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Gaël Perdriau, maire de Saint-Etienne, est accusé d’avoir fait chanter son premier adjoint pendant sept ans, en le menaçant de diffuser une vidéo intime compromettante. Gaël Perdriau s’est mis en retrait le jeudi 22 septembre de la présidence de la métropole stéphanoise. La victime, partie de la mairie au printemps dernier, a porté plainte tandis qu’une enquête est en cours. Code source fait le point sur cette affaire avec Christel Brigaudeau, journaliste à la cellule récit du Parisien.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux, Emma Jacob et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

Archives : Mediapart.

#saintetienne #chantage

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le maire de Saint-Etienne est accusé d'avoir utilisé une sex tape pour tenir en respect pendant des années
00:17l'un de ses rivaux politiques.
00:19La victime du chantage est un élu local conservateur, marié, père de quatre enfants,
00:24qui a été filmé à son insu en 2014 en compagnie d'un escorte, un homme payé pour une prestation
00:31sexuelle.
00:32L'affaire, révélée fin août par le site d'information Mediapart, ne fait que débuter.
00:36Une enquête est en cours, notamment pour atteinte à l'intimité de la vie privée et chantage aggravé.
00:42Dans Codesources aujourd'hui, Christelle Brigodeau, journaliste à la cellule Récit du Parisien,
00:46elle s'est rendue à Saint-Etienne et elle a interviewé plusieurs protagonistes clés du dossier.
00:58Christelle Brigodeau, à quoi ressemble le maire de Saint-Etienne pour qu'on puisse se le représenter ?
01:03C'est un homme de 50 ans, grand, brun, en costume sombre, chemise claire, mais assez discret dans sa présence.
01:12C'est le genre de personne qu'on ne remarque pas forcément quand il entre dans la pièce, même si
01:15c'est le maire.
01:16Il est connu pour avoir de l'ambition.
01:18Lui fait de la politique depuis qu'il a 18 ans.
01:20Être maire de Saint-Etienne, on sait que c'était un peu un rêve pour lui.
01:24Et on sait qu'il a des ambitions nationales.
01:28Il paye des communicants pour essayer de diffuser des tribunes, par exemple dans la presse nationale, pour se faire connaître.
01:35Lui dit qu'il brigait jusqu'à récemment la présidence du parti Les Républicains.
01:40D'autres disent qu'il se serait bien vu ministre du gouvernement sous Macron.
01:46Donc oui, c'est quelqu'un qui a de l'ambition.
01:47Le vendredi 26 août, le site internet d'information Mediapart publie une enquête qui le vise indirectement.
01:54De quoi est accusé le maire de Saint-Etienne, Gaëlle Pedriot, en résumé ?
01:58Il est accusé de chantage.
01:59Il est accusé d'avoir fait chanter son premier adjoint, qui s'appelle Gilles Hartig,
02:04avec une vidéo compromettante, une sextape, dans laquelle on voit l'adjoint avec un escorte.
02:09Le lendemain, le samedi 27 août, le maire de Saint-Etienne fait une apparition publique à l'occasion de la
02:15cérémonie municipale
02:16pour fêter le 78e anniversaire de la libération de la ville.
02:21Et il est évidemment interrogé par les journalistes présents sur place.
02:24Oui, il y a une poignée de journalistes des médias locaux qui l'attendent à la fin de la commémoration.
02:29Et évidemment qu'il interroge sur cette enquête retentissante qui est de la bousse de Saint-Etienne et qui le
02:36met en cause.
02:37Et lui répète pendant deux minutes, c'est un petit peu douloureux d'ailleurs de le voir se dépêtrer comme
02:41ça,
02:42en répétant toujours la même chose aux questions qui lui sont posées.
02:45On le sent assez nerveux, il danse d'un pied sur l'autre, il est mal à l'aise.
02:48Étiez-vous au courant de l'existence de cette vidéo ?
02:51Comme je viens de vous le dire, je ne souhaite pas de faire d'autres commentaires,
02:53parce que je souhaite avoir les tenants et les aboutissants de toute cette affaire avant de m'exprimer.
02:58À un moment, il est relancé plusieurs fois par une journaliste sur un point précis de l'article de Mediapart.
03:04Oui, elle le met face à une contradiction, qui est qu'il évoque dans ses réponses à Mediapart
03:09le fait que Gilles Artig a été piégé dans une vidéo qu'il met en scène avec un homme, donc
03:16une sextape homosexuelle.
