Passer au playerPasser au contenu principal
Le dernier film de Steven Spielberg, « The Fabelmans », est un récit autobiographique que le cinéaste a mis des années à réaliser. Code source fait le portrait de cette légende du cinéma.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux et Raphaël Pueyo - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

Archives : Universal, Columbia Pictures, Amblin Entertainment.

#spielberg #thefabelmans

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Thibaut Lambert et vous écoutez Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11E.T., Indiana Jones, Jurassic Park, Les Dents de la Mer, mais aussi La Lise de Schindler, Arrête-moi si
00:18tu peux, La Guerre des Mondes ou encore Il faut sauver le soldat Ryan.
00:22Des films cultes qui ont marqué des générations de spectateurs, tous signés d'un même homme, le réalisateur américain Steven
00:30Spielberg.
00:30A 76 ans, le cinéaste multirécompensé raconte dans son nouveau film The Fabelmans, sorti fin février en France, sa propre
00:39histoire, un projet qui a mis des décennies à voir le jour.
00:43Aujourd'hui dans Codesource, Steven Spielberg raconté par deux journalistes du service culture du Parisien, Yves Géglet et Renaud Barognon.
00:57Yves Géglet, on a choisi de commencer cet épisode en 1978, cette année-là, Steven Spielberg a 31 ans.
01:04C'est un cinéaste en vue à Hollywood, il a déjà réalisé Les Dents de la Mer, Rencontres du Troisième
01:09Type, il travaille sur le premier opus des aventures d'Indiana Jones.
01:13Et il a aussi, depuis quelques temps, envie de réaliser un film sur son enfance et sur sa famille.
01:18Il commande un scénario à deux très proches scénaristes et réalisateurs avec qui il travaille, dont il produit beaucoup de
01:25films.
01:26Donc il commence effectivement à travailler sur son histoire familiale, mais il est très pudique, il n'a jamais voulu
01:30se confier sur sa vie privée.
01:32Puis ses parents sont encore jeunes, en fait, à cette époque-là.
01:34Et donc il décide finalement de rester dans un cinéma de divertissement.
01:39On va voir ensemble comment ce projet est resté dans un coin de sa tête tout au long de sa
01:43carrière.
01:44Mais d'abord, vous allez nous raconter cette enfance.
01:46Justement, Renaud Barognon, Steven Spielberg est né le 18 décembre 1946 aux Etats-Unis, à Cincinnati, dans l'Ohio.
01:55Dans quel milieu il grandit ? Que font ses parents ?
01:57Alors son père est un ingénieur très poussé en informatique à l'époque.
02:01Sa mère est pianiste, mais elle va laisser tomber, on va dire, la musique d'une façon professionnelle pour s
02:07'occuper de ses enfants,
02:09puisque Steven Spielberg, il n'est pas tout seul, il a trois sœurs.
02:13Ils ne vont pas rester à Cincinnati au gré du travail du père.
02:16Ils vont d'abord aller dans le New Jersey, et après le New Jersey, ils vont partir en Arizona.
02:21Yves Jéglet, Steven Spielberg, grandit dans une famille juive.
02:24Ses grands-parents ont émigré aux Etats-Unis au début du XXe siècle, ils viennent de Russie et d'Ukraine.
02:31Les grands-parents sont très religieux, il a notamment un grand-père qui lui fait un peu peur,
02:35parce que c'est un religieux ultra-orthodoxe, et qu'il appelle Shmoul.
02:39Shmoul, c'est Shmuel en yiddish, et c'est Samuel, et c'est intéressant parce que c'est le prénom
02:43hébraïque de Spielberg.
02:46Ses parents, eux, sont beaucoup moins pratiquants.
02:50Par exemple, sa mère, qui s'appelait Léa, un prénom très juif, a préféré se faire appeler Lee pour vraiment
02:55américaniser ce prénom.
02:57Et très jeune, il entend déjà parler de l'Holocauste.
03:00Quand il a, je crois, trois ans, Spielberg est né en 46, donc là on est en 49 ou 50.
03:06Il est chez sa grand-mère, et sa grand-mère donnait des cours d'anglais à des Juifs qui avaient
03:12récemment immigré, dont d'anciens déportés.
