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Congo _ L’histoire sanglante des Kuluna – Le gang des enfants perdus qui défient l’État
Transcription
00:00:00En Kinshasa, des centaines de jeunes sont présentés devant les juges.
00:00:03Alors tous sont présentés comme étant des kulunas, ces bandes de jeunes qui sèment la terreur dans certaines communes de
00:00:08la capitale.
00:00:09Ils sont réputés pour des vols avec violence, souvent armés de machettes.
00:00:13Ceux qui seront condamnés à mort seront...
00:00:16Cela servira de leçon et remettra de l'ordre et de la paix.
00:00:23Merci, mais les sangles à des c*****, ils sont droit à...
00:00:32Les bandits urbains passent aux aveux sur les infractions reconnues à leur charge, en brandissant leurs pièces de conviction, à
00:00:38savoir les machettes et autres outils.
00:00:40C'est au parquet de Kalamont que ces quelques kulunas détenus dans le cache-chaud comparaissent au tribunal de grande
00:00:45instance de ce parquet au cours d'une audience fereine en flagrant.
00:00:49Il y a aussi cet enfant-là, il est en formation pour l'instant.
00:00:52D'ici à 2013, il va être lancé.
00:00:54Son nom, c'est Champion Issa, un mauvais gars.
00:00:57Il faut qu'il soit formé pour qu'il apprenne à d*****, à utiliser la machette.
00:01:01Mais vous lui apprenez à d***** les gens ?
00:01:04Oui, oui, c'est ça, on lui apprend à d***** les gens.
00:01:06S'il faut d*****, il le fait.
00:01:08Issa pense qu'il n'a que ce choix, devenir kulunas.
00:01:11Papa est mort, maman est morte.
00:01:13Je dors dehors, je suis seul pour chercher l'argent.
00:01:19Kinshasa, janvier 2025.
00:01:22A l'aube, sur le tarmac brûlant d'un aéroport militaire, des dizaines de jeunes hommes menottés sont poussés sans
00:01:28ménagement dans un avion cargo.
00:01:30Leur visage agar reflète la peur et l'incompréhension.
00:01:34La veille, le ministre de la justice congolais a annoncé le transfert de plus de 170 détenus vers la prison
00:01:41d'Anjanga, en pleine jungle équatoriale.
00:01:44Officiellement, 102 d'entre eux auraient déjà été é*****, pendus haut et court, accusés d'être des bandits urbains,
00:01:51ces fameux kulunas qui terrorisent les villes du Congo.
00:01:55Désormais, 70 autres attendraient leur tour dans les c****** morts.
00:02:00Dites vos prières, vous allez être d****** putés.
00:02:04Demandez pardon à ceux que vous avez d******, violés, blessés.
00:02:08Sachez que vous ne reviendrez plus ici.
00:02:11Les gens en ont marre de vous, lance froidement le ministre Constant Mutamba au condamné, avant leur départ pour Anjanga.
00:02:19Ces paroles claquent dans le silence du matin, terrifiantes.
00:02:22Pour la première fois en plus de 20 ans, la République démocratique du Congo s'apprête à appliquer la peine
00:02:29de mort,
00:02:30dans l'espoir de dissuader ces criminels et de terroriser les terroristes.
00:02:35En mars 2024, face à l'explosion de la criminalité, le gouvernement avait levé le moratoire qui empêchait les ex*****
00:02:43depuis 2003.
00:02:45Désormais, la sentence suprême tombe comme un coup près lors de procès expéditifs.
00:02:50127 jeunes ont été condamnés à la *** en ce début 2025.
00:02:56La décision choque les défenseurs des droits humains, qui dénoncent un retour en arrière dans le respect du droit à
00:03:03la vie.
00:03:04Même le président Tshisekedi finit par s'en mêler.
00:03:08Le 18 janvier 2025, il affirme publiquement qu'aucune ****** de Kuluna n'a eu lieu à ce jour,
00:03:15contredisant les fanfaronnades de son propre ministre.
00:03:18« ****** des enfants des rues, est-ce vraiment la solution ? »
00:03:23Sur les réseaux sociaux congolais, le débat fait rage.
00:03:26« Les Kuluna ont commis des crimes atroces.
00:03:29Mais les tuer est-il la solution ? »
00:03:32« En comptant leur vie, en quoi sommes-nous différents d'eux ? »
00:03:35interroge un internaute.
00:03:37À l'inverse, des familles de victimes crient de vengeance.
00:03:41« Mon petit frère est à l'hôpital.
00:03:43Cette nuit, des Kuluna lui ont coupé les doigts avec une sauvagerie inimaginable. »
00:03:48Témoigne une jeune femme en appelant les autorités à agir sans pitié.
00:03:53Comment en est-on arrivé là ?
00:03:55Comment l'état congolais en vient-il à vouloir éliminer par la force des adolescents armés de machettes ?
