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  • il y a 2 jours
Douala en enfer les Microbes ont pris le contrôle !
Transcription
00:00On est fatigués, on est fatigués de ça dans ce quartier, chez nous on vole tous les jours, tous les
00:05jours, même le chien est là, on n'attend pas ça.
00:10Même si c'est ton enfant, livre ton enfant. Si tu vois qu'elle serait un mauvais, livre-le, il
00:15faut que tu t'en débarrasses.
00:16Mais les autres, ils ne livrent pas les coffres.
00:19Tu es couché dans la nuit, on vient te forcer la porte, on arrête, on fait comment.
00:23Les gens qui ont attaqué Docoti étaient fâchés du fait qu'un de leurs collègues ait été battu à mort
00:28et personne dans Scarfort n'a bougé le petit doigt pour l'éviter une telle chose.
00:32Ils étaient armés de poignards, ils étaient bien équipés et il y avait aussi des gourdins avec lesquels ils frappaient
00:37sur les gens.
00:37Pour ceux qui sont encore dans d'autres gammes, c'est pour leur dire que là tout arrive et personne
00:46ne sera protégé.
00:51Douala, année 2020.
00:54Le soleil tape sur le bitume, les klaxons saturent l'air, les marchés débordent de vie.
01:00Mais dans l'ombre des échoppes et des immeubles décrépits, une rumeur circule.
01:04Une peur, discrète, insaisissable, qui rampe comme un serpent dans les ruelles.
01:09Ce n'est pas encore un phénomène, c'est juste un bruit.
01:13Une attaque isolée à Maquéa.
01:15Un vol brutal à Bonabéry.
01:18Un jeune blessé au marché Congo.
01:21On parle d'un groupe de garçons, pas plus de dix, armés de couteaux.
01:25Ils ont pris un téléphone, une montre, peut-être un peu d'argent.
01:29Rien d'exceptionnel dans une grande ville comme Douala.
01:33Rien qui n'alerte vraiment la police.
01:36Et pourtant, pour ceux qui l'ont vécu, c'est autre chose.
01:40Selon un témoignage recueilli à Ndokoti.
01:43Ils étaient jeunes, mais on aurait dit des loups.
01:46Ils n'ont rien demandé.
01:48Ils ont juste attaqué.
01:50Les premiers rapports arrivent par WhatsApp.
01:53Une vidéo granuleuse circule.
01:55On y voit des silhouettes courir dans la nuit.
01:57Des cris.
01:58Des bruits sourds.
02:00Des insultes.
02:00On pense d'abord à un règlement de compte ou à une bagarre de quartier.
02:05Mais ce n'est pas ça.
02:06Dans les jours suivants, d'autres vidéos arrivent.
02:09Même scène.
02:10Même violence.
02:12Toujours des jeunes.
02:13Parfois torse nu.
02:14Parfois masqué.
02:16Armés de machettes ou de gourdins.
02:18Ils attaquent en groupe.
02:20Parfois quinze.
02:21Parfois quarante.
02:23Ils ne ciblent pas les riches.
02:24Ils prennent tout.
02:26Un étudiant à Dehido témoigne.
02:28Ils m'ont vidé les poches.
02:30Arraché mon téléphone.
02:31Mon sandwich.
02:32C'est pas une blague.
02:33On les appelle alors les microbes.
02:36Le terme n'est pas né ici.
02:38Il vient d'Abidjan.
02:40Là-bas, il a déjà semé la terreur dans les quartiers populaires d'Abobo.
02:44D'Ajamey.
02:45De Yopugon.
02:46Et voilà que ce mot traverse les frontières comme une maladie.
02:49Et comme un virus, il trouve un terrain fertile.
02:53Un corps affaibli.
02:54Une société prête à l'implosion.
02:57Mais à l'époque, les autorités minimisent.
03:00Ce sont des délinquants isolés, sous drogue.
03:02C'est la version officielle.
03:05Pourtant, dans les quartiers, on ne parle plus d'individus.
03:08On parle de groupes, de meutes, de stratégies.
03:11Certains ferment leur boutique à 17h.
03:13D'autres n'osent plus sortir sans arme.
03:17Douala commence à trembler.
03:19Mais personne ne veut le dire à voix haute.
03:21Le phénomène s'amplifie lentement.
03:23Chaque semaine apporte son lot de récits.
03:26Une femme poignardée à Bali.
03:28Un vieux roué de coups à Besseng.
03:30Une attaque au marché central.
03:32Les médias hésitent à en parler.
03:34Edi Michel se remet à peine de ses blessures.
03:37Il est l'une des victimes de ces microbes.
