Peu connu dans l’hexagone, ce français de 38 ans est pourtant l’un des artistes classiques les plus écoutés outre-Atlantique. Jean-Philippe Riopy raconte dans Code source comment son instrument lui a « sauvé la vie ». Témoignage recueilli par Ambre Rosala.
Dans ce podcast : Un pianiste français est l'un des artistes de musique classique les plus écoutés aux Etats-Unis Riopy a 38 ans et il a la particularité d'avoir vécu toute son enfance dans une secte dans les Deux-Sèvres où il a subi des mauvais traitements. Il considère aujourd'hui que c'est le piano qui l'a sauvé. Après un portrait de lui dans le Parisien le 15 janvier et à l’approche de plusieurs de ses concerts en France nous avons eu envie qu'il prenne le temps de nous raconter son histoire. Il témoigne au micro d'Ambre Rosala.
Jean-Philippe Riopy vit entre Londres et Paris où je le rencontre parce qu'il se prépare à donner son premier concert Français. Riopy n'est pas très connu en France alors qu'il cumule plus de 300 millions de stream dans le monde. Quand nous nous rencontrons son dernier album Bliss sorti en juillet 2021 fait partie des albums classiques les plus écoutées aux Etats-Unis Riopy est très heureux de ce succès mais il m'avoue qu'il ne fait pas vraiment attention aux chiffres …
Pour en savoir plus : https://www.leparisien.fr/podcasts/code-source/riopy-eleve-dans-une-secte-des-deux-sevres-devenu-pianiste-star-aux-etats-unis-14-03-2022-KIZLD3JSVRAP5LJ4TRWUT5ZDJQ.php
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Animation : Raphaël Pueyo - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Thibault Lambert, Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound, Riopy - Identité graphique : Upian.
#Riopy #piano #secte
Dans ce podcast : Un pianiste français est l'un des artistes de musique classique les plus écoutés aux Etats-Unis Riopy a 38 ans et il a la particularité d'avoir vécu toute son enfance dans une secte dans les Deux-Sèvres où il a subi des mauvais traitements. Il considère aujourd'hui que c'est le piano qui l'a sauvé. Après un portrait de lui dans le Parisien le 15 janvier et à l’approche de plusieurs de ses concerts en France nous avons eu envie qu'il prenne le temps de nous raconter son histoire. Il témoigne au micro d'Ambre Rosala.
Jean-Philippe Riopy vit entre Londres et Paris où je le rencontre parce qu'il se prépare à donner son premier concert Français. Riopy n'est pas très connu en France alors qu'il cumule plus de 300 millions de stream dans le monde. Quand nous nous rencontrons son dernier album Bliss sorti en juillet 2021 fait partie des albums classiques les plus écoutées aux Etats-Unis Riopy est très heureux de ce succès mais il m'avoue qu'il ne fait pas vraiment attention aux chiffres …
Pour en savoir plus : https://www.leparisien.fr/podcasts/code-source/riopy-eleve-dans-une-secte-des-deux-sevres-devenu-pianiste-star-aux-etats-unis-14-03-2022-KIZLD3JSVRAP5LJ4TRWUT5ZDJQ.php
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00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Un pianiste français est l'un des artistes de musique classique les plus écoutés aux
00:17Etats-Unis.
00:18Riopi a 38 ans et il a la particularité d'avoir vécu toute son enfance dans une secte dans
00:24les Deux-Sèvres où il a subi des mauvais traitements.
00:27Il considère aujourd'hui que c'est le piano qui l'a sauvé.
00:30Après un portrait de lui dans le Parisien le 15 janvier et à l'approche de plusieurs
00:34de ses concerts en France, nous avons eu envie qu'il prenne le temps de nous raconter son
00:39histoire.
00:40Il témoigne au micro d'Ambre Rosala pour Codesources.
00:51Jean-Philippe Riopi vit entre Londres et Paris, où je le rencontre parce qu'il se prépare
00:55à donner son premier concert français.
00:58Riopi n'est pas très connu en France alors qu'il cumule plus de 300 millions de stream
01:02dans le monde.
01:03Quand nous nous rencontrons, son dernier album, Bliss, sorti en juillet 2021, fait
01:09partie des albums classiques les plus écoutés aux Etats-Unis.
01:12Riopi est très heureux de ce succès, mais il m'avoue qu'il ne fait pas vraiment attention
01:16aux chiffres.
