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Notre-Dame de Bétharram était autrefois réputée pour son enseignement « à la dure » dispensé aux jeunes garçons. L'institution est aujourd’hui accusée de maltraitance et de violences sexuelles. Des faits qui remontent à plus de 30 ans.

Cet épisode de Code source est raconté par Timothée Boutry, journaliste au service police-justice du Parisien.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux, Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : INA

#Bearn #violence #crime

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Transcription
00:01Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Côte Source, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Notre-Dame de Bétaram est un établissement privé catholique situé dans un cadre magnifique en bordure de rivière à une
00:19trentaine de kilomètres de Pau dans les Pyrénées-Atlantiques.
00:22Pendant près de deux siècles, cette institution, qui a désormais changé de nom, a accueilli des jeunes garçons, collégiens et
00:28lycéens.
00:29Elle était réputée pour ses bons résultats et sa discipline de fer.
00:33Cette année, au mois de février, 33 anciens élèves ont porté plainte pour dénoncer des violences physiques et sexuelles de
00:41la part d'enseignants et de surveillants lorsqu'ils étaient adolescents.
00:44La justice avait déjà été saisie pour des faits similaires à la fin des années 90.
00:50Cet épisode de Côte Source est raconté par Timothée Boutry, journaliste au service police-justice du Parisien, qui a enquêté
00:57sur cette affaire.
01:05Timothée Boutry, toute cette affaire débute au mois d'octobre 2023 grâce à un homme qui est âgé d'une
01:11cinquantaine d'années.
01:12Est-ce que vous pouvez nous le présenter ?
01:14Alors il s'appelle Alain Esquer et il habite à Bétaram, exactement, dans le village.
01:19Alain Esquer a fait tout son collège à l'Institut Notre-Dame de Bétaram, donc entre 1980 et 1986.
01:26Il est cadre dans le secteur du médico-social, il travaille à Pau et c'est lui qui est à
01:31l'origine de la révélation de tous ces faits anciens qui rejaillissent aujourd'hui.
01:36Cet homme, Alain Esquer, vous le rencontrez dans le cadre de votre article et il vous raconte qu'il garde
01:41un sale souvenir de ses années de collège.
01:43Oui, il décrit une ambiance faite de violences, d'humiliations, avec des punitions, des brimades.
01:50Il a gardé beaucoup de souvenirs, il a encore des magazines de l'école par exemple où il retrouve des
01:54photos de classe.
01:55Ce qui prédomine surtout, c'est l'angoisse et la violence qui, décrit-il, a irrigué toutes ces années au
02:02collège.
02:05Vous vous rendez sur place dans les Pyrénées-Atlantiques, dans la commune de l'Estelle-Bétaram,
02:11pour voir de près cet établissement qui accueille encore aujourd'hui des élèves, de la maternelle à la terminale,
02:17et sous un autre nom désormais, il s'appelle le Boramo. Décrivez-nous cet endroit.
02:21Le cadre est absolument magnifique. On est au bord du Gave de Pau, on est au pied des Pyrénées en
02:28fait,
02:28il y a les sommets enneigés qui surplombent au loin, et il y a un vieux pont qui passe au
02:33-dessus du Gave,
02:34et il y a cet ensemble qui est lové contre le cours du Gave.
02:40Alors c'est un très grand bâtiment, un peu austère, blanc, avec des volets verts,
02:44et il y a un peu plus haut une cour qui, elle, par contre, est un peu abandonnée.
02:49Il y a des herbes folles, et même encore plus haut, il y a l'ancien bâtiment du lycée,
02:54qui lui est totalement abandonné, délabré, et c'est vrai que le lycée maintenant est dans une autre commune.
02:59Mais donc il y a à la fois ce mélange de ce grand bâtiment un peu austère, mais assez joli,
03:04et à côté, une impression un peu de délabrement.
03:09À l'automne dernier, Alain Esquerre découvre qu'un surveillant qu'il a connu lorsqu'il était au collège,
03:14à Bétaram, et qui se montrait violent, travaille toujours au sein de cet établissement.
03:19Pour lui, c'est un déclic en fait, et il se dit, bon, c'est pas possible,
03:23il faut qu'on sache ce qui s'est passé au sein de cet établissement.