03:15Et le petit Steven découvre les numéros de tatouages qui ont été gravés par les nazis sur ses déportés, et
03:23il ne comprend pas.
03:23Et donc ses hommes ou ses femmes jouent avec lui, ils lui disent, tiens, regarde, c'est des chiffres, tu
03:27peux même apprendre à compter.
03:29Et ça va énormément le marquer, parce que pour lui, c'est une énigme absolue.
03:33On ne parle pas encore à l'époque du tout, le mot Shohan n'existe pas, il n'est pas
03:37employé.
03:37Même le mot Holocauste, sa grand-mère disait le grand meurtre, ce qui s'est produit pendant la Deuxième Guerre
03:42mondiale.
03:46Lorsqu'il a 5 ans, ses parents l'emmènent pour la première fois au cinéma, et c'est un choc
03:50pour lui.
03:50C'est un grand film, c'est sous le plus grand chapiteau du monde de Cécile B2000.
03:55Et il y a quelque chose qui le marque particulièrement, c'est cette scène de train qui déraille.
03:59Stop the train ! Stop the train !
04:02Ça l'impressionne terriblement, et juste après ça, il va demander, sans discontinuer, d'avoir un train électrique pour Noël.
04:10Mais pourquoi il veut le train ? Parce qu'en fait, il veut reproduire l'accident chez lui.
04:13Dès l'âge de 8 ans, il commence à tourner des petits films amateurs avec la caméra de ses parents.
04:18Ça commence avec ce train.
04:20Le père qui filmait les films de vacances, prête sa caméra Super 8, c'est une Kodak 8mm à Steven.
04:27Et donc il filme l'accident pour le revoir, ça le calme aussi de voir.
04:32Et puis petit à petit, Steven se met à critiquer les films de vacances que réalisait son père.
04:37Et un jour, son père lui dit, écoute, puisque t'es si malin que ça, c'est toi qui vas
04:40réaliser les films de vacances de la famille.
04:43Donc ça commence comme ça.
04:45Et après, il va mettre tout le monde au boulot pour réaliser des petits westerns, des films de science-fiction,
04:52même des films de guerre.
04:53Quand il est pré-adolescent, son père va même lui trouver une Jeep de l'armée.
04:57Sa mère va faire du faux sang avec du jus de cerise.
04:59Les parents vont beaucoup se prêter à ses jeux parce que Spielberg est un enfant extrêmement tourmenté, qui fait beaucoup
05:05de cauchemars, qui a une imagination débordante.
05:08Et de faire des films lui permet d'avoir une maîtrise sur tout ce monde tourmenté qu'il habite.
05:15À l'école, il subit du harcèlement.
05:17Oui, Spielberg a été victime d'un antisémitisme qu'on connaissait assez mal dans l'Amérique des années 60.
05:24Particulièrement au moment où son père a quitté l'Arizona, donc avec toute la famille pour la Californie du Nord,
05:28pour son travail.
05:30Et où Spielberg est donc tombé dans un collège où effectivement les garçons étaient extrêmement violents envers les enfants juifs.
05:37Surtout qu'ils étaient très peu nombreux.
05:38Sa mère était obligée d'aller le chercher à la sortie de l'école parce qu'il se faisait tabasser
05:42en tant que juif.
05:44On lui disait, mais c'est quoi ce nom Spielberg ?
05:46Et il y a une scène notamment qui l'a beaucoup marquée.
05:49Et un collégien balance des pièces de monnaie par terre et lui dit, ramasse-les, vous aimez ça vous autres,
05:55non ?
05:56Donc c'est vraiment un moment d'antisémitisme très violent et qui s'est répété souvent.
06:01Un jour, il décide de faire jouer l'un de ses harceleurs dans l'un de ses courts-métrages.
06:06Alors ça, c'est vraiment la grande force de Spielberg qui n'a jamais voulu être une victime.
06:12Il a ce don de mettre en scène, déjà très jeune, et donc il est harcelé effectivement.
06:17Mais il se dit, je vais inverser les rôles.
06:20Et en fait, en devenant le réalisateur, il choisit effectivement le plus violent des adolescents qui le tabassaient.
