas-peuple.
04:09Et puis, dernière raison, c'est parce que c'était le début d'un schéma.
04:12Depuis ces années-là, vous avez toujours le même schéma.
04:15Vous avez un enfant malade ou une maman éplorée.
04:19Vous avez un lanceur d'alerte.
04:21Vous avez une étude bidon qu'on va vous présenter, qui va donner un vernis scientifique à l'ensemble.
04:28Et les boîtes de production achètent ce package scandale quasiment clé en main.
04:34Des ONG, par exemple Génération Futur, qui est un lobby qui est financé par l'industrie du bio,
04:40va devenir le fournisseur quasiment officiel des antennes publiques de scandale.
04:46Par exemple, il va écrire le cash investigation de février 2016, pesticides, nos enfants en danger,
04:53qui était un empilement de contre-vérités.
04:56Et ce lobby va pouvoir s'en vanter.
04:59Il va concevoir les glyphotests que soutiendront un envoyé spécial modèle de désinformation également en 2019.
05:07Et là encore, ce n'est pas anodin l'effondrement de nos productions agricoles.
05:13Il doit beaucoup à ces émissions qui ont été diffusées, qui ont créé une véritable panique de la population
05:18sur la consommation de fruits et de légumes qui ne seraient pas issus de l'agriculture biologique.
05:23On pourrait en citer de nombreux autres.
05:26Il y a eu des reportages sur les OGM, sur le cholestérol, qui n'était pas un facteur de risque
05:31d'AVC, par exemple,
05:32mais un complot de Big Pharma pour vous vendre des statines.
05:36Ça, c'était sur Arte en 2016.
05:38Il y en a eu sur les perturbateurs endocriniens qui feraient baisser le QI,
05:42sur les ongles 5G, bien sûr, qui causeraient des cancers,
05:46sur les compteurs Linky, sur les PIFAS, sur les arbres nucléaires, sur l'eau.
05:50Dès qu'un sujet, en réalité, est à la croisée des sciences et de la politique,
05:55la vision politique portée par un agent d'influence, par un lobby, a tendance à l'emporter.
06:02Plus globalement, et je pense que c'est ce qu'on va détailler,
06:04ces informations existent dans tous les médias, c'est vrai.
06:07Mais dans les médias publics, justement, on attend qu'ils ne soient pas soumis au dictat de l'audience.
06:14Jouer sur les peurs a des conséquences, des conséquences sanitaires.
06:17La consommation de fruits et légumes s'effondre, des conséquences politiques.
06:24On a quand même été à deux doigts de fermer la moitié de nos centrales nucléaires
06:27à cause de ces désinformations médiatiques, en partie.
06:31À Limoges, il y a quelques jours, le 21 mars,
06:33on a jugé des gens qui avaient incendié des antennes 5G,
06:39posées par Enedis, c'est notre argent, c'est nos impôts à tous.
06:43Et bien sûr, des conséquences démocratiques,
06:45le complotisme de plus en plus présent,
06:48les populismes se nourrissent de ce terreau-là.
06:52Mais je reste persuadée, on l'explorera sans doute, qu'il y a des solutions.
Commentaires