01:17Je suis très touché et c'est super que ma musique soit écoutée au plus grand monde
01:21et tout, franchement bien sûr, je suis très très heureux de ça et j'ai envie de faire
01:24partager ma musique, bien sûr.
01:25Après, ces choses-là comme ça, je ne veux pas regarder, je ne veux pas machin parce
01:29que ça ne me rend pas heureux en fait.
01:32Tous ces chiffres comme ça, ça ne me rend pas heureux, ça ne m'intéresse pas.
01:34Bien sûr que c'est génial d'être top 1 peut-être, mais en même temps, je veux continuer
01:37à faire de la musique pour l'amour de la musique, qui vienne vraiment de ce que je
01:40ressens, de mes émotions, de tout ce que j'ai vécu et je veux que ça reste comme ça.
01:48Jean-Philippe Riopi est né en 1983.
01:51Ses parents se séparent quand il a six mois et il ne revoit plus jamais son père.
01:56Sa mère, elle, rencontre un homme un an plus tard et ils partent s'installer dans les
02:00Deux-Sèvres, près de New York, dans une secte religieuse dirigée par une femme gourou.
02:05Sa mère emmène avec elle Jean-Philippe, qui a à peine deux ans, et ses quatre frères
02:10et sœurs.
02:11J'ai grandi dans une secte et effectivement, j'étais un peu coupé du monde.
02:14Je n'ai pas énormément de souvenirs de mon enfance parce que ça a été pas mal
02:18de choses traumatisantes, la façon dont j'ai grandi.
02:21C'est un mode de vie complètement différent où tu es un peu une espèce d'esclave et c'est
02:26des jeux pervers, c'était très très difficile.
02:29Dans cette secte, Jean-Philippe est parfois frappé et subit des sévices psychologiques.
02:33Les règles sont très strictes et il est interdit de regarder la télévision ou d'écouter
02:38de la musique.
02:39Mais il y a un vieux piano abandonné et Jean-Philippe commence à en jouer quand il a deux ans.
02:44Je fais du piano comme je marche en fait, ça a toujours fait partie de ma vie.
02:48Toujours, toujours fait partie de ma vie.
02:49J'ai eu de la chance qu'on ait un vieux piano.
02:52J'allais sur le piano, j'étais tellement attiré par les sons que je commençais à toucher
02:56une note.
02:56Et en fait, petit à petit, j'écoutais une note avec une autre et puis j'ai réalisé
03:01très vite qu'en fait, il y a des notes qui sont en enfilade et petit à petit, si je
03:06commence à apprendre des gammes, si je commence…
03:08Et donc j'apprenais tout seul les sons qu'il y allait avec les uns, avec les autres.
03:11Moi, j'avais l'impression de jouer à un puzzle en fait.
03:14C'est comme ça que j'ai commencé en fait.
03:16Je créais de la musique parce que je n'avais rien du tout.
03:19Enfant, Jean-Philippe grandit dans la peur d'être puni et de subir des sévices.
03:24Et à cause de ça, il développe des troubles obsessionnels compulsifs.
03:28Je me suis mis à compter absolument tout ce que je pouvais.
03:31Et quand je me retrouvais assis sur une chaise pendant une journée entière, bon bah, tu
03:34occupes ton esprit.
03:35Et du coup, je comptais absolument tout, tout, tout.
03:36C'est-à-dire le parquet, la fenêtre, les carreaux.
03:39Il me fallait toujours de la symétrie, toujours tout compter.
03:42Et c'est rigolo parce que c'est vraiment effectivement le piano qui m'a sauvé, mais littéralement
03:47parce que la porte de sortie, c'était la musique.
03:51Le seul moment où je ne compte pas du tout, c'est quand je joue.
04:00Parfois, la femme gourou demande aux personnes de la secte de s'adresser à Dieu pour demander
04:05une réponse à telle ou telle question.
04:07Un jour, quand Jean-Philippe a 14 ans, comme elle voit qu'il passe beaucoup de temps au piano,
04:12elle lui ordonne de demander à Dieu s'il doit se débarrasser de son piano.
04:17Quand la gourou, elle venait nous voir et qu'elle me disait, voilà, tu demandes à Dieu,
04:20tout de suite, tu savais, bon, il va falloir répondre correctement, sinon tu vas te faire
04:22démonter et c'est fini.
04:25Et si elle me demandait ça, c'est qu'elle voulait vendre mon piano.
04:27Donc je dis, bah, vendre mon piano.
