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(Suite et fin) « Je n’ai jamais empoisonné personne ! » affirmait l’ancien anesthésiste dans les colonnes du Parisien le 18 juillet. Frédéric Péchier, mis en examen pour l’empoisonnement de trente patients, dont douze mortels, répondait aux accusations au côté de ses avocats.
En 2017, le praticien alors âgé de 47 ans est mis une première fois en examen pour sept empoisonnements. Aujourd’hui, l’anesthésiste est suspecté d’avoir empoisonné trente patients dans deux cliniques de Besançon (Doubs), leur provoquant des complications cardiaques importantes, voire mortelles.
Bien qu’il n’ait jamais été placé en détention, les enquêteurs pensent que Frédéric Péchier a agi ainsi pour causer du tort à ses collègues et se mettre en valeur. Lui, affirme que ces incidents sont le résultat d’erreurs de ses confrères ou d’aléas, et continue de clamer son innocence.
Pour Code source, Louise Colcombet, journaliste au service police justice du Parisien, revient sur cette affaire dans un épisode en deux parties.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Emma Jacob, Julia Paret, Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network
#crime #fredericpechier
En 2017, le praticien alors âgé de 47 ans est mis une première fois en examen pour sept empoisonnements. Aujourd’hui, l’anesthésiste est suspecté d’avoir empoisonné trente patients dans deux cliniques de Besançon (Doubs), leur provoquant des complications cardiaques importantes, voire mortelles.
Bien qu’il n’ait jamais été placé en détention, les enquêteurs pensent que Frédéric Péchier a agi ainsi pour causer du tort à ses collègues et se mettre en valeur. Lui, affirme que ces incidents sont le résultat d’erreurs de ses confrères ou d’aléas, et continue de clamer son innocence.
Pour Code source, Louise Colcombet, journaliste au service police justice du Parisien, revient sur cette affaire dans un épisode en deux parties.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Emma Jacob, Julia Paret, Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network
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00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11A la mi-juillet, le docteur Frédéric Péchier est sorti du silence dans une interview accordée aux Parisiens
00:16quelques semaines après sa 30e mise en examen.
00:20Depuis 2017, cet ancien anesthésiste de 51 ans est soupçonné d'avoir empoisonné 30 patients
00:27dans les deux cliniques de Besançon où il a travaillé, des patients qui, une fois endormis
00:31pour leur opération, étaient victimes d'arrêts cardiaques inexpliqués, 12 d'entre eux en sont morts.
00:37Selon les enquêteurs, Frédéric Péchier a agi de la sorte pour causer indirectement du tort à ses collègues
00:43et pour se mettre en valeur, une version que le médecin conteste depuis le début.
00:47Codesources vous raconte cette affaire dans un podcast en deux épisodes,
00:51seconde partie aujourd'hui toujours avec Louise Colcombet, journaliste au service police-justice du Parisien.
01:08A la fin du premier épisode, on s'était arrêté à la mise en examen de Frédéric Péchier
01:13pour cet empoisonnement volontaire.
01:15On commence ce nouvel épisode deux ans plus tard.
01:18Louise Colcombet, le jeudi 16 mai 2019, l'anesthésiste est de nouveau mis en examen
01:24et cette fois-ci, il est soupçonné d'avoir empoisonné encore plus de patients.
01:28Oui, il est mis en examen pour 17 cas supplémentaires, ce qui porte à 24 le nombre d'empoisonnements,
01:32dont 9 empoisonnements qui ont été fatales aux patients, donc 9 morts en tout.
01:37La qualification retenue par le parquet pour ces 17 nouveaux faits
01:41est l'empoisonnement sur personnes vulnérables,
01:44un crime pour lequel la peine de la réclusion criminelle à perpétuité est en cours.
01:50L'affaire devient vraiment hors norme à ce moment-là ?
01:53C'est énorme parce qu'on a déjà eu des cas à l'étranger,
01:58mais en France, on n'a pas de précédent et surtout, on est sur des cas qui concernent un anesthésiste
02:04et c'est rarissime d'avoir ce genre d'affaires.
02:07On est aux petites heures qui précèdent l'aube,
02:09le docteur Péchier tombe dans les bras de sa famille, il reste libre.
02:12Et là, il ressort encore une fois libre du bureau de la juge d'instruction.
