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A deux mois du début des Jeux de Paris, celui qui est souvent considéré comme l’inventeur des JO modernes n’est pas particulièrement célébré, ni par le comité d’organisation des Jeux, ni par la classe politique.
Cet épisode de Code source est raconté par Vincent Mongaillard, qui couvre la préparation des Jeux olympiques, et Benoît Daragon, journaliste au service culture du Parisien.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network

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#paris2024 #jo2024 #jeuxolympiques

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Pierre de Coubertin est considéré comme l'inventeur des Jeux Olympiques modernes
00:16ou à minima comme celui qui a réussi à les mettre sur pied à la toute fin du XIXe siècle.
00:22A l'approche des Jeux Olympiques de Paris 2024, le baron français est pourtant très peu mis à l'honneur
00:28par les organisateurs et pour cause. C'est une figure historique controversée.
00:33Depuis sa mort en 1937, plusieurs historiens ont relevé des déclarations de Coubertin
00:38qui apparaissent aujourd'hui choquantes sur le rôle des femmes, le colonialisme ou encore les races.
00:44Certains lui reprochent également ses bonnes relations en son temps avec le régime nazi.
00:49Cet épisode de Codesource est raconté par deux journalistes du Parisien, Vincent Mongaillard,
00:54il couvre la préparation des Jeux Olympiques et Benoît d'Aragon, reporter au service culture.
01:08Benoît d'Aragon, le lundi 11 mars, vous rencontrez pour le Parisien deux femmes
01:13qui comptent parmi leur ancêtre, le baron Pierre de Coubertin,
01:17souvent décrit comme l'inventeur des Jeux Olympiques modernes.
01:20Est-ce que vous pouvez nous les présenter ?
01:22Il s'agit de Diane et de Alexandra de Navassel, ses deux sœurs.
01:25Elles sont les arrière-arrière-petites-nièces du baron Pierre de Coubertin.
01:29On les rencontre à leur demande. Elles avaient sollicité ce rendez-vous.
01:32Elles viennent au journal, elles sont parisiennes.
01:34C'est des femmes assez élégantes.
01:37Elles sont en mission.
01:38La mission, c'est de réhabiliter leur ancêtre
01:40ou en tout cas de recontextualiser ce qu'il a pu dire et ce qu'il a pu faire.
01:43En résumé, ces deux descendantes déplorent que le baron ne soit pas assez commémoré dans son pays
01:48à l'approche des JO de Paris, c'est ça ?
01:50Elles disent que c'est un paradoxe, c'est-à-dire que cet homme est célébré partout dans le monde
01:55et en France, on se bouche un peu le nez.
01:57Et effectivement, à l'approche de ces troisième Jeux d'été à Paris,
02:01en sachant que les deux premiers ont les doigts au baron de Pierre de Coubertin,
02:04qui dirigeait le CIO à l'époque,
02:06on parle très peu de leur ancêtre et elles s'en étonnent.
02:13Alors on va voir comment Pierre de Coubertin est devenu une figure historique controversée.
02:18Mais d'abord, Vincent Montgaillard, vous allez nous retracer les moments clés de sa vie.
02:22Pierre de Coubertin naît le 1er janvier 1863 à Paris, dans le 7e arrondissement.
02:27Qu'est-ce qu'on sait de son enfance ?
02:29Il est issu d'une famille aristocratique catholique.
02:33Son père est un artiste peintre, sa mère élève les enfants.
02:38Quatre enfants, donc Pierre de Coubertin a deux frères et une sœur,
02:43deux frères avec qui il ne s'entendra jamais.
02:46C'est un bon élève, il étudie le grec,
02:50mais il échoue au concours d'entrée de l'école militaire Saint-Cyr
02:55et se lance alors dans des études de droit.
02:57À partir de ses 20 ans, il fait plusieurs séjours au Royaume-Uni et en Amérique
03:02où il découvre et pratique de nombreux sports.