03:18Et elle lui dit, comment est-ce que vous pouvez savoir qu'il s'agit d'une relation homosexuelle,
03:21puisque vous dites que vous n'avez pas vu la vidéo ?
03:23Dans les échanges de mails qui sont reproduits par Mediapart, vous évoquez une relation homosexuelle,
03:28alors que le journaliste ne vous en parle pas ?
03:30Et comment est-ce que vous savez alors qu'il s'agit d'une relation homosexuelle,
03:34puisque le journaliste ne vous en parle pas ?
03:36Donc elle le relance encore une fois, plusieurs fois, et il finit par sortir de ses gonds
03:40et dire un petit peu n'importe quoi, très loin, je pense, de ce qu'il avait prévu de dire.
03:45Je ne sais pas s'il s'agit d'un autre homme, je ne sais pas si c'est un
03:47gangbang ou une partouze.
03:48À ce stade, je ne connais pas ni les mœurs des personnes citées, ni ce qui s'est passé dans
03:54cette soirée.
03:55Là, c'est un peu l'effarement, et cette vidéo d'ailleurs sera très vue dans les jours qui suivent
03:59à Saint-Etienne.
04:04Christelle Brigodeau, avant d'aller plus loin, présentez-nous la victime de ce chantage à la sextape.
04:10Alors il s'appelle Gilles Artigues, c'est un homme de 57 ans, professeur de mathématiques au départ,
04:15qui est très connu à Saint-Etienne parce que ça fait des années qu'il est dans le milieu politique
04:19local.
04:20Il est aussi connu comme un catholique engagé, on le voit souvent à la cathédrale Saint-Charles.
04:27Il avait fondé, il y a pas mal d'années, une association qui s'appelle Jeunes pour la foi.
04:32Donc c'est une sorte de notable à Saint-Etienne, plutôt apprécié et reconnu pour son engagement municipal.
04:39Il est marié, il a quatre enfants, il est connu comme hétérosexuel, il est aussi surtout connu pour ses positions
04:44conservatrices.
04:45Est-ce qu'il faisait partie de la Manif pour tous, les manifestations contre le mariage homosexuel en 2013 ?
04:50On ne l'a pas vu manifester lors du mouvement.
04:53Par contre, on le sait, proche de l'évêque à ce moment-là et proche des milieux qui organisent la
05:00Manif.
05:00Et puis, il a pris position, me dit-on, à plusieurs reprises dans sa vie de conseiller municipal.
05:05Voilà, on m'a parlé d'une campagne contre l'homophobie qui avait été lancée localement et il s'était
05:11battu contre.
05:12Donc voilà, il était connu comme un catholique conservateur.
05:15La vidéo destinée à le faire chanter, elle montre quoi ?
05:18Alors, moi je ne l'ai pas vue.
05:20Par contre, Mediapart en parle et diffuse en fait des images, donc des captures d'écran extraites de la vidéo.
05:28La vidéo, en fait, très peu de gens l'ont vue, mais on y voit, d'après les images qui
05:32sont sorties,
05:33Gilles Artigues dans une chambre d'hôtel en compagnie d'un escorte autour du lit.
05:38Et selon Mediapart, sur cette vidéo, on voit l'escorte prodiguer un massage érotique à l'adjoint Gilles Artigues.
05:44Peu de temps avant que l'affaire n'éclate, au printemps, Gilles Artigues, donc l'homme victime du chantage, est
05:50parti vivre dans le sud.
05:51Au mois de mai, à la surprise générale à Saint-Etienne, le premier adjoint annonce qu'il renonce à ses
05:57fonctions de premier adjoint.
05:58Il reste conseiller municipal de base, disons, à Saint-Etienne.
06:01Et il explique que c'est parce qu'il a un projet professionnel qu'il emmène un peu plus loin.
06:06Et on apprend un petit peu plus tard qu'il va devenir directeur diocésain de l'enseignement catholique.
06:12En clair, c'est plus ou moins inspecteur d'académie pour l'enseignement privé à Albi, dans le Tarn, donc
06:17très loin de Saint-Etienne.
06:18Christelle Brigodeau, vous vous rendez en reportage à Saint-Etienne pour Le Parisien, les lundis 5 et mardi 6 septembre.
06:24Sur place, que vous disent les Stéphanois que vous rencontrez ?
