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Le 5 septembre 2012, trois membres d’une même famille et un cycliste sont abattus sur une route forestière près de Chevaline, en Haute-Savoie. 10 ans après la tuerie, malgré l’acharnement des enquêteurs, le mystère reste entier. Récit.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Présentation : Thibault Lambert - Production : Raphaël Pueyo et Lolla Sauty - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

Archives : INA.

Retrouvez ce podcast sur : https://www.leparisien.fr/podcasts/code-source/tuerie-de-chevaline-10-ans-denquete-et-de-mystere-26-07-2022-IYYARJWEDNBRZEENKLE5E37GEU.php

#chevaline #enquêtes

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Code Source, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le mercredi 5 septembre 2012, trois membres d'une même famille, le père, la mère et la grand-mère, ainsi
00:18qu'un cycliste,
00:19sont abattus en pleine après-midi sur un parking en forêt près de la commune de Chevaline, en Haute-Savoie.
00:25A l'approche des 10 ans de cette tragédie, la tuerie de Chevaline fait l'objet d'une série d
00:30'articles publiés cet été dans Le Parisien.
00:33Des journalistes de la rédaction ont eu accès à des documents inédits avec de nouveaux éléments sur cette affaire non
00:40élucidée.
00:41L'auteur de cette série est avec nous aujourd'hui dans Code Source, Renan Folgoas du service Police Justice du
00:47Parisien.
01:00Renan Folgoas, le dossier Chevaline, c'est une enquête qui ne s'est jamais arrêtée et qui hante encore les
01:06magistrats qui l'ont eu entre les mains.
01:08Oui, c'est une affaire qui a bientôt 10 ans.
01:11Elle a mobilisé plusieurs juges d'instruction qui se sont succédés à Annecy, des procureurs de la République aussi,
01:18des dizaines et des dizaines d'enquêteurs côté français évidemment et côté britannique puisqu'une équipe commune d'enquête a
01:25été constituée autour de cette affaire
01:27qui s'étend sur la France, sur le Royaume-Uni et dans une dizaine d'autres pays.
01:33C'est une enquête tentaculaire.
01:40Vous allez nous raconter cette affaire aujourd'hui dans Code Source grâce aux témoignages que vous avez recueillis
01:45et aux documents judiciaires inédits que le Parisien a pu consulter.
01:49Tout commence le mercredi 5 septembre 2012.
01:53En milieu d'après-midi, un homme d'une cinquantaine d'années part de chez lui pour aller faire du
01:58vélo sur les routes de montagne au bord du lac d'Annecy.
02:01Oui, le cycliste s'appelle William Brett Martin, il a 53 ans, c'est un britannique d'origine néo-zélandaise
02:08et il décide en ce début d'après-midi du 5 septembre 2012 d'aller faire un tour de vélo,
02:12alors plus exactement un VTT
02:14et il va parcourir plusieurs kilomètres et notamment dans cette route forestière de la Combe d'Ire.
02:20C'est un secteur très fréquenté par les cyclistes et les randonneurs ?
02:23Oui, il y a du passage. Au mois de juillet-août, les touristes sont assez nombreux dans la région, notamment
02:28des étrangers.
02:29Là, début septembre, c'est un peu moins fréquenté, mais il y a du passage, il y a des randonneurs,
02:34des cyclistes, des motards aussi
02:36qui se succèdent sur cette route forestière de la Combe d'Ire. C'est un secteur très boisé et un
02:41torrent coule au milieu.
02:43La route forestière de la Combe d'Ire s'enlace autour de ce torrent et William Brett Martin accomplit ce
02:50parcours
02:50et il finit par arriver sur un parking, le parking du Martinet.
02:55D'après l'enquête, il est à ce moment-là autour de 15h38. Que dit ce cycliste ? Qu'est
03:01-ce qu'il raconte avoir vu sur ce parking ?
03:03Il aperçoit une petite fille qui est en train de tituber. Visiblement, elle souffre de blessures.
03:10Il va aller essayer de la secourir, la placer en position latérale de sécurité.
03:15Il constate qu'elle saigne abondamment au niveau du crâne et il va constater également qu'à proximité de cette
03:23petite fille,
03:23il y a une voiture, une BMW Bordeaux à l'intérieur de laquelle il y a plusieurs passagers.
03:30Il voit notamment le conducteur. C'est une voiture avec volant à droite, une voiture britannique.
03:35Il se rend compte que cette personne est décédée.
03:38Il se rend compte qu'un cycliste est allongé sur le dos à proximité immédiate de la voiture.
03:46Il pense d'abord à un excédent de la route, mais il se rend compte aussi que la victime,
03:51qui est située à l'intérieur de la voiture, au volant, au poste de conducteur,
03:55semble présenter un impact de balle au niveau de la tête.