03:05Et lorsqu'il revient en France, il est très influencé par ce qu'il a vu là-bas.
03:09Oui, alors le sport, il le pratiquait déjà assidûment dans le château familial en Seine-Maritime,
03:16dans le château de Myrville.
03:17C'est là qu'il a découvert l'aviron, la boxe, le tennis.
03:21Mais dès qu'il traverse la Manche pour aller en Angleterre
03:24ou l'Atlantique, pour se rendre aux États-Unis,
03:28il est complètement fasciné par la culture sportive dans les écoles,
03:33les collèges et les lycées de ces deux pays pour éduquer les jeunes.
03:38Et qu'est-ce qu'il fait alors à partir de là ?
03:40Alors il revient fasciné de ce modèle anglo-saxon.
03:43Et là, il va tout faire à travers des associations
03:46pour devenir un militant du sport à l'école
03:49et du rôle du sport pour éduquer la jeunesse.
03:53À partir de 1892, Pierre de Coubertin se lance dans un grand projet,
03:58celui de relancer les Jeux olympiques qui existaient dans l'Antiquité,
04:02abolis en l'an 394,
04:05pour en faire une grande compétition sportive internationale.
04:08Vincent Mongaillard, est-ce que c'est vraiment son idée ?
04:11Et comment il s'y prend pour convaincre tout le monde ?
04:13Alors des projets de rénovation des Jeux olympiques antiques,
04:18il y en a eu avant lui,
04:20mais à grande qualité de Coubertin,
04:23c'est à la fois qu'il est un excellent orateur
04:26et qu'il a un excellent réseau.
04:28Donc il va réussir à imposer son idée.
04:30Son idée, c'est la suivante,
04:32que les peuples s'affrontent,
04:34mais sur le terrain sportif,
04:37plutôt qu'à travers des guerres.
04:38Et il veut internationaliser le sport,
04:41que les pays puissent se fédérer
04:43et qu'il y ait en quelque sorte un universalisme
04:46à travers les Jeux olympiques.
04:51Le comité international olympique est fondé en 1894.
04:56Pierre de Coubertin en prend la tête deux ans plus tard,
04:59lorsqu'il a 33 ans.
05:011896, c'est l'année des premiers JO modernes.
05:04Ils sont organisés à Athènes, en Grèce.
05:06Il y aura ensuite Paris en 1900,
05:09pendant l'exposition universelle,
05:10puis à Saint-Louis aux Etats-Unis en 1904.
05:13Comment se passent pour lui tous ses premiers Jeux ?
05:16Les débuts de Coubertin dans l'olympisme
05:18ne sont pas de grand succès,
05:21puisque les premiers JO, c'est en Grèce,
05:24alors que Coubertin militait pour que ça soit en France.
05:28Pour lui, c'est une première défaite.
05:30Ensuite, les JO de 1900 à la maison,
05:32pour Coubertin, à Paris,
05:34c'est un échec,
05:35puisque ces Jeux sont dans l'ombre
05:36de l'exposition universelle.
05:38Et les Parisiens savent à peine
05:41qu'on y tient des JO.
05:43Et enfin, les JO en 1904,
05:46à Saint-Louis dans le Missouri,
05:47sont tristement célèbres
05:49pour leur journée anthropologique
05:52où des tribus indiennes, mexicaines s'affrontent
05:57et sont regardées par le blanc civilisé
06:00comme des bêtes de foire.
06:03La Première Guerre mondiale éclate en 1914.
06:06Qu'est-ce qu'il fait pendant cette période ?
06:08Il a été engagé comme interprète anglais
06:12au Quai d'Orsay
06:13où il a contribué à la propagande nationale
06:18auprès notamment des soldats.
06:21C'est pendant ce conflit
06:23qu'il déménage le CIO,
06:26le Comité international olympique,
06:28jusque-là installé à Paris.
06:29Il le déménage à Lausanne, en Suisse.