03:27Donc il crée un groupe Facebook,
03:29Les Anciens de Bétaram, Victimes de l'Institution, c'est comme ça qu'il appelle.
03:33Et il va être assez surpris de voir que beaucoup de gens vont se connecter,
03:37d'anciens élèves vont eux aussi raconter des violences, des brimades,
03:41et, à sa grande surprise, vont aussi révéler des agressions de nature sexuelle.
03:46Là, il dit, moi je ne m'attendais pas du tout à ce que ça prenne cette tournure-là.
03:50Il dit, ça devenait trop important, trop grave, et donc c'est pour ça qu'il va saisir la justice.
03:55Il est le seul à porter plainte ?
03:56En fait, il collecte des signalements qu'on peut assimiler à des plaintes.
04:00Donc il y a 33 signalements qui font office de plainte,
04:03et à partir de là, le 1er février, le procureur de la République de Pau
04:08décide d'ouvrir une enquête préliminaire pour investiguer sur ces dénonciations
04:12de violences et d'agressions sexuelles, mais également de viol.
04:17Timothée Boutry, vous avez rencontré ou échangé par téléphone avec 6 de ces plaignants,
04:22des hommes qui ont aujourd'hui la quarantaine ou la cinquantaine,
04:25et qui sont encore marqués par ce qu'ils ont vécu dans l'institution.
04:28Tous sont encore un peu traumatisés, et notamment plusieurs d'anciens internes
04:34expliquent qu'ils ont une angoisse du dimanche soir, en fait,
04:37parce que le dimanche, c'était le moment où ils devaient préparer leur sac
04:41et reprendre le bus pour rejoindre l'internat et rejoindre Bétarame.
04:44Un autre qui s'appelle Alexandre m'explique que, en fait, même quand il part en vacances
04:49dans un endroit paradisiaque, quand il boucle sa valise, il a un stress, en fait,
04:52et qu'il préfère les retours au départ.
04:54Donc, en fait, en expliquant ce qu'ils ont vécu et en voyant qu'ils ne sont pas seuls,
04:58ça leur permet de comprendre un peu leur vie actuelle.
05:04Timothée Boutry, revenons ensemble plusieurs décennies en arrière,
05:07dans les années 90, 80 et même 70,
05:11que représente Notre-Dame de Bétarame dans la région,
05:14et quels élèves sont envoyés là-bas ?
05:16C'est un établissement qui est réputé dans tout le sous-d'Ouest,
05:18qui est connu pour avoir des bons résultats,
05:21mais connu pour être un établissement à la dure,
05:24puisqu'il y a ce vieil adage,
05:26« si t'es pas sage, tu iras à Bétarame ».
05:28Donc, il y a à la fois des enfants difficiles,
05:31mais aussi les enfants de la bourgeoisie,
05:33et que des garçons,
05:34et avec cette idée,
05:36c'est à la dure, mais au moins,
05:38ça forme des hommes et ça a des résultats scolaires.
05:40Les anciens élèves vous racontent qu'à cette période,
05:42en classe, à la moindre faute,
05:44les professeurs peuvent avoir la main lourde.
05:46L'un des témoins, que nous appellerons Simon,
05:49pour conserver son anonymat,
05:50se souvient en particulier d'un professeur de mathématiques très violent.
05:54Oui, lui, il explique que cet homme-là,
05:57quand il y avait une note en dessous de la moyenne,
06:00par point en dessous de la moyenne,
06:01il agrippait l'élève,
06:03il le tenait par les cheveux,
06:05et puis il donnait ce qu'il appelle des cocos,
06:06c'est-à-dire des gros coups sur le crâne.
06:08Il dit que c'était vraiment quelque chose de très douloureux,
06:11il fallait quelques minutes pour s'en remettre.
06:12La nuit, les élèves qui sont pensionnaires
06:14sont soumis à un règlement qui est très strict.
06:16Ils décrivent des dortoirs de 50,
06:18avec une discipline extrêmement sévère,
06:21où il ne fallait pas faire de bruit.
06:23Certains élèves racontent qu'ils sont extraits de l'internat
06:25parce qu'il y a du bruit,
06:27ils sont mis dans le couloir,
06:28et ils attendent que le surveillant général vienne
06:31et leur donne de grosses claques,
06:34ils parlent de violences assez importantes.