02:16Oui, alors il y a un débat qui a eu lieu en audience devant le juge de la liberté de
02:20la détention.
02:21Il y a eu des appels, parce que les partis civils ne comprenaient pas
02:24pourquoi ils n'étaient pas mis derrière les barreaux en détention provisoire.
02:28Mais c'est la même idée qui avait prévalu en 2017,
02:31c'est-à-dire qu'on a considéré que le risque de réitération n'était pas là,
02:35que l'enquête devait progresser.
02:37Là, il a une difficulté supplémentaire, c'est qu'on lui interdit en revanche
02:40pour qu'il n'y ait pas de problème avec les partis civils qu'il pourrait croiser dans la rue.
02:45On lui demande de quitter Besançon.
02:48Et donc, à ce moment-là, il va retourner vivre chez ses parents, à côté de Poitiers.
02:56Frédéric Péchier reste sous contrôle judiciaire
02:59et au cours de l'enquête, il est auditionné par plusieurs experts
03:02chargés de fouiller sa personnalité.
03:04Qui sont-ils ?
03:05Il y a deux types de professionnels qui se sont penchés sur son cas.
03:08Il y a des psychologues et des psychiatres qui l'ont rencontré à plusieurs reprises.
03:13Et il y a des sortes de profilers qui ont été mandatés par la PJ.
03:18Les profilers, eux, ils vont étudier tout ce qui est sur dossier,
03:21des écoutes téléphoniques, des propos qu'ont rapporté des collègues
03:25où il peut sembler sans empathie, assez froid, déterminé.
03:29Et ils vont faire de lui un portrait totalement défavorable,
03:33c'est le moins qu'on puisse dire.
03:34Il parle de boursouflure et mégalomaniac.
03:37Ils expliquent qu'il n'a aucune empathie,
03:39qu'il est motivé par un narcissisme énorme
03:42et que peu lui importent les patients,
03:44qu'il veut se venger de ses confrères.
03:46Voilà, c'est un portrait très à charge, très sombre.
03:48Mais par ailleurs, les psys qui l'ont rencontré,
03:51des psychiatres, aucun va déceler de maladies sous-jacentes.
03:55Ils ne vont rien trouver de saillant,
03:57y compris certains qui vont dire
04:00« Mais pour faire une telle chose,
04:01il faudrait un événement traumatique particulier dans l'enfance
04:05qui permet d'avoir cette structure mentale,
04:08de pouvoir apparaître normale et commettre le pire dans un second temps. »
04:13Et il ne trouve rien, c'est-à-dire qu'il ne voit pas d'élément biographique
04:15qui pourrait expliquer ça, il ne voit pas de maladie,
04:18il le trouve totalement normal et donc il ne voit pas de psychopathe
04:22ou de malade en lui, pas du tout.
04:25Les enquêteurs découvrent tout de même plusieurs événements
04:28en retraçant le parcours du docteur Péchier,
04:30des éléments étonnants qu'il verse au dossier.
04:33D'abord, Louis Colcombet, le père de Frédéric Péchier,
04:36a lui-même été médecin, anesthésiste.
04:38Il travaillait au CHU de Poitiers
04:40au moment où un énorme scandale a été révélé au sein de cet hôpital
04:44au milieu des années 80.
04:46« Oui, en 1984, une jeune femme décède au bloc. »
04:49Et puis, une affaire dans la Vienne qui fait grand bruit depuis 24 heures,
04:53deux médecins du centre hospitalier de Poitiers
04:55ont été inculpés d'assassinat après la mort suspecte d'une jeune femme.
04:59Les deux médecins sont accusés d'avoir saboté volontairement
05:02l'appareil de réanimation, sans doute par esprit de vengeance
05:05contre le chef du service.
05:06« L'anesthésiste en charge va se rendre compte
05:08qu'en fait deux tubes avaient été inversés,
05:10ce qui a provoqué sa mort.
05:11Et il va accuser l'un de ces subordonnés,
05:15avec qui il ne s'entendait pas du tout,
05:16d'avoir voulu le piéger par la complicité d'un deuxième
05:19qui l'avait aidé dans cette opération.
05:21« Quand, avec mes collaborateurs,
05:23nous sommes allés faire les vérifications complètes de tout le matériel,
05:28nous avons découvert l'arme du crime.