06:32Et d'ailleurs, c'est toujours le siège du CIO aujourd'hui.
06:35Vincent Mongaillard, à cette époque,
06:36comment Pierre de Coubertin est perçu par ses contemporains ?
06:39Coubertin, il dérange.
06:41Ce n'est pas une figure qui fait l'unanimité.
06:44Il a un petit côté grande gueule où il la ramène.
06:47Donc, c'est une figure clivante
06:49avec ses partisans et ses détracteurs.
06:52Sur le plan personnel,
06:53Pierre de Coubertin épouse la fille
06:55d'un ancien ministre de Napoléon III,
06:57Marie Rotan.
06:58Ensemble, ils ont deux enfants
07:00dont le fils aîné, Jacques,
07:01souffre d'un lourd handicap mental.
07:03En 1924, Paris est la ville haute des Jeux olympiques
07:07pour la deuxième fois.
07:08Et après ça,
07:09Pierre de Coubertin quitte la présidence du CIO.
07:11Mais il reste impliqué jusqu'à sa mort,
07:14le 2 septembre 1937, à Genève,
07:17à l'âge de 74 ans.
07:19Comment se passe la fin de sa vie ?
07:20Eh bien, c'est une fin de vie plutôt triste pour lui
07:23puisqu'il se sent oublié.
07:25Il vit reclus en Suisse, à Lausanne.
07:30Il est ruiné puisqu'il a englouti toute sa fortune
07:34dans le projet de sa vie,
07:36en l'occurrence la rénovation des Jeux olympiques.
07:39Et il meurt lors d'une balade dans un parc
07:43d'une crise cardiaque,
07:44donc une mort brutale.
07:46Il sera ensuite inhumé à Lausanne,
07:50au siège du CIO.
07:51Et son cœur, conformément à ses dernières volontés,
07:56rejoindra Olympie en Grèce,
07:58le berceau de l'olympisme.
08:04Vincent Mongaillard,
08:05ce n'est qu'après la Seconde Guerre mondiale,
08:08après 1945,
08:09et plus exactement dans les années 60,
08:11que la figure de Pierre de Coubertin
08:13est commémorée,
08:14notamment sous l'impulsion du général de Gaulle.
08:16Oui, après avoir été longtemps oublié,
08:19on peut dire que c'est une figure qui est réhabilitée.
08:22Les Français apprennent à connaître Coubertin.
08:26Comment ?
08:26Tout simplement en baptisant des salles de sport,
08:30des rues,
08:31au nom de Coubertin.
08:32Ce matin, le comité olympique français
08:35a inauguré à la Sorbonne
08:37la plaque commémorative
08:38et la plaque commémorant
08:40la rénovation des Jeux olympiques
08:42par le baron Pierre de Coubertin.
08:44Et puis c'est l'époque où le général de Gaulle
08:46fait de l'olympisme une cause nationale,
08:49c'est-à-dire qu'on se donne comme objectif
08:52de récolter davantage de médailles.
08:54Et c'est comme ça que le grand oublié va ressusciter.
08:57À ce moment-là,
08:57on souffle même au général de Gaulle
08:59l'idée de faire entrer Pierre de Coubertin au Panthéon.
09:02Que répond le général à ça ?
09:03Alors le général répond que l'idée est à retenir,
09:07mais Coubertin, quand même,
09:09ce n'est pas Jean Moulin.
09:10Et Jean Moulin, c'est la grande figure de la résistance.
09:13Donc il écarte d'une certaine manière ce projet.
09:17A partir des années 80,
09:19de nombreux travaux d'historiens
09:21qui se sont notamment appuyés sur les écrits
09:23qu'a laissés Pierre de Coubertin à sa mort,
09:25plus de 16 000 pages,
09:26font ressurgir le côté sombre du baron.
09:29On parle de quoi au juste ?
09:30On lui reproche d'abord son antisémitisme,
09:34d'avoir été anti-Dreyfusard.
