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Jenyfer Magweth a commencé à vendre de la drogue au lycée. Dans les années qui suivent, elle fait la mule et voit des amies tomber dans la prostitution, avant de rebondir en suivant des formations qui lui permettent de travailler dans l’insertion. Aujourd’hui, avec son association Divergence, elle aide les jeunes filles de l’Oise à ne pas tomber dans la prostitution. Témoignage.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Clara Garnier-Amouroux, Thibault Lambert et Pénélope Gualchierotti - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.
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Jenyfer Magweth a commencé à vendre de la drogue au lycée. Dans les années qui suivent, elle fait la mule et voit des amies tomber dans la prostitution, avant de rebondir en suivant des formations qui lui permettent de travailler dans l’insertion. Aujourd’hui, avec son association Divergence, elle aide les jeunes filles de l’Oise à ne pas tomber dans la prostitution. Témoignage.
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NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Thibaut Lambert et vous écoutez Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11En septembre 2024, dans un précédent épisode de Codesource, on vous avait dressé le tableau
00:17dramatique de la prostitution des mineurs, un fléau qui touche des milliers d'adolescentes
00:22en France. A la rédaction du Parisien, ce sujet important donne régulièrement lieu
00:27à des enquêtes, des reportages et des témoignages. Et tout récemment, début juillet, notre édition
00:33de l'Oise a brossé le portrait de Jennifer Magouet, 35 ans. Une femme qui a découvert
00:38l'argent facile dès l'âge de 15 ans, le trafic de drogue et l'escorting. Et depuis
00:437 ans, elle se bat avec son association pour aider les jeunes femmes susceptibles de tomber
00:49dans la prostitution. Jennifer Magouet a accepté de revenir sur son parcours et son engagement
00:54en tant que Codesource, au micro de Barbara Gouy.
01:06Jennifer Magouet est née le 24 novembre 1990 dans l'Oise, dans les Hauts-de-France.
01:13Quand sa mère la met au monde, elle n'a que 18 ans et quelques mois plus tard, elle se
01:18sépare
01:19du père de Jennifer. Elle est très jeune et elle se retrouve mère célibataire. Elle
01:25est aide à domicile, mais elle travaille régulièrement sur Paris, à plus d'une heure de chez elle.
01:31Souvent, elle laisse Jennifer à la nounou.
01:35La nounou, un jour, lui a dit « Écoute, tu réveilles très tôt ta fille le matin pour
01:39la déposer, tu la récupères très tard le soir. Je te propose de la laisser dormir ici. »
01:44Finalement, j'y suis restée 8 ans.
01:49Pendant les premières années de sa vie, Jennifer, qui est d'origine camerounaise, est donc élevée
01:55dans une famille blanche.
01:57Ma nourrice avait 6 garçons. Elle n'avait pas de fille. Donc du coup, cette envie aussi
02:01de vouloir me garder aussi peut-être. Et ce qui fait que j'étais vraiment une enfant
02:05pourri gâtée. J'avais vraiment tout ce que je voulais. Une enfance de rêve. J'avais du mal
02:11à partager. Et c'était très compliqué le retour chez maman.
02:16Pendant que Jennifer habite dans cette famille, elle voit quand même sa mère régulièrement
02:21qui met au monde deux autres enfants. Quand Jennifer retourne vivre avec eux, elle doit
02:27trouver sa place dans la famille et elle découvre une nouvelle culture, la culture camerounaise
02:32de sa mère. Elle doit aussi s'adapter dans une nouvelle école.
02:36Dans le petit village, on était peut-être deux noirs. J'ai du mal à m'intégrer.
02:40On connaît mes frères et soeurs. On les connaît puisqu'ils ont toujours été dans
02:42cette école. Ils ont toujours grandi avec les voisins. Mais moi, on me connaît peu.
02:46En plus de ça, j'ai une légère surcharge pendérale. Je ne suis pas très fine. Je ne
02:50ne suis pas très jolie non plus. Et tout ça aussi, ça joue. Donc du coup, j'avais
02:54juste une envie. C'était de très vite grandir. J'ai toujours voulu vite grandir.
02:57En fait, arrivé au collège en troisième, quand il a failli faire les choix pour aller
03:03au lycée, j'avais seul choix de suivre, de m'asscrire dans le même lycée que tout
03:06le monde. Ou le choix de faire une dérogation et d'aller dans un lycée dans une autre
03:10ville, une autre métropole. Et je me suis dit, c'est ma chance.