03:59D'autant qu'à l'arrière de cette voiture, il aperçoit un autre passager, une femme,
04:04qui elle aussi présente des traces d'impact de balle.
04:06Donc là, il comprend qu'il est en réalité sur une scène de crime.
04:15La BMW tourne à plein régime. Les roues arrière sont en train de patiner dans la boue.
04:21La voiture est en appui contre le talus qui borde ce parking.
04:25Et il se dit peut-être que la voiture va redémarrer par accident
04:28et pourrait écraser le cycliste qui est allongé sur le dos.
04:31Et donc, il a cette présence d'esprit d'aller couper le contact de la voiture.
04:36Il brise la vitre côté conducteur.
04:39Et ensuite, il va déplacer le corps du cycliste de quelques mètres
04:42pour l'éloigner de la voiture.
04:44De la même façon, la petite fille l'a placée en position latérale de sécurité
04:48en la déplaçant elle aussi de quelques mètres.
04:51Et après, il essaie d'appeler les secours.
04:53Malheureusement, il est dans une zone assez isolée.
04:56Son téléphone n'accroche aucun réseau téléphonique.
04:58Il décide de redescendre la route forestière pour aller appeler des secours.
05:08C'est là qu'il croise un véhicule berlingot qui monte vers le parking.
05:12À bord de ce berlingot, il y a trois personnes, un homme et deux femmes.
05:15Et il informe les passagers de cette voiture qu'il s'est passé quelque chose de très grave.
05:19Les passagers de ce berlingot décident à ce moment-là d'appeler les secours.
05:23Il est alors 15h45.
05:25Et ensuite, le petit groupe décide de remonter
05:28puisque le conducteur du véhicule berlingot a une pensée pour la petite fille
05:33qui semble-t-il est encore vivante.
05:35Il fait comprendre à William Brett Martin que peut-être la priorité,
05:38c'est d'aller se porter secours.
05:39Éventuellement, en tout cas, voir dans quel état elle est.
05:41Même s'ils ont tous très peur de la situation.
05:44Parce que peut-être que le tueur ou les tueurs sont encore cachés dans la forêt,
05:49prêts à dégainer une nouvelle fois.
05:51Cependant, il décide de remonter sur la scène de crime.
05:53C'est là qu'il constate qu'il n'y a non pas deux victimes à l'intérieur du véhicule,
05:57mais trois, un homme à l'avant et deux femmes à l'arrière.
06:08À ce moment-là, il est quasiment 16h.
06:10Les premiers secours arrivent sur les lieux.
06:12La fillette de 7 ans retrouvée sur ce parking est entre la vie et la mort.
06:17Oui, elle présente de multiples traces de coups au niveau du crâne.
06:20Elle va être placée dans le coma artificiel pendant plusieurs jours.
06:25Elle présente aussi un impact de balle sur une zone non vitale,
06:29puisque c'est l'épaule gauche qui est touchée.
06:32Cette petite fille a 7 ans et elle est entre la vie et la mort.
06:36Et les trois passagers découverts dans la voiture,
06:38ainsi que le cycliste par terre, sont tous décédés.
06:42Ronan Folgoas, que font les gendarmes une fois sur place ?
06:45Les gendarmes, eux, quand ils arrivent sur place,
06:47leur premier réflexe est de geler la scène de crime, comme on dit,
06:50c'est-à-dire de protéger du mieux possible cette scène de pollution extérieure.
06:56C'est-à-dire, par erreur, on pourrait marcher sur des indices importants,
07:01on pourrait effacer des traces d'ADN.
07:03Donc il faut circonscrire cette zone,
07:08recenser le nombre de douilles que l'on peut comptabiliser sur le sol,
07:12et puis surtout ne pas brouiller l'enquête qui ne fait que commencer.
07:22Les experts de l'Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale
07:26arrivent sur les lieux vers 22h,
07:28et environ une heure plus tard, grâce notamment à un témoignage,
07:31l'un d'entre eux fait une découverte effarante.
07:35C'est le gérant du camping où cette famille était en vacances
07:39qui prévient les gendarmes,
07:41qui lui est au courant aussi de ce qui s'est passé via les médias,
07:45via la télévision en particulier,
07:47et qui va signaler aux gendarmes que cette famille ne compte pas une petite fille,
07:50mais deux.
07:51Et c'est grâce à cette information décisive
07:54que les gendarmes spécialisés, les experts, vont accélérer un peu le mouvement,
07:58et découvrir à l'arrière de la voiture, sous la jupe de sa maman,
08:04une petite fille âgée de 4 ans,
08:06qui est restée prostrée comme ça au niveau du plancher de la voiture.