06:27Quelques-uns ne sont pas au courant encore du scandale, mais beaucoup d'autres sont très choqués par la violence
06:34du procédé.
06:34On parle d'un compromat qu'on verrait plutôt dans un film d'espionnage à l'époque soviétique,
06:41c'est-à-dire des pièges compromettants faits pour museler des opposants politiques.
06:45Et puis il y a aussi des personnes qui sont très écœurées par le caractère homophobe quand même de ce
06:51piège.
06:52Le mardi 6 septembre, le maire de Saint-Etienne tient une conférence de presse au sujet de la fête du
06:57livre de la ville.
06:58Et une nouvelle fois, il est interrogé par les journalistes sur cette affaire de chantage à la vidéo compromettante.
07:04Alors il y a un petit peu plus de micros que la fois précédente, on sent que la pression a
07:08un petit peu augmenté au niveau médiatique.
07:10Et le maire reste un petit peu moins longtemps d'ailleurs devant les micros, même très peu.
07:14Il se contente de répondre à une première question en expliquant qui n'a rien à dire, qui réserve ses
07:19réponses à l'enquête en cours.
07:21Je crois qu'aujourd'hui les médias effectivement se sont emparés de l'affaire pour la relayer largement.
07:31Quant à moi, c'est devant la justice que j'ai des explications à donner.
07:36Et à ce stade, mes avocats ont dit ce qu'il y avait à dire et je vous invite à
07:40les appeler si vous voulez en savoir davantage.
07:42Je lui pose une question ensuite politique sur lui, est-ce qu'il va faire, est-ce qu'il va
07:46parler à sa majorité ?
07:48Et à ce moment-là, juste il s'en va, il ne répond pas du tout et il part assez
07:51vite de la salle.
07:53Christelle Brigodeau, pendant votre reportage à Saint-Etienne, vous parlez avec des opposants au conseil municipal
07:58et il dénonce un climat de tension politique dans la ville.
08:01On me fait le récit d'une municipalité qui serait en fait à deux têtes,
08:06entre d'un côté le maire et de l'autre son directeur de cabinet.
08:11Et ce duo, disons, aurait un poids et une manière de fonctionner assez difficile à supporter pour les agents.
08:19Dès 2018, d'ailleurs, le journal local Le Progrès parlait d'une valse des cadres à la mairie.
08:23Donc c'est assez connu, on en est à six directeurs généraux des services.
08:28Il y a aussi plusieurs adjoints qui ont jeté l'éponge, à chaque fois en parlant de divergence de vue.
08:33Et il y a aussi beaucoup de gens dans l'équipe municipale qui ne veulent pas trop parler.
08:36On sent qu'il y a quand même un climat de tension et de silence un petit peu pesant.
08:41Et pour les opposants qui vous parlent, qu'est-ce qu'ils dénoncent précisément ? Est-ce qu'il y
08:44a d'autres exemples ?
08:45Ils dénoncent des manières de faire et des manières de parler à l'opposition municipale
08:51particulièrement virulente ou violente ou agressive dans les conseils.
08:55Alors ça peut être habituel d'avoir des échanges un peu musclés au niveau politique dans des instances municipales.
09:00Mais ce qu'ils me disent, c'est que ça va au-delà de l'habituel et qu'il y
09:04a une tension et une agressivité
09:07qui ne sont pas normales d'après eux.
09:11Le mercredi 7 septembre, Christelle Brigodeau, vous parvenez à interviewer l'homme de l'ombre
09:16qui est à l'origine de la vidéo compromettante de la sex tape.
09:19D'abord, pourquoi est-ce qu'il a piégé l'ancien premier adjoint Gilles Hartig ?
09:23Alors il explique que d'après lui, ça c'est sa version des faits, le maire et son directeur de
09:29cabinet
09:30cherchaient un moyen de tenir Gilles Hartig politiquement parce qu'il était perçu comme une menace
09:35parce qu'il était finalement peut-être plus populaire que le maire
09:38où il risquait d'avoir trop d'ambition politique et éventuellement de se présenter contre lui.
09:44Et donc lui aurait proposé ses services pour le piéger sur une affaire de mœurs
09:48en se disant que c'était le moyen le plus efficace.
09:50Et cet homme-là qui était connu, disons, pour grenouiller dans les milieux politiques,
09:55pour aimer les coups, voulait se rendre utile à la municipalité
09:59et donc a proposé d'organiser le piège.