05:30C'était absolument monstrueux,
05:32car ça ne peut avoir été pratiqué que par quelqu'un
05:34qui connaît très bien son métier.
05:36C'était très bien caché.
05:37C'était pratiquement imparable. »
05:39Ça va donner lieu à un énorme procès
05:41avec, je crois, 300 journalistes accrédités.
05:43Ça va passionner la France,
05:44l'affaire dite des anesthésistes de Poitiers,
05:46et qui va finalement se solder par un acquittement général,
05:50parce qu'on n'a jamais su, finalement, la vérité.
05:52Cet événement-là, évidemment,
05:53le père de Frédéric Péchy n'est absolument pas mis en cause dedans.
05:57Simplement, il travaillait, à la même époque,
05:59en réanimation, en anesthésiste,
06:01avec ces personnes-là.
06:02Ce n'était pas le même service,
06:03mais c'était ses collègues.
06:05Sa mère travaillait aussi dans le monde médical.
06:07Cet événement, c'est le seul qu'on connaît
06:09ce qui concerne une sorte de vengeance entre anesthésistes.
06:12C'est le seul en France connu.
06:13Et ça a paru très troublant aux yeux de l'accusation
06:16que ça avait pu se produire tout près de Frédéric Péchy.
06:19Et on s'est demandé si ça n'a pas pu l'influencer,
06:23infuser en lui, en tout cas,
06:25si ça avait pu nourrir des discussions à table.
06:28Lui, il avait 13 ans.
06:29Il avait 16-17 ans quand il y a eu le procès.
06:32Moi, il me dit, je ne m'en souvenais même pas.
06:33Franchement, c'est les journalistes qui l'ont rappelé.
06:35C'est une coïncidence qui a pu, en tout cas,
06:37être jugée signifiante.
06:38C'est au dossier.
06:46Le deuxième fait qui intéresse la justice
06:48dans le parcours du docteur Péchier
06:50se déroule quelques années plus tard.
06:52Cette fois-ci, lorsqu'il est étudiant en médecine
06:55au CHU de Besançon.
06:56Oui, là, c'est pareil.
06:57Le procureur a demandé à ce qu'on fasse verser
06:59cette procédure au dossier.
07:01Il y a eu un gros scandale à l'époque
07:03où Frédéric Péchier est interne.
07:04Il se pratiquait de l'euthanasie active,
07:06une épidémie de personnes âgées
07:09qui auraient été, entre guillemets,
07:12empoisonnées pour faire de la place dans le service.
07:14Évidemment, Frédéric Péchier n'est pas mis en cause.
07:16Ça se passait la nuit.
07:17Lui, il était interne en journée.
07:19Mais de la même manière,
07:21on a pu se demander s'il n'avait pas pu,
07:23à ce moment-là, être influencé par ça.
07:26Ça se passait avec du potassium.
07:27C'est l'un des produits qu'on retrouve
07:30dans les cas d'empoisonnement aujourd'hui.
07:32La question s'est soulevée de savoir
07:33si peut-être il avait pu apprendre à faire
07:35à ce moment-là pendant ses études.
07:37Évidemment, lui dit que non,
07:39qu'il était au courant que ça se pratiquait.
07:41C'était un secret de polychinelle.
07:42D'ailleurs, il y a eu cette enquête,
07:43mais il n'a rien à voir avec ça.
07:46À l'automne 2019, on apprend dans la presse
07:48que l'une des consœurs de Frédéric Péchier,
07:50avec qui il était ami auparavant,
07:52affirme qu'elle a failli mourir à cause de lui.
07:54Frédéric Péchier va se fâcher très fort
07:57avec un couple d'anesthésistes
07:58qui travaillent avec lui au mois de mars 2016.
08:02Et six semaines après,
08:03la femme de ce couple,
08:04elle, elle doit subir une opération.
08:06Donc naturellement, elle va à la clinique Saint-Vincent.
08:09Et il ressort que ce jour-là,
08:12la patiente juste après elle,
08:13va décéder d'un arrêt cardiaque brutal.
08:16Ce qui va beaucoup troubler les enquêteurs,
08:18c'est que cette collègue,
08:20elle aurait demandé au dernier moment
08:22à être endormie par son époux,
08:24donc anesthésiste aussi,
08:26et qu'elle aurait ainsi inversé l'ordre de passage.