08:11Elle est silencieuse, elle ne présente aucune trace de blessure.
08:14Ce gendarme va comme ça doucement essayer de l'extirper,
08:19et la petite fille, en sortant du véhicule,
08:22va même esquisser un petit sourire.
08:23Elle ne comprend pas ce qui se passe, évidemment.
08:27Cette tragédie fait la une de l'actualité.
08:30C'est un promeneur à vélo qui a fait la macabre découverte
08:33vers 15h50 cet après-midi.
08:35Sur ce chemin forestier,
08:374 personnes ont été retrouvées mortes,
08:39toutes tuées par arme à feu, d'après la gendarmerie.
08:43Dans la soirée, vers minuit, coup de théâtre,
08:45les policiers ont retrouvé une petite fille de 4 ans dans la voiture,
08:48indemne, blottie depuis 8 heures sous le corps de sa mère,
08:51terrorisée.
08:52Elle n'avait pas bougé depuis la fusillade et personne ne l'avait vue.
08:57C'est un quadruple assassinat, c'est rarissime.
09:02Ce qui rajoute aussi à la tragédie,
09:04c'est évidemment la découverte extraordinaire
09:07de cette survivante, cette petite fille de 4 ans
09:10qui est restée blottie, cachée sous la jupe de sa maman,
09:14qui peut-être dans un ultime réflexe de protection,
09:17a intimé l'ordre à sa petite fille de rester là,
09:20dissimulée sous sa jupe,
09:21à l'abri des balles du tueur.
09:23Et puis, il y a cette dimension internationale,
09:26puisqu'on apprend que, en fait,
09:28c'est une famille qui est en vacances dans la région.
09:30Il s'agit de la famille Alili,
09:32une famille d'origine irakienne,
09:34de nationalité britannique,
09:35mais ce sont des personnes nées en Irak.
09:38Le papa, Saad, a une cinquantaine d'années.
09:42La maman, Iqbal, a 47 ans.
09:44Elle est prothésiste dentaire de métier.
09:47Saad, lui, est ingénieur.
09:48Il travaille pour une société qui fabrique
09:49des satellites à usage civil.
09:52Et puis, il y a la grand-mère,
09:53la grand-mère maternelle,
09:54qui a 74 ans.
09:57Et les deux petites filles,
09:58Zina et Zainab,
10:00ont elles 4 et 7 ans.
10:02Est-ce qu'on sait ce qu'ils étaient venus faire
10:04à Chevaline, ce jour-là ?
10:06Ils sont en vacances.
10:07Et ils sont partis faire une promenade
10:09en montagne,
10:11profitant de la fraîcheur aussi
10:13de cette combe forestière.
10:15Mais ils n'ont pas l'intention
10:16de se livrer à une randonnée.
10:18Ils sont habillés tout simplement
10:20pour une petite promenade.
10:21Voilà ce que l'on sait
10:22de leur programme de l'après-midi.
10:29Qui est le cycliste retrouvé
10:31mort près de leur voiture ?
10:32Il s'appelle Sylvain Mollier.
10:34Il a 45 ans.
10:35C'est un père de famille
10:37qui a deux enfants
10:39d'un premier mariage
10:40et qui vient d'avoir
10:41un autre petit garçon
10:43deux mois avant le drame.
10:45Il est ouvrier dans une usine
10:47qui fabrique des tubes d'aluminium
10:49pour l'industrie nucléaire.
10:51C'est une filiale du groupe Areva.
10:52Quelle est la piste privilégiée
10:54par les enquêteurs à ce stade,
10:55au tout début de l'affaire ?
10:56Absolument toutes les hypothèses
10:58sont étudiées.
10:59Il est question peut-être
11:00de la présence
11:01de plusieurs tueurs
11:03qui se seraient coordonnés.
11:04Au bout de quelques jours,
11:06l'enquête balistique
11:07finit par donner
11:08les premiers résultats.
11:10Et on apprendra
11:10qu'en fait,
11:11un seul tueur
11:12était présent
11:13sur les lieux.
11:14Il n'y a qu'une seule arme
11:16utilisée.
11:17L'enquête ne fait que
11:18commencer à ce stade.
11:19Et toutes les hypothèses
11:21sont alors étudiées
11:22les unes après les autres.
11:23À partir des premiers éléments
11:25retrouvés sur place
11:26et des autopsies
11:27menées sur les victimes,
11:28les enquêteurs tentent
11:29de reconstituer
11:30le scénario du crime.
11:32Oui, c'est extrêmement compliqué
11:33puisqu'il n'y a pas
11:34de témoin oculaire.
11:35Personne n'est capable
11:36de leur dire
11:37ce qui a pu se passer.
