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Recrutés par des trafiquants de drogue pour éliminer des rivaux ou effectuer des opérations de représailles en échange de quelques milliers d’euros, ces nouveaux tueurs à gages, souvent très jeunes, offrent leurs services via les réseaux sociaux. Pour Code source, Damien Delseny, chef du service police justice et Jean-Michel Décugis, journaliste au service police justice du Parisien, font le point sur ce nouveau phénomène.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo et Emma Jacob - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : France 5, BFMTV, TF1.

#tueur

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Depuis le mois d'avril, le Parisien a parlé à plusieurs reprises d'un phénomène nouveau et inquiétant.
00:17Les trafiquants de drogue recrutent des tueurs à gages, souvent très jeunes,
00:21soit pour des assassinats ciblés, soit pour faire des morts dans le camp d'en face, pour marquer les esprits.
00:26Deux faits divers récents ont mis en lumière le phénomène, à Paris et Marseille.
00:31Dans les deux affaires, les tueurs présumés avaient 18 ans et l'un des deux, prénommé Matteo, a fait au
00:36moins trois victimes.
00:38On fait le point sur ce sujet dans Codesources aujourd'hui, avec deux journalistes du Parisien,
00:42Jean-Michel Décugis du service Police Justice et Damien Delsony qui dirige ce service.
00:57Le mercredi 12 avril, le Parisien consacre son dossier de une à un phénomène qui semble se développer en France,
01:02l'apparition de jeunes tueurs à gages.
01:05Damien Delsony, dans votre éditorial, vous dites que ça fait penser aux sicarios d'Amérique latine.
01:10C'est quoi un sicario ?
01:11Un sicario, tout simplement, c'est un tueur à gages.
01:14Cet univers du tueur à gages, il est plutôt lié à des gangs d'Amérique latine, d'Amérique du Sud,
01:18beaucoup de gangs dans le narco-banditisme.
01:21C'est un phénomène qui n'était pas très répandu en France jusque-là.
01:27Dans cet épisode de Codesources, on va revenir sur deux faits divers distincts.
01:31D'abord, celui que l'on a raconté dans ce dossier du Parisien.
01:34L'an dernier, en 2022, le 18 juillet, à Paris, rue Popincourt, dans le 11e arrondissement, un bar est attaqué.
01:42Il y a une voiture qui s'approche d'un bar à chicha, où il y a plusieurs personnes qui
01:46sont attablées,
01:46et il y a un tireur qui s'exirpe de la voiture et qui ouvre le feu à la Kalachnikov
01:52sur un homme qui est assis en terrasse.
01:54La scène, elle ne dure que quelques secondes, mais c'est évidemment d'une extrême violence.
01:59Information à vous communiquer aussi ce soir, une fusillade a éclaté dans un bar à chicha dans le 11e arrondissement
02:06de Paris.
02:07Une fusillade qui a fait un mort.
02:10La victime a 38 ans, un homme prénommé Mamadou.
02:14Jean-Michel Décugis, qu'est-ce que l'on sait de lui ?
02:16C'est un jeune père de famille, puisqu'il vient d'avoir un bébé.
02:20Il avait déjà été condamné pour trafic de drogue.
02:23Les policiers retrouveront dans son portable des SMS un peu curieux,
02:29de valises transitant entre la Colombie, la Belgique et la France.
02:35Donc le règlement de compte est une des hypothèses de la police.
02:40Il aurait aussi, selon la police, pu participer à un règlement de compte d'un caïd qui aurait ensuite voulu
02:49se venger en le faisant tuer.
02:55L'enquête va durer près d'un an et menée au placement en garde à vue de neuf suspects le
03:0013 mars 2023.
03:01Enquête dont a eu connaissance le service police-justice du Parisien.
03:05Ce qui nous permet aujourd'hui de raconter avec certains détails les événements qui ont conduit à l'assassinat de
03:11cet homme, Mamadou, rue Popincour.
