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Albus et Opinion Way publient ce 25 mars un baromètre consacré aux conditions de travail des infirmiers. Conclusion : la profession, indispensable dans les années à venir, ne fait plus vraiment rêver.
Regardez L'esprit de l'info avec Thomas Sotto du 25 mars 2026.
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00:00RTL Matin, c'est notre époque.
00:03C'est notre époque sur RTL à 9h12, nos infirmières, nos infirmiers sont au bout du bout du rouleau.
00:07Écoutez bien ce chiffre, plus d'un infirmier sur trois, un sur trois envisage de quitter son poste.
00:13Alors quel est le problème pour eux et pour nous, c'est ce qu'on va essayer de comprendre avec
00:16nos deux experts du jour.
00:17Safia Guérechi, bonjour.
00:19Vous êtes vice-présidente du conseil national professionnel infirmier et secrétaire général du syndicat SNICS FSU.
00:25Et Daniel Guillerme, président de la fédération nationale des infirmiers.
00:28Je crois qu'on écoute, il y a un témoignage qu'on a écouté ce matin sur RTL, c'est
00:32Marie.
00:33Marie, elle a 42 ans, elle est infirmière libérale, elle pratique à Paris dans le 12ème.
00:37Et elle voit entre 20 et 30 patients par matinée.
00:41Se lever très tôt, 7 jours d'affilée, le corps il le ressent.
00:45On a un métier qui nous fait vieillir plus vite.
00:47J'aime foncièrement mon métier, mais je me dis que je ne pourrais pas finir ma carrière jusqu'au bout,
00:52je ne me vois pas.
00:53Je sais que je ne tiendrai pas.
00:55Un infirmier, une infirmière sur trois qui envisage de quitter son métier, comme Marie qui vient de nous dire qu
00:59'elle sait qu'elle ne tiendra pas.
01:00Safia Guéréchi, est-ce que ce chiffre vous étonne ?
01:02Non, malheureusement non.
01:04Et c'est récurrent et ça fait longtemps que les organisations infirmières le dénoncent.
01:08Et c'est dans tous les champs professionnels.
01:10En libéral, dans le monde des infirmières de santé au travail, à l'éducation nationale.
01:15Les infirmières n'en peuvent plus.
01:16Et à l'hôpital, évidemment, les chiffres du baromètre que vous sortez ce matin en témoignent.
01:21Daniel Guilherme, ils sont combien les infirmiers et les infirmières aujourd'hui ?
01:25On a à peu près 565 000 infirmières au 1er mars 2025 en France.
01:29On a 135 000 infirmières libérales dans ces 165 000.
01:33Donc on est la profession de santé la plus importante en nombre.
01:36Mais on en a assez aujourd'hui ou on manque déjà ?
01:38Avant ce chiffre effrayant 1 sur 3 qui veut arrêter,
01:41est-ce qu'on a déjà assez d'infirmiers et d'infirmières dans le pays ou est-ce qu'il
01:44en manque ?
01:44Il va en manquer. Il va en manquer très clairement puisque nous avons à répondre à un double défi.
01:49C'est le vieillissement de la population et l'explosion des maladies chroniques.
01:53Donc aujourd'hui, il adresse à des projections.
01:54Mais on ne sait pas si, effectivement, avec cette baisse d'attractivité du métier,
01:58si on pourra tenir, en tout cas, les quotas.
02:01Safia Guérichy, qu'est-ce qui ne colle pas aujourd'hui ?
02:04On a beaucoup de messages, je vais en lire dans un instant, mais quel est le premier problème
02:08qui mine les infirmières et les infirmiers ?
02:10Alors, on a le soutien de la population.
02:12On a un métier formidable, ce qui mine les infirmières, c'est leurs conditions de travail.
02:16C'est la reconnaissance qu'on a de nos employeurs, c'est la rémunération qu'on a de nos actions.
02:22Et évidemment, c'est ce qui fait partir les infirmières, c'est-à-dire qu'on n'a pas un
02:24problème de recrutement,
02:25on n'a pas un problème de nombre de personnes qui ont cette vocation-là.
02:29Il n'y a pas un problème d'envie ?
02:29Les gens, non, les gens quittent le travail, elles ne quittent pas leur métier.