11:39Personne n'a entendu
11:39de coups de feu.
11:41Les enquêteurs
11:42vont devoir
11:42se contenter
11:43du minimum,
11:44c'est-à-dire
11:45du nombre de balles
11:46déjà,
11:47du nombre de balles
11:47tirées par le tireur,
11:4921 balles.
11:50Puis ensuite,
11:51ils essaient
11:51de reconstituer
11:52la dynamique
11:53de la scène de crime
11:54grâce notamment
11:55à des traces laissées
11:56par la voiture
11:57de la famille Alili.
11:58Ils comprennent
11:59que la famille Alili
12:00est arrivée
12:01sur le parking,
12:02que deux de ses membres,
12:03le papa et sa fille aînée,
12:05sont sortis du véhicule.
12:06Et puis,
12:07dans un moment
12:08de grande panique,
12:09comprenant peut-être
12:10qu'un tueur arrive
12:11à proximité,
12:12le père a hurlé
12:14sur sa fille
12:14pour qu'elle revienne
12:15à l'intérieur de la voiture.
12:16Ça, c'est grâce
12:17au témoignage
12:18de la petite fille
12:18qu'on apprendra ça.
12:20Mais elle n'a pas le temps,
12:21elle,
12:21de revenir dans la voiture.
12:23Le père, lui,
12:24se remet au volant
12:26de son véhicule
12:27et là,
12:27il s'est garé
12:28en marche avant
12:28sur ce parking.
12:29Donc,
12:29il est obligé
12:30de procéder
12:31à une marche arrière
12:31en catastrophe
12:32et en procédant
12:34à cette marche arrière,
12:35il va réaliser
12:35en fait un arc de cercle
12:36qui va se finir
12:37dans le talus
12:38qui borde ce parking
12:40et c'est là,
12:40malheureusement,
12:41que le tueur
12:41va pouvoir
12:42les approcher de près
12:44et les exécuter froidement.
12:46Ils vont tous recevoir
12:46au moins une balle
12:47dans la tête
12:48et au cours
12:49de cette manœuvre
12:50désespérée
12:51de marche arrière,
12:52la voiture va rouler
12:53sur le corps du cycliste
12:55qui présente
12:55des traces d'enfoncement
12:57au niveau de la cage thoracique.
12:58Et qu'arrive-t-il
12:59à ce cycliste
12:59Sylvain Mollier
13:00dans ce scénario ?
13:01On comprend
13:02par la logique
13:03de la scène de crime
13:04que le cycliste
13:05est touché en premier
13:06parce qu'il est allongé
13:07sur le sol
13:07et c'est pour cette raison
13:08que la voiture
13:10en faisant la marche arrière
13:10va rouler sur son corps.
13:12Le séquençage exact
13:13reste encore un peu flou.
13:15Ce que les enquêteurs remarquent
13:16c'est qu'ils ont affaire
13:17à un tireur
13:18de tout premier plan,
13:19un tireur très aguerri
13:20puisqu'il a tiré
13:2121 balles,
13:23que 17 ont atteint
13:24leur cible
13:25et que les balles
13:26n'ont pas impacté
13:27la carrosserie.
13:28Ça veut dire donc
13:29que le tireur
13:30vise juste,
13:31vise très juste même.
13:38Dès les premiers jours,
13:39les policiers
13:39sont à la recherche
13:40d'un motard
13:41qui aurait été aperçu
13:42par des témoins.
13:43Oui, c'est le témoin
13:45principal,
13:46celui qui découvre
13:47la scène de crime,
13:48William Brett Martin,
13:49qui va parler en premier
13:51d'un motard
13:52qu'il aurait croisé
13:53à quelques centaines
13:54de mètres
13:55en amont
13:56du parking
13:56du Martinez.
13:57C'est-à-dire
13:57quand il monte
13:58et qu'il s'apprête
13:58à découvrir
13:59la scène de crime,
14:00peut-être dans la minute
14:01qui précède,
14:02il croise un motard.
14:04Il explique que ce motard
14:06même ralentit
14:07comme s'il voulait
14:08s'arrêter
14:08lorsqu'il se croise.
14:09Le motard
14:10poursuit sa route
14:11et donc il va se souvenir
14:12de cette scène.
14:13C'est évidemment
14:14un élément clé
14:15pour les enquêteurs
14:16puisqu'il y a fort
14:17à parier
14:18que ce motard
14:19a dû voir quelque chose.
14:20Il a dû au moins
14:21apercevoir
14:22les victimes allongées
14:23et peut-être
14:24qu'il est impliqué
14:25dans les faits
14:26dont il est question.
14:31Entre-temps,
14:31la fillette
14:32de 7 ans
14:32grièvement blessée,
14:33Zainab Halili,
14:34est sortie
14:35de son coma artificiel
14:37et ses jours
14:37ne sont plus en danger.