04:29Et j'étais là, merde, il vient de me faire faire, moi, vendre mon piano.
04:33C'était horrible.
04:40Jean-Philippe vit très mal le fait de ne plus pouvoir jouer de piano.
04:44Au lycée, il est envoyé en internat et secrètement, il espère réussir à trouver un moyen de reprendre
04:50sa musique.
04:51Je suis allé directement voir le proviseur du lycée et je dis, il n'y a pas un moyen
04:55qu'on puisse avoir un piano, machin et tout.
04:57Et elle m'a dit, ah, il faut, je ne sais plus, 300 signatures ou je ne sais pas quoi.
05:00Je suis allé voir absolument tout le monde.
05:02Et trois semaines plus tard, j'avais un piano dans une petite salle.
05:06Et puis en fait, c'était mon piano.
05:08C'est-à-dire que tout le monde savait que c'était mon piano.
05:09Donc j'allais là-bas et puis quand il y en a d'autres qui allaient jouer et que j
05:11'arrivais,
05:12on me disait, vas-y Jean-Philippe, tu vas.
05:14Parce que c'était, ça faisait partie, ah, j'y allais tout le temps, tout le temps.
05:17Et je séchais les cours et tout le monde le savait.
05:18Mais comme tout le monde un peu connaissait l'histoire, il me laissait faire.
05:22Et ça, c'était vraiment chouette parce que j'étais tellement, j'étais dépressif, je veux dire.
05:27Donc du coup, le piano, ça me faisait vivre.
05:30Le week-end, Jean-Philippe doit rentrer auprès de sa famille dans la secte.
05:34Et les violences continuent pendant toute son adolescence.
05:37Je souffrais tellement que mon corps, il lâchait.
05:40Donc j'avais 17 ans et j'étais hyper malade.
05:43Le stress était tellement intense que mon dos était complètement dans un état lamentable.
05:48C'est là que tu réalises que le stress, ça peut effectivement vraiment tuer.
05:50Et le jour de mes 18 ans, je suis parti.
05:58Et le jour où je suis parti, mes problèmes de santé ont commencé à se résorber.
06:02Et je m'étais mis à un but.
06:03Du coup, je me suis dit, je vais partir à Los Angeles faire de la musique parce qu'il fait
06:06beau.
06:06Et puis, une échappée, un échappatoire.
06:09Et puis du coup, je me suis retrouvé à LA, à galérer.
06:14C'était super dur.
06:15Je pleurais tout le temps.
06:16J'étais un peu difficile.
06:17J'étais seul, j'étais hyper seul.
06:19J'avais personne.
06:20J'avais personne.
06:21Parce que dans une secte, tu coupes tous les contacts avec tout le monde.
06:23T'as pas de famille, t'as rien.
06:24T'es tout seul et t'es là.
06:25Et t'es là, tu dois survivre.
06:26Et voilà, je nettoyais des chiottes en échange d'une chambre avec des lits en superposé derrière le Mines Chinese
06:34Theater à Hollywood.
06:36Et j'essayais de jouer de mon piano.
06:38J'essayais de jouer du piano partout.
06:40Et c'était super dur.
06:41En plus, j'avais pas de visa.
06:42Ah, c'est très difficile.
06:45Jean-Philippe rentre en France au bout d'un mois.
06:48Il a complètement coupé les ponts avec sa mère et ses frères et sœurs restés dans la secte.
06:52Et il n'a plus aucune nouvelle.
06:55À 19 ans, il trouve un petit boulot de surveillant dans un lycée.
06:58Puis il essaye de gagner sa vie grâce au piano à Paris.
07:02Mais comme sa musique, qu'il compose lui-même, n'est ni classique, ni jazz, ni pop,
07:06personne n'est vraiment intéressé.
07:09Quand il a 21 ans, il décide de partir à Londres, où il se dit qu'il aura peut-être
07:13plus de chances.
07:15Mais là-bas, il va toujours très mal.
07:18Il est dépressif, il tombe dans la drogue et il a parfois des idées suicidaires.
07:23Jean-Philippe réussit à trouver du travail comme vendeur dans un magasin de piano.
07:28Et un jour, un philanthrope anglais qui s'appelle Michael Freeman entre dans la boutique.
07:34Il vient au magasin et il me dit « Hey, how are you ? »
07:37Et quand tu es français, « How are you ? » déjà, tu n'as pas l'habitude.