02:35Et on a énormément, et c'est aussi un problème dont on parle peu, d'infirmières aujourd'hui formées en
02:39France,
02:40mais qui refusent aujourd'hui de retourner au travail parce qu'elles n'en peuvent plus,
02:44parce que leur santé est dégradée et parce qu'elles ne peuvent plus accepter les conditions qui leur sont offertes.
02:49Je vais vous lire quelques messages.
02:50Bonjour à l'équipe d'RTL, infirmière en libéral depuis 10 ans.
02:53Le tarif d'une prise de sang n'a pas bougé en 10 ans.
02:566,08 euros brut, environ 3,50 euros net.
02:59Et le prix du gasoil qui s'envole, des retours d'hospitalisation de plus en plus précoces,
03:02avec des maintiens à domicile difficiles, tout cela avec une grande reconnaissance de nos patients.
03:07Mais cela ne suffit plus, on aime notre métier, heureusement.
03:10C'est Lucie qui est infirmière en Vendée.
03:11Autre message, merci de parler des infirmières et des infirmières libéraux.
03:14Je fais ce métier depuis 38 ans, je fais en mène 40 visites et plus d'une vingtaine le soir,
03:18ce qui fait des journées d'une amplitude d'environ 15 heures, les dimanches et les jours fériés compris.
03:22Les jours de repos sont consacrés en grande partie aux papiers, avec de plus en plus de contraintes.
03:26Nous n'avons pas eu de revalorisation de l'acte depuis 2009.
03:29Pas un seul centime sur la cotisation de l'acte infirmier.
03:31Cela ne gagne pas bien sa vie aujourd'hui, un infirmier libéral par exemple ?
03:35On n'est pas dans les mêmes périmètres que le salariat.
03:39Si vous travaillez, vous gagnez votre vie, nous sommes payés à l'acte.
03:44Donc on n'est pas dans les mêmes modalités en tout cas de règlement.
03:50Une infirmière qui travaille correctement gagne en fait correctement sa vie.
03:55Mais ce qu'on observe aujourd'hui comme phénomène...
03:57Ça veut dire quoi correctement ?
03:59Correctement sa vie, c'est le BNC moyen aujourd'hui d'une infirmière en France est d'à peu près
04:054000 euros.
04:06Le BNC c'est ?
04:07C'est le bénéfice non commercial, c'est-à-dire ce que les infirmières déclarent.
04:11D'accord.
04:11Le problème auquel on est confronté...
04:13Là on parle pour le libéral, on est d'accord.
04:14On parle pour le libéral, bien entendu.
04:15Mais en fait quand on compare les chiffres, on a fait des études là-dessus, nous quand on compare les
04:19chiffres,
04:20aujourd'hui en euro constant, le revenu de l'infirmière a baissé depuis 2008.
04:24Très clairement.
04:25Il a perdu à peu près 10%.
04:28Parallèlement, celui de l'hôpital a augmenté.
04:30Mais on part en fait sur des niveaux qui sont différents.
04:33On part sur des niveaux différents.
04:35Et à l'hôpital, comment ça se passe à Fia Gherichi ?
04:37Eh bien à l'hôpital, c'est comme dans toute la fonction publique, qu'elle soit hospitalière ou état,
04:41les infirmières, elles sont en catégorie A, mais elles gagnent en moyenne entre 600 et 1000 euros de moins que
04:46les autres corps de catégorie A,
04:48c'est-à-dire des salaires aux alentours, à l'éducation nationale, le salaire moyen est à 2200 euros.
04:52Donc effectivement, il y a eu le Ségur, il y a eu des revalorisations.
04:54Et tout ça, c'était pas...
04:55On est encore bien en dessous des métiers qui ont des conditions de travail moins difficiles, des responsabilités moindres.
05:02On est quand même en pleine responsabilité face aux patients et tout ça, c'est pas reconnu.
05:06Donc effectivement, les infirmières, elles sont moins payées, dans des conditions de travail épuisantes.
05:11On le voit, c'est quand même un tiers qui sont en souffrance au travail.
05:16Il y a beaucoup de burn-out, vraiment ?
05:17Oui, il y a 42% de burn-out chez les soignants, oui, et chez les infirmières en particulier.
05:24Et pour les infirmières, on est quand même à 20% de jeunes entrés dans la profession qui font un
05:29burn-out.
05:30Donc c'est un vrai problème.
05:31Ça veut dire dans les années qui suivent l'entrée dans le métier ?