14:39Renan Folgoas,
14:40l'enquête se poursuit
14:41et les enquêteurs
14:42s'intéressent de près
14:42à l'entourage
14:44des Halili.
14:44Il découvre
14:45que le père de famille,
14:47Sade,
14:47était brouillé
14:48avec son frère aîné
14:49à cause d'une histoire
14:50d'héritage.
14:51Oui,
14:51il y a un lourd contentieux
14:52entre les deux frères.
14:53Sade avait un frère aîné,
14:56Zaïd,
14:56qui a trois ans
14:57de plus que lui
14:58et effectivement,
14:59les deux frères
15:00sont vraiment fâchés,
15:01ils ne se parlent plus
15:02ou alors seulement
15:03par l'intermédiaire
15:04d'un avocat
15:04et en toile de fond,
15:06c'est l'héritage paternel
15:07qui pose problème.
15:09Leur père est décédé
15:10un an plus tôt.
15:11Il leur a laissé
15:12une fortune
15:12assez importante.
15:14C'est un entrepreneur
15:15plutôt florissant
15:17en Irak.
15:18Il avait fait fortune
15:19dans des commerces
15:20assez variés,
15:21un élevage de poulet,
15:22une fabrique
15:22de papier toilette.
15:24Il était à la tête
15:25d'une fortune estimée
15:26à 4 ou 5 millions d'euros,
15:28ce qui n'est pas rien.
15:29Et les deux frères,
15:31eux,
15:31semblent se disputer
15:32âprement l'héritage
15:34et Saad,
15:36Saad Ali,
15:37qui décède
15:37à Chevaline
15:38ce 5 septembre,
15:39lui,
15:40dans les mois
15:40qui précèdent le drame,
15:42est animé par le désir
15:43de reconstituer
15:43le patrimoine paternel
15:45pour essayer
15:46de comprendre
15:47où sont les biens
15:48et puis d'avoir
15:49une vision complète
15:50de cet héritage.
15:52Selon l'enquête,
15:53cet héritage
15:53semble vraiment
15:54préoccupé
15:55Saad Alili.
15:56Oui,
15:56on comprend
15:56que la famille
15:58Alili
15:58est en vacances,
15:59certes,
16:00mais que
16:01Saad Alili
16:01est animé
16:02par l'intention
16:03de reconstituer
16:04une partie
16:05du patrimoine paternel
16:06puisqu'il contacte
16:07quelques jours
16:08avant le drame
16:09une banque suisse
16:10qui abrite
16:11un compte bancaire
16:12au nom du père
16:12de Saad.
16:13Sur ce compte bancaire,
16:14il y a environ
16:15un million d'euros
16:16et un rendez-vous
16:17est même prévu
16:17dans cette banque
16:18dans les jours
16:19qui suivent.
16:20Le drame,
16:20évidemment,
16:21Saad ne se présentera
16:21jamais,
16:22qui a à voir
16:23avec les enjeux
16:24financiers
16:24de l'héritage.
16:27Le lundi 24 juin 2013,
16:29quasiment dix mois
16:30après la tuerie,
16:31le frère de Saad Alili,
16:33Zahid,
16:34est interpellé
16:34par les policiers britanniques
16:36et placé en garde à vue.
16:37Il soupçonne Zahid,
16:39eh bien,
16:39tout simplement
16:40d'avoir commandité
16:41un assassinat
16:43visant à supprimer
16:44Saad Alili
16:45et sa petite famille.
16:47Ce matin,
16:47on apprend
16:48que la police britannique
16:49annonce l'arrestation
16:50du frère
16:51du chef de famille,
16:52monsieur Alili.
16:53On n'a pas d'autres détails
16:54pour l'instant.
16:54Un cycliste français,
16:55vous vous en souvenez,
16:56a également été tué ce jour-là.
16:58Comme il ne répond pas
16:59aux convocations
16:59des enquêteurs français,
17:01il refuse de se rendre
17:02en France.
17:02Les policiers britanniques
17:04vont effectivement
17:05l'interpeller,
17:06vont l'entendre,
17:07mais en même temps,
17:09rien ne permet
17:10de le relier
17:10avec un projet
17:12d'assassinat.
17:13Évidemment,
17:14les enquêteurs
17:15regardent toutes les pistes,
17:16ils creusent son passé,
17:18ces derniers contacts
17:20téléphoniques
17:20au cours des mois
17:21qui précèdent le drame,
17:22mais aucun élément
17:23concret, tangible,
17:25ne permet
17:26d'étayer l'accusation.