06:25Et il devient du coup son patron puisqu'il lui dit, tu vas jouer le premier rôle, tu vas te
06:29mettre là.
06:31Et alors ce qui va être très étonnant, c'est que ce jeune homme, il va le filmer vraiment comme
06:34un vrai héros, le mieux qu'il peut.
06:36Et cet adolescent va être complètement perturbé de voir que ce type qui l'emmerdait toute l'année a fait
06:42de lui presque un John Wayne miniature.
06:44Et il va venir le voir d'ailleurs après la projection, puisqu'il y a une projection de fin d
06:48'année qui a été un énorme succès.
06:49Spielberg était déjà très virtuose de la caméra.
06:52Et cet ado va lui dire, mais pourquoi tu m'as transformé en héros ?
06:55Et ce jeune homme en fait va mourir lors de la guerre du Vietnam.
07:01Toujours à cette période, lorsqu'il est au lycée, ses parents se séparent et c'est quelque chose qu'il
07:05vit très très mal.
07:06Oui, c'est un traumatisme énorme, d'abord parce qu'il est l'aîné et le seul garçon.
07:11Et donc il se sent obligé d'être dans une position responsable, alors que Spielberg a souvent dit qu'il
07:18a voulu rester un enfant très longtemps.
07:20Et puis il va aussi peu après découvrir les raisons de ce divorce qui ne sont pas celles qu'il
07:25croyait.
07:25Au début, il pense que c'est son père qui a quitté sa mère.
07:28Et donc ça va détruire un petit peu sa confiance dans le couple et dans la famille.
07:41Spielberg est un mauvais élève pour différentes raisons.
07:46Alors d'abord, il y a quelque chose qui a été découvert seulement à l'âge adulte, c'est qu
07:49'il souffrait d'une dyslexie.
07:50Il avait donc du mal à lire, du coup il avait effectivement presque un retard scolaire.
07:55Et tous ses futurs copains, Coppola, De Palma, Lucas, vont être pris dans les meilleures universités de cinéma.
08:04Et lui, il refusait deux années de suite, ce qui lui posera un gros problème.
08:09Mais il arrive à s'incruster sur des plateaux de tournage.
08:12Lors d'une visite des studios à Los Angeles, je crois que c'est son nom qui l'a emmené
08:16en car, il fait un petit peu exprès de se laisser oublier.
08:19Il traîne dans les studios.
08:20Il commence à rencontrer des gens.
08:24Il a 15 ou 16 ans à ce moment-là.
08:26Et après, il va faire quelque chose qui ne serait plus possible aujourd'hui.
08:29Il comprend qu'à Universal, c'est Universal TV, donc la télévision, il comprend que c'est assez facile de
08:33rentrer.
08:33Il n'y a pas de badge magnétique.
08:35La sécurité est beaucoup moins puissante qu'aujourd'hui.
08:37Puis avec son père, il n'habite pas très loin.
08:39Donc il va, alors qu'il est adolescent, mettre un costume, venir avec une mallette, se faire une sorte de
08:46faux badge.
08:46Le gardien le reconnaît.
08:48Et il se balade sur les plateaux.
08:49Il commence à parler à des tas de gens.
08:51Il a aussi réalisé un court-métrage qui s'appelle Ambling, qui est pour lui sa démo.
08:57C'est-à-dire que c'est un court-métrage qu'il a très très bien travaillé.
08:59Et à un moment, il rencontre un bibliothécaire qui s'attache à lui, qui comprend en fait qu'il traîne
09:04là.
09:04Et finalement, ce court-métrage va finir sur le bureau du patron d'Universal TV, qui va dire
09:08« Mais c'est qui ce type ? »
09:09C'est un court-métrage très brillant.
09:11C'est filmé comme une pub, virtuose.
09:13Et à partir de là, il va même trouver des petits boulots.
09:19Quelques années plus tard, alors qu'il vit toujours avec son père en Californie,
09:23il décide de quitter précipitamment l'appartement.
09:25Ce qui se passe, c'est que les filles sont retournées en Arizona vivre avec sa mère.
09:29Qui plus tard viendra elle-même en Californie, mais beaucoup plus tard.
09:33Donc lui habite avec son père et il y a tout de suite un conflit.