03:15Jennifer veut recommencer à zéro et elle va au lycée dans une plus grande ville, à
03:19Compiègne. En arrivant en seconde, elle se rend tout de suite compte que ça ne va
03:24pas être si facile de se faire une place. Elle est jalouse d'une fille qui est déjà
03:30très populaire, Mariam.
03:32C'est à la mi-septembre que cette jeune fille qui avait la côte, qui était le personnage
03:38principal de la classe, elle rencontre des difficultés. Je vois qu'elle ne va plus en
03:42récréation. Et je lui pose la question, mais pourquoi tu ne vas plus en récréation ?
03:46Et elle m'explique pourquoi elle n'y va plus. Son meilleur ami lui a prêté une valise
03:52avec de la drogue dedans. Il lui a dit, est-ce que tu peux garder cette valise chez toi ?
03:57Parce que chez moi, je ne veux pas que mes frères tombent dessus. Mariam a accepté et
04:02elle a ramené la valise chez elle pour la cacher. Sauf que Mariam a de nombreux frères
04:06et soeurs au domicile et cette valise a disparu.
04:09Quand Mariam lui raconte, Jennifer y voit une opportunité pour devenir son amie. Elle
04:14lui propose de dire à son meilleur ami que sa valise est chez elle.
04:17Moi je ne connaissais rien du tout au monde des quartiers, à la délinquance, à la
04:21drogue. Et je lui dis, bah oui, dis-lui que la valise est chez moi. Donc on sort du
04:26bâtiment, on va en récréation, on tombe sur cette fameuse personne et elle nous dit,
04:30bah écoutez, elle ouvre la valise. Ça fait des semaines et des semaines que je te cherche,
04:34Mariam, où est la valise ? Elle me dit, bah je l'ouvre bien chez mon amie,
04:38Jennifer. Il me regarde, il me dit, mais qui es-tu ? J'ai dit, bah voilà, je suis
04:42Jennifer, la valise elle est chez moi, dans mon petit village, elle a passé l'après-midi
04:47avec moi, elle l'a oubliée à la maison. Il me dit, bah écoute, comme vous êtes
04:51ensemble et que vous vous foutez de moi, je vous laisse une semaine pour me ramener
04:553000 euros.
04:57Jennifer et Mariam ne vont plus en cours. Elles cherchent une solution pour rembourser ce
05:03garçon qui s'appelle Adam. Jennifer a une idée. Dans son petit village, la motocross
05:09est une véritable institution. Elle habite juste en face d'une station-service, donc
05:15elle sait à qui appartient telle ou telle moto. Elle décide de donner les adresses de
05:21ces personnes à des délinquants du quartier de Mariam, qui vont les voler. Ils leur donnent
05:26de l'argent en échange de ces informations. En quelques jours, elles arrivent à récolter
05:32la somme qu'elles doivent à Adam.
05:37On arrive au lycée, on nous dit, bah voilà, Adam, voilà les 3000 euros. Et Adam, il regarde
05:43le sac, je me rappelle, comme c'était hier, il regarde le sac, il nous regarde, il regarde
05:46le sac, il nous regarde, ses yeux, il brillaient, il nous disait, mais vous m'avez vraiment
05:50rendu 3000 euros là, les filles ? Et moi, je ne comprends pas, je me dis, mais pourquoi
05:53il est étonné ? Il nous a mis un ultimatum, il nous a dit qu'on n'avait pas le
05:58choix et
05:58maintenant, il est étonné. Et je lui dis, bah écoute, on t'a rendu 3000 euros, les
06:02bons comptes sont de bons amis, on ne te donne plus rien, nous, on retourne en cours ? Il
06:07m'a dit, ah non, non, non, non, ah non, les filles, ah non, vous avez réussi à vous rembourser
06:123000 euros en une semaine, mais vous n'allez plus en cours, vous allez vendre de la drogue
06:14maintenant pour moi.
06:16À 15 ans, Jennifer et Mariam ne réfléchissent pas plus que ça, elles acceptent. Elles vendent
06:21du cannabis au lycée. Au début, elles ont du mal à se faire respecter, mais petit à
06:26petit, leur business commence à prendre de l'ampleur.