03:40Ce sont les types d'inscanners.
03:42Des scanners et autres examens médicaux effectués suite à son agression par 4 adolescents un mois auparavant.
03:49Sur son corps, les traces bien visibles des coups de poignard qu'il a reçus.
03:53Son bras gauche est même quasiment paralysé.
03:55J'avais emprunté une moto.
03:57J'étais passager.
03:58Je me fais dans un thé.
04:00Mon pilote et moi, on se retrouve presque à terre.
04:04Subitement, je vois un groupe de garçons qui s'amènent vers nous.
04:07Le premier sort son couteau.
04:08Il me dit, tu vas obéir tout de suite parce qu'à nous, on ne nous résiste pas.
04:11Je dis, avouez les qui ?
04:12Il me dit, nous les microbes.
04:14C'est comme ça que je réalise que je suis dans un embuscade.
04:18Et que c'est une agression.
04:20Sur les 4 coups de poignard reçus, c'est 3 qui m'ont été fatales.
04:24La peur devient virale.
04:25A défaut d'une réaction officielle, la population s'organise.
04:29Les groupes d'alerte communautaire se créent.
04:31Des voisins commencent à faire des tours de garde.
04:33Des messages d'alerte sont diffusés toutes les nuits.
04:36Un quartier attaque.
04:37L'autre se barricade.
04:39Et pendant ce temps, les microbes, eux, changent de méthode.
04:42Ils testent.
04:43Un quartier après l'autre.
04:45Ils observent la réaction.
04:47Si elle est molle, ils reviennent.
04:49Si elle est forte, ils fuient.
04:51Mais toujours, ils reviennent.
04:54La première fois, ils ont pris mon téléphone.
04:56La deuxième fois, ils sont entrés dans le bar.
04:59La troisième, ils ont blessé un client.
05:01Et la police, on ne l'a jamais vue.
05:04Temoigne une gérante de bar au quartier cité des Palmiers.
05:07La ville est coupée en deux.
05:09Ceux qui savent et ceux qui refusent de savoir.
05:12Les autorités, elles, hésitent.
05:14Trop gênant.
05:15Trop explosif.
05:16Comment admettre qu'une génération entière est en train de muter, de devenir incontrôlable ?
05:23En 2021, la rumeur devient certitude.
05:27À Makea, Bali, Ange Raphaël, les attaques sont désormais quotidiennes.
05:34La machette est devenue un objet courant.
05:36Les enfants apprennent à reconnaître leur son.
05:40Les adultes ferment les volets plus tôt.
05:43La ville change.
05:44Elle n'est plus une capitale économique.
05:47Elle devient un terrain de chasse.
05:48Et les chasseurs sont jeunes, affamés, enragés.
05:52Ils n'ont pas faim.
05:54Ils ont la rage.
05:55Une rage qu'on leur a laissée.
05:58Une rage qu'on a ignorée.
06:00Témoignage de Kawala, une militante politique.
06:04Des sociologues s'interrogent.
06:06Le mot « microbe » déshumanise.
06:08Il évacue la responsabilité.
06:11Il justifie la répression.
06:13Mais derrière le mot, il y a des corps,
06:16des visages, des histoires,
06:18des humiliations.
06:20« Mon fils était doux.
06:22Il ne trouvait pas de boulot.
06:23Il est tombé dans la rue.
06:25Maintenant, il est mort, brûlé par la foule. »
06:28Temoigne la mère d'un jeune lynché à Newbell.
06:31Fin 2021, une ligne rouge a été franchie.
06:35On ne parle plus d'agression.
06:37On parle de guerre.
06:39De guérilla urbaine.
06:41Et Douala devient le laboratoire d'un effondrement annoncé.
06:44Une société qui ne sait plus contenir sa jeunesse.
06:47Un état qui ne sait plus répondre.
06:51Une ville qui a accouché de sa propre terreur.
06:53Et ce n'était que le débit.
07:02Le soleil s'éteint lentement sur Douala.
07:05Il est 18h30.
07:07Ce qui était une ville vivante devient une carcasse.
07:10Les boutiques baissent leurs grilles.
07:13Les bars vitent leurs verres à la hâte.
07:15Les enfants sont rappelés à l'intérieur.
07:17Les taxis prestent l'accélérateur.
07:20Il n'y a pas de décret officiel.
07:22Mais dans les quartiers populaires,
07:24un mot d'ordre silencieux circule.
07:27Ferme avant qu'ils arrivent.
07:29On ne sait jamais quand, ni où.
07:32Mais on sait qu'ils reviendront.
07:34Les attaques se succèdent.
07:36Bali.