17:31Zaïd Alili ressort
17:32libre de sa garde à vue
17:33et six mois plus tard,
17:35en janvier 2014,
17:36son contrôle judiciaire
17:37est levé.
17:38Les enquêteurs
17:39concentrent alors
17:40leurs investigations
17:40sur l'arme supposée
17:42du crime.
17:43Elle les intrigue
17:44depuis le début,
17:44Ronan Folgoas.
17:45Oui,
17:46parce qu'ils ont réussi
17:47à déterminer
17:48assez rapidement
17:49au bout de quelques mois
17:50que cette arme
17:51est un Luger P06,
17:54une arme qui est connue
17:55pour avoir été utilisée
17:55par l'armée suisse
17:57dans le courant
17:58du XXe siècle.
17:59Ça faisait partie
18:00des armes de dotation
18:01que l'armée suisse
18:02donnait aux militaires
18:03et qui ensuite
18:04avaient la possibilité
18:05de les conserver
18:05avec eux
18:06lorsqu'ils quittaient
18:08l'armée.
18:08et donc plusieurs dizaines
18:10de milliers d'armes
18:10de ce type
18:11circulent depuis des décennies
18:13en Suisse
18:14et aussi côté français.
18:16C'est une arme
18:16semi-automatique
18:17qui est relativement
18:18désuète désormais
18:20et donc c'est une arme
18:21qui ne correspond pas
18:22tout à fait
18:22avec le profil
18:23d'un tueur à gage.
18:24C'est une arme
18:25assez étonnante.
18:25Et les gendarmes
18:26vont procéder
18:27à de très nombreuses auditions.
18:28C'est à peu près
18:29le seul élément tangible
18:30dont ils disposent
18:32et donc ils vont essayer
18:33d'infiltrer
18:34le milieu
18:35des collectionneurs d'armes,
18:36un milieu très difficile
18:37d'ailleurs
18:37à infiltrer.
18:39Ils vont contacter
18:40les clubs de tir,
18:42les détenteurs d'armes,
18:44les collectionneurs
18:45évidemment
18:45pour essayer
18:46de retrouver
18:47des profils
18:48d'individus
18:49qui pourraient
18:49correspondre
18:51à leur recherche.
18:55Le 18 février 2014,
18:57un homme,
18:58un ancien policier
18:59est interpellé.
19:00Oui,
19:01c'est un ancien policier
19:02municipal
19:02qui se retrouve
19:04impliqué
19:05dans une affaire
19:05de trafic d'armes.
19:06il vit
19:07à proximité
19:08de Chevaline
19:09à quelques kilomètres.
19:11Il dispose
19:11d'un moyen
19:12de transport
19:12rapide,
19:13c'est une moto
19:13qui a pu
19:14lui permettre
19:16d'accéder rapidement
19:17à Chevaline
19:17et puis ensuite
19:18de disparaître
19:19par un itinéraire
19:20de fuite,
19:20peut-être même
19:21dans la forêt.
19:22Il y a quelques éléments
19:24qui peuvent coller.
19:26Cet homme
19:26est placé
19:27en garde à vue,
19:29il découvre
19:29à l'occasion
19:30de son interpellation
19:31un arsenal
19:32assez impressionnant,
19:33des dizaines
19:33d'armes
19:34qu'il collectionne
19:35chez lui,
19:36mais pas l'arme
19:36du crime,
19:38pas de Luger
19:38P06.
19:40Et finalement,
19:40ce collectionneur d'armes
19:42est mis hors de cause
19:43dans cette affaire.
19:44Ronan Folgoas
19:45en évoquait plutôt
19:45le sort de Sylvain Mollier,
19:47ce cycliste
19:48tué pendant la fusillade.
19:50Les enquêteurs
19:50en viennent à un moment
19:51à se demander
19:52si ce n'était finalement
19:53pas lui
19:54la vraie cible du tueur.
19:55Oui,
19:56comme en réalité,
19:57au cours de ces premières
19:58années d'enquête,
19:59ils n'aboutissent
20:00à aucun résultat probant
20:02en creusant la piste
20:03de la famille Alili.
20:04Ils se sont aussi
20:05intéressés à Sylvain Mollier
20:07que lors des premiers
20:08mois d'investigation.
20:08Est-ce qu'ils ne sauraient
20:09pas passer à côté
20:10d'une piste
20:10un peu inattendue ?
20:13Le problème,
20:14c'est que concernant
20:15Sylvain Mollier,
20:15ils n'ont pas grand-chose.
20:17C'est un homme
20:17sans aspérité
20:19qui n'a pas d'ennemis.
20:21En revanche,
20:22dans l'entourage
20:22de Sylvain Mollier,
20:23il y a quand même
20:24un homme qui les a intéressés
20:26au moins pendant
20:26un certain temps.