06:29Ma vie m'a plu, en fait. C'est là où une jeune fille qui était en manque d'amis,
06:35en
06:35manque, on va dire, un peu d'amour, cherchait beaucoup d'amour, cherchait de la reconnaissance
06:39durant toutes ces années. Depuis que j'étais petite, je cherchais des amis. Et là, du coup,
06:43le fait que des garçons de cité me disent bonjour, mangent avec moi, me donnent de la valeur,
06:50en fait. Et donc, du coup, je ne voyais pas le mal. À partir de là, on se dit que
06:56tout
06:56t'es permis. Une fois que tu as de l'argent, tu peux tout faire. Il ne faut même pas
07:00nous
07:00demander quel métier tu veux faire plus tard. On ne pense même pas à l'école, on ne pense
07:05même pas à avoir un emploi digne de ce nom, puisque avec l'argent, on peut tout avoir.
07:11Donc là, on est vraiment dans notre bulle. On pense qu'on est intouchable. Et puis, surtout,
07:17on apprend très, très vite, très jeune, que quand tu as moins de 18 ans, tu ne vas pas en
07:21prison, tu peux faire toutes les bêtises du monde. Ça, on l'a bien appris, on l'a bien
07:24enregistré. Après plusieurs mois, Adam leur propose un nouveau business. Un jour, il nous
07:29dit, écoutez, les filles, comme j'ai confiance en vous, ça fait un moment que vous travaillez
07:33pour moi. J'aimerais beaucoup que vous vous occupiez de ma copine qui s'appelle Saya. Saya,
07:38je n'ai pas confiance en elle. Elle est très jolie. Elle me trompe énormément et j'ai besoin
07:43que vous la surveillez pour moi. Et donc, du coup, un jour, il nous donne rendez-vous
07:47devant le lycée. Et Saya arrive. On se rend compte que Saya a deux ans de moins que
07:52nous. Donc là, on part de une jeune fille qui est censée être au collège. Il m'a
07:56l'a déscolarisée, qui a un petit ami qui est au lycée, qui vit seulement avec sa grand-mère.
08:02Ce qui fait que, du coup, elle est livrée à elle-même et les gens comme Adam en profitent.
08:07Donc, quand Adam nous dit de la surveiller, au début, on ne voit pas le mal, on la surveille.
08:10On lui dit, ben voilà, hier, elle est partie à telle heure, elle est partie voir tel
08:12garçon et il se mettait à être violent avec elle. Il a tapé devant nous. Il les
08:18est tombé par terre. Il lui crachait dessus. C'était vraiment horrible. Et j'ai décidé
08:25donc de ne plus dénoncer Saya, mais de la couvrir. Et en la couvrant, ben, j'étais devenue
08:33aussi victime d'Adam. Donc, il ne tapait pas que Saya, il tapait Saya et moi.
08:40À 16 ans, Jennifer sèche les cours. Elle passe son temps avec sa bande d'amis. Elles
08:46sont huit, dont Mariam et Saya. En première, elle se fait virer du lycée pour absentéisme.
08:52Quand sa mère l'apprend, elle l'inscrit dans un autre lycée, à Amiens, à l'internat.
08:58Jennifer s'y plaît. Mais au même moment, une de ses amies, Saya, dit au groupe qu'elle a
09:03trouvé une autre manière de gagner de l'argent. Et elle nous dit, écoutez, les filles, j'ai
09:08un nouveau plan. Il y en a marre de Adam. On m'a proposé de faire autre chose et d
09:14'être
09:14mieux payée. Et on lui dit, ben, qu'est-ce que c'est ? Elle me dit, elle m'a
09:17proposé
09:17de faire la mule. Alors moi, je lui dis, mais qu'est-ce que c'est la mule ? Explique
09:21-nous
09:22ce que c'est. On a 17 ans. On est en 2007. Elle me dit, ben, la mule, on doit
09:26transporter
09:27de la drogue d'un point A à un point B. On les met dans nos sacs à main, nos
09:31sacs d'école
09:32où des fois, on a des petites valisettes. Et on est payé 1 000 €. Waouh ! On paie
09:371 000 €. Tout le monde crie, c'est dans tous les sens. On saute. On n'était pas encore
09:42payé, qu'on sautait déjà dans tous les sens. On se dit, mais c'est super. Parce
09:45que du coup, on fait les mules le week-end. On nous paye 1 000 €. On est 8. On
09:49divise
09:49par 8. Ça nous fait de l'argent de poche pour moi rentrer la semaine à l'internat.
