- il y a 8 heures
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À l’automne 1999, la psychose s’empare des voyageurs après le meurtre, à quelques mois d’intervalle, de deux femmes à bord de trains de nuit. Dans Crime story, la journaliste Clawdia Prolongeau raconte cette enquête avec Damien Delseny, chef du service police-justice du Parisien.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network
Archives : INA.
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Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network
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00:01Vous écoutez Crime Story, le tueur des trains, deuxième des derniers épisodes.
00:09Deux meurtres ont été commis à deux mois d'écart à l'automne 1999 dans des trains.
00:14Le premier, la nuit du 13 octobre sur la ligne Limoges-Poitiers, vers 4h du matin, au niveau de la
00:20ville de Chabonnet, dans l'Indre.
00:22Ils mobilisent les gendarmes de Châteauroux depuis plusieurs semaines.
00:25Le second a eu lieu le 14 décembre, dans le train de nuit Calais-Vintimille, au niveau de Dijon, et
00:32occupe la police.
00:33Ce sont deux affaires distinctes, avec deux enquêtes et deux juges d'instruction.
00:37Mais grâce à un signalement de la police de Dijon, les gendarmes de Châteauroux savent désormais qu'ils recherchent le
00:43même homme.
00:44Il a 20 ans et s'appelle Sid Ahmed Rezala.
00:48Damien Delceni, les enquêteurs ont une photo de ce Sid Ahmed Rezala. Est-ce que vous pouvez nous le décrire
00:54?
00:54C'est un jeune homme qui, sur la photo, apparaît plutôt souriant, jeune, les cheveux bruns assez courts.
00:59Alors, on devine ses cheveux parce qu'il, sur la photo en question, il a une casquette.
01:03Et qu'est-ce qu'on sait de lui ?
01:04On sait qu'il est né en Algérie. Il a grandi dans une ville près d'Alger.
01:08Il est arrivé en France à peu près à l'âge de 15 ans, à Marseille, dans le quartier de
01:12la Belle de Mai,
01:13avec sa famille, sa famille qui fuyait alors la violence islamiste en Algérie.
01:18Et dès son arrivée sur le sol français, ça ne s'est pas très très bien passé.
01:22Il fut que pas mal de chez lui.
01:24Et un an plus tard, il est d'ailleurs fiché à Marseille comme un délinquant pour des petits vols, des
01:30dégradations.
01:31On sait aussi qu'il consomme pas mal de drogue à l'époque.
01:33Les enquêteurs se rendent compte qu'il a aussi commis des faits beaucoup plus graves.
01:37Ah oui, parce qu'en février 95, il est accusé de viol par un garçon d'une quinzaine d'années.
01:42Ça s'est passé dans un parking près de la gare Saint-Charles à Marseille.
01:46Il a à peine 16 ans, lui, à l'époque, c'est l'armée de Rezala.
01:49Il est placé en détention provisoire dans ce dossier.
01:51Il sera condamné ensuite par le tribunal pour enfants à 4 ans de prison, dont 18 mois fermes.
01:56En prison, ça se passe aussi assez mal.
01:58Il fait l'objet d'une nouvelle plainte pour viol qui est déposée par un de ses co-détenus.
02:03Ça se terminera par un non-lieu, ça veut dire qu'il ne sera pas poursuivi pour cette affaire.
02:07Mais il va accumuler tout un tas d'incidents en prison, de sanctions disciplinaires.
02:11Ce qui ne l'empêchera pas d'être libéré au printemps 1996.
02:15Mais alors, pour le coup, sa sortie de prison au printemps 1996, elle se passe plutôt bien ?
02:20Elle va se passer plutôt bien au début, parce que quand il sort, il a un projet professionnel.
02:25Il va entamer une formation en apprentissage dans la pâtisserie.
02:29Et c'est une activité où il a l'air de s'épanouir,
02:31parce que le restaurateur marseillais qui l'embauche va dire de lui,
02:35c'est mon meilleur apprenti.