09:36Autant son père l'a soutenu enfant et pré-adolescent dans ses envies de cinéma.
09:40Son père est lui-même un fou de science-fiction.
09:42Mais son père espère quand même que Steven pourra peut-être prendre sa suite.
09:47Et donc son père tient à ce que Steven fasse de très bonnes études.
09:50Et donc ils se disputent énormément tous les deux.
09:52Ils vivent ensemble.
09:53Et au bout d'un moment, ça devient si conflictuel qu'il décide de quitter la maison,
09:58de prendre des petits boulots pour se payer une colocation alors qu'il a à peine 20 ans.
10:04Lorsqu'il a 24 ans, en 1971, il se fait remarquer avec un premier long-métrage, Duel.
10:10C'est un film de télé.
10:12C'est cette époque où il fait des petits films.
10:14Et puis il se lance avec un téléfilm plus grand qui s'appelle Duel.
10:17Qui est un film un peu fou parce que c'est avec un petit budget.
10:21qui raconte comment un homme qui est au volant d'une voiture, il y a un camion qui le suit.
10:25Et on ne voit jamais le conducteur du camion.
10:27Et c'est un camion qui va le poursuivre pendant des kilomètres.
10:30Et c'est comme un western en fait, mais un western en voiture, entre une voiture et un camion.
10:34Il a du succès.
10:35Et du coup, chez Universal, il le repère et il décide d'en faire une version cinéma.
10:39Donc il demande à Spielberg de le remonter.
10:41Et après, il arrive en Europe.
10:49Et là, ça arrive au moment où la création du festival d'Avoriaz,
10:53qui est la création de la station et du festival,
10:56et les sélectionneurs, le patron de la station, va le choisir dans sa sélection.
11:00Et le film va gagner.
11:02Et c'est le début de la gloire parce que c'est le premier film de Spielberg
11:05et il remporte le grand prix d'Avoriaz d'emblée.
11:10En 1977, sort Rencontre du troisième type.
11:14Steven Spielberg est fait jouer l'un de ses maîtres,
11:16le cinéaste français François Truffaut.
11:18Et certains aspects du film font aussi écho à sa propre vie.
11:22C'est l'histoire d'une arrivée extraterrestre en Californie.
11:26Ceci est une soucoupe volante.
11:28C'est celle-là que j'ai dit.
11:31C'est tout ce que vous avez à vous montrer.
11:34Spielberg focalise sur une famille en particulier,
11:36et surtout un père et son enfant,
11:38qui vont tous les deux avoir des signes de l'arrivée imminente de quelque chose.
11:44Et le père de famille réveille son fils,
11:46justement pour aller sur la montagne voir les extraterrestres en pleine nuit.
11:50Et c'est arrivé à Spielberg.
11:51Son père, quand il était enfant, l'a réveillé en plein milieu de la nuit.
11:55Réveille-toi ! J'ai jamais vu un truc pareil.
11:57Une espèce de... dans la camionnette, tout d'un coup.
12:00Il y a eu... ça devient comme... c'est des rouges !
12:02Il n'y a plus ça !
12:03Ils sont partis faire des centaines de kilomètres
12:05parce qu'ils voulaient lui montrer un lieu où on apercevait bien les étoiles filantes.
12:09Et ça, c'est un truc qui a beaucoup marqué Spielberg dans son enfance.
12:12On en revient au début de cet épisode.
12:14Le projet que commande Steven Spielberg sur sa famille et son enfance en 1978
12:19est finalement abandonné au profit d'un autre scénario,
12:24celui d'E.T.
12:25L'histoire d'un petit garçon qui découvre un extraterrestre perdu sur la Terre.
12:30En quoi ce film parle un peu de lui, Yves Géglet ?
12:32Dans E.T., le personnage principal est un jeune garçon qui s'appelle Elliot,
12:37dont les parents viennent de divorcer, comme c'est le cas dans la vie de Steven Spielberg.
12:41Et on voit donc une mère qui fait ce qu'elle peut, mais qui doit travailler,
12:46qui a du mal à s'occuper de ses enfants.
12:47Elle fait vraiment le maximum.