10:01Cet homme qui a donc organisé le piège prétend avoir reçu combien d'argent pour ça ?
10:06Il dit avoir reçu 50 000 euros sous la forme déguisée de subventions à deux associations locales.
10:13L'une, une association d'amitié entre Saint-Etienne et la Lituanie
10:18et une autre association artistique, lui, dit que le travail pour lequel il a été rémunéré
10:24pour ces deux associations est fictif.
10:27Évidemment, la municipalité et le maire s'en défendent
10:30disant que ces 50 000 euros ont été versés pour des bonnes raisons
10:34et qu'un travail a effectivement été réalisé pour 50 000 euros.
10:37Et donc cet homme de l'ombre, comment il a piégé l'élu Gilles Hartigle ?
10:41Comment il s'y est pris ?
10:42Alors il ne s'y est pas pris tout seul, il s'y est pris avec son compagnon
10:45qui se trouve être l'adjoint à l'éducation à la mairie de Saint-Etienne
10:48qui s'appelle Samy Kéfi-Jérôme.
10:50Et Samy Kéfi-Jérôme part avec Gilles Hartigle fin 2014
10:53en voyage à Paris pour des questions municipales.
10:57Et à ce moment-là, cet homme de l'ombre saisit l'occasion
11:00en appelant un escorte, en se disant « on va le piéger là ».
11:04Ce soir-là, Samy Kéfi-Jérôme appelle son collègue Gilles Hartigle
11:09pour un peu un faux prétexte le soir en lui disant
11:11« est-ce que tu peux passer dans ma chambre ? »
11:13Et dans la chambre d'hôtel se trouve un escorte qui l'attend en fait.
11:18Et à côté de la télévision, pas loin du lit, il y a une caméra cachée
11:22qui est une GoPro qui a été empruntée par notre homme de l'ombre
11:25à une employée municipale.
11:27La GoPro est donc cachée dans une petite boîte pour qu'on ne voit pas
11:30la petite lumière rouge qui s'allume.
11:31Et l'adjoint à l'éducation s'éclipse discrètement.
11:35On le voit appuyer sur le bouton « on » de la caméra et partir.
11:38Cette vidéo date donc de 2014 et son existence est révélée par Mediapart le 26 août.
11:44Et vous avez donc la version de « l'homme de l'ombre » le mercredi 7 septembre.
11:49Christelle Brigodeau, le même jour, vous interviewez aussi
11:52le commanditaire présumé de ce chantage à la sex tape,
11:55le maire de Saint-Etienne donc, Gaëlle Perdrio.
11:58Interview qui se déroule à Paris, dans le bureau de son avocat.
12:01D'un mot d'abord, décrivez-nous la scène.
12:02Alors il se trouve dans le grand bureau de son avocat
12:06qui lui-même est là, accompagné de deux autres avocats
12:10qui écoutent sans rien dire la conversation.
12:14La conversation va durer une bonne heure
12:16et Gaëlle Perdrio a l'air de vouloir faire toute la lumière,
12:19de répondre à toutes les questions qu'on pourrait lui poser.
12:22Christelle Brigodeau, la veille de ce rendez-vous avec le maire de Saint-Etienne,
12:25le 6 septembre, Mediapart a diffusé dans un autre article
12:29un extrait sonore datant du 22 avril
12:32qui semble prouver qu'il était au courant de cette vidéo.
12:35Gaëlle Perdrio évoque la sex tape dans une discussion.
12:38Je pense par exemple au coup d'article, vous étiez deux,
12:41une fois que les choses sont sur la table, il est mort.
12:44Même s'il y est pour rien, il est mort.
12:47Dans le bureau de son avocat, comment est-ce que le maire se défend face à ça ?
12:51Ce qu'il dit, c'est que cette vidéo, dans son esprit, au moment où il en parle,
12:55c'est du domaine de la rumeur, quelque chose dont on parle,
12:58mais qu'il n'a pas vu et dont il n'a pas connaissance.
13:00Donc il minimise beaucoup et d'un autre côté, il allume un contre-feu
13:03en expliquant que c'est lui qui est piégé,
13:06que politiquement on veut sa mort
13:07et qu'on utilise ce scénario abracadabrantesque
13:10juste pour le piéger politiquement.
13:12À un moment, il craque.