02:36Ils vont décrire un garçon, enfin tous ceux qui travaillent avec lui,
02:39plutôt avenant, séducteur, poli, bien élevé.
02:43Mais le portrait, il va assez vite s'assombrir, parce que ça ne va pas durer.
02:46Il va d'ailleurs retourner en prison très très vite,
02:48après avoir blessé au couteau un vigile de la SNCF.
02:53Donc en fait, ce que découvrent les enquêteurs, enfin ce que ça confirme pour eux,
02:56c'est que c'est un personnage assez ambivalent,
02:58qui peut être à la fois séducteur, avenant et agréable,
03:01mais qui est capable de verser de manière assez brutale dans une très grande violence.
03:06Et donc c'est un homme potentiellement très dangereux,
03:09qui a quand même été déjà condamné pour un viol,
03:11qui a été condamné pour des agressions à l'arme blanche.
03:13Et c'est cet homme qui est dans la nature,
03:16puisque depuis sa libération en juin 1999,
03:18on ne sait pas très très bien où il est en fait.
03:22Pour les enquêteurs, il est urgent de mettre rapidement la main sur Sid Ahmed Rezala.
03:27À sa sortie de prison, il a déclaré une adresse dans le nord,
03:30à Amiens, où vivent son ex-compagne,
03:33qui s'est séparée de lui pendant sa détention, et leur fille.
03:37Mais Sid Ahmed Rezala n'y a pas mis les pieds depuis un bout de temps
03:39et semble mener une vie nomade.
03:41En seulement 6 mois, plus de 40 amendes lui ont été envoyées par la SNCF,
03:46parce qu'il voyageait sans billet.
03:48Dans la contravention la plus récente,
03:50il a donné une adresse à Marseille.
03:52C'est celle de ses parents.
03:54Dès le jour de la découverte du corps de Corinne Caillot,
03:57le mardi 14 décembre,
03:59le commissaire Dijonais demande aux policiers marseillais de s'y rendre
04:02et d'observer discrètement si Sid Ahmed Rezala s'y trouve.
04:06C'est un appartement situé rue Belle de Mai, à Marseille,
04:09à l'avant-dernier étage d'un immeuble en pierre.
04:12Si le suspect n'y est pas,
04:13il n'est pas impossible qu'il vienne s'y réfugier plus tard.
04:17Après ce deuxième meurtre dans un train de nuit,
04:19l'affaire prend de l'ampleur dans les médias.
04:21La presse alerte sur l'existence d'un tueur en série
04:24qu'elle rebaptise le tueur des trains.
04:28Il est donc ce soir l'homme le plus recherché de France.
04:31C'est le suspect numéro un du meurtre d'une jeune mère de famille.
04:34C'est également le principal suspect dans l'affaire Isabelle Pic,
04:38un crime commis il y a deux mois dans des circonstances analogues.
04:42Nathalie Cause.
04:53Dans les trains, et particulièrement dans ceux qui circulent la nuit,
04:57la psychose gagne les usagers,
04:58qui préfèrent parfois annuler leur voyage ou prendre leur voiture.
05:03Le procureur de Dijon donne aux journalistes locaux présents à sa conférence de presse
05:07le nom et la photo de Sidharmed Rezala.
05:10Mais il leur demande de ne pas les diffuser pendant 48 heures au moins.
05:14Si l'homme ne sait pas qu'il est recherché,
05:16les chances de le retrouver sont plus importantes.
05:19Les journalistes acceptent.
05:21Mais ces informations circulent dans toutes les rédactions.
05:24A Marseille, le correspondant de France Soir
05:27reçoit un coup de fil de sa direction
05:29qui lui donne le nom de Sidharmed Rezala
05:31et le nom du quartier où il vivrait.
05:34Jean-Michel Verne, le journaliste,
05:36se met en quête de l'adresse exacte du suspect.
05:39Il la trouve en la cherchant sur le Minitel
05:42et cela fait confirmer par la police elle-même.