07:37Bonaprizo.
07:38Cité des Palmiers.
07:40Endokoti.
07:41Congo.
07:42Ange Raphael.
07:43Chaque nom de quartier devient un titre de tragédie.
07:46Les dates se confondent.
07:48Ce n'est plus un phénomène.
07:50C'est une habitude.
07:51Un cancer urbain.
07:53Ils ont déboulé comme un orage.
07:55Une quarantaine armée.
07:57Ils ont vidé les caisses.
07:59Blessé deux clients.
08:00Fracassé la télé.
08:02Temoigne une gérante d'un bar attaqué à Bonaprizo.
08:06Le 20 septembre 2024.
08:08Quartier Bali.
08:09Il est 19h10.
08:11Le bar est rempli.
08:13Les conversations se croisent.
08:14Soudain, silence.
08:16Puis panique.
08:17Des jeunes surgissent par les deux entrées.
08:20Hache.
08:20Machette.
08:21Couteau.
08:22Ils n'ont pas plus de 25 ans.
08:24Certains, à peine 16, ils hurlent.
08:27Ils frappent.
08:28Ils ne cherchent pas à savoir qui est qui.
08:31Juste à terroriser.
08:33Un homme tente de résister.
08:34Il se prend un coup à la jambe.
08:36Il tombera.
08:37Il ne se relèvera plus.
08:38Un client rescapé expliquera.
08:40Ils l'ont laissé là.
08:42En sang.
08:43Puis ils ont continué.
08:44Comme si c'était normal.
08:46Le 7 octobre, à la cité des Palmiers.
08:49Même scénario.
08:50Une attaque coordonnée.
08:52Quatre personnes blessées.
08:54L'une risque une amputation.
08:56Le bar pillé.
08:58Le vieux du quartier frappé pour un téléphone qu'il ne voulait pas céder.
09:02Des scènes qui se répètent.
09:04Comme des copies carbone de l'horreur.
09:06Nous avions eu l'information qu'il y avait un groupe d'une trentaine d'individus.
09:12Ils étaient armés de machettes et de gourdons.
09:15Quand nous sommes arrivés, on a constaté qu'ils avaient pillé le parking et une boutique de blocans qui se
09:23trouvaient à côté.
09:24Toujours la même mécanique.
09:25Arrivés en groupe.
09:27Dispersés stratégiquement.
09:29Un côté attaque, l'autre surveille.
09:31Les machettes brillent sous les réverbères défectueux.
09:35La peur brille dans les yeux des passants.
09:37Une habitante de Ndokoti révélera.
09:40J'ai vu une fille se faire traîner par les cheveux.
09:43Elle criait, mais personne ne bougeait.
09:45On était tétanisés.
09:48Face à l'absence de réponse rapide des forces de sécurité, les habitants développent des réflexes de survie.
09:54Des 18 heures, les quartiers s'éteignent.
09:57Pas de bruit.
09:58Pas de musique.
09:59Pas de mouvements.
10:01Juste des battements de cœur qui attendent que la nuit passe.
10:04On appelle ça...
10:06La psychose de 20 heures.
10:08C'est une horloge intérieure.
10:10Un compte à rebours vers l'enfermement.
10:13Vers l'angoisse.
10:15Dans certains quartiers, les rues sont désertes dès le crépuscule.
10:19Les volets se ferment comme des paupières lourdes.
10:23Les motos font peur.
10:25Le moindre bruit de pas devient suspect.
10:27Une veuve de 63 ans à Congo dit...
10:30Je vis au deuxième étage.
10:32Chaque soir, j'éteins toutes les lumières.
10:35J'ai même enlevé les rideaux pour voir mieux dehors.
10:38Je dors assise.
10:40Les habitants s'organisent comme ils peuvent.
10:43Groupes de veille, sifflés en cas d'alerte.
10:46Certains dorment avec un gourdin sous l'oreiller.
10:49D'autres ont déménagé.
10:51Ceux qui restent espèrent que les microbes choisiront un autre quartier cette fois.
10:55Pendant ce temps, les familles enterrent leur mort, en silence, sans trop faire de bruit, par peur de représailles.
11:03Car parfois, les microbes sont des enfants du quartier.
11:06Des visages connus, d'anciens camarades d'école.
11:10Des frères de délinquance devenus soldats du vide.
11:13Une mère de famille, à Ange Raphaël, affirme avoir reconnu un des microbes.
11:18Je l'ai reconnu.
11:19C'était le fils du menuisier.
11:21Il m'a regardé droit dans les yeux, puis il a volé ma montre.
11:25Les voisins se taisent.
11:27Ils ont vu.
