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  • il y a 12 minutes
Ce matin Charles Pépin répond à une question d’Aline : Quand est-ce qu’on tombe le masque ? Quand est-ce que l’on cesse de jouer un rôle ?

Retrouvez « La question philo » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-chronique-de-charles-pepin

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Transcription
00:00La question philo avec vous Charles Pépin et donc ce matin vous répondez à Aline qui vous pose cette belle
00:06question
00:07« Quand est-ce qu'on tombe le masque ? Quand est-ce que l'on cesse de jouer un
00:11rôle ? »
00:12En effet, jolie question. Je vais essayer de vous répondre sans jouer au philosophe,
00:15en étant moins dans la représentation que dans la présence exigée par cette question.
00:20Mais la chose n'est pas facile. Je vous rappelle que le mot « personne », une personne,
00:24vient du latin « persona » qui signifie « masque de théâtre ».
00:27À croire que nous les humains, nous avons du mal à être sans jouer un rôle sur la scène sociale.
00:33Ce qui me rappelle d'ailleurs ces jolis mots de Souchon dans sa chanson bien nommée « Comédie ».
00:38On s'aime et la vie veut qu'on joue des rôles qui nous coulent sur les joues.
00:46Splendide, très jolie chanson de Souchon.
00:48Mais si on revient à la question d'Aline, est-ce qu'il n'y a pas des moments Charles
00:52où on arrête de jouer ?
00:54Des moments où on tombe le masque, oui. Des moments de souffrance, par exemple.
00:57Et des moments de joie également. Mais commençons par la souffrance.
01:00Parfois, quand nous souffrons, nous ne jouons pas à souffrir.
01:03Et quand les larmes viennent, elles peuvent aussi faire du bien pour cette raison précisément.
01:08Enfin, je ne suis plus collé à ma fonction sociale.
01:11Je ne suis plus en représentation, mais bien présent à ma souffrance.
01:15Je ne suis plus ce personnage dont parle Souchon, mais juste un homme qui pleure, juste une femme qui pleure.
01:21Et c'est peut-être grâce à ça, parce qu'enfin j'ai tombé le masque, que je vais pouvoir
01:25entrer en relation avec toi.
01:27Et qui sait, te rencontrer vraiment.
01:29Il faut, c'est une condition pour que la rencontre ait lieu.
01:32C'est une condition possible.
01:33Et on croit souvent à l'inverse, que pour faire de belles rencontres, il faut dérouler le parfait storytelling de
01:38ses petits succès.
01:39Mais c'est une erreur qui a été démontrée par la psychologie.
01:42Tomber le masque est souvent bien plus efficace.
01:44Et apparaître, je ne dirais pas dans sa vulnérabilité, mais dans sa complexité.
01:47C'est-à-dire un mélange de vulnérabilité et de force.
01:50Bref, dans ce mélange qui est notre vérité et probablement notre beauté.
01:54Donc, dont Jouan, le séducteur, n'arrivera jamais à être pleinement amoureux.
01:58Il ne rencontrera jamais vraiment l'autre, ça c'est sûr.
02:01Il ne rencontrera que le chiffre de ses conquêtes.
02:03Alors donc, il y a la souffrance qui peut nous aider à tomber le masque, la joie.
02:07Oui, la joie également peut nous offrir des moments de présence.
02:09Et la première de ces joies, la joie de vivre tout simplement.
02:13Quand on se sent joyeux d'être en vie, joyeux d'avoir un corps et de le sentir traversé par
02:17cette énergie vitale.
02:18Quand malgré les difficultés, les blessures, les désillusions, on sent battre en soi la pulsation insistante de la vie.
02:25Alors là oui, on cesse de jouer.
02:27Là oui, on tombe enfin le masque pour toucher au plus près le miracle même d'être en vie.
02:33Alors, exemple ?
02:34Alors, il y a des choses qui peuvent aider à cette présence, plein de choses.
02:37La contemplation d'un paysage par exemple, avec la présence de la beauté devant nos yeux qui fait en retour
02:42écho à la présence à soi.
02:44La chanson de Souchon de tout à l'heure par exemple.
02:46Une petite fleur éclose entre deux dalles de bitume peut y aider aussi si nous savons la contempler et nous
02:53arrêter sur la force qu'il lui a fallu pour trouver ainsi son chemin au milieu du béton et éclater
02:59sous nos yeux comme un petit soleil.
03:01Enfin, on y vient, les grandes questions métaphysiques paradoxalement peuvent nous aider aussi.
03:07L'être a-t-il une raison d'être ? Cette vie est-elle là par hasard ou a-t
03:10-elle été voulue ? Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?
03:15Ces grandes questions ne sont pas si théoriques parce qu'elles nous arrachent à la représentation et nous forcent à
03:20la présence.
03:20Quand on se pose vraiment une question comme ça, pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt curieux ?
03:25Et je parle après 25 ans de prof de lycée, je peux vous dire que quand on se laisse traverser
03:29par cette question, on ne peut qu'être là.
03:32On ne peut que tomber le masque devant de tels énigmes.
03:36C'est d'ailleurs pourquoi les grandes questions philosophiques nous rapprochent et créent du commun par-delà nos différences.
03:42Parce que tombent les masques sociaux, professionnels et même générationnels quand on se laisse ainsi traverser.
03:49Alors en résumé, on se laisse traverser par la souffrance, traverser par la joie, traverser par la question du sens
03:55de la vie, par l'énigme même du monde, par la beauté aussi du monde.
03:59Et alors, en un court instant qui ne va pas durer longtemps, au cœur de cette parenthèse soudainement ouverte dans
04:06le texte de notre vie, on cesse un peu de jouer.
04:09Et on abandonne son rôle.
04:11Un petit peu.
04:11Merci Charles Pépin, c'était la question philo.

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