05:45Il se rend donc devant l'adresse
05:46et depuis la rue, se met à crier
05:49« Monsieur Rezala ! »
05:50Un homme lui ouvre.
05:52C'est le père de Sidharmed.
05:54Il tombe des nus en apprenant que son fils
05:56est soupçonné d'être le tueur des trains.
05:59Il dit aussi aux journalistes qu'il vient de le rater.
06:02Sidharmed a quitté l'appartement
06:04il y a cinq minutes à peine.
06:05Il ne sait pas où il est allé.
06:12Damien, est-ce qu'on sait
06:13si le fait que Sidharmed ait quitté l'appartement
06:15est lié au fait qu'il y ait un journaliste
06:17qui ait crié son nom dans la rue ?
06:19On n'en sait rien.
06:19C'est une probabilité.
06:20C'est sûr que ce n'est pas la manière la plus discrète
06:22d'arriver chez quelqu'un
06:23quand vous l'appelez du bas de la rue
06:24et qu'il habite dans des étages un peu élevés.
06:26Mais on ne sait pas s'il a entendu
06:28et qu'il a pris peur et qu'il est parti
06:30ou s'il avait prévu de toute façon
06:31de quitter l'appartement.
06:32Ce journaliste qui apprend au père de Sidharmed Rezala
06:35que son fils est recherché pour deux meurtres
06:37c'est une situation un peu surréaliste.
06:39En tout cas, ce n'est pas une situation normale.
06:41Ce n'est jamais une situation normale
06:43et c'est toujours délicat
06:44quand des journalistes arrivent quelque part
06:45avant la police dans le cadre d'une enquête.
06:49Mais là, on s'aperçoit quand même
06:50qu'on a des enquêteurs qui sont censés traquer
06:52ou en tout cas surveiller de près un suspect
06:55qu'il est effectivement chez ses parents
06:57dans une adresse qui est connue des services de police
06:59et qu'il est en réalité très libre de ses mouvements
07:01puisqu'il sort de cet appartement
07:02sans être contrôlé, sans croiser de policiers.
07:04Il n'est pas inquiété, il est encore moins interpellé.
07:07En plus, le jeudi 16 décembre
07:08François va publier un article
07:10avec l'interview exclusive du père de Sidharmed Rezala.
07:14Donc les recommandations de prudence
07:16et de discrétion faites par le procureur de Dijon
07:19ont été totalement brisées.
07:20Tout ça a volé en éclats.
07:21Et évidemment, après les révélations de François
07:24le lendemain, toute la presse va embrayer.
07:26Aux Parisiens par exemple, on va publier le nom
07:28et la photo de Rezala.
07:29C'est compliqué d'imaginer que maintenant
07:31les enquêteurs peuvent toujours cueillir
07:33Sidharmed Rezala par surprise.
07:35Oui, sauf à imaginer qu'il ne lise pas la presse,
07:37qu'il ne regarde pas la télé,
07:38qu'il n'écoute pas la radio.
07:40En fait, on est un peu dans une forme de chaos
07:42à ce moment-là
07:43entre une course au scoop entre journalistes
07:47et malheureusement une course de lenteur
07:49chez les policiers.
07:50C'est-à-dire qu'il y en a sans doute
07:51qui vont trop vite les journalistes
07:52et d'autres qui vont pas assez vite
07:53chez les policiers
07:54et les uns vont rejeter la faute sur les autres.
07:59Le jeudi 16 décembre,
08:01les policiers marseillais se mobilisent
08:03pour tenter de retrouver Sidharmed Rezala
08:05et rattraper leur bévue.
08:07Rubel de Mai, ils interpellent ses parents
08:10qu'ils placent en garde à vue.
08:11Mais ils n'ont aucune information
08:13permettant de retrouver leur fils.
08:15Son frère aîné,
08:16l'une des dernières personnes
08:18à avoir passé du temps avec lui,
08:19n'a rien noté de particulier.