12:48Et ça, c'est vrai que c'est une manière très personnelle pour Spielberg
12:52de raconter quelque chose qui lui est arrivé et qui n'était pas fréquent dans ce cinéma américain.
12:56Donc, ils habitent en Californie, à peu près au même endroit où habitaient les Spielberg.
13:00Et le père, on l'apprend au début du film, il est parti au Mexique avec une autre femme.
13:04La mère est dépressive, elle doit s'occuper de trois enfants.
13:07Donc, les Spielbergs, ils étaient quatre, mais c'est quand même proche.
13:09Et puis, Elliot, ce garçon, il a aussi du mal à trouver sa place.
13:12Dans la première scène, par exemple, les enfants sont laissés à eux-mêmes.
13:15C'est une soirée, ils jouent, ils commandent des pizzas.
13:17Et lui, il est un peu sur le côté, les autres ne veulent pas trop jouer avec lui.
13:20Un peu comme Spielberg avait du mal à s'intégrer.
13:23Elliot, ce petit garçon, va découvrir des signes venus de l'espace.
13:26Enfin, il y a de toute façon réellement une soucoupe volante qui atterrit.
13:29Il y a un extraterrestre et un seul qui va sortir et qui va se cacher dans la remise en
13:35face de la maison.
13:36Et c'est lui, Elliot, qui va le découvrir.
13:38Une amitié va se lier entre Elliot et E.T., qui a en fait la taille d'un enfant.
13:56Et au fond, ça dit beaucoup, ce film, du rôle énorme qu'a joué l'imaginaire dans le développement de
14:02Spielberg.
14:02La réalité était trop violente pour lui.
14:04Et E.T., c'est pas seulement un film de science-fiction.
14:06C'est un film qui raconte qu'avec des personnages de fiction, on peut survivre et grandir.
14:11Après sa sortie, E.T. devient l'un des plus grands succès de l'histoire du cinéma.
14:16Il engrange près de 800 millions de dollars de recettes dans le monde.
14:20Il a quelle image à ce moment-là à Hollywood, Steven Spielberg ?
14:23Alors Steven Spielberg, à ce moment-là, il a une image de faiseur de blockbusters, en fait, de films qui
14:28marchent.
14:29Il a quand même fait les dents de la mer, il fait que des cartons mondiaux.
14:33Vraiment, c'est pas encore du tout une image d'auteur qu'il a.
14:35Même si les cinéphiles vont voir ces films, parce que quand même, voilà, il se passe des choses.
14:40Ne serait-ce qu'au niveau formel, il fait des tels prodiges que ça les intéresse, les cinéphiles.
14:44Et c'est plus tard qu'on comprendra qu'il faut regarder à la loupe ce qu'il y a
14:47dans les gros machins.
14:47Au début des années 90, il épouse sa compagne, l'actrice américaine Kate Capshaw.
14:52Ils ont chacun un enfant et au total, ils en élèveront sept.
14:56Au niveau de sa carrière, Steven Spielberg a réalisé plusieurs grosses super productions.
15:00Depuis les années 80, les deux premiers volets d'Indiana Jones, Hook ou encore Jurassic Park en 1993.
15:08Cette année-là, il signe aussi un film plus sombre, plus personnel,
15:12qui aborde justement le génocide des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, la liste de Schindler.
15:18Ce qu'il faut déjà dire, c'est que c'est une période où il s'est rapproché du judaïsme.
15:22Spielberg a acheté les droits de la liste de Schindler, qui est d'abord un livre dix ans avant.
15:27Il se sent assez fort pour faire un film où il va complètement casser l'image qu'il a.
15:31Un film extrêmement long, extrêmement dur.
15:34Donc, la liste de Schindler qui raconte une histoire vraie, celle d'Oscar Schindler,
15:38un industriel allemand, qui a sa carte du parti nazi,
15:42qui va construire une usine et qui a besoin de travailleurs juifs qu'il ne payera pas.
15:48Et puis, il va être touché par ses destins.
15:50Et au fur et à mesure que la guerre arrive et qu'il découvre cette horreur,
15:55il va décider de sauver des Juifs.
15:56Et donc, il négocie avec l'état-major nazi
16:01pour, entre guillemets, vraiment racheter ces Juifs et les sauver.