03:14Tout commence en réalité en mai 2022.
03:17D'après les enquêteurs, un homme échafaud d'un projet criminel.
03:20Damien Delceni, cet homme est surnommé Don Marleau.
03:23Qui est-il ?
03:23Son vrai prénom c'est Kamel, mais effectivement tout le monde l'appelle Don Marleau.
03:27Il est en train de purger une peine pour des violences qu'il a commises sur un adolescent.
03:30Et en fait, lui va jouer le rôle d'intermédiaire entre les cerveaux, en fait, ceux qui commanditent l'assassinat,
03:36et les tueurs qui vont eux commettre l'assassinat.
03:39Don Marleau est en prison au Beaumet à Marseille. Du coup, que fait-il, Jean-Michel Descugis, pour remettre ce
03:44plan à exécution ?
03:45Comme beaucoup de caïds, il a un portable en prison et il va appeler son demi-frère qui se trouve
03:52près de Rennes.
03:53Et il va lui proposer un contrat rémunéré 150 000 euros, donc supprimer quelqu'un.
04:00Et donc la cible est Mamadou. Mais le vendredi 3 juin, le demi-frère de Don Marleau est arrêté à
04:05Paris.
04:05Oui, à sa descente du TGV. Il habite en Bretagne. Il vient à Paris.
04:10Et il vient à Paris avec des armes dans un sac. Et il est contrôlé à la gare Montparnasse.
04:14Un peu d'ailleurs parce qu'il a un comportement qui éveille les soupçons d'un certain nombre d'agents,
04:18un peu stressé.
04:19Et effectivement, quand il le contrôle et qu'il ouvre son sac, il découvre un arsenal à l'intérieur.
04:24Donc il est immédiatement arrêté et incarcéré.
04:27Don Marleau sort de la prison des Beaumet. Il profite d'un vice de procédure.
04:31Après l'arrestation de son demi-frère, il reprend la mission en main lui-même.
04:35Mais le 28 juin, Don Marleau est arrêté dans le Val-de-Marne.
04:38Il est arrêté parce qu'il est à bord d'un véhicule, alors avec une autre personne.
04:42Et ce véhicule, il est faussement immatriculé.
04:44C'est donc une voiture volée, maquillée.
04:46Donc il est entendu sur ce fait d'occuper une voiture volée.
04:49Et là, il va donner une réponse assez effarante.
04:51Parce qu'il va dire, non, non, mais moi, les voitures volées, c'est pas mon truc.
04:55Moi, je fais dans le stup et dans le meurtre.
04:57Et en fait, il dit, non, mais on s'est pas bien compris.
04:58Je voulais dire Meuhar, qui est le verlan de Armes.
05:01Donc voilà, il botte un peu en touche.
05:02Mais enfin, il fait quand même cette déclaration tout à fait surprenante.
05:05Et il est libéré.
05:06Il est libéré avec une simple convocation pour le tribunal correctionnel quelques mois plus tard.
05:14Le 18 juillet, c'est un lundi, dans le 11e arrondissement de Paris, rue Popincourt.
05:20Des coups de feu éclatent.
05:21Mamadou est tué.
05:23On en revient donc au début de cet épisode de Code Source.
05:25L'un des membres du commando est maîtrisé par des habitants du quartier, passé à tabac, puis remis aux forces
05:31de l'ordre.
05:32Deux autres hommes ont réussi à s'enfuir.
05:34Don Marleau et un jeune homme prénommé Willad, 18 ans, qui a été recruté, d'après les enquêteurs, pour remplacer
05:42le demi-frère de Don Marleau, arrêté en juin, gare Montparnasse.
05:46Les policiers remontent la trace des deux hommes.
05:49Ils sont interpellés après l'été, le 4 septembre, à la frontière avec la Suisse.
05:53Oui, alors ils se sont mis au vert après la fusillade de la rue Popincourt, tous les deux.
05:57Ils sont partis en Espagne, passer une bonne partie de l'été.