20:27C'est un ancien légionnaire
20:29qui se trouve être
20:30un ex-petit ami
20:31de la sœur
20:32de Sylvain Mollier.
20:33C'est aussi une connaissance
20:34directe de Sylvain Mollier.
20:36Et cet homme,
20:38un ancien légionnaire
20:39qui connaît les armes,
20:40qui sait les manier,
20:41y compris dans des zones
20:42de guerre,
20:43a été entendu
20:44par les enquêteurs.
20:46Ses auditions
20:47se sont assez mal passées
20:48du point de vue
20:49de cet homme,
20:50Patrice Menegaldo.
20:51Ses auditions vont provoquer
20:52chez lui une brisure
20:53très profonde.
20:55Cet homme va se suicider
20:56au début du mois de juin 2014.
21:03Renan Folgoas,
21:04on en vient au début
21:05de cette année,
21:06en janvier 2022,
21:07un homme qui avait déjà
21:08été entendu dans le cadre
21:10de cette affaire
21:10est placé en garde à vue.
21:12Un homme est toujours
21:13en garde à vue ce matin
21:14dans l'enquête
21:14sur l'affaire
21:15de la tuerie de Chevaline.
21:16Oui, cet homme,
21:17c'est le fameux motard
21:19qui a fait l'objet
21:19d'un portrait robot.
21:20Ce motard
21:21qui aurait croisé
21:22William Brett Martin.
21:23Ils ont mis trois ans
21:25à le retrouver
21:25grâce à la téléphonie.
21:27Son téléphone fait partie
21:28des 4000 numéros
21:30de téléphone
21:30qui ont borné
21:31dans le créneau horaire
21:33autour du drame
21:33dans la région de Chevaline.
21:35Il s'agit d'un entrepreneur
21:36de la région lyonnaise
21:37qui explique
21:39qu'en fait,
21:40il était venu faire
21:41un baptême de deltaplane
21:42et qu'ensuite,
21:43il avait voulu se promener
21:45tout simplement
21:45et qu'il s'était
21:46un peu égaré
21:47et qu'en montant
21:49cette route forestière
21:50de la Combedire,
21:51il avait été invité
21:51par des agents de l'ONF
21:53à faire demi-tour
21:53et qu'en faisant demi-tour,
21:55il avait effectivement
21:56été obligé de passer
21:57devant ce parking
21:58du Martinet
21:58mais qu'il n'avait rien
21:59remarqué de spécial.
22:00Les enquêteurs
22:01ne sont pas tout à fait
22:02convaincus
22:03par ces explications.
22:04Il y a, semble-t-il,
22:05dans son témoignage
22:06des incohérences.
22:07Cet homme a été
22:08placé en garde à vue
22:09pendant près de 48 heures
22:11mais il en est ressorti libre.
22:12Et à ce stade,
22:13aucune charge
22:14ne pèse contre lui.
22:19Ronan Folgoas,
22:20dix ans après
22:21ce quadruple meurtre,
22:23la tuerie de Chevaline
22:23reste encore
22:24entourée de mystères.
22:26Vous avez découvert
22:27que certaines pistes
22:28dans le passé
22:29de la famille Alili
22:30n'ont pas pu être explorées.
22:32Oui, parce que c'est
22:33une enquête
22:34tentaculaire internationale
22:36qui s'est étendue
22:37dans une dizaine
22:38voire une quinzaine
22:38de pays
22:39les Etats-Unis,
22:40le Canada,
22:41l'Europe du Nord,
22:42l'Europe du Sud,
22:42la Turquie
22:43et l'Irak.
22:44Est-ce qu'en Irak,
22:45il y avait peut-être
22:47des personnes
22:47qui tenaient
22:48à capter
22:49l'héritage paternel
22:51qui était en partie
22:52présent sur le sol
22:54irakien
22:55au détriment
22:56des deux frères
22:56Alili ?
22:57C'est une pure hypothèse
22:59mais qui n'a pas pu
23:00être creusée
23:00parce que les commissions
23:01rogatoires internationales
23:03qui ont été diligentées
23:04par la justice française
23:05n'ont jamais été retournées
23:07par les autorités irakiennes
23:08donc aucun acte d'enquête
23:10digne de ce nom
23:11n'a pu avoir lieu
23:12en Irak
23:13donc c'est un angle mort
23:14de ce dossier.
23:16Et il y a un autre
23:17élément troublant
23:18dans le passé
23:18de la mère de famille.
23:20Iqbal Alili,
23:22la femme de Saad,
23:23a connu en effet
23:24une expérience secrète
23:26aux Etats-Unis.
23:27Elle s'est exilée
23:28pendant près d'un an et demi
23:29entre 1999 et 2000.