00:04:02Pour comprendre, il faut plonger au cœur d'un phénomène tentaculaire,
00:04:06né dans les bas-fonds de Kinshasa et devenu le cauchemar de tout un peuple.
00:04:11Qui a vraiment créé les Kulunas ?
00:04:14Et pourquoi personne n'arrive à les arrêter ?
00:04:17L'histoire des Kulunas est celle d'une jeunesse perdue,
00:04:21sacrifiée par la misère, la corruption et la violence,
00:04:24et qui répond à l'injustice par la terreur.
00:04:27C'est une plongée au cœur des nuits sans loi de Kinshasa,
00:04:30où des enfants se transforment en bourreaux.
00:04:33C'est aussi l'histoire d'un état défaillant,
00:04:36qui tantôt ferme les yeux,
00:04:38tantôt sort le gourdin,
00:04:39sans jamais briser le cercle vicieux.
00:04:42À travers ce récit bouleversant,
00:04:44nous allons marcher dans les pas des Kulunas,
00:04:47sentir la moiteur suffocante des ruelles de Kinshasa,
00:04:51croiser le regard apeuré des victimes
00:04:53et celui vide des bourreaux.
00:04:56Il ne s'agit pas de juger ou d'excuser,
00:04:58mais de comprendre,
00:04:59pour enfin briser le cycle de la violence.
00:05:06Kinshasa, fin des années 1990.
00:05:10Dans la mégapole aux 10 millions d'âmes,
00:05:14le pays s'appelle encore Zahir,
00:05:16lorsque le régime du vieux maréchal Mobutu
00:05:18s'effondre en 1997,
00:05:21emportant les derniers lambeaux d'autorité publique.
00:05:24Dans les quartiers populaires,
00:05:26une nouvelle faune apparaît,
00:05:27des bandes de jeunes désœuvrés,
00:05:30déracinés par la guerre et la pauvreté,
00:05:32commencent à s'organiser en gang.
00:05:34Les Kinois les appellent d'abord les Pombas,
00:05:37terme hérité d'un ancien argot,
00:05:39ou encore les Banamayi,
00:05:41enfants de l'eau,
00:05:43les Hibous,
00:05:44autant de surnoms pour ces voyous nocturnes
00:05:46qui écument la ville depuis des décennies.
00:05:48Mais au fil des ans 2000,
00:05:50un mot s'impose dans le Lingala de la rue,
00:05:53Kuluna.
00:05:54Que signifie Kuluna ?
00:05:57Étymologiquement, l'origine est floue.
00:05:59Certains y voient une déformation du mot français
00:06:02« colonel » ou « colonne »,
00:06:04vestige de l'armée coloniale belge.
00:06:07D'autres le rattachent au verbe
00:06:08« lingala-colona », « planté »,
00:06:11ou même au mot portugais-angolais
00:06:13« kuluna », « groupe », « gang ».
00:06:16Quoi qu'il en soit,
00:06:17au milieu des années 2000,
00:06:19le terme « kuluna » désigne désormais
00:06:21les gangs de Kinshasa,
00:06:23succédant au Pomba d'autrefois.
00:06:25Les kulunas ont fleuri sur un terreau chaotique.
00:06:28L'économie du Congo est exsangue
00:06:30après des décennies de dictatures et de guerres.
00:06:33L'autorité de l'État ne s'étend guère
00:06:35au-delà des beaux quartiers du centre-ville.
00:06:37Le phénomène,
00:06:38d'abord cantonné à la capitale,
00:06:40touche maintenant aussi les petites villes,
00:06:42notera plus tard un rapport.
00:06:44Mais c'est à Kinshasa,
00:06:46tentaculaire métropole de 12 puis 16 millions d'habitants,
00:06:49que les kulunas prennent véritablement racine.
00:06:53Imaginez Kinshasa au début des années 2000,
00:06:56une ville meurtrie par la guerre civile
00:06:58où affluent des vagues de jeunes sans avenir.
00:07:01Ces adolescents viennent souvent des campagnes,
00:07:04chassés par la misère ou les conflits.
00:07:06Ils espèrent trouver une chance en ville,
00:07:08mais ne rencontrent que chômage et débrouille.
00:07:11Très vite,
00:07:12certains sombrent dans la petite criminalité pour survivre.
00:07:16Les premiers gangs se forment dans les banlieues pauvres
00:07:19où la police n'ose plus mettre les pieds.
00:07:21Des banlieues de Kinshasa,
00:07:23où la police n'osait pas s'aventurer,
00:07:25les gangs ont progressivement investi les quartiers centraux
00:07:28ainsi que les camps militaires et policiers,
00:07:30décrit une étude sociologique.
00:07:33Même les camps de l'armée et de la police
00:07:35voient émerger des bandes de fils de militaires.
00:07:37Les enfants de la police nationale congolaise
00:07:39sont tous des kulunas,
00:07:41affirme ce rapport,
00:07:42soulignant la profondeur du mal.