08:29Et comme la personne juste après décède,
08:32ils vont aller jusqu'à se demander
08:33si Frédéric Péchier n'aurait pas essayé
08:35de faire coup double,
08:37c'est-à-dire, entre guillemets,
08:38supprimer sa consœur
08:39et des mains de son propre mari.
08:42Aujourd'hui, Frédéric Péchier le conteste.
08:44Il explique que l'ordre de passage
08:46était connu à l'avance,
08:47qu'il était fixé,
08:48d'autant plus qu'elle devait se faire mettre une prothèse
08:51et qu'on fait toujours les prothèses
08:53en première opération le matin.
08:54Donc, il nie totalement cette intention.
09:00En parallèle, les recherches,
09:02les investigations sur tous ces empoisonnements
09:04prennent beaucoup de temps
09:05et n'ont pas l'air de vraiment progresser.
09:07C'est très long,
09:08il faut interroger tout le monde
09:09et surtout, on a besoin de preuves médicales.
09:12Il faut repasser tous les cas suspects
09:15à la moulinette, si j'ose dire,
09:17en prenant tous les dossiers médicaux
09:19des patients,
09:20en récapitulant tous les événements
09:22qui se sont passés pendant l'opération,
09:25essayer de comprendre
09:26avec ce qu'on a récupéré à l'époque,
09:27ce qu'on a pu analyser,
09:29repasser tout le monde en audition
09:31pour comprendre le contexte
09:32et d'essayer de déterminer
09:33si les gens ont pu décéder
09:35parce qu'il y avait une cause médicale,
09:37s'il y a pu y avoir une erreur
09:39ou s'il s'agit d'un empoisonnement.
09:41Et c'est évidemment très long.
09:42On a une première expertise
09:43qui a été rendue,
09:44qui n'était pas satisfaisante
09:45aux yeux du procureur,
09:46qui a donc demandé une contre-expertise
09:47et ça a pris deux ans supplémentaires.
09:50Et hormis les expertises médicales,
09:51est-ce qu'il y a d'autres éléments
09:52qui peuvent aider cette enquête ?
09:54Alors des éléments, oui.
09:56Des preuves absolues, formelles,
09:58où on verrait le docteur Péchier
10:00prendre une poche,
10:01la remplir d'un produit
10:03et la donner à quelqu'un.
10:04Ça, il n'y a pas.
10:05Il y a des vidéosurveillances
10:06qui montrent qu'il arrive très tôt.
10:07Il y a des témoignages
10:08qui expliquent
10:09qu'il pouvait se servir ici
10:10ou là en médicaments
10:11et que ça pouvait être un peu étonnant.
10:13Il y a des éléments de contexte,
10:14des disputes.
10:15C'est plutôt un faisceau d'indices
10:17qui mène l'accusation
10:19à penser que c'est lui.
10:20Maintenant,
10:21des preuves absolues,
10:23une empreinte sur une poche,
10:25il n'y a pas.
10:25De toute façon,
10:26il a employé de la clinique,
10:27il pourrait très bien
10:28avoir ses empreintes partout.
10:29L'empoisonnement,
10:30de toute façon,
10:30c'est quelque chose
10:31qui est très difficile à prouver.
10:33Il y a par exemple
10:34des personnes qu'on a exhumées.
10:35On a retrouvé des traces
10:36d'anesthésiques locaux
10:38dans la moelle osseuse,
10:39le cerveau qui a priori
10:40n'avait rien à faire là.
10:41Mais des années après,
10:43c'est difficile de dire
10:43à quel jour
10:44et à quelle dose
10:45ça a été donné.
10:47Donc on est plutôt
10:48vers une convergence
10:49d'éléments
10:50qui mènent vers le docteur Péchier
10:52comme une sorte d'entonnoir.
10:54On en vient à l'année 2021.
10:56Dans la nuit du 30 septembre
10:58au 1er octobre,
10:59Frédéric Péchier
11:00tente de mettre fin à ses jours.
11:02Oui,
11:02à ce moment-là,
11:03ça fait 4 ans
11:03que Frédéric Péchier
11:04ait montré du doigt,
11:06mis en examen.