07:39On ne te dit pas « Comment ça va ? »
07:40On te dit « Bonjour ! »
07:41« Ok, bonjour. »
07:42Si on te dit « Comment ça va ? »
07:43Tu attends la réponse.
07:44Mais les Anglais, en fait, ils s'en foutent de la réponse.
07:46C'est une rhétorique.
07:46Donc c'est « Hey, how are you ? »
07:47Et moi, tout de suite, je réponds « Oh, I'm very bad, thank you. »
07:50« I just want to kill myself. »
07:51Je ne vais pas bien du tout.
07:52J'ai juste envie de me tuer, en fait.
07:55Et j'avoue, j'ai été un peu suicidaire.
07:56Mais après, j'ai pris conscience.
07:59Pourquoi je dis ça ?
07:59Je vais me faire virer.
08:01J'ai commencé à paniquer.
08:03Et puis, en fait, il me dit « Non, non, mais on en part. »
08:05Et je dis « Non, non, je suis désolé, vraiment désolé. »
08:07Et puis, en fait, il m'a dit « Viens boire un verre et tout. »
08:09Et on discute.
08:10Et il m'a attendu quand j'ai fini le taf.
08:11Et puis, après le travail, en fait, il voulait m'écouter jouer.
08:15Et il a fait venir un pianiste classique d'Oxford.
08:18Donc là, j'avais la pression.
08:20Et en fait, je me retrouvais dans la mezzanine du magasin de musique
08:23avec deux pianos, deux grands Steinway, l'un en face de l'autre.
08:27Et je me suis mis à jouer.
08:28Et ils ont vraiment beaucoup aimé.
08:30Et à la fin, le pianiste en question, il me demande s'il peut jouer avec moi,
08:32qu'on fasse un duet, quoi.
08:34Et je m'en souviens encore, parce que j'avais eu des frissons.
08:36On avait fait quelque chose de très beau.
08:38Quand tu lâches tout et tu joues juste pour la musique,
08:40ça crée quelque chose de spécial.
08:45Michael Freeman lui dit que s'il veut vivre de sa musique,
08:47Jean-Philippe devrait aller à Oxford
08:49et étudier la musique contemporaine à l'université.
08:53Comme Jean-Philippe rejette toute forme de cadre,
08:55l'idée d'aller à la fac ne l'emballe pas vraiment.
08:58Mais il accepte quand même de se rendre à Oxford
09:01et de passer des auditions devant plusieurs professeurs
09:04qui lui permettront peut-être de rejoindre l'université.
09:07Et là, ils me disent, tu te mets au piano, tu joues un truc.
09:10J'étais là, bon, ok, je joue mon truc.
09:12Donc il kiffe, apparemment.
09:13Il me dit, oh, là, c'est pas mal, tout.
09:14Puis après, il y en a un qui va se mettre au piano
09:17et là, il joue des accords et il me demande
09:19quels sont les accords ?
09:20Puis moi, j'étais là, oh là là, parce que mon solfège,
09:21il était nas de chez nas.
09:24Moi, j'ai appris tout seul, je ne savais pas trop.
09:26Et en fait, je suis juste allé,
09:27bon, ça, c'est un, je ne sais pas, un la mineur, un do machin.
09:31Et puis, en fait, apparemment, c'est passé.
09:33Et du coup, j'ai eu une offre spéciale et je me suis retrouvé du cours à faire mes trois
09:38ans là-bas.
09:38Je détestais, c'était très, très dur.
09:40Mais ce qui était bien, c'est que j'avais une clé pour aller à l'université.
09:45Et du coup, à Oxford, comme j'étais un peu foufou,
09:49ce que je faisais, c'est que j'allais à trois heures du mat à la fac avec ma clé.
09:53Je ramenais tous les copains.
09:55On y allait tous, puis s'allongeaient tous.
09:56Et je commençais à jouer du piano.
09:58Et je faisais ça absolument tout le temps.
10:00Donc ça, c'était les belles années d'Oxford.
10:02Avoir accès à ça, ça, c'était cool.
10:05À Oxford, Jean-Philippe déprime toujours et fume et boit beaucoup.
10:09Mais il fait du piano bar le week-end dans un hôtel et trouve un manager.
10:14C'est un homme qui habite à Londres
10:15et qui se trouve être le voisin de la rédactrice en chef du magazine Vanity Fair.
10:20Il la présente à Jean-Philippe.
10:22Et comme elle apprécie sa musique,
10:24elle l'invite à une soirée qu'elle organise avec de nombreuses personnalités anglaises.