16:11Si ce film est si important, c'est parce qu'il y avait une forme d'interdit
16:16d'aborder la Shoah et les camps d'extermination par le biais de la fiction.
16:21Et finalement, la liste de Schindler s'est imposée petit à petit comme un classique.
16:25Aussi parce qu'il a eu la légitimité des vrais survivants,
16:28ces Juifs qui l'a sauvés apparaissent très âgés à la fin du film,
16:33à Jérusalem, là où Schindler a été enterré.
16:36Donc, c'est quelque chose de très émou.
16:40Renaud Barognan, ce film, c'est un tournant pour lui en tant que réalisateur ?
16:44Oui, ça change beaucoup de choses parce que, déjà,
16:47il y a la collection incroyable de prix que va avoir le film.
16:50Meilleur film, meilleur réalisateur aux Oscars et plus cinq autres Oscars.
16:54Trois Golden Globes, non meilleur réalisateur.
16:57Sept BAFTA, non meilleur réalisateur.
16:59Par ailleurs, c'est quand même un film sur un sujet grave,
17:02qu'il tourne en noir et blanc.
17:04Et là, on passe du faiseur de blockbuster à grand cinéma d'auteur.
17:09C'est-à-dire qu'il devient aussi un auteur très respecté et qui a du succès.
17:15En 1999, il annonce qu'il travaille à l'écriture d'un film sur son enfance,
17:20mais ça n'aboutit à rien.
17:22Il commande à sa sœur, Anne, qui était scénariste, d'écrire.
17:25Et donc, il y a un scénario qui est écrit, mais bizarrement, c'est encore trop tôt.
17:30Il n'a jamais totalement abandonné ce projet d'un film sur son enfance,
17:34sur ses parents et leur divorce.
17:36C'est vraiment quelque chose qui s'est passé sur plusieurs décennies.
17:39Dans les années 2000 et 2010, il enchaîne à la fois les super productions
17:43destinées au grand public, avec de nombreux effets spéciaux,
17:46et les films à plus petit budget.
17:48Mais quoi qu'il arrive, il y met toujours un peu de lui dans ses films.
17:52Oui, par exemple, dans Arrête-moi si tu peux,
17:55si on le revoit aujourd'hui en sachant tout ce qu'on sait de son enfance,
17:57c'est un incroyable autoportrait.
17:59Pourtant, c'est aussi une histoire vraie d'un adolescent imposteur de génie
18:03qui, à l'âge de 17 ans, s'est mise à signer des faux chèques,
18:07s'est fait passer pour un pilote d'avion, un médecin, un avocat.
18:10Tout ça est vrai.
18:11Et si cet adolescent a commis tout ça,
18:13c'est notamment parce que ses parents ont divorcé.
18:16Il y a une scène totalement déchirante dans ce film,
18:18où alors qu'il a été arrêté, il arrive encore à s'enfuir une énième fois.
18:22Il revient là où habite sa mère, qui est jouée d'ailleurs par Nathalie Baye.
18:25Et il découvre que sa mère s'est remariée.
18:27Il ne le sait même pas, qu'elle a eu un autre enfant.
18:29Il est complètement traumatisé par ça.
18:31Et donc, effectivement, finalement, ce film,
18:33qui raconte une autre histoire que la sienne,
18:35a beaucoup d'écho avec sa propre vie.
18:39Entre 2001 et 2018, il réalise 15 films en 17 ans.
18:44Renaud Barognan, est-ce qu'on sait comment il travaille ?
18:47Et comment il est capable de sortir parfois deux films la même année ?
18:50Alors ça, c'est le génie de Spielberg.
18:52Tous les gens qui travaillent avec lui le disent.
18:54C'est quelqu'un qui prépare énormément et qui sait ce qu'il veut.
18:57Quand on arrive sur une scène aussi complexe soit-elle à tourner,
19:02Spielberg sait exactement où chaque figurant doit être placé,
19:06comment doivent être placées les caméras.
19:08Il a tout préparé en amont.
19:10Et du coup, ça va vite.
19:11Et du coup, c'est ça qui lui permet parfois de faire plus d'un film dans l'année.
19:15Alors que c'est des gros films, complexes, quand on les voit.