08:21Il l'avait d'ailleurs vu le soir du 14 décembre,
08:24juste après le meurtre de Corinne,
08:26et tout s'était passé comme d'habitude.
08:28Désormais ennemi public numéro 1,
08:31Sidharmed Rezala reste introuvable.
08:33Il n'est pas non plus à Amiens,
08:35ni chez son ex-compagne,
08:37ni dans le petit appartement
08:39qu'il a loué à sa sortie de prison
08:40dans le centre-ville rue Jules Lefebvre.
08:44En revanche,
08:45ce logement réserve aux gendarmes
08:46une découverte macabre.
08:51Le cadavre d'une jeune femme
08:53a été retrouvé dans la cave
08:54d'un immeuble d'Amiens
08:55où avait séjourné précisément
08:56l'auteur présumé du double meurtre
08:58des trains de nuit,
08:59Lauren Bérou.
09:01C'est dans cette maison bourgeoise
09:02du centre-ville d'Amiens
09:04qu'un cadavre de femme
09:05vient d'être retrouvé.
09:06Dans la cave,
09:07sous un tas de charbon.
09:08Le corps n'a pas été identifié,
09:10mais les policiers sont à la recherche
09:12d'une jeune femme de 20 ans,
09:14disparue le 29 octobre dernier.
09:17Le vendredi 17 décembre,
09:19dans la cave située
09:21sous l'appartement
09:21de Sidarmèd Rezala,
09:23on retrouve le corps
09:24d'Emilie Bazin.
09:25C'est une étudiante de 20 ans,
09:27portée disparue
09:28depuis le 29 octobre,
09:30il y a plus d'un mois et demi.
09:34Près du cadavre,
09:35les enquêteurs ramassent
09:36un mégot de cigarette à rouler
09:37et prélèvent du sperme
09:39sur le corps de la victime.
09:41Dans l'appartement,
09:42le sang d'Emilie
09:43est retrouvé sur les murs.
09:44L'autopsie révèle
09:46qu'elle a eu une relation sexuelle
09:47avant d'être frappée
09:48à plusieurs reprises,
09:49puis étranglée
09:50avec une chemise en djinn.
09:52Sidarmèd Rezala
09:53est le dernier
09:54à avoir été aperçu
09:56en sa compagnie.
09:59D'après les enquêteurs,
10:01il a donc tué trois fois.
10:03Des témoignages de personnes
10:04pensant l'avoir croisé
10:05affluent par centaines.
10:07Le lundi 20 décembre,
10:08un Français habitant
10:10dans le sud-est de l'Espagne
10:11croit reconnaître le tueur
10:13au volant d'une golfe blanche
10:14dans une station-service
10:15à Murcy,
10:16près de la côte.
10:18Le samedi,
10:19ce sont deux jeunes voyageuses
10:21qui assurent l'avoir vue
10:22descendre du train
10:23en Dainis,
10:24dans le Gard,
10:25à la gare de Nîmes.
10:27Quelques jours plus tard,
10:28deux voyageurs,
10:29cette fois-ci,
10:29racontent qu'ils se sont bagarrés
10:31avec un homme
10:32qui lui ressemblait
10:32comme deux gouttes d'eau.
10:34Le mardi 28 décembre,
10:36les parents de Sidarmèd Rezala
10:37tiennent une conférence de presse
10:39dans le cabinet
10:39de leur avocat
10:40à Marseille.
10:42Ils appellent leur fils
10:43à se rendre à la justice.
10:45« Quoi que tu aies fait,
10:46et même si tu n'as rien fait,
10:48tu dois t'expliquer
10:48devant un juge,
10:49implore sa mère. »
10:55À partir de ce moment-là,
10:56l'enquête s'enlise un peu,
10:58notamment à cause
10:59de la guerre des polices.
11:00Alors, en réalité,
11:02Rezala, il pose un problème
11:03au service de police français,
11:04c'est-à-dire qu'il voyage beaucoup
11:06et ses crimes,
11:06il les commet
11:07dans des endroits différents.