06:00Puis évidemment, il faut toujours revenir à un moment donné.
06:03Et donc, quand ils reviennent sur le territoire français, ils étaient déjà identifiés.
06:06Et donc là, ils sont arrêtés.
06:07Ce jeune de 18 ans, Willad, ne donne pas de nom de complice, mais il passe aux aveux.
06:13Qu'est-ce qu'il reconnaît ?
06:14C'est assez sidérant parce qu'effectivement, il va être très silencieux sur les commanditaires,
06:18notamment parce qu'il dit qu'il a peur, que c'est des gens qui sont dangereux, qui peuvent le
06:21tuer ou s'en prendre à sa famille.
06:23En revanche, il va décrire une scène extrêmement violente.
06:27Il va reconnaître assez vite que c'est lui, l'assassin, c'est lui qui a tiré sur Mamadou dans
06:31le barrage à Chicha de la rue Popincourt.
06:33Et il va expliquer la scène, il va décrire la scène, il va dire voilà, j'arrive, je vide mon
06:37chargeur.
06:38Et il se souvient d'un détail qui n'en est pas un, c'est qu'il entend le double
06:41clic qui prouve qu'on est arrivé au bout du chargeur.
06:44Ce jeune de 18 ans, Willad, qu'est-ce qu'on sait de lui ?
06:46On sait que c'est quelqu'un qui n'est pas du tout de Paris ni de la région parisienne
06:49parce qu'il habite à Robbrune-Cap-Martin,
06:50qui est une commune juste frontalière avec Monaco.
06:53On sait aussi que c'est un bachelier, il a un bac électrotechnique, donc il a été recruté dans le
06:59but d'exécuter ce contrat.
07:00Il a donc été recruté comme tueur à gage, il n'avait pas de lien avec la victime ou avec
07:04les commanditaires.
07:05Pourquoi est-ce qu'il a accepté de participer à ce projet d'assassinat ?
07:08Il n'a pas une réponse très claire, il dit en gros je ne sais pas, en deux mois j
07:12'ai fait des choses que je n'avais jamais faites avant,
07:15j'ai basculé dans quelque chose d'extrêmement violent, donc il n'a pas une explication, si ce n'est
07:20évidemment ce qu'on va découvrir,
07:21c'est-à-dire un gain financier parce qu'il exécute un contrat, il est payé pour ça,
07:25mais voilà, il a du mal à expliquer comment il est devenu tueur à gage en réalité.
07:31C'est suite à ce fait divers que le Parisien a fait sa une en avril sur les tueurs à
07:36gage
07:37et une deuxième affaire, plus récente, est venue montrer une nouvelle fois l'actualité de ce phénomène.
07:42Jean-Michel Décugis, nous sommes le lundi 3 avril à Marseille, dans le quartier de la Joliette, dans le deuxième
07:48arrondissement,
07:49et un tueur à gage s'apprête à faire un bain de sang.
07:52Il est minuit 40, il y a une voiture qui arrive près du Snack chez Hamza,
07:57et là, un homme descend et va tirer sur un groupe de jeunes qui sont sur le trottoir.
08:05Trois jeunes vont s'écrouler, un de 16 ans qui meurt sur le coup,
08:10et deux autres qui sont gréalement blessés, et un de 15 ans décèdera un peu plus tard.
08:15Et la voiture repart immédiatement après.
08:18Marseille a connu une nuit de terreur dimanche dernier, le bilan est de trois morts et une douzaine de blessés.
08:23Ces fusillades sont liées à la guerre que se livrent les groupes rivaux pour le contrôle des points de deal,
08:27les victimes sont de plus en plus jeunes, et ces assassinats semblent de moins en moins ciblés contre les chefs
08:32de réseau.
08:33Même les petites mains font les frais de ces règlements de compte.
08:36Jean-Michel Décugis, rappelez-nous le contexte.
08:38À Marseille, deux clans sont en guerre.