19:19Il sait exactement ce qu'il veut.
19:20Et c'est ce que vous confirment les acteurs qui ont tourné avec lui
19:23et que vous avez pu interroger par la suite,
19:25notamment Harrison Ford qui incarne le personnage d'Indiana Jones.
19:29Alors ils se connaissent depuis très longtemps,
19:32via George Lucas d'abord, c'est Lucas qui les a présentés.
19:35Et Harrison Ford, il dit Spielberg, je suis en confiance en fait.
19:40Quand je suis sur un plateau avec Spielberg,
19:42je sais que même si c'est des scènes compliquées,
19:44parce qu'il y a des cascades, des trucs pas évidents,
19:46avec des animaux bizarres, dans des décors un peu spéciaux,
19:50Harrison Ford, il dit, s'il y a quelqu'un avec qui je suis en confiance totale,
19:54c'est avec Spielberg, parce que je sais qu'il a déjà tellement tout pensé
19:57que rien ne peut déraper.
19:59Yves Géglet, en 2017 puis en 2020,
20:02Steven Spielberg perd successivement sa mère puis son père.
20:05Oui, alors il dira que même à son âge, c'est terrible d'être orphelin,
20:09sa mère a eu une deuxième vie après leur divorce incroyable.
20:12Elle a ouvert un restaurant cachère à Los Angeles,
20:15un restaurant d'habitués, mais où il y avait aussi des people,
20:18où Steven Spielberg venait manger très régulièrement.
20:20Ils ont été extrêmement proches.
20:22Donc elle meurt à 97 ans.
20:24Et son père, là aussi beaucoup suivi, donc ses parents sont séparés,
20:27mais ils viennent toujours aux premières.
20:29Ce qui est assez touchant, c'est que West High Story,
20:31qui était donc le premier album de musique qui était arrivé
20:34dans la famille Spielberg, à part la musique classique,
20:37son père, déjà âgé de 100 ans, est venu sur le plateau.
20:41Il y a des photos de Spielberg et de son père Arnold sur le plateau de West High Story.
20:45Et il va mourir juste après, à 103 ans, avant la sortie du film.
20:50Et d'ailleurs, West High Story est dédié à son père.
20:53Et c'est toujours en 2020, l'année où son père décède,
20:56qu'il est confiné et que plusieurs personnes lui reparlent de ce projet de film autobiographique.
21:02Là, il se sent orphelin.
21:03Et puis il a un ami, Tony Kushner, qui est donc un de ses scénaristes favoris,
21:08qui, au début, pense à des mémoires, lui dit « Steven, tu devrais écrire tes mémoires,
21:14on va écrire des histoires sur tes parents ».
21:16Puis le confinement arrive, il a 75 ans, il a un peu peur.
21:20Il se dit « En fait, on peut mourir ».
21:21Aux Etats-Unis, il y a eu énormément de morts liées à cette pandémie.
21:24Et il se dit un peu « C'est maintenant ou jamais, ce film ».
21:27Et donc, il va s'y atteler avec ce scénariste.
21:31Pendant l'écriture du scénario, il décide de romancer,
21:34de transformer certains passages de son vécu,
21:37mais aussi de révéler certaines choses qu'il avait gardées pour lui.
21:41En réalité, il avait tout gardé pour lui,
21:43vu que Spielberg est quelqu'un d'une pudeur extrême.
21:47On m'a raconté qu'il pouvait se lever pendant une interview
21:50si un journaliste lui posait des questions trop personnelles et partir.
21:54Et donc là, effectivement, il a décidé de révéler la vraie histoire de ses parents.
21:59C'est-à-dire qu'il a toujours cru que son père était vraiment le seul responsable de ce divorce.
22:03Ce père qui était toujours absent, qui partait à 9h le matin,
22:06qui rentrait à 21h ou 22h parce qu'il avait un travail fou.
22:10Dans ce film, il va revenir sur des découvertes qu'il avait faites enfant
22:14et qu'il avait toujours gardées pour lui et qui vont rééquilibrer cette histoire
22:19et aussi cette dissension dans le couple.
22:22C'est une sorte d'hommage vraiment à ses deux parents.
22:26C'est-à-dire que ce n'est pas du tout un film à charge.