06:35Ils racontent la terreur, l'angoisse de cette attente.
06:38Certains racontent qu'ils se font pipi dessus en attendant,
06:41et qu'après, une fois que la dérouillée est arrivée,
06:43ils vont retourner sans bruit dans leur lit,
06:46que les autres disent « bon alors, comment ça va ? »
06:48« Qu'est-ce qui s'est passé ? »
06:49Il y a vraiment une description d'ambiance
06:51où la violence est partout,
06:53et la peur aussi règne au sein de l'internat.
06:56Parfois, en guise de punition,
06:57les élèves sont envoyés au perron,
07:00et ils en reviennent éprouvés.
07:01Qu'est-ce que c'est le perron ?
07:02Le perron, c'est un lieu qui est au bord du Gave,
07:06c'est une espèce de piquet,
07:07mais dehors,
07:08où on peut passer beaucoup de temps,
07:10on peut être en pyjama,
07:11il peut faire froid,
07:12et on est au vu au-dessus des eaux,
07:15donc il y a l'idée d'un peu d'humiliation,
07:16puisqu'on va être vu des eaux,
07:18donc on sait qu'on est puni.
07:19Toutes les personnes que j'ai rencontrées
07:21racontent à quel point ça les a traumatisés.
07:23Globalement, on comprend avec ces témoignages
07:25qu'à Bétarame,
07:25les sévices peuvent tomber à tout moment
07:27et sans réel motif.
07:29En fait, il y a cette idée de violence permanente,
07:33les enseignants, les surveillants,
07:35et cette idée qu'on peut en prendre une
07:37pour n'importe quoi,
07:38par exemple un casier en bois,
07:40on fait tomber le dessus du casier,
07:42ça fait du bruit et paf, on en prend une.
07:44Donc voilà, ça revient vraiment tout le temps,
07:46cette idée qu'à tout moment,
07:48c'est possible de prendre une claque.
07:49Timothée Boutry, un homme,
07:51un ancien enseignant
07:52qui a été professeur
07:53pendant plus de 30 ans à Bétarame
07:55et que vous avez contacté,
07:57réfute ou minimise
07:58la plupart de ses accusations.
08:00Qu'est-ce qu'il vous dit ?
08:01Oui, il dit, bon, bah, ok,
08:03ça pouvait arriver
08:04qu'il y avait quelques claques qui partent,
08:05mais enfin,
08:06c'était pas ce climat de violence-là,
08:09je suis très surpris
08:10face à autant de plaintes.
08:12Voilà, après, c'était une époque,
08:14c'était comme ça,
08:15c'était pas le seul établissement
08:16de cette nature.
08:18Mais alors après,
08:19il m'a envoyé un SMS
08:20le lendemain en me disant,
08:21non mais quand même,
08:22posez la question à vos témoins,
08:23pourquoi ils ont été punis,
08:24pourquoi ils allaient sur le perron,
08:26c'est que vraiment,
08:27ils avaient fait des choses graves,
08:28donc en gros,
08:28ça se justifiait.
08:30Et puis, il a cette expression
08:31un peu de provoque,
08:32enfin, je vois pas autrement,
08:33il dit,
08:33ils peuvent nous remercier
08:35parce qu'au moins,
08:36ils respiraient le bon air pur
08:37des Pyrénées
08:37au lieu de rester dans une salle vicie
08:39quand ils allaient sur le perron, quoi.
08:40Donc, c'est quand même
08:41extrêmement particulier, quoi.
08:42Voilà, bon,
08:42c'est un homme qui a plus de 80 ans.
08:44Quelle est la part des choses ?
08:45Est-ce que c'est une question d'époque ?
08:47Mais en même temps,
08:47on parle quand même
08:48de faits absolument intolérables
08:50et de violences physiques gravissimes.
08:53Donc, c'est compliqué
08:54de plaider aussi l'époque
08:56face à ce qui s'est passé.
08:58En 1996,
08:59le père d'un élève
09:00décide de porter plainte.
09:01Oui, parce que son fils
09:02a pris une claque
09:04par un surveillant
09:04et il a perdu 40% d'audition.
09:06Et donc, il engage
09:07une procédure
09:09qui va aboutir
09:10mais par une condamnation
09:12à une amende
09:12avec sursis
09:13dont c'est extrêmement faible.