08:40Guerre ouverte au départ pour contrôler les points de deal de la cité de la Paternelle.
08:46Présentez-nous ces deux clans.
08:47La DZ Mafia est Yoda, du nom de ce personnage de Star Wars, qui est dessiné sur une fresque à
08:54l'entrée de la cité de la Paternelle,
08:57qui est un des épicentres du trafic de drogue à Marseille,
09:00où ces deux clans tiennent des points de deal et se font la guerre pour les garder ou prendre celui
09:07de l'autre.
09:08À la tête de ces deux clans, il y a deux anciens alliés qui sont devenus ennemis
09:13et qui se sont fait la guerre, en tout cas entretués,
09:19pour récupérer ou garder des points de deal à l'intérieur de cette cité de la Paternelle,
09:25avec des alliances avec d'autres clans, d'autres bandes,
09:29et on tire, on tue, on terrorise des cités qui appartiennent à ces deux clans.
09:35Et là, aujourd'hui, on a deux blocs, d'où cette guerre impitoyable.
09:41Et ces deux hommes, Féfé, qui dirigent le clan Yoda et Tic, qui est à la tête de la DZ
09:47Mafia,
09:48ont eu une sorte d'altercation il y a quelques mois.
09:50Oui, un différent, à des milliers de kilomètres de Marseille, en Thaïlande, dans une discothèque.
09:57C'est Féfé qui lance un glaçon sur Tic,
10:00parce que trois jours avant, il y a eu un règlement de compte et que l'un des siens est
10:04mort.
10:05Et donc, c'est une manière de le provoquer.
10:07Et ça va mettre le feu aux poudres.
10:10Et à partir de là, ce conflit va se transformer en véritable vendetta,
10:17avec des fusillades tous les deux, trois jours, des répliques d'un camp vers l'autre.
10:25On revient sur la fusillade dans le quartier de la Joliette, le lundi 3 avril,
10:29dans laquelle deux jeunes de 15 et 16 ans sont tués.
10:32Les enquêteurs ont des informations sur la voiture, la Peugeot 308,
10:36que les témoins ont vu partir après les tirs.
10:38Oui, c'est la brigade de recherche et d'intervention qui, en amont des assassinats,
10:42essaie de récolter des informations.
10:44Et donc, ils savent qu'il y a une 308 qui a été utilisée pour un règlement de compte.
10:49Et donc, ils vont remonter, grâce à cette 308, à notre véhicule, une 208.
10:54C'est dans cette 208 que le tueur va être arrêté dans la commune de Gardanne,
11:01qui est une commune près de Marseille.
11:03Ce double meurtre intervient à peine une heure après une autre fusillade à Marseille.
11:08Moins d'une heure avant, dans les quartiers nord, il y a eu une double fusillade
11:12où deux caïles vont être tués à l'arme de guerre par un commando.
11:18Et ensuite, moins d'une heure après, il y a ce double meurtre de la Joliette,
11:23qui est perçu par les enquêteurs comme une réplique,
11:28c'est-à-dire une vengeance de la précédente fusillade.
11:32Vous l'avez dit, l'homme qui a tiré ensuite à la Joliette,
11:35donc qui a fait deux morts, a été arrêté le lendemain à Gardanne,
11:39un jeune à peine majeur, prénommé Mathéo.
11:42C'est un jeune de 18 ans, plutôt de classe moyenne.
11:45Son beau-père est chef d'entreprise.
11:47C'est quelqu'un qui est déscolarisé assez vite.
11:50Quelqu'un qui est connu de la police déjà pour des faits de violence.
11:53Puisqu'il va se retrouver dans un centre fermé,
11:56puis en prison même pour du trafic de stupes, comme petite main.
12:01Et c'est d'ailleurs là, en prison, qu'il va rencontrer son mentor proche de la DZ Mafia.
12:07Et il va offrir ses services.
12:10Quand il sort de prison en fin 2022, il va proposer ses services à la DZ Mafia
12:15sur une boucle Snapchat.