05:34Voilà, c'est-à-dire qu'en 5 ans, on use quelqu'un.
05:37C'est le grand paradoxe, en fait.
05:39On a aujourd'hui une profession qui est attractive, puisque quand on regarde les statistiques, en fait, sur Parcoursup,
05:45c'est une profession qui est plébiscitée.
05:48On a un gros problème parce qu'on se rend compte qu'on a une partie de ces étudiants qui
05:52arrêtent pendant leur cursus, en fait, d'étudiants,
05:55et d'autres qui commencent à travailler et qui arrêtent très rapidement derrière leur entrée en activité.
06:00On a quelqu'un qui nous écoute, qui s'appelle Aurélie, qui est infirmière en montagne.
06:03On envoie un message au 74-900.
06:05Je suis infirmière, je veux bien témoigner.
06:07Elle nous a laissé son numéro, donc on vient de l'appeler.
06:08Aurélie, vous êtes en direct avec nous.
06:09Bonjour Aurélie.
06:10Oui, bonjour à tous.
06:12Oui, voilà, je tiens.
06:12Je voulais un peu témoigner de mes statistiques citées.
06:15Alors attendez Aurélie, on va vous rappeler parce que là, on ne vous entend pas bien.
06:18Donc la ligne n'est pas très bonne, on va revenir vers vous.
06:19On va vous rappeler tout de suite, ne quittez pas, je vous repasse à la régie.
06:23Qu'est-ce qui fait qu'il décroche maintenant, qu'elle décroche maintenant les infirmiers et les infirmières ?
06:27C'est les suites du Covid, c'est un événement en particulier, c'est l'usure.
06:31Qu'est-ce qui fait que là, on sent que c'est en train de lâcher ?
06:34Moi, je pense qu'il y a un phénomène post-Covid, très clairement.
06:39La profession a tenu les lignes, en fait, que ce soit en établissement ou en secteur libéral.
06:44Pendant la crise sanitaire, ça a été très très dur.
06:47Et aujourd'hui, on a le sentiment, effectivement, qu'il y avait de fortes attentes derrière cette crise sanitaire
06:53et que ces attentes n'ont pas été comblées.
06:55Donc on a une forme de frustration de la profession qui se met en place,
06:59un manque de reconnaissance, c'est évident.
07:00Alors on nous a distribué quelques médailles, on a eu des applaudissements,
07:04mais ça ne suffit pas aujourd'hui.
07:06Et encore une fois, une inquiétude forte dans un contexte sociétal qui est ce qu'il est,
07:11avec ces incivilités qui augmentent, avec ces problématiques sociétales
07:17qui amènent des éléments encore perturbateurs au niveau de la profession.
07:23Safia Garechil, les infirmiers et infirmières sont confrontés à la violence du quotidien aussi ?
07:26Ça compte, ça ?
07:27Alors elles sont confrontées à la violence du quotidien, effectivement,
07:31mais on ne va pas se cacher derrière les patients alors qu'il y a un problème structurel.
07:35C'est-à-dire qu'il y a aussi, il faut interroger,
07:37il y a le Conseil National de la Santé qui s'est vraiment interrogé là-dessus
07:41suite à une saisie d'un ministre de la Santé.
07:45Et il y a les conditions d'accueil, il y a les conditions de soins,
07:48et on est face à des gens qui sont en situation de faiblesse quand ils sont malades.
07:51Et ça, il ne faut pas l'occulter.
07:53C'est-à-dire que la solution, elle est beaucoup plus complexe
07:55que de se ranger derrière les incivilités qui augmentent.
07:58Il y en a, elles ne sont pas acceptables, mais ce n'est pas le cœur du problème.
08:02Vous êtes d'accord avec ça ?
08:02Je rejoins ce que vous dites, absolument.
08:06Il y a un problème structurel, en fait, d'organisation des soins,
08:09de financement des soins, et de reconnaissance, en tout cas,
08:13d'une forme d'autonomie de la profession.
08:15Alors on est dans une réforme complète des vecteurs législatifs,
08:18ça va s'appliquer dans les années qui viennent,
08:20et on espère effectivement, aujourd'hui, sortir de ce cercle vicieux.
08:24Bon, et les conséquences pour nous, pour les patients ?
08:26Est-ce qu'on risque d'être moins bien soigné demain ?