09:14Moi, je me suis entretenu
09:15avec l'avocat
09:17de ce jeune de l'époque
09:18et il raconte
09:19qu'il avait senti
09:21une hostilité
09:21quand il avait engagé
09:22ces poursuites
09:23parce que Bétharam,
09:24c'est une institution.
09:26Il dit,
09:26j'en avais le sentiment
09:27congéné, quoi.
09:28Il y avait eu
09:28un gros comité de soutien
09:30qui s'était fait
09:31autour de Bétharam,
09:32des avocats
09:32pour la plupart
09:33qui étaient anciens élèves.
09:34Les conséquences,
09:35elles ont été importantes
09:36aussi pour la famille
09:37puisque le père
09:38de ce jeune
09:39qui a été frappé
09:40était membre
09:40de l'association
09:41des parents d'élèves
09:42mais il a dû partir
09:43et puis finalement,
09:44l'enfant a quitté
09:45l'établissement.
09:47À Bétharam,
09:48les religieux
09:48ont toujours fait
09:49de la discipline
09:49le pilier de leur enseignement.
09:51Discipline de fer
09:52avec châtiment corporel
09:53il y a encore
09:54quelques décennies
09:55mais officiellement
09:56banni depuis.
09:56Peut-être pas tout à fait
09:57si l'on en croit
09:58ce père de famille
09:59dont le fils de 14 ans
10:00a été frappé
10:01il y a un an
10:02par le surveillant général.
10:03Résultat,
10:04le jeune élève
10:05est aujourd'hui
10:05sourd d'une oreille
10:06à 40%.
10:06Mais ce n'est pas tout
10:08en décembre dernier
10:09pour un chahut de dortoir
10:10ce garçon a dû subir
10:11une punition de notre âge.
10:13Le surveillant de dortoir
10:15le prend à partie
10:15l'envoie dehors
10:17au perron
10:17en slip,
10:18en t-shirt,
10:19en sandalette
10:20alors qu'il faisait
10:21zéro degré
10:21que la France
10:22était sous le froid.
10:23C'était le 5 décembre
10:26entre 20h45
10:27et 21h55
10:28il est resté
10:29donc une heure dehors
10:31traumatisé
10:32sans comprendre
10:33l'injustice
10:33en plus avec
10:34les doigts de pied gelés
10:35les mains gelées
10:36le corps gelé.
10:39Timothée Boutry
10:40de nombreux témoignages
10:41mentionne un surveillant
10:42qui était surnommé
10:43Cheval.
10:44Alors son surnom
10:45c'est Cheval
10:46parce qu'il avait
10:47une chevalière
10:48et qu'il avait l'habitude
10:49de retourner
10:50quand il mettait
10:50des claques aux élèves
10:51il a travaillé
10:53quelques années
10:53au sein de l'institution
10:55et c'est vrai
10:56que lui
10:56tout le monde s'en souvient
10:57c'était le surveillant principal
10:59et il apparemment
11:01se démarquait
11:02par sa violence en fait.
11:03Un des plaignants
11:04Jacques
11:04que vous avez aussi contacté
11:06dénonce des violences sexuelles
11:08de la part de cet homme.