09:53Et je fais mes courses pour l'internat. Et c'est très, très bien. Donc, c'est parti.
09:59Tous les week-ends, elles vont deux par deux dans une ville de Bretagne pour transférer
10:04de la drogue. En parallèle, Jennifer obtient un BEP secrétariat et elle passe un bac pro.
10:11Quand Jennifer est en terminale, elles sont déjà bien connues dans le quartier.
10:15Il faut savoir que les week-ends, on prenait des chambres d'hôtel. On était à 6, 7. On prenait
10:19des suites. On dormait dans des suites du vendredi au dimanche. Et le dimanche, je rentrais seulement
10:23pour laver mon linge, dire bonjour à ma famille, donner un peu d'argent pour mes frères et sœurs.
10:27Et le lundi matin, je retournais à l'internat. Donc, je rentrais que le dimanche chez moi.
10:31Du vendredi au samedi, on était entre nous.
10:34Un jour, Mariam est arrêtée avec une valise remplie de drogue à Nantes.
10:39Jennifer fait des allers-retours pour aller la voir en prison. C'est un déclic pour elle.
10:44Elle veut tout arrêter. À 19 ans, elle part vivre chez son père qu'elle voit de temps en temps
10:51depuis qu'elle est toute petite. Il vit en Seine-Saint-Denis, près de Paris. En bas de
10:57chez lui, Jennifer découvre qu'il y a une mission locale, un organisme qui aide les jeunes à trouver du
11:03travail ou des formations. Une conseillère l'oriente vers une formation rémunérée à hauteur de 500
11:10euros par mois. Et là, je me dis que c'est super la mission locale, mais c'est trop bien.
11:15J'appelle mes
11:16copines. Et je leur dis, mais les filles, allez chercher dans Compiègne, c'est sûr qu'il y a une
11:21mission locale. Allez vous inscrire. Elles vont s'inscrire à la mission locale. C'est un nouveau
11:25tournant aussi pour nous.
11:29On se rend compte qu'en fait, il y a des aides pour les jeunes, qu'on n'était pas
11:33obligés de faire des
11:34bêtises et qu'en plus, on nous propose des formations. Tu peux passer un diplôme et être payé
11:38pour ça. Si on savait à l'avance qu'il y avait des structures pour les filles des enfants de
11:4216 ans, on
11:42n'aurait jamais fait autant de bêtises. Jamais. Jennifer veut repasser son bac et reprendre sa vie
11:48en main. Grâce à la mission locale, elle trouve un travail. J'ai la chance de travailler à la
11:54mairie de Ville Tanneuse à l'époque, au service RH. Et donc je travaille, premier boulot. Un jour,
12:01mon contrat se termine, donc à la mairie de Ville Tanneuse, et je me rends compte de la réalité de
12:06tout ce qui est Pôle emploi. Je vois que ça prend du temps. Un mois passe, deux mois passent,
12:11j'ai toujours pas mon Pôle emploi. Et là, j'habitais les foyers jeunes travailleurs. Donc j'étais
12:17en foyers jeunes travailleurs, je payais tous les mois, et là, ça fait déjà deux mois que je n'ai
12:21pas de revenus. Et je panique, parce que je suis pas du tout habituée à ça. À la fin de
12:27son contrat,
12:28Jennifer ne gagne plus d'argent. Elle est au début de sa vingtaine et ça ne lui était pas arrivé
12:33depuis
12:34ses quinze ans, puisqu'elle vendait de la drogue. À ce moment-là, son amie Saïa a commencé à être
12:41escorte en Belgique, dans un bar à champagne. Grâce à l'escorting, elle gagne encore plus d'argent
12:48qu'en vendant de la drogue. Jennifer décide de la rejoindre. Quand elle arrive en Belgique,
12:54elle prend un taxi pour aller à l'adresse du bar où travaille son amie.
13:04Je vois que le taxi rentre dans des ruelles avec des vitrines, des filles à la limite nues, qui dansent.