11:28Mais ils ne diront rien.
11:30Par peur.
11:32Par fatigue.
11:33Ou parce qu'ils savent que même si la police les arrête, ils reviendront.
11:38Souvent plus enragés.
11:40Les autorités, elles, communiquent.
11:43Conférences de presse.
11:45Annonces de ratissage.
11:46Arrestations symboliques.
11:48Je tiens à dire que, force restant à la loi,
11:54que les populations de la région du littoral en général,
12:00et celles de Douala en particulier,
12:03aient confiance aux forces de sécurité.
12:07Mais sur le terrain, le vide reste.
12:09La présence policière est sporadique.
12:12L'impunité, elle, est constante.
12:15Selon un jeune commerçant à Ndokoti,
12:18quand on appelle le 117, ça sonne.
12:20Mais personne ne décroche.
12:23Les microbes, eux, s'adaptent.
12:25Ils changent de zone.
12:27Varient leurs jours.
12:28Parfois même, ils envoient un éclaireur.
12:30Pour tester.
12:31Pour marquer leur territoire.
12:33Ce ne sont plus juste des voyous.
12:35Ce sont des stratèges.
12:37Des maîtres de la terreur urbaine.
12:40Et Douala, jadis capitale économique,
12:42devient une ville mutilée.
12:44Une ville en état de siège.
12:46Une ville qui ne vit plus.
12:48Qui attend.
12:49Qui prie.
12:50Qui saigne.
12:51C'est des petits frères mal éduqués.
12:55Parce qu'ils arrivent avec un effet de surprise.
12:58Et c'est par rapport à l'effet de surprise qu'ils ont toujours opéré.
13:03Sur la quinzaine de microbes ciblés,
13:06prêts sont interpellés,
13:07mais le chef de gang court toujours.
13:10On ne vit plus à Douala.
13:12On survit.
13:13Selon cette mère de trois enfants,
13:15Abbé Panda.
13:16La nuit n'est plus la fin du jour.
13:18C'est le début de l'angoisse.
13:20Les rues ne sont plus des chemins.
13:22Ce sont des pièges.
13:24Les maisons ne sont plus des refuges.
13:26Ce sont des prisons de fortune.
13:28Et dans tout ça,
13:28un seul cri revient.
13:30Comme un écho amer.
13:31Où est l'État ?
13:39On agresse les gens avec les poids
13:40parce qu'on n'a pas parfois de quoi manger comme moi.
13:44Moi c'est une aventure.
13:45Moi viens du Mali.
13:46Quand je suis sur ma moto,
13:48j'arrache les sacs.
13:49Ils ne portent pas de drapeau.
13:51Ils n'ont pas de revendications écrites.
13:53Pas de discours.
13:54Ils sont juste là.
13:56Des visages d'enfants.
13:58Des corps de guerre.
13:59Et dans leurs yeux,
14:00une lueur que personne ne veut rire.
14:02de regarder en face.
14:03Celle d'une génération sacrifiée.
14:06Ils ont entre 13 et 25 ans.
14:08Ils ne vont plus à l'école.
14:10Ils ne travaillent pas.
14:11Ils ne cherchent même plus.
14:13Parce qu'il n'y a rien à chercher.
14:15On les croise dans les ruelles de Makea,
14:18de Ndokoti,
14:18de Bepanda.
14:20Ils sont là,
14:21encoudés à un mur,
14:22un bâton à la main,
14:24le regard vide.
14:25Ils vivent sans horaire,
14:27sans loi,
14:28sans futur.
14:30Ils sont ce qu'on appelle
14:31les NIT.
14:32« Not in education,
14:34employment or training,
14:36ni en classe,
14:37ni en stage,
14:38ni en emploi.
14:39Juste là.
14:41Suspendu.
14:42Oublié.
14:43En masse.
14:44Mon petit frère a quitté l'école à 14 ans.
14:47Trop cher.
14:48Trop dur.
14:49Il a traîné.
14:50Puis il a disparu.
14:52Aujourd'hui,
14:53je l'ai vu passer à la télé.
14:54Il tenait une machette.
14:56Demoigne le grand frère
14:57d'un jeune devenu microbe.
14:59La crise économique
15:00n'a pas fait de prisonnier.
15:01Elle a balayé les bancs,
15:03les rêves,
15:04les bourses.
15:05Les parents survivent à peine.
15:07L'école n'a plus de sens.
15:08Les diplômes non plus.
15:10L'avenir est une promesse
15:11trop lointaine.
15:13Trop fragile.
15:14La ville,
15:15elle,
15:15n'a rien à offrir.
15:17À part des rues.