11:09Oui Jacques
11:09il est très marquant
11:10parce que
11:11c'est un saudit de gaillard
11:12il a fait du rugby
11:14il était première ligne
11:15il a plus de 50 ans
11:16et en fait
11:17il va un peu se liquéfier
11:18en confiant son témoignage
11:19puisqu'il raconte que
11:21hormis les violences physiques
11:23lui
11:24il lui arrivait
11:25de subir des attouchements
11:26de la part de ce surveillant
11:28des attouchements sexuels
11:29bien sûr
11:29et que à l'époque
11:31il ne savait pas en parler
11:32il n'a pas su quoi dire
11:33et que tout ça
11:34est en train de remonter
11:35il raconte aussi
11:36les conséquences
11:36que ça a eu dans sa vie
11:37des idées noires
11:38suicidaires
11:39des relations sentimentales
11:41chaotiques
11:41il s'est mis à boire
11:43on a vraiment
11:43voilà le témoignage
11:45de quelqu'un
11:45dont la vie a été
11:46vraiment fracassée
11:47par ce qu'il a vécu
11:49enfant
11:49et qui là
11:50reprend le dessus
11:51décide de témoigner
11:52et décide lui aussi
11:54de saisir la justice
11:55et lui il décrit
11:57des faits évidemment
11:57bien plus graves
11:58ce surveillant cheval
12:00n'a jamais été inquiété
12:01par la justice
12:02on sait ce qu'il est devenu
12:03ensuite
12:04il était au sein de Bétarame
12:06il y a vraiment
12:06plusieurs années
12:07dans les années 80
12:08après il est parti
12:08et il a travaillé
12:10dans un autre établissement
12:12privé catholique
12:13ailleurs en France
12:14et il est parti à la retraite
12:15il y a quelques années
12:16alors j'ai pas réussi
12:17à rentrer en contact
12:18avec lui évidemment
12:18je l'aurais souhaité
12:19m'entretenir avec lui
12:20bien sûr
12:22en 1998
12:23deux ans après
12:24la plainte déposée
12:25par le père de famille
12:26dont on a parlé plus tôt
12:27l'institution
12:28se retrouve au coeur
12:29d'un scandale sexuel
12:30oui parce que là
12:31on parle d'accusation
12:33de viol
12:33qui vise le père Caricard
12:35qui était l'ancien
12:37directeur de l'établissement
12:38ça vise des faits
12:40qui auraient été commis
12:41en 1988
12:42donc 10 ans plus tôt
12:43c'est un ancien élève
12:45qui est arrêté
12:45pour exhibition sexuelle
12:47et dans le cadre
12:48de cette procédure
12:49il va révéler
12:49il va dire
12:50il y a 10 ans
12:51j'ai été violé
12:52par le père Caricard
12:53donc là ce témoignage
12:54évidemment remonte
12:54il y a eu une enquête
12:56préliminaire
12:57et à l'issue de cette enquête
12:58une information judiciaire
12:59qui est ouverte
12:59un juge d'instruction
13:00qui est saisi
13:00et qui va mettre en examen
13:03le père Caricard
13:03pour viol
13:04et l'incarcéré
13:05donc là
13:05à l'époque
13:06évidemment
13:07on en parle beaucoup
13:08c'est une grosse affaire
13:10on a quand même
13:10un ecclésiastique
13:11mis en examen
13:12pour viol
13:13qui a dirigé
13:13une institution scolaire
13:15donc évidemment
13:16cette affaire là
13:17elle fait beaucoup de bruit
13:18pour les terminales
13:19du lycée de Betaram
13:20l'annonce de l'incarcération
13:21de leur ancien directeur
13:22a été une totale surprise
13:24leur souvenir du père
13:25Pierre Caricard
13:26parti en 93
13:27était plutôt bon
13:28mais ici
13:29derrière les murs
13:30de ce collège
13:30réputé à la fois
13:31pour ses taux de réussite
13:32aux examens
13:33et son régime disciplinaire
13:34les rumeurs vont bon train
13:36pour d'autres personnes
13:37hors micro
13:38la mise en examen
13:39pour viol
13:40et agression sexuelle
13:41sur mineurs
13:41de moins de 15 ans
13:42n'est pas un scoop
13:46vous avez pu parler
13:47avec le magistrat
13:49chargé d'instruire
13:50ce dossier
13:51à cette époque
13:51le juge Mirande
13:52et il vous raconte
13:53qu'il subit
13:54à ce moment là
13:55ce qui ressemble
13:56à des pressions
13:57en quelque sorte
13:58oui alors
13:59c'est pas exactement
14:00le terme qu'il emploie
14:01il dit que
14:01bon ben voilà
14:02il avait des questions
14:03de sa hiérarchie
14:04qu'il avait le sentiment
14:05que si ça n'allait pas