22:27C'est vraiment un film d'amour, pas du tout un film de règlement de compte.
22:31Le film doit s'appeler The Fablemans, autrement dit La famille Fableman.
22:36Il a donc choisi des noms fictifs pour raconter sa propre histoire.
22:39C'est un récit autobiographique, mais ça reste purement un film de Spielberg,
22:43c'est-à-dire une histoire avec beaucoup de romanesque.
22:46Par exemple, un de ses biographes m'a dit
22:48« On n'est pas sûr que ses deux parents étaient là lors de cette fameuse première projection.
22:52C'est surtout son père qui voulait l'emmener au cinéma. »
22:55Tout n'est pas forcément juste au détail près,
22:57ça reste une fiction de Steven Spielberg très largement influencée par son enfance.
23:04The Fablemans est tourné en 2021 au sortir de la pandémie.
23:08Comment se passe le premier jour de tournage ?
23:11Il se passe de manière incroyable, ça c'est Spielberg qui le raconte.
23:13Déjà, il prévient toute l'équipe qui va être particulièrement émue,
23:19qui va devoir parfois prendre de la distance,
23:21que c'est un film particulier pour lui.
23:25Mais il s'est préparé, il est professionnel distant.
23:29Et puis, il voit arriver les acteurs qui jouent ses parents,
23:33Paul Dano et Michel Williams, habillés comme ses parents l'étaient au début des années 60.
23:39Et il a vraiment une sidération,
23:40il a l'impression que ce sont ses propres parents qui arrivent sur le set.
23:44Et là, il s'effondre, il pleure, il va s'isoler,
23:47ce qui n'est vraiment pas du tout le style de Spielberg.
23:51Et il y aura à nouveau, les jours suivants, des scènes très difficiles pour lui.
23:55Il avait beau dire « je me suis préparé »,
23:58on raconte que les acteurs ont parfois dû le chercher dans des réserves,
24:02loin dans le studio,
24:03parce que Spielberg n'arrivait plus à affronter ce film.
24:06Donc jusqu'au bout, ça aura quand même été quelque chose de difficile pour lui à accoucher.
24:17Renaud Barognan, avec The Fablemans,
24:19Steven Spielberg signe son film le plus personnel.
24:22Aux Etats-Unis, où il est sorti en novembre,
24:25le film n'a pas rencontré son public,
24:27malgré ses deux récompenses aux Golden Globes,
24:29ainsi que ses nominations aux Oscars.
24:31Aujourd'hui, maintenant que Steven Spielberg a raconté sa vie,
24:35et qu'il a été primé, qu'il a fait des grands films,
24:38est-ce qu'il lui reste encore des défis ?
24:40C'est vrai que ça peut donner comme ça l'impression,
24:42il a 76 ans, tout le monde dit c'est son film Testament,
24:45le grand film sur sa vie qu'il voulait faire depuis si longtemps,
24:48et que ça pourrait s'arrêter là.
24:50Sauf que c'est Steven Spielberg,
24:51qu'il a des dizaines de projets en magasin et en tête,
24:56ça n'a pas raté, il n'y a pas longtemps, là, quelques jours,
24:58il vient d'annoncer qu'il allait, son prochain projet,
25:01c'était de reprendre la série de films sur Napoléon,
25:04que Stanley Kubrick avait lancé, et qu'il n'a jamais pu faire.
25:08Et donc là, ça y est, il s'y attaque,
25:09donc c'est un projet mythique à Hollywood,
25:12puis il y en aura d'autres.
25:14Il a d'autres défis qui l'attendent,
25:15et je crois qu'il y compte bien.
25:25Merci à Renaud Barognan et à Yves Géglé.
25:28Cet épisode a été produit par Clara Garnier-Amourou
25:31et Raphaël Pueyo, réalisation Pierre Chaffanjon.
25:35Code Source, c'est le podcast d'actualité du Parisien,
25:37n'oubliez pas de vous abonner à Code Source
25:39sur votre plateforme d'écoute préférée,
25:42de laisser des petites étoiles ou un commentaire,
25:44et vous pouvez aussi nous écrire à cette adresse
25:47codesource.leparisien.fr
Commentaires

Recommandations