11:08Il y a un crime
11:09à côté de Châteauroux,
11:10un crime à côté de Dijon,
11:11dans des trains,
11:12puis il y a ce crime
11:13qu'on découvre également
11:14à Amiens.
11:14Et en réalité,
11:16il y a trop de monde
11:16qui travaille sur ce dossier.
11:18Il y a d'une part
11:18les policiers
11:19qui travaillent
11:19sur les faits de Dijon,
11:20les gendarmes
11:21qui travaillent
11:21sur ceux de Châteauroux.
11:22Il y a aussi Marseille
11:24où il faut surveiller
11:25l'appartement de ses parents.
11:27Et tout ça brouille,
11:29en fait, l'enquête
11:29parce que chacun
11:30essaie de tirer la couverture.
11:31Ça ne communique pas
11:32tellement bien
11:33entre les policiers
11:34et les gendarmes.
11:34Il y a plusieurs magistrats
11:35qui sont saisis.
11:36Donc, décision est prise
11:38de tout centraliser à Paris
11:39pour rendre les choses
11:40plus simples
11:40et plus efficaces.
11:41Alors, évidemment,
11:42ça sonne comme un désaveu
11:43pour les enquêteurs
11:44qui travaillent
11:45depuis le début
11:46sur les dossiers.
11:46Mais là,
11:47il y a une vraie obligation
11:48d'être efficace.
11:49Mais c'est quand même étonnant
11:50qu'on le cherche
11:51dans toutes les gendarmeries
11:52et dans tous les commissariats
11:53de France
11:54et qu'on ne le trouve pas.
11:55Oui, mais en réalité,
11:56la raison de tout ça,
11:57elle est assez simple.
11:58C'est qu'en fait,
11:58Rezala, il n'est plus là.
11:59Il n'est plus en France.
12:00En fait, il a pris la fuite
12:02en train vers l'Espagne
12:03et à ce moment-là,
12:04il est à Barcelone.
12:05Alors, comme il n'a pas d'argent,
12:06qu'est-ce qu'il fait ?
12:07Il va essayer de voler.
12:08Donc, il va être pris
12:09par la police
12:10après une tentative de vol
12:12d'un sac à main
12:12dans la rue.
12:13Il va passer une nuit
12:15en prison en Espagne.
12:16Mais les policiers espagnols,
12:17ils ne font pas le lien
12:19avec le tueur des trains français.
12:20Il y a eu un signalement Interpol,
12:22mais bon,
12:23vous interpellez
12:23un voleur à la tire
12:24dans la rue,
12:25vous ne faites pas forcément
12:25une vérif pour savoir
12:26si ça peut être
12:27un tueur en série.
12:28Donc, il va ressortir.
12:29En fait, il profite,
12:31sans vraiment vouloir,
12:32de toutes les failles
12:32du système,
12:33qu'il soit français
12:34ou international,
12:35du manque de communication
12:36entre les policiers.
12:38Et puis, à l'époque,
12:39il n'y a pas tous les outils
12:40qu'on a aujourd'hui
12:41pour communiquer rapidement.
12:42Donc, tout ça,
12:42il en profite
12:44et ça lui permet
12:45à chaque fois
12:45d'échapper à la justice.
12:49En France,
12:50on ne sait pas
12:50que Rezala est en Espagne
12:51et on continue
12:52à le chercher
12:53partout dans l'Hexagone.
12:54Tous ses proches
12:55sont placés
12:55sous surveillance téléphonique.
12:57S'il essaie
12:58de contacter l'un d'eux,
12:59la police le saura.
13:01Quelques jours plus tard,
13:02le vendredi 7 janvier 2000,
13:04sa meilleure amie,
13:05qui vit à Amiens,
13:06reçoit un étrange coup
13:07de téléphone de l'étranger.
13:09Personne ne parle
13:10à l'autre bout du fil.