13:12Je me dis, il y a un problème. Je pense que le taxi s'est trompé d'adresse, on n
13:15'est pas dans la bonne rue.
13:16Je suis sûre que celle-là me dit, vu ces bières-là.
13:18Jennifer arrive devant une maison close. Elle rentre pour trouver Saïa. La patronne la met tout
13:24de suite à l'aise et elle lui dit qu'elle est là pour travailler. Jennifer doit travailler de 21h
13:29à
13:305h du matin. Elle se met à pleurer. Jennifer finit tout de même par accepter, mais elle refuse d'aller
13:36en vitrine. Elle enfile les costumes que lui donne la patronne avec une belle lingerie, mais elle reste
13:42assise. Malgré tout, deux clients viennent quand même à elle.
13:46Je suis tombée sur deux clients, dont un qui a pris une bouteille de champagne, une deuxième bouteille,
13:52il n'a pas terminé, mais deux bouteilles. On n'a fait que discuter, discuter. Il était sous.
13:57C'est tout ce qu'il avait besoin, en fait. Il m'a dit, c'est bon, moi, je peux
13:59rentrer chez moi.
14:00Et le deuxième, il n'y a eu aucune pénétration. Il ne m'a pas touchée. Par contre, il m
14:05'a demandé à moi
14:07de certaines pratiques sur sa personne. Et donc, du coup, je me suis dit, je m'en sors plutôt bien.
14:12Parce que du coup, quand ma soirée se termine, je suis hyper contente. Parce que quand la soirée
14:16se termine, je me dis, oh, je me suis fait 400 euros ce soir. Je me suis fait 400 euros
14:20ce soir
14:21et on ne m'a pas touchée. Et là, du coup, moi qui pleurais il y a à peine deux
14:26heures,
14:26mais là, je suis hyper contente et j'ai envie de recommencer demain, en fait. Et donc là,
14:31c'est la fin. La patronne m'appelle. Elle me dit, Jennifer, on va faire le point. Et moi,
14:35je suis trop contente. Je dis, oh, c'est super. Regarde, j'ai fait 400 euros. Elle me dit,
14:38c'est super, mais tu vas rentrer chez toi. Jennifer a parlé de la mission locale aux
14:42autres jeunes filles pour leur dire qu'elles peuvent faire autre chose que travailler dans
14:47une maison close. La patronne n'a évidemment pas apprécié. Jennifer s'en va, mais elle ne trouve
14:53pas de travail. Donc, quelques mois plus tard, elle retente d'aller en Belgique, mais personne
14:59ne veut la recruter parce qu'elle n'a pas ses papiers d'identité sur elle. À ce moment-là,
15:04Jennifer comprend que ce n'est pas fait pour elle et qu'elle doit continuer à chercher un travail.
15:11Je suis repartie voir ma conseillère à l'époque. J'ai écouté, j'aime le recrutement. J'aime aider
15:18les gens à trouver du travail. Par contre, moi, je veux faire plus que ça. Je veux les conseiller.
15:22Je veux aider les jeunes comme moi. C'est-à-dire que je veux aider mes copines, je veux aider
15:26les
15:26connaissances, tous ceux que j'ai connus. Je lui ai dit, toutes les personnes que j'ai rencontrées de
15:31A à Z durant mon parcours de vie, je veux leur tendre la main. La main que vous m'avez
15:35tendue,
15:36Amina, je veux la tendre aux gens qui sont autour de moi. Et le métier de conseiller m'intéresse.
15:41À 25 ans, Jennifer trouve sa voie. Elle veut devenir conseillère en insertion professionnelle. Elle
15:47commence par travailler à la mission locale en tant qu'agent d'accueil. Elle en profite pour
15:52observer comment travaillent les conseillers de la mission locale. Et je me rendais compte que quand
15:56c'était des jeunes filles qui avaient de la réputation d'être dans la prostitution, les conseillers se
16:01déchargeaient. Ils disaient, ce n'est pas mon public. On ne peut pas les aider, ces filles-là. On ne
16:06peut
16:06rien faire. Et non seulement, ils ne pouvaient rien faire, mais de surcroît, à la pause, je me dis,
16:11elle s'amusait à les juger, à discuter. Moi, je connais sa mère, je connais sa tante, j'étais
16:17à l'école avec son frère, et patati, et patata. Et moi, ça me faisait mal parce que j'ai
16:22été cette jeune fille-là.