09:37Alors Dreyfus, c'est ce militaire juif
09:40accusé en 1894 de trahison.
09:43On lui reproche aussi ses saillies misogynes,
09:47ses sorties racistes et colonialistes.
09:52Alors on va reprendre toutes ces accusations.
09:55Sur la misogynie, par exemple,
09:56quelles sont les déclarations ou les faits
09:58qui vont dans ce sens ?
09:59Alors on lui a beaucoup reproché
10:01d'avoir interdit aux femmes
10:04de participer aux Jeux olympiques.
10:07Parce que pour lui,
10:08une Olympiade femelle serait impratique,
10:12inintéressante, inesthétique et incorrecte.
10:14Voilà ce qu'il a dit un jour dans sa vie.
10:17Je n'appose pas personnellement
10:19la participation des femmes
10:21à des concours publics,
10:22ce qui ne signifie nullement
10:24qu'elles doivent s'abstenir
10:26de pratiquer un grand nombre de sports,
10:29mais sans se donner en spectacle.
10:32Aux Jeux olympiques,
10:33leur rôle devrait être surtout,
10:36comme aux anciens tournois,
10:38de couronner les vainqueurs.
10:39Là, c'est totalement de la misogynie.
10:41Mais en même temps,
10:43c'est ce qui fait toute la complexité
10:44du personnage,
10:46c'est qu'il est capable
10:46de dire tout et son contraire.
10:48Parce que c'est le même homme
10:49qui va aussi affirmer
10:51qu'il convient de travailler
10:53à l'égalité des sexes
10:54et qu'il est nécessaire
10:56que les lois protègent la femme
10:58et là, je cite,
10:59qu'on la mette en mesure
11:00de résister et d'échapper
11:02à la tyrannie maritale.
11:04Concernant les accusations de racisme,
11:06qu'est-ce qu'il a pu dire au juste ?
11:08Il a affirmé par exemple
11:09que les races sont de valeurs différentes
11:11et à la race blanche
11:13des sens supérieurs
11:14« Toutes les autres doivent faire allégeance ».
11:17Il a aussi dit
11:18« Je suis un colonial fanatique ».
11:21Mais il a également affirmé
11:22que le sport est l'apanage
11:24de toutes les races
11:25et que les colonisés
11:26devraient désormais
11:27se voir traités en égaux,
11:29ce qui est à l'époque
11:30plutôt progressiste.
11:31Donc si le baron peut dire
11:33une chose un jour
11:34et autre chose le lendemain,
11:36j'imagine qu'il fait l'objet
11:37d'une dispute entre les spécialistes.
11:39Oui, puisqu'il y a des historiens
11:41qui, pendant longtemps,
11:43ont tressé des lauriers
11:44à Coubertin,
11:45occultant sa part d'ombre.
11:48Et puis, de manière plus récente,
11:50dans les années 70, 80, 90,
11:53notamment sous l'impulsion
11:54du sociologue du sport
11:55Jean-Marie Brome,
11:57on a des historiens plus critiques
11:59qui se plongent dans les écrits
12:01et qui dressent un portrait
12:04controversé du baron.
12:05Donc on n'a jamais eu
12:07unanimité des historiens
12:08autour de la figure de Coubertin.
12:12Vincent Mangayard
12:13en prête aussi au baron
12:14des devises célèbres,
12:15mais qui ne sont pas de lui.
12:17Il y en a au moins deux.
12:19Celles que l'on connaît tous,
12:20l'important, c'est de participer.
12:23En fait, cette phrase
12:24n'est pas de lui.
12:25Il l'a récupérée
12:26auprès d'un évêque
12:27de Pennsylvanie
12:28qui, quelques jours plus tôt,
12:30l'avait prononcée
12:31lors d'une messe,
12:32toujours à Londres,
12:33à l'occasion des Jeux Olympiques
12:35dans la capitale britannique.