11:07Il a tout perdu
11:07chez ses parents.
11:09Il n'a plus de revenus
11:10et il va très mal.
11:12Il est en dépression.
11:14Moi,
11:14il m'explique
11:15qu'il avait écrit
11:15au juge d'instruction
11:16parce qu'à ce moment-là,
11:17il n'en pouvait plus
11:18qu'il ne se passe rien.
11:19Il n'y avait pas d'évolution
11:20dans l'enquête.
11:20On ne le convoquait pas.
11:21Il ne voyait rien se passer.
11:22Et lui,
11:23ces journées,
11:24elles sont dans l'attente
11:25qu'il se passe quelque chose
11:27dans un sens
11:27ou dans un autre.
11:28Et donc à ce moment-là,
11:29le désespoir le gagne.
11:30Et ce soir-là,
11:32il a un peu bu,
11:33il va très mal.
11:34Et puis,
11:35en fait,
11:35il a laissé un mot
11:36dans lequel il dit
11:37« je veux mourir innocent ».
11:39En fait,
11:39il a tenté de se défenestrer
11:41de chez ses parents.
11:42Il se remet petit à petit.
11:43Il ne garde pas
11:44de séquelles neurologiques.
11:46Alors,
11:46il tente
11:47d'exercer de nouveau
11:48la médecine.
11:49En fait,
11:49il avait fait la demande
11:50depuis longtemps.
11:51Il a demandé pendant le Covid
11:52en disant
11:52« est-ce que je ne peux pas
11:53me rendre utile ?
11:54Après tout,
11:55j'ai des connaissances en médecine. »
11:56Alors,
11:56il était interdit d'anesthésie,
11:58pas de médecine.
11:59Alors,
11:59ça a donné lieu
11:59tout un débat.
12:00Il a fini,
12:01après moultes audiences
12:05mais sans contact
12:06avec les patients.
12:07De fait,
12:07la seule chose
12:08qu'il pourrait faire,
12:08ce serait éventuellement
12:09être médecin régulateur
12:10du SAMU.
12:11Mais en réalité,
12:12il faut être clair,
12:13aujourd'hui,
12:13personne ne prendrait le risque
12:14d'embaucher le docteur Péchier
12:16avant que son nom
12:17soit blanchi.
12:20Cette année,
12:21à la fin du mois de mars,
12:22Frédérique Péchier
12:22est auditionnée
12:23à plusieurs reprises
12:24par la juge en charge
12:25de ce dossier.
12:26Elle a reçu
12:27de nouvelles expertises médicales
12:29et le médecin
12:30est mis en examen
12:31pour de nouveaux empoisonnements.
12:33Oui,
12:33alors on pensait
12:34qu'on s'arrêterait
12:35à 24.
12:36Et puis,
12:37ça avait été un petit peu
12:38annoncé quand même
12:39par le procureur
12:40mais effectivement,
12:41on lui a plus de 8 cas
12:42supplémentaires.
12:43Finalement,
12:43il va être mis en examen
12:44que pour 6.
12:45Les deux derniers,
12:45il n'est que témoin insisté.
12:47On va l'interroger
12:48sur ces 8 cas
12:48qui ont été re-regardés
12:50par les experts
12:51et donc,
12:51où là,
12:52il y aura un nouveau
12:52mode opératoire,
12:53notamment,
12:54parce que jusqu'ici,
12:56les médicaments incriminés,
12:57il y avait du potassium,
12:59des anesthésiques locaux,
13:00une sorte d'overdose.
13:02Mais là,
13:02on va aussi parler
13:03d'un syndrome
13:04qui s'appelle
13:04le Takutsubo,
13:05c'est un syndrome
13:06assez rare
13:07qui pourtant
13:08était souvent diagnostiqué
13:10à la clinique
13:10faute de mieux.
13:11En fait,
13:11c'est une sorte
13:12d'emballement du cœur
13:13qu'on pourrait provoquer
13:14en donnant
13:14de l'adrénaline.
13:16En fait,
13:17on va se rendre compte
13:18que le modus operandi,
13:19l'arme entre guillemets
13:20du crime,
13:21aurait évolué
13:21au fil des ans.