16:23J'ai des amis qui sont dans ce même parcours, dans ce même train de vie-là. Et je me
16:29dis,
16:29donc, du coup, personne ne va jamais les aider. Pareil aussi, on avait des jeunes hommes qui sortaient
16:34d'incarcération. Et ils me disaient, ah non, il me fait peur. Ça me faisait mal au cœur parce que
16:38moi,
16:38c'est un public que je connais très bien. Ces mêmes jeunes qui sortent de prison, ce sont des jeunes
16:41qui
16:42m'ont fait travailler quand j'avais 16 ans. Et donc, du coup, quand j'entendais ce discours de conseiller
16:46qui refusait de recevoir les jeunes de cité et qui sortaient de prison, je leur disais, mais c'est des
16:51jeunes
16:51comme nous, en fait. Jennifer veut aider ces jeunes, qui lui rappellent son adolescence et celle de ses
16:57amis. Elle suit une formation et elle devient conseillère en insertion au sein d'une association
17:02qui vient en aide aux jeunes de Seine-Saint-Denis. Et le premier jour, je vais dans le hall d
17:07'immeuble,
17:07j'ai dit, garçons, il y a du travail, il y a ça, ça, ça, ça, ça, et personne n
17:12'est intéressé. Et puis, en plus de ça,
17:14ils ne me connaissent pas. Le premier contact, il est difficile. On ne te connaît pas, on ne sait pas
17:18d'où je suis bien.
17:18Peut-être que tu es la police, peut-être que c'est quelqu'un des impôts, ils ne veulent pas
17:22parler avec toi. Et donc, du coup, c'était très difficile. Et je rentre chez moi et je dis à
17:26mon
17:26frère, oh là là, je sais parler avec les jeunes et tout, mais j'ai du mal à faire le
17:31premier contact,
17:31on m'en va balader. Mon frère, il me dit, mais quand tu arrives dans la cité, qu'est-ce
17:35que tu dis ?
17:36Je dis, ben, est-ce qu'ils cherchent du travail ? Il me dit, mais les jeunes de cité, on
17:40s'en fout du travail.
17:41Nous, tout ce qu'on veut, c'est pas aller en prison. Et je change mon discours.
17:44J'arrive dans les quartiers, j'ai dit, écoutez, les garçons, qui a un aménagement de peine ? Qui passe
17:47son jugement bientôt ?
17:48Vous avez besoin d'un travail, d'une formation ? Et là, ça prend.
17:52Deux ans plus tard, en 2018,
17:55Jennifer décide de fonder sa propre association,
17:59Divergence, avec plusieurs de ses amies.
18:01Elle s'appuie sur leurs propres expériences et elle s'occupe
18:05principalement des jeunes filles qui sont ou qui pourraient tomber dans la prostitution
18:09et des jeunes qui sortent de prison.
18:12Aujourd'hui, l'association fête ses 7 ans d'existence.
18:16Jennifer est fière de voir ce qu'elles ont réussi à accomplir avec ses copines.
18:20Deux du groupe sont encore escortes, comme Saya.
18:23Et la plupart sont devenues mères.
18:25Jennifer a deux enfants, un de 4 ans et un de 2 ans.
18:30Saya, elle, a une fille adolescente.
18:33Et Jennifer et ses amis s'inquiètent pour elle.
18:38Ma copine Saya a eu des problèmes avec sa fille.
18:41Parce qu'en CE2 ou en CMA, l'école a appelé pour dire « Votre fille, elle vit en talon
18:45».
18:46Parce qu'en CP déjà, l'école a appelé pour dire « Votre fille s'enferme avec les garçons dans
18:50les toilettes ».
18:51En CP.
18:52Parce qu'en 6e, elle a eu sa première MST.
18:54Et quand on parle avec Saya, Saya va nous dire « Mais je lui ai tout donné à ma fille.
18:58Elle manque de rien.
18:59Ma fille, elle est partie en Thaïlande, elle est partie au Mexique, elle est partie en Espagne, elle connaît le
19:02Brésil.
19:03Oui, mais on parle d'une jeune fille, là.
19:05Tu ne te rends même pas compte.
19:07Tu lui as peut-être tout donné, mais elle a vu des choses.