12:38Et la phrase exacte
12:40de cet évêque,
12:41c'était
12:42« L'important dans ces Olympiades,
12:44c'est moins d'y gagner
12:45que d'y prendre part ».
12:46Et puis, il y a
12:47la devise olympique,
12:49plus vite, plus haut, plus fort.
12:52Et cette devise,
12:53en fait,
12:54elle est totalement inspirée
12:56d'un prêtre dominicain
12:58qui s'appelle
12:59le père Didon
13:00et qui était un ami
13:01de longue date
13:02du baron Pierre de Coubertin.
13:03Mais Pierre de Coubertin,
13:04il a quand même
13:05inventé certaines choses ?
13:06Oui,
13:07puisque Coubertin,
13:08c'était un grand visionnaire.
13:10Il a notamment dessiné
13:12les anneaux olympiques,
13:14les cinq anneaux
13:14qui représentent
13:15les cinq continents
13:16et qui font aujourd'hui
13:18de ça
13:18l'un des logos
13:19les plus connus
13:20au monde.
13:21Et puis,
13:21si l'une des langues
13:22officielles
13:23du CIO
13:24et de l'olympisme,
13:25c'est le français,
13:26eh bien,
13:27c'est grâce aussi
13:28au baron Pierre de Coubertin.
13:31Des historiens relèvent
13:33également sa complaisance
13:34envers le régime nazi,
13:36notamment lors des JO
13:37organisées à Berlin
13:38en 1936,
13:40au moment où Adolf Hitler
13:42est au pouvoir.
13:42Pourquoi ?
13:43Alors,
13:43à cette époque,
13:44Coubertin,
13:45il n'est plus président du CIO,
13:47mais c'est encore
13:48une voie qui compte.
13:50Eh bien,
13:50durant ces années
13:52de montée en puissance
13:53du nazisme,
13:54il n'a jamais condamné
13:55le régime
13:56et il n'a jamais condamné
13:58les Jeux olympiques
13:59de Berlin
14:01en 1936.
14:02Alors,
14:03il avait été invité
14:04à ces Jeux,
14:05il ne s'est pas rendu,
14:06mais il a quand même
14:07prononcé une allocution
14:09qui avait été enregistrée
14:10et qui a résonné
14:11lors de la cérémonie
14:12d'ouverture.
14:14Et à la fin des Jeux,
14:15il dira que
14:16la grandiose réussite
14:18des Jeux de Berlin
14:19a magnifiquement servi
14:20à l'idéal olympique.
14:22Dès aujourd'hui,
14:23je veux remercier
14:24le gouvernement
14:25et le peuple allemand
14:26pour l'effort
14:27dépensé
14:28en l'honneur
14:29de la 11e Olympique.
14:32On fait un saut
14:33dans le temps.
14:34En 2022,
14:35un ancien champion olympique
14:36et un académicien
14:37montent un dossier
14:38pour proposer
14:39au président
14:40Emmanuel Macron
14:41de faire entrer
14:42Pierre de Coubertin
14:43au Panthéon.
14:43C'est d'abord
14:44Guy Dru,
14:45champion olympique
14:46du 110 m
14:47et lors des Jeux olympiques
14:49de Montréal
14:51en 1976.
14:53Il est membre
14:54du CEO,
14:55c'est un ancien député,
14:56un ancien ministre
14:57des Sports
14:58sous Juppé
14:59entre 1995
15:00et 1997.
15:02C'est une figure
15:02qui compte
15:03dans le monde
15:03de l'olympisme
15:04et il est soutenu
15:06par Eric Orsena,
15:07l'écrivain Eric Orsena
15:08qui est aussi académicien.
15:09Que leur répond
15:10l'Elysée ?
15:11Eh bien,
15:11on a un conseiller
15:12sport de l'Elysée
15:14qui répondra
15:15que Coubertin
15:16est une figure
15:17controversée
15:18et donc que le projet
15:19n'est pas à l'ordre du jour.