15:19Et la rue,
15:20elle donne ce qu'elle a.
15:21La débrouille.
15:22L'humiliation.
15:23La violence.
15:24Un sac volé.
15:26Un téléphone arraché.
15:27Une paire de baskets échangées
15:29contre un repas.
15:30Un jour.
15:31Puis recommencer.
15:34Dans les ghettos de Makea,
15:35les garçons se partagent
15:36en des pilules
15:37comme des bonbons.
15:38Tramadol,
15:39Diazepam,
15:40cannabis roulé
15:41dans du papier journal
15:42et la fameuse Kadhafi.
15:44Une drogue bon marché.
15:46Brûlante.
15:48Aveuglante.
15:48Elle anesthésie la peur.
15:50Elle donne du courage.
15:52Ou l'illusion du courage.
15:54Quant à ça dans le sang,
15:55tu sens plus rien.
15:57Ni la peur.
15:58Ni la douleur.
15:59Ni la vie.
16:00Explique un jeune ancien
16:02microbe de 19 ans.
16:03La scène est banale.
16:05Une cour sale.
16:06Un vieux matelas dans un coin.
16:07Un jeune torse nu.
16:09Les yeux rouges.
16:10La peau brillante de sueur.
16:12Une lame dans la main.
16:13Il ne tremble pas.
16:15Il attend.
16:16Il n'a pas de mission.
16:17Juste une envie de frapper.
16:19De montrer qu'il existe.
16:21Les microbes ne sont pas
16:22une bande organisée
16:23comme dans les films.
16:24Ils sont désorganisés.
16:26Fluides.
16:27Spontanés.
16:28Mais ils se retrouvent
16:30autour d'un code non écrit.
16:32Tu prends ce que tu peux.
16:34Tu frappes
16:35si on résiste.
16:36Tu fuis
16:37si ça chauffe.
16:39Ils s'inspirent
16:40de ce qu'ils voient.
16:41Des séries sur Netflix.
16:43Des clips de rap violents.
16:45Des vidéos TikTok
16:45qui glorifient
16:46la force brute.
16:48Ils voient
16:48les gangs américains,
16:49brésiliens,
16:50ivoiriens.
16:51Ils veulent leur part
16:52de respect,
16:53de peur,
16:54de pouvoir.
16:56Selon un témoin anonyme,
16:58un gars du quartier,
16:59il s'appelait Junior.
17:00Il postait ses machettes
17:01sur Insta.
17:02Les filles le suivaient.
17:04Les petits voulaient
17:04être comme lui.
17:05Jusqu'au jour
17:06où on l'a retrouvé découpé.
17:09Le désespoir
17:10n'a pas besoin d'école.
17:11Il apprend vite.
17:12Il forme mieux
17:13que n'importe quelle université.
17:15Il apprend à haïr.
17:17À survivre.
17:18À frapper
17:19avant d'être frappé.
17:20Le phénomène
17:21a pris de l'ampleur
17:22ces derniers temps.
17:23Le seul moyen
17:24qu'on s'éjeune
17:24d'y œuvrer
17:25pour survivre
17:26selon l'un de ses microbes
17:27qui passe le plus clair
17:28de ses journées
17:29dans un fumoir du centre-ville.
17:31Les microbes
17:31sont divisés
17:32en plusieurs branches.
17:34Vous voyez,
17:35c'est une bande de drogués
17:37pour vous dire la vérité.
17:38Il y a beaucoup de jeunes
17:39qui ne font rien.
17:40Les sociétés
17:41qui sont aux alentours
17:42ne les emploient même pas.
17:43Mais on n'est pas là
17:44pour tuer les gens.
17:45On est là
17:46pour mettre
17:47l'ordre
17:48d'une autre façon.
17:49Quand on dit microbe,
17:50c'est un clan de personnes
17:51qui se battent normalement.
17:52Et dans cette spirale,
17:54tout devient logique.
17:56Frapper,
17:57c'est vivre.
17:58Voler,
17:59c'est respirer.
18:00Avoir peur,
18:01c'est mourir.
18:01Je préfère être un monstre
18:03qu'une victime.
18:04Mot griffonné
18:05sur un mur à Ndokbong.
18:07Les familles,
18:08elles,
18:08regardent.
18:09Souvent impuissantes,
18:10parfois complices,
18:11par peur
18:12ou par lassitude.
18:14Certaines mères
18:15cachent les machettes,
18:16d'autres ferment les yeux.
18:17Quelques-unes prient,
18:19mais beaucoup abandonnent.