13:12Elle note le numéro
13:13et le transmet aux enquêteurs.
13:16Le numéro
13:17est localisé au Portugal.
13:19Les enquêteurs
13:20le composent
13:20et tombent sur un homme
13:21qui dit ne pas avoir
13:22contacté la France.
13:24En revanche,
13:25il héberge en ce moment
13:26et pour quelques jours
13:27un Algérien.
13:28C'est peut-être lui
13:30qui a tenté
13:30de les joindre.
13:31Le samedi 8 janvier,
13:33rien ne se passe
13:34mais le dimanche 9,
13:36une autre amie
13:37de Siddharmed Rezala
13:38reçoit à son tour
13:39un coup de téléphone
13:40de l'étranger.
13:42La voix d'un homme
13:43dit qu'il veut juste faire
13:44un bisou à sa fille.
13:45« C'est toi Sid ? »
13:47demande son ami.
13:48Il ne répond pas
13:49et raccroche.
13:52L'appel téléphonique
13:53est localisé au Portugal
13:54dans la banlieue
13:55de Lisbonne.
13:56Les enquêteurs
13:57ont deux certitudes.
13:58Ils ont bien entendu
14:00Siddharmed Rezala
14:01et il faut se rendre
14:02au Portugal
14:03au plus vite.
14:07Damien, là,
14:08il faut faire vite
14:08parce que lui,
14:09justement,
14:10Siddharmed Rezala,
14:11il est à deux doigts
14:11de quitter Lisbonne.
14:13Oui, parce qu'il s'apprête
14:14à prendre un train
14:14le mardi 11 janvier 2000
14:16pour l'Espagne
14:17d'où il doit ensuite
14:18prendre un avion
14:19pour l'archipel des Canaries.
14:21Les enquêteurs
14:21partent immédiatement ?
14:22Alors quasiment.
14:24Évidemment,
14:25il faut passer par Interpol
14:26parce qu'il faut mener
14:26une opération conjointe
14:28avec la police judiciaire
14:29portugaise.
14:30Donc là,
14:30on fait quand même
14:30assez vite
14:31parce qu'on a déjà perdu
14:32assez de temps
14:32sur ce dossier.
14:33Donc les Français
14:34avec la photo
14:34de Rezala
14:35pour l'identifier.
14:36Les Portugais
14:37ont un mandat international.
14:39Ils sont en planque
14:39dans le quartier
14:40où il a été localisé.
14:42Et donc le mardi 11 janvier,
14:44il voit quelqu'un sortir
14:45d'un immeuble.
14:45Il pense que c'est lui.
14:46Il l'interpelle.
14:48Les policiers français
14:49le reconnaissent.
14:49Donc après 27 jours
14:51d'une cavale très chaotique,
14:53ils tiennent enfin
14:54Siddharmed Rezala.
14:59C'est une bonne nouvelle
15:00pour les autorités françaises.
15:01Mais ça n'est pas terminé
15:03car le Portugal
15:03ne peut pas extrader
15:04Siddharmed Rezala.
15:05Alors à l'époque,
15:07le Portugal
15:07est le pays d'Europe
15:09le moins répressif.
15:10Donc ils ne veulent pas,
15:12parce qu'ils ne peuvent pas
15:13avec leurs lois,
15:14extrader quelqu'un
15:15qui risque la prison
15:16à perpétuité
15:16alors que chez eux,
15:17cette peine n'existe pas.
15:19Alors c'est des subtilités juridiques
15:21entre pays,
15:21mais voilà,
15:22c'est le droit,
15:22c'est comme ça.
15:23Donc en fait,
15:24la France va faire
15:25une petite manip.
15:26Elle va requalifier
15:27ce qu'elle avait considéré
15:28comme des assassinats
15:29en meurtre,
15:30en homicide volontaire.
15:31ce qui en France
15:33donne une peine
15:34maximum de 30 ans,
15:35alors que l'assassinat
15:36qui est un meurtre
15:37avec préméditation,
15:38ce qui était au départ
15:39prévu pour Rezala,
15:41s'est perpétuité.