13:22Donc en fait,
13:23ça va allonger la liste
13:24pour arriver à 30 cas
13:26pour lesquels
13:26il est mis en examen,
13:27dont 12 ont été mortels.
13:31On en revient donc
13:32au tout début
13:33de ce podcast
13:34de Louis-Scolcombet
13:35le jeudi 29 juin.
13:36Vous rencontrez
13:37Dominique Péchier
13:38pour sa toute première interview
13:40depuis plusieurs années.
13:41Il adopte
13:42quelle attitude face à vous ?
13:43Au départ,
13:44il est assez stressé
13:45parce qu'il a beaucoup
13:45de choses à dire.
13:46Il est très soucieux
13:48que sa parole soit
13:49restituée précisément.
13:51Chaque mot compte,
13:52en réalité,
13:52notamment dans le domaine
13:53de la médecine.
13:54Il veut être sûr
13:55d'être bien compris.
13:56Ça fait longtemps
13:57qu'il n'a pas parlé
13:57à un journaliste.
13:58Il sait que jusqu'à présent,
14:00le soupçon pèse sur lui.
14:02Donc il y a beaucoup d'enjeux.
14:03Puis au fil des heures,
14:04puisqu'on est resté
14:04un certain nombre
14:05d'heures à parler,
14:07il s'est détendu.
14:08Il a pu expliquer
14:09toute sa ligne de défense.
14:10Il dénonce une enquête
14:11qui a été menée
14:12uniquement à charge.
14:13Oui, alors il explique
14:14que depuis le départ,
14:15finalement,
14:16on s'est focalisé
14:16sur sa personne
14:17et qu'on aurait laissé
14:18de côté certaines pistes.
14:20Il parle notamment
14:21d'une nuit
14:21juste avant qu'il soit
14:22placé en garde à vue.
14:23Il est en vacances
14:24mais très loin.
14:25Donc ça ne peut pas être lui.
14:27Il y a des dégradations
14:28à 50 000 euros de matériel
14:29qui sont dégradés
14:31à la clinique.
14:32Par exemple,
14:32il explique que ça,
14:34pardon,
14:34mais on n'a jamais essayé
14:35de voir si quelqu'un d'autre
14:37ne serait pas à l'origine
14:38de certains faits.
14:39Il explique aussi
14:40qu'il y a des moments
14:41où il n'était pas là.
14:42On lui impute
14:43des choses
14:44pendant lesquelles
14:45il n'était pas là.
14:46Alors ce que les enquêteurs
14:46pensent,
14:47c'est qu'il a pu polluer
14:48les poches à l'avance,
14:49les laisser
14:49et que ça tombe
14:50au petit bonheur de la chance
14:51sur tel ou tel.
14:53Globalement,
14:54il a l'impression
14:54que les enquêteurs
14:56ont eu des visières
14:58et cherchent à tout prix
14:59à faire coller
15:01certains faits
15:02à sa vie,
15:03à sa biographie
15:03et notamment aux disputes
15:04qu'il a eues
15:05avec ses confrères
15:06en disant
15:06mais attendez-moi
15:07des disputes j'en ai eues
15:08mais les autres
15:09en ont eues aussi
15:09et c'est vrai qu'on comprend
15:10qu'il y avait quand même
15:11une ambiance assez détestable
15:13dans ce service d'anesthésie.
15:18Donc si ce n'est pas lui
15:19qui a causé
15:20ces dizaines d'empoisonnements,
15:22comment est-ce qu'il les explique ?
15:23Alors selon lui,
15:24il n'y a pas 30 empoisonnements.
15:26Lui, il considère
15:26qu'il y a trois cas
15:28qui posent effectivement problème
15:29parce que là,
15:30on avait saisi
15:31l'intégralité du matériel
15:33qui a servi
15:34à soigner ses patients.
15:36Donc dedans,
15:36il y a les deux derniers,
15:37le cas de Sandra Simard
15:38qui provoque tout,
15:39le cas de Jean-Claude Gandon
15:40qu'on considère
15:41peut-être être
15:42comme créé par lui
15:44et puis un autre cas
15:45plus ancien
15:46où il y a des doses
15:47de potassium énormes.
15:49Lui, il dit
15:50effectivement,
15:50il y a des bizarreries
15:51mais moi,
15:52je ne les explique pas.