18:30Les services sociaux,
18:33absents,
18:34les centres pour jeunes,
18:35fermés,
18:36les ONG,
18:38débordés,
18:39l'État,
18:40en retrait.
18:42Et dans cette absence générale,
18:43la rue devient la seule école,
18:45la seule famille,
18:47la seule justice.
18:48Un ancien chef de groupe de jeunes
18:50à Makea dira
18:51« On est les enfants d'un pays
18:53qui nous a tourné le dos. »
18:55Alors ils errent,
18:56ils frappent,
18:58ils tuent parfois,
18:59pas toujours par haine,
19:00par réflexe,
19:01par conditionnement,
19:02par besoin de signifier quelque chose
19:04dans un monde
19:05qui ne leur donne aucun nom.
19:06Juste un surnom,
19:08« microbe ».
19:08Mais un microbe,
19:10c'est quoi ?
19:10C'est invisible,
19:12c'est indésirable,
19:13c'est dangereux.
19:14Et c'est ainsi que le Cameroun
19:16a baptisé ses propres enfants.
19:30A force de subir,
19:32les habitants de Douala
19:33ont changé de visage.
19:34De victimes,
19:35ils sont devenus juges.
19:37Puis, bourreaux.
19:39Et ce basculement s'est fait en silence.
19:41Sans loi,
19:42sans code,
19:43juste avec la colère.
19:45Une colère qui a remplacé la peur.
19:48Les groupes de veille
19:49se sont formés spontanément.
19:51À Makea,
19:52Ndokoti,
19:53Congo,
19:54Bonaberry.
19:55Chaque quartier a son comité,
19:57ses hommes de la nuit.
19:59Jeunes,
20:00anciens,
20:01parfois des femmes aussi.
20:02Armés de gourdins,
20:04de barres de fer,
20:05de battes artisanales.
20:07Des armes bruyantes,
20:08vulnérables,
20:09mais pleines de rage.
20:11Un membre d'un groupe de veille
20:13à Deido explique,
20:14« On n'a pas la force,
20:16mais on a la haine.
20:17Et ça suffit pour en attraper un. »
20:20Au début,
20:20ils ne faisaient qu'observer,
20:22donner l'alerte.
20:24Puis,
20:24ils ont commencé à poursuivre,
20:26à capturer
20:27et à frapper.
20:29Jusqu'à ce que le silence
20:30remplace les cris.
20:32Jusqu'à ce que la terreur
20:33change de camp.
20:34Le premier cas de lynchage connu
20:36date de 2021.
20:38Un jeune d'à peine 17 ans,
20:41capturé à Bépanda
20:42après une tentative de vol
20:44sous menace de machette.
20:44Il a été attaché,
20:47battu,
20:48arrosé d'essence
20:48et brûlé vif.
20:50Devant une foule.
20:51Devant des enfants.
20:53Devant des caméras.
20:54Un commerçante témoin
20:56à Makea
20:57explique la voix
20:58pleine de tristesse.
21:00Il criait,
21:01mais personne ne s'est avancé.
21:03Il n'y avait plus d'innocents.
21:05Juste une foule.
21:07Depuis,
21:07la méthode s'est répandue.
21:09On capture.
21:10On filme.
21:11On punit.
21:12On diffuse.
21:13Ils nous montrent des machettes.
21:15Nous,
21:16on leur montre le feu.
21:18Temoigne un père de famille
21:20dont la fille a été blessée
21:22à Ndokoti.
21:23Ces exécutions sommaires
21:24deviennent des spectacles.
21:26La justice
21:27devient un acte public.
21:29Un défoulement.
21:31Un avertissement.
21:32Pour les autres microbes.
21:34Mais aussi,
21:35inconsciemment,
21:36pour l'État.
21:39Les habitants n'hésitent pas
21:40à exprimer leur rage.
21:41Un membre d'un groupe
21:42de quartier dira
21:43« Puisque vous ne faites rien,
21:45nous allons le faire.
21:47À notre manière. »
21:49Le dilemme moral,
21:50lui,
21:50divise.
21:52Certains disent
21:52que c'est de la justice.
21:54D'autres parlent de barbarie.
21:56Mais tous s'accordent
21:57sur un point.
21:59Ils n'ont pas confiance
22:00dans les tribunaux.
22:01Tu remets un microbe
22:02à la police.
22:03Deux jours après,
22:04ils te regardent
22:05dans la rue
22:05avec le sourire.
22:06le moignage
22:07d'un habitant
22:08de Bonaprizo.
22:10Alors,
22:10on ne remet plus.
22:12On ne dénonce plus.
22:14On agit.
22:15En silence.
22:17En meute.