15:42Donc cette petite
15:42manipulation juridique,
15:43elle permet de rentrer
15:45dans les clous
15:45de la loi portugaise
15:46et de permettre
15:47l'extradition de Rezala.
15:48Rezala,
15:48il ne reconnaît pas
15:49ses crimes devant
15:50les enquêteurs.
15:51En revanche,
15:52il va faire des confidences
15:53étonnantes à un journaliste
15:54du Figaro Magazine,
15:56Aziz Zemmoury,
15:57qui arrive à lui rendre
15:58visite plusieurs fois
15:59en faisant croire
16:00au gardien de prison
16:01qu'il est son beau-frère.
16:02Est-ce que vous pouvez
16:03nous raconter cet épisode ?
16:04Oui,
16:05alors à ce moment-là,
16:05Rezala,
16:06il est enfermé
16:07dans un hôpital prison
16:09où on découvre
16:10qu'il est quand même
16:11assez facile,
16:12c'est même déconcertant
16:13la facilité
16:14que ce journaliste
16:15a d'abord à entrer
16:16dans une prison,
16:17ce qui est quand même
16:17une prison,
16:18et puis de rencontrer
16:19quelqu'un qui est quand même
16:19sous le coup
16:20d'accusations extrêmement graves.
16:21Alors, effectivement,
16:22il va avoir des discussions
16:23de plusieurs heures
16:24avec Rezala,
16:25qui va se montrer
16:26beaucoup plus bavard
16:27avec lui
16:28que devant les policiers,
16:29mais alors avec toujours
16:30un discours un peu décousu,
16:32un peu contradictoire,
16:34presque confus
16:34même par moments.
16:35Il va par exemple lui dire
16:36« Je ne sais pas pourquoi
16:37je m'en suis pris à des femmes,
16:39moi je n'ai jamais eu
16:39de problème avec les femmes,
16:40donc il n'arrive pas
16:41à expliquer pourquoi
16:41il s'acharne sur des femmes.
16:43Il va lui parler un peu de Dieu,
16:44il va lui parler un peu
16:45de ses parents,
16:46il va lui parler de sa fille. »
16:47Alors, on comprend
16:47qu'il essaie de donner de lui
16:49une image à la fois
16:51un peu meilleure
16:52que ce qu'on lui reproche,
16:53et en même temps,
16:54il se condamne d'ailleurs
16:55et dire à un moment donné
16:56« Si on avait fait ça
16:56à des membres de ma famille,
16:58moi je les aurais tués,
16:58je leur aurais arraché le cœur. »
16:59Enfin, il a des propos
17:00très violents.
17:01Alors, c'est toujours
17:02son côté un peu manipulateur,
17:05voilà, il est toujours
17:06un peu entre le gentil
17:07et le méchant.
17:08Et alors, quand il va évoquer
17:09ses meurtres
17:10devant le journaliste,
17:11il va parler de flash.
17:12Il va dire « C'est comme un ordre
17:14qu'on te donne en image
17:15et après, tu l'exécutes. »
17:17Et là, ça rappelle un peu
17:18ce que disaient
17:18certains de ses proches
17:20ou des gens
17:20qui l'avaient croisé
17:21quand il était adolescent
17:22qui disaient
17:23« En gros, il peut passer
17:24du sourire et de la gentillesse
17:26à la violence extrême
17:27en quelques secondes. »
17:27C'est-à-dire qu'il bascule
17:28complètement.
17:29Et alors, il raconte aussi
17:30qu'il a été victime
17:32lui-même
17:32d'un viol à Alger
17:33quand il avait 9 ans.
17:35Oui, il va dire aux journalistes
17:36que quand il vivait
17:37dans ce quartier
17:38près d'Alger,
17:39il dira
17:40« Il y a 4 ou 5 personnes,
17:41des gens plus âgés
17:42qui me sont passés dessus. »
17:43Évidemment,
17:44c'est un événement
17:45traumatisant pour lui
17:46mais il le raconte
17:47en 2-3 phrases.