19:09Elle t'a vu avoir des clients, elle t'a vu parler de tes tarifs au téléphone.
19:13Aujourd'hui, ta fille refait les mêmes choses.
19:15Donc, c'est pour ça qu'on se bat aujourd'hui.
19:16Parce qu'on sait.
19:17On sait comment ça se passe.
19:19On connaît les conséquences que ça peut avoir sur la nouvelle génération.
19:38Barbara, l'association de Jennifer, se destine principalement à deux publics.
19:42Les jeunes filles susceptibles de tomber dans la prostitution.
19:45Et les jeunes qui sortent de prison, notamment après des affaires de drogue.
19:50Pourquoi ce choix ?
19:51En fait, pour elle, vendre de la drogue ou se prostituer,
19:53c'est deux choses qui sont très liées.
19:56Dans les deux cas, c'est un moyen de se faire de l'argent facile
19:58pour des jeunes qui pensent ne jamais réussir à trouver leur place,
20:02ailleurs que dans leur cité.
20:04Et Jennifer, elle tente de leur montrer qu'il y a un autre chemin possible
20:07en dehors de la délinquance.
20:09Et pour ça, elle les aide à trouver du travail.
20:11Est-ce que Jennifer est beaucoup sollicitée depuis qu'elle a créé cet assaut ?
20:15Oui, elle m'a dit que les jeunes ont vraiment envie de s'en sortir
20:17et donc d'être aidées.
20:19Il faut juste réussir à gagner leur confiance.
20:21Elle a même dû déménager au bout d'un moment
20:23parce que des jeunes venaient sonner chez elle à n'importe quelle heure.
20:27Sauf qu'aujourd'hui, elle a une vie de famille avec deux enfants en bas âge
20:30et c'était vraiment compliqué à gérer pour elle.
20:33Surtout qu'elle aimerait aider tout le monde.
20:35Donc, c'est difficile parfois de mettre une frontière
20:37entre sa vie personnelle et son association.
20:39Comment elle explique cette forte demande, tous ces jeunes qui viennent la voir ?
20:42En fait, Jennifer, elle a été à leur place il y a une quinzaine d'années.
20:45Donc, elle sait comment ils réfléchissent et qu'est-ce qu'il faut leur dire.
20:49Grâce à sa propre expérience, elle arrive donc à créer un lien de confiance avec eux.
20:53Et c'est souvent le plus difficile avec ce public-là.
20:56Donc, elle part avec des points d'avance parce qu'il y a beaucoup de bouche à oreille
20:59et elle peut leur dire qu'elle les comprend parce qu'elle a été à leur place.
21:02Jusqu'à récemment, Jennifer ne voulait pas médiatiser son association.
21:05On trouve d'ailleurs quasiment rien sur Divergence sur Internet.
21:10Aujourd'hui, elle rencontre des journalistes.
21:12Qu'est-ce qui l'a fait changer d'avis ?
21:13Depuis un moment, elle a l'impression que le phénomène la dépasse.
21:16Et surtout, il y a beaucoup de choses qui se passent sur les réseaux sociaux.
21:20Donc, elle comprend que pour sensibiliser les jeunes, il faut aussi savoir se montrer publiquement.
21:25Les jeunes filles ont beaucoup de demandes dans leurs messages privés.
21:28En fait, les sollicitations pour devenir escortes viennent à elles sans même qu'elles aient besoin de les chercher.
21:34Donc, Jennifer pense que c'est essentiel à présent d'en parler aux médias
21:37pour que le grand public comprenne l'ampleur du phénomène.
21:40Merci Barbara Gouy.
21:42Cet épisode de Code Source a été produit par Clara Garnier-Amourou et Pénélope Gualquierotti.
21:48Réalisation Julien Moncouquiole.
21:50Si vous aimez Code Source, aidez-nous à faire connaître ce podcast
21:53en laissant des pouces en l'air et des commentaires
21:55sur votre plateforme d'écoute préférée ou sur YouTube.
21:58Et si vous aimez les grands récits de faits divers,
22:01je vous invite à écouter notre podcast Crime Story
22:04avec une nouvelle affaire criminelle à retrouver tous les samedis.
22:08Elle est racontée par la journaliste Claudia Prolongeau
22:10et le chef du service police-justice du Parisien, Damien Delseny.
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