22:18Dans une rue de Maquéa,
22:19un après-midi
22:20de mars 2023,
22:22un groupe de jeunes
22:23identifie
22:23un présumé microbe.
22:25Il aurait participé
22:26à un vol le matin même.
22:28Pas de questions.
22:29Pas de procès.
22:30Ils le prennent.
22:31Ils le traînent au sol.
22:32Ils le frappent
22:33avec des briques.
22:34Une barre de fer.
22:36Une pierre.
22:36Ils hurlent.
22:38Des enfants regardent.
22:39Une femme pleure
22:40sans intervenir.
22:42Je ne sais pas
22:43s'il l'a vraiment fait.
22:44Mais ce jour-là,
22:45personne ne cherchait
22:46la vérité.
22:47Selon un jeune témoin.
22:49Les cris s'éteignent.
22:51La foule se disperse.
22:52Il n'y a pas d'enquête.
22:54Pas d'arrestation.
22:56Juste une rumeur
22:57qui circule.
22:59Un microbe de moins.
23:01Certains microbes repentis
23:02racontent cette peur nouvelle.
23:04Avant,
23:05on volait
23:06et on courait.
23:07Maintenant,
23:08on peut mourir
23:09pour un regard.
23:10Dans les quartiers,
23:12la peur a changé de visage.
23:13Elle ne vient plus
23:14que des lames.
23:15Elle vient aussi
23:16des voisins,
23:17des commerçants,
23:19de ceux qui hier
23:20baissèrent les yeux
23:21et qui aujourd'hui
23:22prennent les armes.
23:24Mais cette justice populaire
23:26a un prix.
23:27Elle ronge les consciences.
23:29Elle crée une société
23:30où la vengeance
23:31remplace la loi,
23:32où la foule devient
23:33juge, jury
23:34et bourreau.
23:35Le pasteur d'une église
23:37à Bépanda indique
23:38quand on commence
23:39à brûler des jeunes
23:40sans procès,
23:41on s'approche
23:42de la fin de tout.
23:43Je voudrais préciser
23:44que ce phénomène
23:45crée la panique
23:46au sein de la population
23:47et très souvent
23:48est comparé
23:48à beaucoup de choses
23:49autres.
23:50Donc que la population
23:53comprenne que
23:53la justice
23:54n'est pas dans la rue.
23:56rapprochez-vous
23:57des unités
23:58de gendarmerie
23:59et de police
24:00pour que une enquête
24:01soit ouverte
24:02relativement
24:02à vos plaintes.
24:03Vous tombez
24:03sous le coup
24:04de l'infraction
24:04lorsque vous vous rendez
24:05justice,
24:06on vous défend
24:06et vous avez
24:07fait des arguments
24:08pour vous défendre
24:08au niveau du paquet.
24:09Et pendant que les autorités
24:11condamnent timidement
24:12les lynchages,
24:13elles restent souvent
24:14absentes.
24:15Ou bien,
24:16elles laissent faire.
24:17Comme si cela
24:18leur convenait.
24:20Un policier
24:21sous anonymat
24:21n'hésite même pas
24:23à dire
24:23moins de microbes.
24:25C'est bon
24:25pour les chiffres.
24:27Alors,
24:27les rues continuent
24:28de juger,
24:29de frapper,
24:30de brûler.
24:31La machette
24:32appelle le feu.
24:33Le feu
24:33appelle la haine.
24:35Et personne
24:35ne compte les morts.
24:43Il l'avait en promis.
24:45Des centres d'accueil,
24:46des formations,
24:48des opportunités
24:49pour tourner la page.
24:50Mais à Douala,
24:52la page est restée
24:52collée à la douleur.
24:54Les promesses
24:55de réinsertion
24:56ont fait grand bruit
24:57dans les médias.
24:58Sur le terrain,
24:59elles ont laissé
25:00du silence
25:01et du vide.
25:02En 2021,
25:04le ministre
25:05de la Jeunesse
25:05annonçait un plan spécial
25:07de réintégration
25:08des jeunes
25:08en conflit
25:09avec la loi.
25:10Plusieurs dizaines
25:11de millions de francs
25:12CFA
25:13étaient soi-disant
25:14débloqués.
25:15Objectif,
25:16recruter,
25:17former,
25:18insérer.
25:19On parlait
25:19de menuiserie,
25:21de mécanique,
25:21d'agriculture urbaine.
25:23Mais sur le terrain,
25:24les éducateurs
25:25témoignent
25:26d'un autre décor.
25:27On a reçu
25:2815 jeunes.
25:29On n'avait
25:29que deux matelas.
25:31Aucun outil.
25:32Même pas une trousse
25:33de premier soin.