17:49En deux pages,
17:50Sidamed Rezala
17:51se présente en marginal,
17:52voleur de train,
17:53dealer.
17:54Mais il avoue surtout
17:54pour la première fois
17:55les meurtres des 3 femmes
17:57qu'il explique par des pulsions
17:58« Les flashs » répète-t-il.
18:00Pour Émilie Bazin,
18:01retrouvée morte à Amiens,
18:02il la connaissait,
18:03il a vu pleurer son mec,
18:04dit-il.
18:05« Je trouvais dégueulasse
18:06de faire souffrir un mec.
18:0830 secondes avant,
18:09je ne savais pas
18:09que j'allais la tuer.
18:10C'est un flash. »
18:12Isabelle pique.
18:13Une Anglaise
18:14qu'il rencontre
18:15en gare de Limoges.
18:16Il bavarde,
18:17lui prête même son portable
18:18et le flash,
18:19raconte-t-il encore.
18:20« On la retrouvera
18:21jetée du train. »
18:23Puis Corinne Caillot,
18:24dans le Calais Vintimille,
18:26poignardée 13 fois
18:27dans les toilettes.
18:28« Elle,
18:29c'était complètement gratuit,
18:30de la folie pure,
18:31dit-il.
18:31Je ne comprends pas,
18:32je voulais juste la voler. »
18:36Quand elle découvre
18:37les aveux
18:38de Sidamed Rezala
18:39dans la presse,
18:40les familles de victimes
18:41sont à la fois extrêmement
18:42choquées et très soulagées.
18:44Il a cessé de nier
18:45et ses éléments
18:46seront forcément
18:47utilisés au procès.
18:49Mais rien ne se passe
18:50comme prévu.
18:51Le mercredi 28 juin,
18:53vers 22h30,
18:54Sidamed Rezala
18:55met le feu à son lit.
18:57Les produits destinés
18:58à empêcher le matelas
18:59de brûler
19:00libèrent une fumée
19:01extrêmement toxique.
19:02Les gardiens tentent d'entrer,
19:04mais la porte est bloquée
19:05par le lit du prisonnier.
19:06Quand ils arrivent
19:07à forcer ce barrage,
19:09ils découvrent le jeune homme,
19:10inanimé,
19:11mais encore vivant.
19:13Pendant une demi-heure,
19:14les secours
19:15tentent de le ranimer,
19:16en vain.
19:17Sidamed Rezala
19:19meurt dans la nuit,
19:20à 21 ans,
19:21et sans avoir été jugé.
19:24C'est évidemment
19:25une très grosse déception
19:28parce que c'était
19:30très important
19:31que Rezala
19:32puisse être jugée
19:33en France.
19:34Et naturellement,
19:35je pense aux familles
19:36parce que c'est pour elle
19:37une nouvelle épreuve.
19:39Avec la disparition
19:40de Sidamed Rezala,
19:41s'éteint l'action
19:42de la justice.
19:43Le procès du tueur
19:44des trains
19:45n'aura jamais lieu.
19:52Vous venez d'écouter
19:54Crime Story,
19:54le podcast fait divers
19:56du Parisien,
19:56avec à la production
19:58Thibaut Lambert,
19:59à la réalisation
20:00Julien Moncouquiol
20:01et à la rédaction
20:02en chef
20:02Jules Lavi.
20:03Un épisode raconté
20:05avec Damien Delsenis
20:06et un podcast
20:07à retrouver chaque samedi
20:08sur le site
20:09leparisien.fr
20:10et sur toutes
20:11les plateformes d'écoute.
20:12Vous pouvez également
20:13retrouver sur notre site
20:15les références
20:15qui nous ont permis
20:16d'écrire cet épisode.
20:21Sous-titrage Société Radio-Canada
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