15:53Je ne sais pas
15:54si on a mis des choses dedans
15:55et si c'est volontaire ou pas
15:56et d'ailleurs,
15:57ce n'est pas à moi de le dire.
15:58Et pour le reste,
15:59il explique
15:59qu'on peut trouver
16:01des explications
16:01de ce qu'on appelle
16:03dans la léa thérapeutique,
16:04c'est-à-dire que
16:05parfois,
16:05des gens décèdent
16:06ou ont des complications
16:07et on n'en trouve pas la cause.
16:09Il m'explique
16:09que même dans un tiers des cas,
16:11on n'a pas d'explication finale
16:12et donc lui,
16:13il considère
16:14que c'est soit
16:15un aléa thérapeutique,
16:16donc une faiblesse du patient
16:17quelque part,
16:18une interaction entre les médicaments
16:19ou alors carrément
16:20des erreurs,
16:20y compris des erreurs grossières
16:22de ses collègues
16:23et il dit,
16:24à l'époque,
16:25on n'avait pas classé ça
16:26comme empoisonnement
16:26et maintenant que je suis
16:27dans l'œil du cyclone,
16:27on vient me dire
16:28que ce sont des empoisonnements
16:29et que c'est moi.
16:30Pour lui,
16:30il n'y a pas vraiment
16:31d'empoisonnement,
16:32il y en a peut-être trois
16:33mais voilà.
16:34Et dans ces trois cas
16:35qu'il veut bien reconnaître,
16:36il a une idée
16:36du ou des coupables ?
16:38Il dit que voilà,
16:40il y a eu d'autres cas
16:41après son départ
16:41de la clinique,
16:42après tout,
16:43on l'a visé lui
16:44mais il y a peut-être,
16:45je cite,
16:45un taré qui était à la clinique
16:47et en serait peut-être parti,
16:49seulement certains médicaments
16:50sont comptabilisés
16:51et donc voilà,
16:53ça pourrait laisser
16:53la porte ouverte
16:54à beaucoup d'autres hypothèses
16:55et que ce soit pas lui
16:57mais quelqu'un d'autre.
16:57Dans l'enquête,
16:58ses collègues notamment
16:59ont évoqué le fait
17:00qu'il arrive souvent
17:01à trouver le bon diagnostic,
17:03à tout de suite savoir
17:04comment sauver les patients
17:06qui faisaient un arrêt cardiaque.
17:07Lui,
17:07qu'est-ce qu'il dit de ça ?
17:09Il dit que c'est pas vrai,
17:10qu'il faisait pas de diagnostic.
17:11D'abord,
17:12il dit je ne surgissais pas,
17:13on m'appelait,
17:14qu'il est venu prêter main forte
17:15et qu'en fait,
17:16il proposait des solutions
17:17plus ou moins connues,
17:18en tout cas,
17:19qu'il n'y a pas 36 recettes
17:20pour sauver quelqu'un
17:21qui fait un arrêt cardiaque
17:22et dans le cas de Sandra Simard,
17:23il m'explique qu'il a certes
17:25prescrit un médicament
17:26qu'il a fait donner
17:27mais il me dit
17:28je le fais systématiquement
17:29en cas d'arrêt cardiaque
17:31et d'ailleurs,
17:31je ne suis pas le seul,
17:3330% des médecins le font
17:34donc voilà,
17:35je n'ai rien fait
17:36de particulièrement
17:38intelligent,
17:39divinatoire
17:39ou spécifique.
17:43Comment il explique le fait
17:44que,
17:45à part en 2017,
17:46aucun de ses patients
17:47à lui
17:47n'ait eu d'arrêt cardiaque ?
17:49Alors,
17:49il dit que c'est faux.
17:50Dans la liste initiale,
17:51en fait,
17:52qui comprenait 66 cas,
17:53qui avaient été remontés
17:54par la Clinique Saint-Vincent
17:56avec l'aide du CHU,
17:58etc.,
17:58il n'y avait aucun cas
17:59qui le concernait.
18:00Lui,
18:01il dit,
18:01attendez,
18:02j'ai quand même précisé
18:03à la juge
18:03que j'avais eu 7 cas avant,
18:05même des EIG mortels,
18:07des gens qui étaient morts
18:08au bloc,
18:09qui n'avaient pas été pris en compte
18:10parce qu'ils n'avaient pas été
18:11jugés suspects
18:12tout simplement
18:12par ses collègues
18:13mais donc,
18:14ils ont finalement été intégrés
18:15mais il n'est pas mis en examen
18:17pour ces cas-là.