15:21On en revient à cette année,
15:23en 2024,
15:24Vincent Mongaillard,
15:25vous avez pu le constater,
15:26vous-même,
15:27vous qui couvrez
15:27la préparation
15:28de ces Jeux olympiques,
15:29les organisateurs
15:30ne sont pas très à l'aise
15:32avec la figure
15:32de Pierre de Coubertin.
15:34Oui,
15:34c'est un nom
15:35qui est vraiment
15:35prononcé au compte-gouttes.
15:37Par exemple,
15:38sur le site
15:39du comité d'organisation
15:40des Jeux olympiques
15:41de Paris,
15:42quand vous allez
15:43sur le moteur de recherche
15:44et que vous tapez
15:46Coubertin,
15:46il n'y a quasiment
15:47aucun article
15:48qui ressort.
15:49le président
15:50de Paris 2024,
15:51Tony Estanguet,
15:52on sent bien
15:52qu'il marche
15:53sur des oeufs
15:54dans ses discours.
15:55Par exemple,
15:56il a dit en 2023,
15:57Tony Estanguet,
15:58depuis 1894,
16:00donc la date
16:01de la rénovation
16:02de ses JO,
16:03beaucoup de choses
16:04ont changé,
16:05les Jeux comme la société
16:07ont évolué
16:07vers plus d'inclusion
16:09et plus d'égalité,
16:10mais on sait
16:11ce qu'on doit
16:11à Pierre de Coubertin.
16:13C'est une manière
16:14de saluer cet héritage
16:16tout en prenant
16:17ses distances
16:17et en montrant bien
16:18que la société
16:19a bien évolué
16:20par rapport
16:21à celle
16:22qui existait
16:23à l'époque
16:23de Coubertin.
16:24Le vendredi 17 mai
16:25paraît un livre
16:26intitulé
16:27« Pierre de Coubertin,
16:28l'homme qui n'inventa pas
16:29les Jeux olympiques ».
16:31Il est écrit
16:31par le journaliste
16:32Emmerich Mantoux
16:33qui ressort
16:34une lettre
16:35que le baron
16:36a envoyée
16:36peu de temps
16:37avant sa mort
16:38au chancelier allemand
16:39Adolf Hitler.
16:40Que dit cette lettre
16:41et pourquoi
16:41ça pose question ?
16:42Oui, cette lettre
16:43date du 17 mars 1937,
16:46soit six mois
16:47avant la mort
16:48du baron
16:48qui est très vieillissant.
16:50Le baron
16:51s'adresse
16:51à Adolf Hitler
16:53en lui donnant
16:54du « son excellence ».
16:56Il exprime
16:57sa plus vive reconnaissance
16:58au régime allemand
17:00pour sa contribution
17:01symbolique
17:02à son année
17:02jubilaire.
17:03L'année jubilaire,
17:04c'est un demi-siècle
17:05de promotion
17:06de sport
17:07par le baron
17:07de Coubertin.
17:08Il conclut
17:10son courrier
17:11en témoignant,
17:11je cite,
17:12« son respect
17:13et profond dévouement
17:15au fureur ».
17:16Pour la première fois,
17:17on a la preuve
17:18sous les yeux
17:18qu'il y avait bien
17:19une correspondance
17:21entre les deux hommes.
17:25Benoît d'Aragon,
17:26c'est donc dans ce contexte
17:28que vous rencontrez
17:28deux descendantes
17:30du baron,
17:30Diane et Alexandra
17:32de Navassel.
17:33Qu'est-ce qu'elles répondent
17:34à tout ça ?
17:34Elles disent qu'effectivement,
17:36on a tendance
17:37à analyser
17:38des prises de parole
17:39d'il y a cent ans
17:40à l'aune
17:41de la société
17:42en 2024.
17:43Donc effectivement,
17:44elles disent
17:45qu'il faut recontextualiser
17:46qu'à l'époque,
17:47beaucoup de gens
17:48étaient colodianistes.