13:13Au bout d'une heure d'entretien, je lui pose une question sur son rôle de maire,
13:19finalement, et ce qu'il pense qu'il va réussir à tenir.
13:21Il parle de sa relation avec les administrés,
13:24de gens qu'il a vus dans les jours précédents,
13:26en faisant ses obligations de maire.
13:29Et là, oui, il craque, c'est-à-dire qu'il écrase un peu une larme,
13:33on sent qu'il a la voix qui tremble.
13:35On sent surtout que ce métier de maire est extrêmement important pour lui
13:38et qu'il ne veut absolument pas le perdre.
13:40Et donc, pour être clair, le maire Gaël Pedriot,
13:42il dit avoir eu connaissance de cette vidéo à quel moment ?
13:45Il dit qu'en fait, au mois d'avril 2022, on lui en parle
13:49et que c'est parce qu'on lui en parle qu'il réagit
13:51et que lui-même a les propos qu'il tient,
13:54mais qu'avant ça, il ne savait rien.
13:57Mais, le lundi 12 septembre,
13:59Mediapart publie un nouvel article sur son site
14:02avec deux nouveaux extraits sonores,
14:04deux enregistrements audios, datant de beaucoup plus tôt.
14:07Ce sont deux conversations qui se passent à chaque fois
14:10dans le bureau du maire, en 2017 et en 2018,
14:13donc bien avant.
14:14On a d'un côté le maire, Gaël Pedriot,
14:17et son directeur de cabinet,
14:18et de l'autre, Gilles Artig,
14:20la victime présumée du chantage.
14:23Ils discutent ensemble,
14:24et là, les propos sont sans équivoque,
14:26puisque Gilles Artig se plaint de l'existence de cette vidéo,
14:29en disant même qu'il pourrait saisir la justice,
14:32que c'est du chantage.
14:33Si vous jouez à ça, ça ira très mal,
14:38parce qu'on sait d'où ça vient.
14:40J'ai mené une enquête très précise,
14:42j'ai un avocat, je lui avais dit,
14:44il m'a expliqué ce que c'était que le chantage politique.
14:48Et la jurisprudence, c'est deux ans de prison.
14:52Les deux autres répondent dans des propos très crus
14:55et qui montrent très bien qu'ils sont au courant
14:57de l'effet dévastateur que pourrait avoir cette vidéo si elle sort.
15:00Une fois que c'est sur les réseaux, c'est plus du chantage.
15:02Oui, bien sûr.
15:03C'est des dévécutions.
15:04Que dit le bras droit du maire,
15:06son directeur de cabinet, dans ses extraits sonores ?
15:08Alors, il tient des propos assez ahurissants
15:11quand on sait où on est dans le bureau d'un maire.
15:13Je vous l'ai déjà dit.
15:14Alors là, si le fait que j'aille en taule,
15:17vous faites tomber,
15:18parce que vous passiez pour une vieille date sur le roi,
15:19je n'en ai pas du tout envie.
15:20Et bien, je n'en ai, je n'en ai pour qu'un problème.
15:25Ça va se retourner contre vous.
15:26Parce que du chantage politique,
15:28comme vous l'avez fait,
15:30je peux vous dire que ça, c'est condamnable.
15:32Bon, non, moi j'ai une vidéo de vous,
15:33le plus à l'air.
15:34Mais allez-y, allez-y.
15:37Si je vais poser mon dossier au procureur de la République,
15:40vous serez en garde à vue le soir même.
15:42Et vous croyez que ça m'intéresse, moi ?
15:45J'en ai absolument rien.
15:46Si vous faites ça,
15:47si vous faites ça,
15:48l'ensemble des parents,
15:51des élèves qui sont dans la même classe que vos enfants,
15:54recevront une copie du film.
15:55Et c'est perdant-perdant pour tout le monde, je suis d'accord.
15:58Et je pense que vos enfants ne l'en mettront pas.
16:03Ne vous me trompez pas.
16:05C'est simplement parce que la vie m'a permis de ne pas mal tourner,
16:08que je ne l'ai pas mal tourné.
16:09Mais je fonctionne exactement comme peut fonctionner un criminel.
16:13De la même manière.
16:14Je ne l'ai aucune foi ni foi.
16:17C'est assez consternant d'entendre des propos pareils.