25:35Temoigne un éducateur
25:36anonyme,
25:37Adwala V.
25:38Les centres de réinsertion
25:39n'ont pas survécu
25:40longtemps.
25:41Faute de financement.
25:42Faute de suivi.
25:44Faute de volonté réelle.
25:45Des programmes pilotes
25:47ont été lancés
25:48à Makea
25:48et à Bonamoussadi.
25:50Aucun n'a dépassé
25:51six mois
25:51d'activité réelle.
25:53Certains jeunes
25:53sont venus.
25:54Un, deux jours.
25:55Puis sont repartis.
25:56Par manque de nourriture.
25:58Par manque d'encadrement.
26:00Par manque d'espoir.
26:01Ils nous promettent
26:02déformations.
26:03Mais on n'a même pas
26:04de quoi manger.
26:05Selon un ancien microbe
26:07de 19 ans,
26:08la répression,
26:08elle,
26:09a été mieux organisée.
26:10Descente policière,
26:11arrestation,
26:13détention préventive.
26:14Mais sans avocat,
26:16sans accompagnement,
26:17sans projet de sortie,
26:18la récidive
26:19est quasi immédiate.
26:21Un jeune ex-détenu,
26:23libéré en mars 2023,
26:25dire,
26:25tu sors de cellules,
26:26t'as faim,
26:27t'as honte.
26:27Tu retournes voler.
26:29L'État dit faire ce qu'il peut.
26:31Les familles disent
26:32qu'il ne fait rien.
26:33Les éducateurs,
26:34eux,
26:34sont à bout.
26:36Dans certains centres,
26:37les murs parlent plus fort
26:38que les encadrants.
26:39On y lit des graffitis rageurs,
26:41des cris figés
26:42dans la peinture écaillée.
26:43Je suis né pour souffrir.
26:45L'État nous a tués.
26:47Un éducateur témoigne,
26:48regard éteint.
26:49On nous demande
26:50de réinsérer des jeunes.
26:51Mais comment avec rien ?
26:53Dans un centre d'accueil
26:54abandonné à Ndokbong,
26:56les portes grincent.
26:57Le sol est jonché de papier.
26:59Les lits sont vides.
27:00Les moustiquaires déchirés.
27:02Il reste un tableau blanc
27:03sur lequel est écrit
27:04« Réinsertion.
27:06Session 1.
27:08Lundi 10h. »
27:09La crée date de plus d'un an.
27:11Pendant ce temps,
27:12la jeunesse attend.
27:13Ou désespère.
27:15Beaucoup retournent à la rue,
27:16au marché noir,
27:17à la drogue,
27:18à la violence.
27:20Comparé à la Côte d'Ivoire,
27:21le Cameroun est à la traîne.
27:24À Abidjan,
27:24des ONG,
27:25en lien avec l'État,
27:26ont réussi à insérer
27:27certains anciens microbes
27:28dans des programmes
27:29de formation.
27:47Le succès est timide,
27:49mais réel.
27:50À Douala,
27:51rien de tel.
27:52Tout semble bloqué,
27:53figé.
27:54On préfère mettre des policiers
27:56dans la rue
27:56que des profs dans les quartiers.
27:58Selon un enseignant
27:59en mission bénévole
28:00à Douala,
28:01la plaie est ouverte.
28:03Elle supure.
28:04Mais aucun chirurgien
28:05ne se présente.
28:06Juste des policiers.
28:08Des discours.
28:09Des effets d'annonce.
28:11Ici,
28:11on soigne le feu
28:12avec de l'essence.
28:14Dira un responsable
28:15d'association.
28:17Et tant que l'on n'aura pas compris
28:18que la violence
28:19ne disparaît pas
28:20à coup de matraque,
28:21mais se désarme
28:22à coup d'opportunité,
28:23alors les jeunes
28:24continueront de tomber.
28:26ou de tuer.
28:30Si cette histoire
28:31t'a touché,
28:31ne la laisse pas mourir
28:33dans le silence.
28:34Commande ce que tu ressens,
28:35ce que tu as vu,
28:37ce que tu as vécu.
28:39Partage cette vidéo
28:40pour que personne
28:41ne puisse dire
28:42« je ne savais pas ».
28:43Abonne-toi
28:44pour que la mémoire
28:45reste vivante
28:46et que la vérité
28:47ne soit plus enterrée
28:48sous le bruit.
28:49Car raconter,
28:51c'est déjà résister.
28:52Et refuser l'oubli,
28:54c'est choisir la justice.
28:55Sous-titrage Société Radio-Canada
28:57Sous-titrage Société Radio-Canada
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