23:31Elle s'est même mariée
23:32là-bas avec un Américain.
23:34L'hypothèse des enquêteurs
23:36c'est que son séjour
23:37là-bas était motivé
23:37par l'envie
23:38de disposer
23:39d'une green card,
23:40une carte de résident
23:41permanent
23:42et que ce mariage
23:43était peut-être
23:44un mariage arrangé.
23:45Le fait est
23:46c'est que Iqbal
23:47après un an et demi
23:48passé aux Etats-Unis
23:49rentre en Europe
23:50puis elle s'installe
23:51aux Émirats Arabes Unis
23:52et c'est là
23:52qu'elle rencontre
23:53Saad Alili,
23:54son futur mari,
23:55le père de ses enfants.
23:57Cet épisode caché
23:59de sa vie américaine
24:01soulève évidemment
24:02des questions
24:02d'autant plus
24:04que cet homme,
24:05cet Américain
24:06qui est alors âgé
24:07de 60 ans
24:08décède
24:09le même jour
24:10que la tuerie
24:11de Chevaline
24:11ce 5 septembre 2012.
24:13Il meurt semble-t-il
24:14d'une crise cardiaque.
24:15Les autorités françaises
24:16et la justice française
24:17auraient aimé
24:18en avoir le cœur net
24:20et elle a demandé
24:21une exhumation
24:23qui a été refusée
24:25par les autorités américaines
24:26mais il s'agirait
24:27selon toute vraisemblance
24:28d'une pure coïncidence.
24:35L'actuel procureur d'Annecy
24:37qui est la troisième magistrate
24:39à suivre ce dossier
24:40a bon espoir
24:41qu'on retrouve un jour
24:41l'assassin ?
24:42Oui, c'est ce qu'elle a expliqué
24:43en tout cas
24:44en début d'année 2022
24:46à nos confrères
24:47de la tribune de Genève
24:48elle se veut optimiste
24:50elle pense que
24:51cette affaire
24:52sortira
24:53grâce à des preuves scientifiques
24:56peut-être pensait-elle
24:57à une exploitation
24:59enfin
24:59de la trace
25:00d'ADN
25:01inconnue
25:02qui a été retrouvée
25:03sur le pare-choc
25:04de la voiture
25:05de la famille
25:05Alili
25:06peut-être pense-t-elle
25:07à un élément technique
25:08à de la téléphonie
25:09ou à tout autre chose
25:11en tout cas
25:12elle a cet espoir
25:13et puis elle ne veut
25:14surtout pas diffuser
25:15l'idée que l'affaire
25:16Chevaline
25:17va devenir un cold case
25:19elle veut que cette affaire
25:20soit toujours
25:20aux mains
25:21de juges d'instruction
25:22d'Annecy
25:23qui sont aux commandes
25:24depuis maintenant
25:25dix ans
25:30Les deux survivantes
25:31de cette tuerie
25:32Zina et Zainab
25:33ont maintenant
25:3414 et 17 ans
25:35qu'est-ce qu'on sait
25:36de la vie qu'elles mènent
25:37aujourd'hui ?
25:38Très peu de choses
25:39en réalité
25:39elles sont toujours
25:40sous protection
25:42des autorités britanniques
25:44tant que l'affaire
25:45n'est pas résolue
25:46on ne sait pas
25:48grand chose d'elles
25:48à part qu'elles vivent
25:49sous une nouvelle identité
25:51et chez leur tante maternelle
25:54leur oncle
25:55Zaid Halili
25:56qui s'est exprimé
25:58dans Le Parisien
25:59nous a simplement
26:00confié
26:01qu'elles allaient
26:02plutôt bien
26:03et qu'elles ne
26:04reparlaient plus
26:05du drame
26:06sans beaucoup plus
26:06de précision
26:07on se doute évidemment
26:08qu'elles sont traversées
26:10par un traumatisme
26:11de longue durée
26:11mais en réalité
26:12personne ne sait rien
26:13de leur vie actuelle
26:29Merci Renan Folgoas
26:31votre série d'articles
26:32consacrée à la tuerie
26:33de chevaline
26:34est à retrouver
26:34sur leparisien.fr
26:36Cet épisode a été produit
26:38par Raphaël Pueyo
26:39et Lola Soti
26:40réalisation
26:41Pierre Chafanjon
26:42Codesource
26:43c'est le podcast
26:44d'actualité du Parisien
26:45n'oubliez pas
26:46de vous abonner
26:47sur votre application
26:48audio préférée
26:49vous pouvez nous écrire
26:50sur Twitter
26:52ou bien à cette adresse
26:53codesource
26:54at leparisien.fr
26:56toute l'équipe de Codesource
26:57vous souhaite
26:58un bel été
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