16:24Et le lendemain, le mardi 13 septembre,
16:26le maire de Saint-Etienne, Gaël Pedriot,
16:28est placé en garde à vue
16:29avec les quatre autres personnes impliquées
16:31dans cette affaire de sextape.
16:33Oui, les cinq personnes ont reçu le lundi soir
16:36une convocation de la police judiciaire de Lyon,
16:38qui est chargée de l'enquête.
16:39Ils sont entendus simultanément pendant plusieurs heures.
16:43C'est dans la suite d'une enquête qui a commencé quelques jours plus tôt,
16:46qui a déjà donné lieu à des perquisitions.
16:49L'hôtel de ville a été perquisitionné,
16:51l'agglomération de Saint-Etienne,
16:52les domiciles de tous les mises en cause.
16:53On a saisi tous les ordinateurs,
16:55les téléphones portables.
16:56On est en plein dans l'enquête à ce moment-là.
16:59Donc, il n'y a encore aucune mise en examen
17:01et pas de suite judiciaire,
17:02puisque les enquêteurs sont en train d'étudier les éléments.
17:05Et après sa garde à vue, le maire, Gaël Perdrio,
17:08s'adresse à sa majorité municipale, à l'hôtel de ville.
17:11Il va leur parler pendant trois heures,
17:13d'après ce que m'ont rapporté des gens qui étaient présents là-bas.
17:16Et en fait, il veut rassurer sur sa capacité à tenir.
17:19Parce que dans les 24 heures qui précèdent ce moment-là,
17:23il commence à y avoir des adjoints au maire
17:25qui ont un peu de poids et qui commencent à dire
17:27qu'il faut qu'ils se mettent en retrait,
17:28ils commencent à fragiliser l'ensemble de l'édifice municipal.
17:32Et donc, lui veut montrer qu'il a des cartes en main pour tenir.
17:35Et il utilise un petit peu le fait d'être sorti de la garde à vue
17:38sans mise en examen et libre pour dire,
17:41vous voyez, il n'y a pas grand-chose contre moi.
17:43La preuve, là, je suis là devant vous
17:45et je suis tout à fait en capacité
17:47de continuer à conduire les affaires municipales.
17:50D'un mot, Christelle Brigodeau,
17:51ce n'est pas parce qu'il est ressorti libre de sa garde à vue
17:53qu'il ne va pas être inquiété plus tard par la justice ?
17:56Non, l'enquête est en cours
17:57et on sait qu'une garde à vue dure un certain nombre d'heures fixes.
18:01Donc, pour les enquêteurs, ils n'ont pas du tout intérêt
18:03à entendre les gens en garde à vue trop longtemps
18:05parce qu'il faut qu'ils se réservent des heures
18:07pour la suite de l'enquête
18:08s'ils ont besoin à nouveau d'entendre les mises en cause.
18:12Le mardi 13 septembre,
18:14le parti Les Républicains a lancé une procédure d'exclusion
18:17contre le maire de Saint-Etienne, Gaël Pedriot.
18:20Gaël Pedriot qui, lui, a par ailleurs décidé
18:22le 21 septembre de débarquer son directeur de cabinet
18:25et le lendemain, le 22, de se mettre en retrait
18:28de la présidence de la Métropole, la Communauté urbaine de Saint-Etienne.
18:33Christelle Brigodeau, l'homme qui a été victime du chantage,
18:36l'ancien premier adjoint qui est donc parti vivre dans le Sud,
18:39est-ce qu'on sait comment il vit la divulgation
18:41de toute cette affaire et de l'existence de cette vidéo ?
18:45Gilles Artigues, d'après ce que dit son avocat maître Buffard,
18:48est soulagé que l'affaire soit sortie
18:50parce qu'il a vécu pendant des années, depuis 2014 quand même jusqu'à aujourd'hui,
18:54ça fait plus de 7 ans, avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête,
18:57donc il est content d'en être délivré.
19:00D'un autre côté, il reste quand même extrêmement discret,
19:02il ne s'est pas exprimé depuis le début de l'affaire.
19:05Le fait que Mediapart ait sorti l'affaire fait qu'il a porté plainte,
19:09donc ça l'a forcé à bouger, mais depuis il reste quand même très discret.
19:12On dit qu'il est encore beaucoup à Saint-Etienne, très souvent,
19:16mais il ne s'y montre pas, il attend que la justice ait fini de travailler
19:20et que l'enquête rende ses conclusions.
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