10:29Et je me retrouve dans une salle avec tout le gratin londonien,
10:33absolument tout le monde.
10:35J'étais un peu terrorisé parce qu'il y a quand même une attitude.
10:37Il y a quand même une attitude, tu sais, ils sont tous très, très bien habillés.
10:40Tu sens qu'ils sont tous à l'aise.
10:42C'est assez, tu vois, c'est un peu intimidant.
10:44Et puis là, au plein milieu du dîner,
10:46elle se lève et elle fait ting, ting, ting.
10:48On a un special guest, un invité spécial.
10:51Et alors là, moi, je sens tout mon corps.
10:54Je crois que je n'ai jamais été aussi nerveux de ma vie.
10:56Et donc, elle me dit, on va nous jouer un morceau de musique.
10:58Et là, je me lève et puis je vais au piano.
12:18J'arrête de jouer et là, j'entends rien, absolument rien.
12:21Et j'ai eu peur d'avoir vraiment raté.
12:24Et donc, je me lève et là, tout le monde se lève et applaudit, machin et tout.
12:28Et qui je vois ? Chris Martin, qui était le chanteur de Coldplay, qui était à la table.
12:33Et en fait, il me dit de venir.
12:35Il me fait un signe, viens, viens, viens.
12:36Et puis, il me dit à quel point il avait adoré.
12:39Et puis voilà.
12:39Puis là, il me demande de rester avec lui à table et tout.
12:41Puis moi, j'étais un peu timide.
12:42Et puis moi, je ne suis pas comme ça.
12:44Donc, je suis retourné à ma table.
12:46Puis à la fin, il fait tout le tour.
12:48Il vient me voir et puis il me fait un gros câlin.
12:50Et ça m'avait touché, bien sûr.
12:54Trois semaines plus tard, il m'offre un piano.
12:59Après ça, Jean-Philippe travaille de plus en plus.
13:03Il joue dans des soirées et commence à gagner sa vie grâce au piano.
13:07Il rencontre sa compagne, Sabra, et ils s'installent ensemble dans un bel appartement londonien.
13:13Mais malgré ça, il va toujours très mal.
13:16Là, vraiment, je gagnais très bien ma vie.
13:17Je composais pour plein de trucs, je faisais plein de trucs et tout.
13:20Et puis en fait, j'étais toujours dépressif.
13:22Je n'oublierai jamais.
13:22J'étais là, mais merde, j'ai mon piano.
13:24Je gagne ma vie.
13:26Je sors, j'ai des copains, j'ai une vie normale.
13:28Et en fait, je suis toujours super malheureux.
13:30Je me dis, mais je ne peux pas continuer comme ça.
13:31Je ne peux pas continuer à souffrir autant.
13:34Et j'ai arrêté de boire, j'ai arrêté de fumer.
13:36J'ai absolument tout arrêté.
13:38Et là, je me suis dit, ok, maintenant, je veux aller bien.
13:40Quand je joue de la musique, je ne suis pas déprimé.
13:43Mais je ne peux pas faire de la musique 24 heures sur 24.
13:45Donc, il fallait trouver d'autres trucs.
13:46Et là, j'ai acheté un casque pour mesurer mes ondes cérébrales.
13:49Donc, j'ai commencé à lire tout ce que je pouvais sur la neuroscience.
13:52Sur, ok, comment est-ce que mon problème, il vient de mon cerveau ?
13:54Comment je gère mon cerveau ?
13:55Et donc, j'ai découvert la méditation grâce aux neurosciences.
14:00Et c'est marrant parce que tout ça, ça, ça m'a aidé.
14:12En 2017, à 34 ans, Jean-Philippe signe avec la maison de disques américaine Warner.
14:18En 2018, il sort un premier album éponyme sous le nom de Riopi.
14:23Son morceau « I love you » séduit de nombreuses personnes, en Chine et aux Etats-Unis notamment.
14:29Il sort un deuxième album, puis un troisième, « Bliss », à l'été 2021,
14:34qui est devenu quelques mois plus tard l'album classique le plus écouté aux Etats-Unis pendant trois semaines d
14:39'affilée.
14:41Une consécration pour Riopi, qui en 2018, à la naissance de sa fille,
14:46a décidé de reprendre contact avec sa mère et ses frères et soeurs qui ont quitté la secte,
14:50mais qu'il n'avait jamais revu depuis sa majorité.