14:07plus loin
14:07c'était pas vraiment
14:08très grave
14:08enfin c'était assez détourné
14:10après lui
14:11ça ne l'a pas empêché
14:12de faire son travail
14:13mais il raconte
14:14que c'était très surprenant
14:15puisque donc
14:15il met en examen
14:16le père Caricard
14:17à l'époque
14:18les jeux d'instruction
14:18c'est eux
14:19qui décident au nom
14:20du placement
14:20en détention provisoire
14:21donc ils décident
14:22de le placer
14:23en détention provisoire
14:24lui fait appel
14:25et ce qu'on appelait
14:27à l'époque la chambre
14:27de l'accusation
14:28le remet en liberté
14:30quelques jours plus tard
14:32donc là c'est très inhabituel
14:33et le contrôle judiciaire
14:35du père Caricard
14:36est aussi très allégé
14:37à tel point
14:38qu'il peut quitter la France
14:40et retourner à Rome
14:41au siège de la congrégation
14:42le juge Mirand
14:43raconte même
14:44qu'à l'époque
14:44François Bayrou
14:45député des Pyrénées Atlantiques
14:47et ancien ministre
14:48de l'éducation nationale
14:50le contacte
14:51pour lui dire
14:51ce qu'il pense
14:52de cette affaire
14:53oui il raconte
14:54que François Bayrou
14:56qu'il connaît
14:57le rend compte
14:58parce que François Bayrou
14:59il a plusieurs enfants
15:00qui sont scolarisés
15:02à Béterame
15:02et en gros
15:03il raconte que
15:04François Bayrou
15:05lui fait part
15:06de ses interrogations
15:07et de ses doutes
15:08sur la culpabilité
15:10du père Caricard
15:11en fait
15:11voilà
15:12il dit
15:13il m'explique
15:14qu'il n'y croit pas
15:14donc ça n'a pas d'impact
15:16sur les investigations
15:17mais c'est aussi révélateur
15:19d'un climat
15:21et de ce qu'on peut penser
15:22aussi à l'époque
15:22par rapport à cette affaire
15:23qui fait évidemment
15:24beaucoup de bruit
15:24François Bayrou
15:25il confirme aujourd'hui
15:26avoir évoqué cette affaire
15:28auprès du juge d'instruction
15:29alors c'est pas aussi clair
15:30que ça
15:31il dit oui peut-être
15:32je l'ai rencontré
15:33mais enfin
15:34il insiste sur le côté
15:35non mais moi
15:36à aucun moment
15:37j'ai influé
15:38sur l'instruction
15:39après il dit
15:39moi en tout cas
15:40j'avais entendu parler
15:41de peut-être claques
15:42à l'internat
15:43mais enfin pas plus
15:44c'est pas de choses
15:45aussi graves
15:45telles qu'elles sont révélées
15:46aujourd'hui
15:46le père Caricard
15:48est finalement libéré
15:49après deux semaines
15:50de détention provisoire
15:51un second élève
15:53porte plainte
15:53quelques mois plus tard
15:54contre lui
15:55il dénonce lui aussi
15:56des faits de viol
15:56à ce moment là
15:57le juge Mirand
15:58convoque alors
15:59l'ancien directeur
16:00de Bétaram
16:01mais ce dernier
16:02ne se rendra jamais
16:03à son audition
16:04le juge Mirand
16:06rencontre même
16:06l'avocat du père Caricard
16:08et dit non mais là
16:08il va devoir retourner
16:09en détention
16:10donc il y a une convocation
16:11et en fait
16:12le père Caricard
16:13a disparu
16:13en fait on va repêcher
16:14son corps dans le Tibre
16:16qui est donc le fleuve
16:17qui passe à Rome
16:17et il a laissé
16:19une lettre derrière lui
16:19et en fait
16:20le père Caricard
16:20s'est suicidé
16:21le père Caricard
16:22se suicide en 2000
16:24donc ça met fin
16:25à l'enquête
16:26et le juge Mirand
16:27a un regret
16:28il dit
16:28au-delà de la mort
16:29de cet homme
16:30qu'il a l'impression
16:31qu'on aurait pu avancer
16:34puisqu'il y avait
16:34une, deux
16:35une troisième plainte
16:36et que sans doute
16:37il y aurait pu avoir
16:37d'autres témoignages
16:38et on aurait
16:40vraisemblablement
16:40abouti à un procès
16:41c'est aussi
16:42le sentiment
16:43de l'avocat
16:45à l'époque
16:46du plaignant
16:46qui dit
16:47bon ben
16:47on a un peu
16:48c'est dommage
16:49on a raté le coche
16:50entre guillemets
16:50à l'époque
16:51parce que
16:51le procès
16:52de l'affaire Béterim
16:53il aurait pu avoir lieu
16:53à ce moment là
16:57Même si
16:58l'action publique
16:58s'éteint
16:59la justice