18:19Mais du coup,
18:19il explique que le cas
18:20de dire
18:21je me crée un incident
18:22pour me créer un alibi
18:23et devenir moi aussi
18:24victime du mystérieux
18:25empoisonneur,
18:26ça ne tient pas
18:26puisque j'en avais eu d'autres.
18:28Il considère que
18:29ça,
18:30c'est une construction intellectuelle
18:31et qu'en plus,
18:32c'est complètement idiot
18:32de faire quelque chose comme ça
18:33puisque les policiers étant là,
18:36l'enquête ouverte,
18:36ça l'aurait désigné.
18:38Donc voilà,
18:38tout est question de point de vue
18:39sur ce fameux cas
18:40d'EIG à Libye.
18:43Louis Scolcombet,
18:44quand vous ressortez
18:45du bureau de son avocat,
18:46il vous laisse
18:47quelle impression ?
18:48J'ai vu quelqu'un
18:49d'à la fois
18:50un peu déprimé
18:51parce qu'il a perdu,
18:53il ne voit plus ses enfants
18:54depuis quatre ans,
18:55il peut les revoir
18:56mais il ne peut pas habiter
18:57vraiment à Besançon,
18:58son mariage n'a pas tenu.
19:00C'est quelqu'un
19:00qui vit accroché
19:01à ce dossier,
19:02à cette bataille
19:03pour prouver son innocence.
19:05C'est son combat
19:05et il donne l'impression
19:06d'être un peu quelqu'un,
19:07un naufragé
19:08dans la tempête
19:09qui s'accrocherait
19:10à une bouée
19:11pour essayer de garder
19:11la tête hors de l'eau
19:12en attendant
19:13qu'on vienne le secourir
19:14et pour lui,
19:14ce serait un non-lieu
19:16ou un acquittement.
19:16En tout cas,
19:17c'est ça qu'il espère.
19:20Ça fait déjà six ans
19:21que l'enquête
19:22a été ouverte.
19:23Est-ce qu'il y aura
19:23un procès bientôt ?
19:26Selon toute vraisemblance,
19:26on se dirige
19:27vers un procès.
19:28Alors avec combien de cas,
19:29c'est la grande question.
19:30On pensait qu'il y en aurait 24,
19:32on en a rajouté six.
19:33Il y a un bémol sur deux
19:34parce qu'il n'a que
19:35le statut de témoin assisté.
19:36C'est-à-dire qu'il n'y a pas
19:37beaucoup d'éléments
19:38donc il pourrait être abandonné.
19:41Est-ce qu'il y aura 30 cas ?
19:4326, 24, 18 ?
19:45Personne ne le sait à ce jour.
19:46En tout cas,
19:47il y a de fortes chances
19:48qu'il y ait un procès.
19:48La question, c'est quand
19:49puisque l'instruction
19:50n'est pas close.
19:51Il a fait valoir
19:52des observations
19:53sur les expertises.
19:54Il veut tout contester
19:55pied à pied.
19:56Il y a ensuite
19:56des délais incompressibles
19:57et ensuite,
19:57il va falloir trouver
19:59une salle
19:59pour faire ce procès
20:01qui s'annonce très long.
20:03On parle de deux mois,
20:04trois mois à Besançon
20:05donc on ne table pas
20:08avant fin 2024
20:09au mieux
20:10mais plutôt 2025.
20:26Merci à Louise Colcombet.
20:28Cet épisode a été produit
20:29par Julia Paré
20:30et Emma Jacob.
20:31Réalisation
20:32Pierre Chaffanjon.
20:33Code Source
20:34est disponible
20:35sur toutes les plateformes d'écoute.
20:36N'hésitez pas
20:37à vous abonner
20:38et à aller découvrir
20:39Crime Story,
20:40le podcast
20:40fait divers du Parisien,
20:42une grande affaire criminelle
20:43racontée chaque samedi
20:44par Claudia Prolongeau
20:45et le chef du service
20:46police-justice du Parisien,
20:48Damien Delceny.
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