12:18Et il va être recruté par la DZ Mafia pour supprimer les gens.
12:25Jean-Michel Lécugis, par ailleurs, il est soupçonné par la justice d'avoir tué un jeune Parisien de 22 ans.
12:30Un jeune Parisien de 22 ans retrouvé à Marseille, dont le corps a été retrouvé criblé de balles par les
12:37CRS
12:37deux jours après une physiate qui s'était déroulée le 27 mars dans la cité de la Paternelle.
12:43A quoi ressemble ce jeune tueur à gage, Mathéo ?
12:46Ce qui a surpris les enquêteurs quand ils l'ont arrêté, c'est que c'est quelqu'un de très
12:50frêle, 40 kilos,
12:52et qui a les cheveux très longs, qui lui tombent dans le bas du dos,
12:57avec un visage très démacié et recouvert de boudons d'acné.
13:01Mathéo est soupçonné d'avoir commis encore plus de meurtres.
13:05Effectivement, et le mode opératoire, et les armes utilisées laissent penser que Mathéo,
13:10qui en plus ne se cache pas du tout d'être recruté pour ça et d'être un tueur à
13:14gage de la DZ Mafia,
13:15les policiers le soupçonnent d'avoir fait au moins 7 ou 8 autres règlements de compte sur Marseille
13:19depuis simplement le début de l'année.
13:20Et il devait prendre des vidéos après avoir tué ses cibles.
13:24Ça faisait partie du contrat, c'est-à-dire qu'on lui indiquait en général une voiture à récupérer
13:29avec une arme à l'intérieur, et ensuite il devait effectivement filmer l'exécution de son contrat
13:34pour une raison très simple, c'est que ceux qui vont le payer ensuite voulaient être bien sûr
13:38que c'était lui qui avait exécuté le contrat et pas quelqu'un d'autre.
13:41Donc c'est une manière d'avoir une preuve de ce qu'il faisait.
13:43Je vais enchaîner les contrats frérot, je vais redescendre sur la vie de ma mère,
13:48tu vas te jurer mon sang, sur la vie de ma mère je vais péter un plomb.
13:53Sur la vie de ma mère à dire je vais me chanter, m'envoyer sur un contrat, je suis en
13:55train de rigoler.
13:58Là c'est sa voix qu'on entend, il a publié certaines vidéos,
14:02et Jean-Michel Décugis visiblement il avait des primes
14:04quand des vidéos de lui, de ses meurtres, ont été largement relayées sur les réseaux.
14:08Il était payé plus cher quand ses vidéos faisaient le buzz sur les réseaux sociaux.
14:15Il mettait ses vidéos sur des boucles, et là plus il y avait de vues, plus il touchait de l
14:20'argent.
14:21En général son contrat c'était 20 000 euros par contrat,
14:24mais si les vidéos faisaient plus de vues, il gagnait plus.
14:28Ces vidéos elles sont aussi utilisées pour faire de la propagande,
14:31d'abord pour se mettre en avant, pour dire voilà ce que nous on est capable de faire,
14:33pour marquer aussi l'adversaire, parce qu'ils sont dans une logique,
14:36ils vivent avec leur temps, et ils sont dans une logique aussi de médiatisation de leurs actions.
14:41Au total, combien est-ce qu'il a gagné avec ces assassinats ?
14:44Environ 200 000 euros, en tout cas c'est ce que les enquêteurs pensent,
14:49ça fait à peu près 25 000 euros par contrat, voire plus.
14:58Pendant sa garde à vue, Jean-Michel Décugis,
15:00est-ce que Mathéo a exprimé une forme de regret ?
15:03Absolument pas.
15:04Les policiers qui l'ont interrogé parlent de quelqu'un très cynique,
15:11ils en parlent de façon très méthodique, sans aucune émotion.
15:16Il a raconté, commenté ces assassinats, qu'il a reconnus pour trois,
15:20avec des détails très précis,
15:23comme s'il était totalement extérieur à ces crimes.