16:59ordonne ensuite
17:00de procéder
17:01à des analyses
17:02sur le corps
17:03du père Caricard
17:04Le juge
17:05s'interroge
17:06sur la taille
17:07du père Caricard
17:08puisqu'on décrit
17:09un homme
17:09d'une certaine taille
17:11or le père Caricard
17:12est plus petit
17:13donc il s'interroge
17:14même de savoir
17:15si c'est bien
17:15le père Caricard
17:16qui est mort
17:17et qu'on a enterré
17:17donc il décide
17:18de procéder
17:18à l'exhumation
17:19du corps
17:20du père Caricard
17:21et là
17:21le cercueil
17:22est extrait de terre
17:23est ouvert
17:24et il n'y a pas de doute
17:25c'est bien le père Caricard
17:25ça à l'époque aussi
17:26ça a fait beaucoup de bruit
17:27parce que c'est quand même
17:28assez particulier
17:29comme démarche
17:29Timothée Boutry
17:30plus récemment
17:31en 2021
17:32après la publication
17:33du rapport de la SIAZ
17:34sur les abus sexuels
17:35au sein des institutions religieuses
17:37plusieurs anciens élèves
17:39de Notre-Dame
17:39de Bétaram
17:40sont indemnisés
17:41Oui c'est ce que m'indique
17:42le vicaire régional
17:43de la congrégation
17:45il y a une commission
17:47qui s'appelle
17:47la commission
17:47reconnaissance et réparation
17:49qui a été mise en place
17:49dans la foulée de la SIAZ
17:51et ça concerne
17:52certains anciens élèves
17:53de l'établissement
17:54donc il y a
17:55l'existence d'un passé
17:57avec des faits
17:58de nature sexuelle
17:59en fait il est aussi établi
18:01et reconnu même
18:02par la congrégation
18:03qui dit
18:03il s'est passé des choses
18:04intolérables
18:05et ça a donné lieu
18:06à réparation
18:08On en revient
18:08au début de cet épisode
18:09à l'automne 2023
18:11Alain Esquer
18:12apprend qu'un des surveillants
18:13qu'il a connu
18:14travaille toujours
18:15dans cette institution
18:16de Bétaram
18:17dans ce qui est devenu
18:18le Boramo
18:19Timothée Boutry
18:20au moins deux hommes
18:21avec qui vous avez échangé
18:22dénonce des violences sexuelles
18:24de la part de ce surveillant
18:26Simon parle même
18:27d'un prédateur
18:28c'est le terme qu'il emploie
18:29et il raconte
18:30un viol
18:30qui serait produit
18:31dans un cadre privé
18:32puisque ce surveillant
18:34s'était rapproché
18:35de sa famille
18:35et il y avait un voyage
18:37chez sa tante
18:37où il était venu
18:38et que c'est là
18:38que ce serait produit
18:40ce viol
18:41Laurent lui
18:42il raconte
18:43que ça se serait passé
18:44lors d'un voyage scolaire
18:45au Maroc
18:46il décrit aussi
18:47des faits de viol
18:48et c'est vrai
18:49que ce surveillant
18:50il est visé
18:50par pas mal de témoignages
18:52pour des violences physiques
18:53et donc aussi
18:54pour des violences sexuelles
18:55alors malheureusement
18:56j'ai pas pu le rencontrer
18:58j'ai essayé
18:59mais j'ai pas réussi
18:59à savoir
19:00où il se trouvait
19:01parce que
19:01évidemment
19:02ça aurait été très intéressant
19:04de connaître
19:05son point de vue
19:05par rapport
19:06aux très lourdes accusations
19:07dont il fait l'objet
19:11Le 14 février
19:12cet homme
19:13est finalement
19:14écarté
19:14par la direction
19:15du Boramo
19:16Oui
19:16c'est ce qu'indique
19:18le directeur
19:19finalement
19:19il a décidé
19:20de l'écarter
19:21alors par précaution
19:22mais on a le sentiment
19:24que c'est quand même
19:25un peu sous la pression aussi
19:26puisque Alain Esquer
19:27un autre ancien élève
19:28est allé le voir
19:28le directeur
19:29il y a aussi
19:30la multiplication
19:31des plaintes
19:32des articles de presse
19:33puisque
19:33voilà
19:34la République des Pyrénées
19:35France Bleue
19:36il y a eu beaucoup d'articles
19:37au moment de ces dépôts de plainte
19:38donc ça fait beaucoup de bruit
19:39dans la région
19:40cette affaire
19:41depuis l'automne
19:42donc la direction
19:43s'est séparée
19:44de ce surveillant
19:44pour l'instant
19:45On parlait d'Alain Esquer
19:46qui est à l'origine
19:47de toutes ces dénonciations
19:49quel est son état d'esprit
19:50aujourd'hui ?