08:29Et vous l'êtes déjà moins bien soigné aujourd'hui,
08:32parce qu'on voit bien dans les services d'urgence,
08:34on le voit, nous aussi, à l'éducation nationale,
08:36on n'est plus en capacité de répondre aux besoins des jeunes
08:38par manque, non pas d'attractivité de la profession,
08:41mais simplement par manque de financement,
08:43par manque d'infirmiers dans les établissements scolaires.
08:45Et du coup, l'OMS Europe,
08:50l'Organisation Mondiale de la Santé,
08:52avait quand même lancé un signal d'alerte,
08:54il y a quand même 60% de gens sur le territoire européen,
08:57alors en France, il faudrait regarder les chiffres exactement,
09:00mais qui meurent prématirement à cause d'un défaut de soins.
09:04Donc, on est déjà rentré dans le dur, comme on dit.
09:07On a retrouvé Aurélie qui roule en montagne.
09:10Est-ce que vous m'entendez mieux, Aurélie ?
09:11Oui, oui, oui, là je vous entends bien, merci.
09:14Vous êtes infirmière libérale, Aurélie, c'est ça ?
09:15Vous êtes où exactement ?
09:17Alors, on est dans les Hautes-Alpes, mon équipe,
09:19on est dans les Hautes-Alpes.
09:21Et donc, je voulais spécifier un peu notre travail,
09:24puisque j'ai entendu parler d'une infirmière libérale parisienne.
09:28Nous, en fait, on fait énormément de kilomètres en montagne par tous les temps.
09:33L'hiver, avec beaucoup de neige, surtout.
09:36Et en fait, on voit peu de patients,
09:39parce qu'on fait beaucoup de hameaux, justement,
09:41pour le maintien à domicile des personnes âgées.
09:43Et ce n'est pas du tout le même travail qu'une infirmière libérale qui peut être en ville.
09:46Et ce n'est pas rémunéré, tout ça ? Le temps de trajet, c'est pour vous ?
09:48Alors, voilà, ce qui est compliqué, c'est qu'en plus,
09:52comme on ne râle pas beaucoup,
09:54la sécurité sociale fait toujours le moyen de nous payer le moins possible.
09:57Donc, récemment, ils ont plafonné la rémunération des kilomètres.
10:04D'accord, l'indemnité kilométrique.
10:05Ce qui veut dire, voilà, c'est pas l'indemnité, c'est les kilomètres parcourus.
10:10D'accord.
10:10Ce qui veut dire que nous, qui faisons, par exemple, 10 déplacements à 30 kilomètres,
10:18eh bien, on a déjà atteint le plafond de rémunération des déplacements.
10:21Je peux vous demander, Aurélie, combien vous gagnez,
10:22ou c'est trop indiscret, à peu près, un ordre d'idée ?
10:24Non, alors nous, on est loin des 4 000 qui ont été annoncés tout à l'heure.
10:27Alors, nous, en moyenne, on est...
10:28Alors, c'est variable, parce que nous, on a aussi une activité saisonnière,
10:31c'est-à-dire qu'on va être printemps-automne,
10:33on aura moins d'activités qu'été-hiver,
10:35parce qu'on a des stations de sport d'hiver.
10:37Mais voilà, en moyenne, on est autour de 2 500 maxi, 3 000 euros par mois.
10:42Et vous avez envie d'arrêter le métier, vous, ou pas ?
10:44Vous faites partie de ces 1 sur 3 ?
10:45Non, alors, pas pour le moment, mais je suis dans la cinquantaine, là,
10:50et je ne me vois pas travailler encore 10 ans dans ces conditions,
10:54parce qu'on a beaucoup de routes, parce que c'est fatigant,
10:57et qu'on a énormément de personnes âgées à charge.
11:00Donc, c'est un travail vraiment épuisant.
11:02Eh bien, merci beaucoup.
11:02Donc, là, je suis encore en santé, mais voilà.
11:06Peut-être que je n'irai pas jusqu'à l'âge de la retraite.
11:09Merci beaucoup à vous, Aurélie.
11:11Merci à vous également, Daniel Guillerme et Safia Guérichi,
11:14d'être venus ce matin nous éclairer sur la condition difficile des infirmiers et des infirmières.
11:18Et puis, on va juste leur dire un mot, quand même,
11:19parce qu'il y a des mots qui sont plus importants que les autres.
11:21C'est merci. Merci à tous les soignants, soignants, infirmiers, médecins, aide-soignants.
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