14:54J'ai repris contact et aujourd'hui, je veux que tout le monde soit heureux.
14:57C'est pour ça que j'évite de parler vraiment trop, trop du passé, parce que je ne veux pas
15:00faire de mal à qui que ce soit.
15:01Ma mère, elle a fait ce qu'elle a pu. Elle a eu, elle aussi, une vie difficile.
15:04Et du coup, bon, ben voilà, elle s'est fait avoir. Elle a énormément souffert aussi.
15:08Et donc, bien sûr que je lui pardonne et je ne veux pas lui faire de mal encore plus aujourd
15:12'hui.
15:12Mes frères et soeurs, c'est pareil.
15:13Parce que je n'étais pas avec eux quand ils ont grandi.
15:15Et ça, moi, c'est quelque chose que je n'ai récupéré jamais. Et eux non plus.
15:20Et en fait, c'est pour ça que je renoue les contacts avec tout le monde.
15:23Surtout là, la vie, elle est assez difficile pour tout le monde.
15:27L'empathie, la compassion et tout ira bien.
15:29Qu'est-ce que vous devez au piano selon vous aujourd'hui ?
15:33Tout. Je serais mort.
15:35Non, non, vraiment, je serais mort parce que j'ai déjà tenté, me suis dit plein de fois quand j
15:38'étais plus jeune.
15:38C'était tellement difficile que voilà, donc la musique m'a vraiment sauvé la vie.
15:43Faire du piano, ça m'a aidé à garder, à être en vie, vraiment.
16:07Ambre Riopi est l'un des artistes classiques les plus écoutés aux Etats-Unis.
16:11Est-ce qu'on sait pourquoi sa musique plaît autant dans ce pays ?
16:14Alors en fait, la musique de Riopi, elle est souvent utilisée sur des applications ou des plateformes américaines de yoga
16:19ou de méditation.
16:21Lui-même, il en fait beaucoup, donc c'est vraiment un moteur artistique pour lui.
16:25Et sa musique fonctionne très bien pour ce genre de pratiques.
16:29Et en fait, depuis le confinement, il y a eu une explosion du yoga et de la méditation, un peu
16:33partout dans le monde, mais aussi aux Etats-Unis.
16:36Et ça explique en fait, au moins en partie, pourquoi il est autant écouté là-bas aujourd'hui.
16:41Le Parisien a fait son portrait le 15 janvier dernier.
16:43Comment est-ce qu'il vit le fait d'être de plus en plus connu ?
16:46Alors en France, il reste assez peu connu du grand public, donc c'est pas quelque chose qu'il vit
16:50au quotidien.
16:51En tout cas, il est heureux que sa musique plaise.
16:54C'est vraiment ce qui ressort.
16:55Mais il m'a quand même expliqué qu'être célèbre, c'était pas du tout un but pour lui.
16:58Et qu'il voulait continuer à jouer du piano pour le plaisir et parce que c'est ça qui lui
17:02fait du bien.
17:03Riopi s'est produit sur scène à Paris le 14 mars au Café de la Danse.
17:07Quand est-ce qu'on pourra le voir à nouveau en France ?
17:09Il sera en concert au Trianon à Paris le 13 avril, puis à Nantes le 14.
17:14Et ensuite, il va partir pour une tournée mondiale en Allemagne, au Royaume-Uni, puis plus tard aux Etats-Unis,
17:20au Canada et au Japon.
17:21Pour celles et ceux qui n'ont pas la chance d'assister à l'un de ses concerts, j'imagine
17:24qu'on peut le voir aussi sur Internet, sur Youtube par exemple ?
17:27Oui, il partage beaucoup ses musiques sur sa page Youtube.
17:30Il publie des clips, mais aussi des vidéos de lui où on le voit en train de jouer ses morceaux
17:35au piano.
17:35Et il est assez présent aussi sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook et Instagram, où pareil, il publie des
17:41petites vidéos de lui pour faire découvrir sa musique.
17:45Merci Ambre Rosala et merci à Eric Bureau pour l'idée de ce reportage.
17:49Cet épisode de Codesources a été produit par Thibault Lambert et Raphaël Pueyo.
17:54Réalisation, Julien Moncouquiol.
17:56Codesources, le podcast d'actualité du Parisien, est disponible sur toutes les plateformes.
18:01Nous publions un nouvel épisode chaque soir de la semaine.
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18:21Sous-titrage Société Radio-Canada
18:22Sous-titrage Société Radio-Canada