17:49Et surtout,
17:50elles rappellent
17:50que leur ancêtre
17:51n'est pas allé
17:52aux JO de Berlin,
17:53qu'en fait,
17:53il a compris
17:54un peu tardivement
17:55qu'Hitler avait
17:56instrumentalisé ses jeux.
17:57Et puis,
17:58elle leur a dit
17:58que c'était un vieux monsieur.
17:59Il est mort un an plus tard,
18:01en 1937.
18:02Il n'avait peut-être
18:02pas toute sa lucidité.
18:04Donc tout ça,
18:05voilà,
18:05elle recontextualise
18:06en disant
18:06« Attention,
18:07les JO de Berlin,
18:08il s'est fait un peu manipuler.
18:09Hitler lui a servi
18:10sur un plateau
18:10les jeux dont il rêvait
18:11avec de la radio,
18:13avec de la télévision,
18:14avec une ampleur
18:14qu'il ne pouvait imaginer.
18:16Et il a compris
18:17un peu tardivement
18:17que tout ça,
18:18en fait,
18:18servait à faire
18:19de la propagande
18:20et avait été utilisé
18:21à des fins politiques
18:22par Adolf Hitler.
18:23Et sur le fait
18:23que le baron
18:24se serait opposé
18:25à ce que des femmes
18:26participent aux JO,
18:28là encore,
18:29elles veulent apporter
18:29de la nuance ?
18:30Oui,
18:30parce qu'en fait,
18:31des femmes aux JO,
18:32il y en a eu
18:33sous Pierre de Coubertin,
18:34il y en a eu
18:35dès les JO de 1900.
18:36Suzanne Langlène,
18:37par exemple,
18:38qui a donné son nom
18:39à un cours de tennis
18:40à Roland-Garros.
18:40Suzanne Langlène,
18:41elle a été championne
18:42olympique de tennis
18:42en 1920 à Anvers,
18:44en sachant qu'évidemment,
18:45au début du siècle,
18:47le sport féminin
18:47a été très peu considéré
18:49dans la société.
18:50La plupart des femmes
18:51sont des femmes au foyer.
18:52Elles sont là
18:53pour s'occuper
18:53de leurs enfants.
18:54Elles ne travaillent pas,
18:55elles n'ont même pas
18:55de compte en banque.
18:56On n'est pas du tout
18:57dans la société d'aujourd'hui.
18:58Est-ce qu'elles ont l'air
18:59de vouloir occulter
19:00le côté sombre
19:01de leurs ancêtres ?
19:01Pas du tout.
19:02Diane, à un moment,
19:03elle me dit
19:04« Mais moi,
19:05ses propos,
19:05ils seraient tenus aujourd'hui,
19:06je serais très choqué. »
19:08Et elle,
19:08elle le voit comme quelqu'un
19:09d'assez paradoxal
19:10qui a pu dire tout
19:11et son contraire,
19:12qui ne voulait pas choquer
19:13l'opinion publique,
19:13donc qui avait tendance
19:14à dire des choses
19:15qui étaient pensées
19:16par la majorité des gens
19:17de son époque,
19:17tout en faisant un peu
19:18le contraire,
19:19en faisant rentrer quand même
19:20le sport féminin
19:21aux Jeux Olympiques.
19:23Après,
19:23elles ne s'en font pas du tout
19:24quelqu'un de révolutionnaire,
19:25bien entendu.
19:26Elles savent que sur plein de choses,
19:28leur aïeul
19:28n'était pas du tout
19:30quelqu'un d'avant-gardiste.
19:31Depuis plusieurs mois,
19:32la descendance du baron,
19:33en tout cas,
19:34multiplie les initiatives
19:35pour rendre leur ancêtre
19:37visible à l'approche des JO.
19:39La flamme olympique
19:40va passer dans leur château
19:41familial de Myreville,
19:42ce qui est quand même
19:43quelque chose
19:43d'assez symbolique.