19:51Alain Esquer
19:52voilà
19:53il est satisfait
19:54de voir
19:55qu'il y a eu une enquête
19:56qui a été ouverte
19:56il dit qu'il ne s'y attendait pas
19:58il est effaré aussi
19:59par l'accumulation
20:00des témoignages
20:01par leur gravité
20:02après
20:03bon
20:04on verra ce que ça va donner
20:05sur le plan judiciaire
20:06mais il dit
20:06moi
20:07c'est aussi que
20:07même eux reconnaissent
20:09qu'ils ont fait des erreurs
20:10ils se sont trompés
20:11il y a beaucoup d'élèves
20:12qui disent ça
20:13qui savent leur dossier prescrit
20:14et donc c'est pas forcément
20:16une condamnation
20:17qu'ils attendent
20:17mais c'est au moins
20:18la reconnaissance
20:19que ce qui s'est passé
20:19n'était pas normal
20:20et qu'ils n'auraient pas
20:21dû être traités de la sorte
20:23Timothée Boutry
20:23à ce stade
20:24où en est l'enquête
20:25sur Notre-Dame de Bétarame
20:27et est-ce que
20:28à votre connaissance
20:29d'autres personnes
20:29ont prévu de porter plainte ?
20:31Les gendarmes
20:32sont en train en ce moment
20:33de procéder
20:34à l'audition
20:34de tous les plaignants
20:35il y a évidemment
20:36la question de la prescription
20:37qui se pose
20:38mais pour l'instant
20:39l'enquête
20:40elle part
20:41et la question de la prescription
20:42on verra ça
20:43dans un second temps
20:43explique le parquet
20:44et puis Alain Esquerre
20:46continue à recevoir
20:47des témoignages
20:48là pour l'instant
20:48il y a 33 plaintes
20:49et il envisage
20:51d'en déposer au moins autant
20:52évidemment
20:52on ne peut pas du tout dire
20:54sur quoi ça va déboucher
20:55parce que c'est très ancien
20:58mais Alain Esquerre
20:59lui il dit
21:00moi je pense
21:00qu'il y aura peut-être
21:01des témoignages
21:03sur des faits plus récents
21:04pour l'instant
21:04ce n'est pas encore le cas
21:05on est sur les années 90
21:07mais bon
21:08il y a un grand mouvement
21:09de libération
21:10de la parole
21:10qui est en cours
21:11et on ne sait pas trop
21:12où ça va s'arrêter
21:32merci à Timothée Boutry
21:34cet épisode de Code Source
21:35a été produit par
21:36Clara Garnier-Amourou
21:38et Barbara Gouy
21:39réalisation
21:40Julien Moukoukiol
21:41si vous aimez Code Source
21:43et que vous avez envie
21:44de faire connaître ce podcast
21:45parlez-en autour de vous
21:46et surtout
21:47laissez-nous des commentaires
21:49et des petites étoiles
21:50sur votre plateforme audio préférée
21:52Spotify
21:52Apple Podcast
21:53ou encore Deezer
21:54si vous aimez les faits divers
21:56écoutez le podcast
21:57du parisien
21:58Crime Story
21:58une affaire criminelle
22:00racontée chaque samedi
22:01et puis tous les mercredis
22:02vous pouvez retrouver
22:03un nouvel épisode
22:04du Sacre
22:05un podcast
22:06dans lequel la journaliste
22:07Anne Lorbonnet
22:08s'entretient
22:09avec un ou une médaillée d'or
22:11aux Jeux Olympiques
22:12et Paralympiques
22:13Sous-titrage Société Radio-Canada
22:14Sous-titrage Société Radio-Canada
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