15:27Un moment de sa garde à vue, Damien Delsoni,
15:30Mathéo dit quelque chose qui glace les enquêteurs.
15:33Oui, c'est-à-dire qu'il va leur dire,
15:35heureusement quand vous m'avez interpellé,
15:37je n'avais pas d'armes sur moi,
15:38parce que sinon je serais mort les armes à la main.
15:40Jean-Michel Décugis, il a dit beaucoup de choses qui ont terrifié les enquêteurs,
15:44et notamment que des types comme lui, il y en avait plein dans Marseille.
15:47Et ce que les policiers ne sont pas loin de croire.
15:55Damien Delsoni, l'apparition de ces jeunes tueurs à gages,
15:59recrutés par Internet, par Snapchat, ça change quoi ?
16:02Est-ce que ça va entraîner plus de meurtres,
16:03parce que les assassinats sont plus faciles à organiser ?
16:06Plus de meurtres, je ne sais pas.
16:08En tout cas, ce que ça prouve déjà avec cette affaire-là,
16:10c'est qu'il y a une très grande réactivité, en fait.
16:12C'est-à-dire qu'une équipe peut être touchée à minuit,
16:14à une heure du matin, elle réplique immédiatement,
16:16parce qu'il y a ce personnel qui est disponible,
16:18et comme il sous-traitent, en fait, les règlements de comptes à ces tueurs à gages,
16:22effectivement, il y a une réponse qui est rapide,
16:23il y a une réponse qui est extrêmement violente,
16:25parce qu'on voit bien que c'est des profils,
16:26en tout cas celui de Mathéo,
16:28de gens qui sont extrêmement froids et qui n'ont aucune émotion,
16:30qu'une forme d'empathie pour personne.
16:32Donc oui, on peut imaginer qu'il y ait une espèce de montée encore en puissance,
16:37même si on est déjà sur des chiffres qui sont très importants
16:39depuis le début de l'année, depuis le 1er janvier,
16:41on en est déjà à plus de 20 règlements de comptes.
16:47Quel est l'intérêt pour des groupes de dealers de sous-traiter ces meurtres ?
16:51C'est du pain béni, parce que ces types-là, ils sont jetables,
16:54corduables à merci, on peut les tenir,
16:56on leur dit, tu pars sur ce contrat,
17:00une heure après, il est exécuté ou pas,
17:03mais en tout cas, avant, les caïds,
17:05c'était eux-mêmes qui réglaient leurs comptes,
17:08donc c'était beaucoup plus professionnalisé,
17:10mais beaucoup plus risqué aussi pour eux.
17:12Avant, ils tenaient à faire eux-mêmes le boulot,
17:15aujourd'hui, ils délèguent totalement, sans prise de risque, en gros.
17:19Et les cibles aussi vont changer ?
17:20Les cibles, c'est des toutes petites mains,
17:22c'est n'importe qui, n'importe quand, n'importe où.
17:24On veut terroriser le réseau d'en face,
17:27et peu importe qui on tue.
17:30À la paternelle, j'y suis passé encore hier,
17:33devant la cité, il n'y a plus aucun dealer,
17:36plus aucun client.
17:38La cité, elle est comme morte.
17:40En tout cas, le deal est mort pour l'instant.
17:55Merci à Damien Delceny et Jean-Michel Décugis.
17:58Cet épisode de Codesources a été produit par Raphaël Pueillot et Emma Jacob.
18:03Réalisation, Pierre Chaffanjon.
18:05Codesources est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
18:08Nous publions un nouvel épisode chaque soir, du lundi au vendredi.
18:11Abonnez-vous sur une application audio comme Apple Podcast,
18:15Google Podcast, Spotify ou encore Amazon Music
18:18pour nous retrouver facilement.
18:20Codesources at leparisien.fr
18:22ou encore une application audio comme Apple Podcast.
18:33Merci à Damien Delceny et Jean-Michel Décugis.
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