19:44Le musée Grévin
19:45va faire entrer
19:46le baron Pierre de Coubertin
19:47au sein de son musée de cire,
19:49mais ça,
19:49c'est une initiative
19:50plutôt privée
19:51puisque le musée Grévin
19:52n'est pas un musée public.
19:54Et puis,
19:54elles ont organisé
19:55elles-mêmes
19:56le 23 juin prochain
19:57à la Sorbonne,
19:58un grand raout
19:59pour les 130 ans du CIO.
20:01Et là encore,
20:02c'est elles
20:02qui sont à la manœuvre
20:03parce qu'elles se disent
20:04que si ce n'est pas elles
20:05qui le font,
20:05sans doute,
20:06la France ne le ferait pas.
20:08Vincent Mongaillard,
20:09le mardi 21 mai,
20:10vous révélez dans
20:11Le Parisien
20:11que la ministre des Sports,
20:13Amélie Oudea-Castera,
20:15ne se rendra pas
20:16à cette cérémonie.
20:17Pour quelles raisons ?
20:18Alors,
20:18officiellement,
20:19c'est pour des raisons
20:21d'agenda.
20:22Ce jour-là,
20:23la ministre des Jeux Olympiques
20:25sera en haute
20:27Savoie à Chamonix
20:28pour le parcours
20:29de la flamme.
20:30Mais officieusement,
20:31j'en ai discuté
20:32avec son entourage,
20:34elle reconnaît
20:35que l'olympisme
20:36doit beaucoup
20:37au baron
20:37Pierre de Coubertin,
20:39mais elle est
20:40aussi lucide,
20:41et ça,
20:42je cite l'entourage
20:43d'Amélie Oudea-Castera,
20:45elle est aussi lucide
20:45sur les parts d'ombre
20:46de ce personnage historique
20:48dont certaines prises
20:49de position
20:50sont clairement condamnables.
20:51Il n'y aura donc
20:52aucun représentant
20:53de l'exécutif
20:53à la cérémonie ?
20:54Alors,
20:55ce qui est sûr,
20:55c'est que le président
20:56de la République,
20:57Emmanuel Macron,
20:58lui aussi,
20:59pour des raisons
20:59d'agenda,
21:00alors ça,
21:01c'est l'argument diplomatique,
21:02ne sera pas là.
21:03Il y aura peut-être
21:05d'autres ministres,
21:06mais pour l'instant,
21:07c'est toujours
21:07un point d'interrogation
21:09sur leur venue.
21:11En revanche,
21:12il y aura un homme
21:12qui compte beaucoup
21:13dans l'olympisme,
21:15c'est le président
21:16du CIO,
21:17le président allemand,
21:18Thomas Bach.
21:19Lui sera là
21:20parce qu'il a
21:21une grande admiration
21:23pour le baron
21:24qui est,
21:24pour lui,
21:25un visionnaire.
21:27Vincent Mangayard,
21:28Pierre de Coubertin,
21:29c'est donc un personnage
21:30qu'on peut difficilement
21:31célébrer de nos jours ?
21:32C'est un personnage
21:34historique clivant
21:35qui divise.
21:37Ce qui est déjà acquis,
21:39c'est que son image
21:40était cornée
21:41auprès du grand public
21:42et que finalement
21:43le baron
21:45pour ses Jeux
21:46à la maison
21:47à Paris
21:48en 2024,
21:48c'est le grand perdant
21:49des Jeux olympiques.
22:04Merci à Vincent Mangayard
22:05et Benoît D'Aragon.
22:06Cet épisode a été produit
22:08par Clara Garnier-Amourou
22:10et Barbara Gouy.
22:11Réalisation
22:12Pierre Chaffanjon.
22:13Code Source,
22:14c'est le podcast quotidien
22:15d'actualité du Parisien.
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22:18parlez-en autour de vous,
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