00:07:45Au départ,
00:07:46on parle de gangs de quartiers.
00:07:48Ces bandes portent parfois le nom de leur avenue
00:07:51ou de leur commune.
00:07:52Elles s'entraînent ensemble aux arts martiaux
00:07:55ou aux combats de rue,
00:07:56ce qui leur donne un sentiment de force.
00:07:59Le soir,
00:08:00elles tiennent les carrefours,
00:08:01armées de bâtons,
00:08:02de couteaux,
00:08:03de machettes effilées.
00:08:05Le jour,
00:08:06les mêmes jeunes rentrent souvent chez leurs parents,
00:08:08le plus naturellement du monde.
00:08:10Contrairement aux chegue,
00:08:12les vrais enfants des rues qui vivent dehors,
00:08:14les kulunas rentrent souvent dormir en famille.
00:08:17Beaucoup ont encore un toit,
00:08:18une mère ou une tente pour les nourrir.
00:08:21Parfois même,
00:08:22ils vont à l'école le matin.
00:08:23Cette double vie
00:08:24les rend d'autant plus insaisissables.
00:08:27Le jour,
00:08:27ce sont des gosses ordinaires.
00:08:29La nuit,
00:08:30des prédateurs invisibles
00:08:31se faufilant dans l'ombre des ruelles.
00:08:33Ainsi naît,
00:08:34dans l'indifférence générale,
00:08:36un phénomène social explosif.
00:08:37Au fil des années 2000,
00:08:39les kulunas passent
00:08:40d'une poignée de bandes locales
00:08:42à un fléau généralisé.
00:08:43A l'exception du quartier
00:08:45Huppé de la Gombe,
00:08:46les gangs kulunas
00:08:47sont présents partout dans la capitale.
00:08:49Surtout dans les quartiers pauvres
00:08:50et les bidonvilles
00:08:51comme Linguala,
00:08:52Barumbu,
00:08:53souligne une étude de 2021.
00:08:56Ils essaiment aussi
00:08:57dans d'autres villes du pays.
00:08:58On en signale à Lubumbashi,
00:09:00à Matadi,
00:09:01à Goma.
00:09:02Partout,
00:09:03le même profil.
00:09:04De jeunes hommes
00:09:05entre 12 et 30 ans,
00:09:07souvent mineurs
00:09:08au moment des faits,
00:09:09organisés en petites troupes
00:09:11sous l'autorité
00:09:12d'un chef de gang.
00:09:14Ils opèrent
00:09:15sur un territoire précis,
00:09:16un marché,
00:09:17un tronçon de route,
00:09:18un bloc d'immeubles,
00:09:20qu'ils défendent
00:09:20contre les gangs rivaux.
00:09:22Entre bandes,
00:09:23c'est la guerre.
00:09:24Les règlements de comptes
00:09:25sont semblants,
00:09:26à la machette
00:09:26ou à la barre de fer.
00:09:28Les différents gangs
00:09:29se livrent parfois
00:09:30à de véritables guerres
00:09:31de territoire,
00:09:32confirme un témoignage.
00:09:35Certains quartiers entiers
00:09:36deviennent alors
00:09:37zones de non-droit.
00:09:38Des communes comme
00:09:39Ngaba,
00:09:40Selembao,
00:09:41Yolo Sud
00:09:41ou Yolo Nord
00:09:42ont même été
00:09:43un temps inaccessible,
00:09:45surtout la nuit.
00:09:46Kinshasa,
00:09:47la belle Kinshasa
00:09:48aux larges avenues coloniales,
00:09:50découvre qu'une autre ville
00:09:51existe la nuit,
00:09:52une ville
00:09:53où la loi du plus fort
00:09:54règne.
00:09:59Minuit à Kinshasa.
00:10:01La chaleur colle encore
00:10:02à la peau malgré
00:10:03l'heure tardive.
00:10:05Dans une rue poussiéreuse
00:10:06du quartier de Matette,
00:10:08les lampadaires vacillent,
00:10:10projetant des ombres
00:10:11tremblantes
00:10:11sur les façades délabrées.
00:10:13Un homme marche vite,
00:10:15serrant contre lui
00:10:16la petite sacoche
00:10:17où il garde
00:10:18sa recette du jour.
00:10:19Il sait
00:10:20qu'il ne devrait pas
00:10:21traîner dehors
00:10:21après 20 heures,
00:10:22mais il n'a pas eu le choix.
00:10:24Des embouteillages monstres
00:10:26l'ont retardé.
00:10:26Son cœur bat
00:10:28à tout rompre
00:10:28alors qu'il s'engage
00:10:29dans une venelle
00:10:30plongée dans l'obscurité.
00:10:32Soudain,
00:10:32un cliquetis métallique
00:10:34retentit,
00:10:34le son sinistre
00:10:35d'une machette
00:10:36qu'on traîne
00:10:36sur le bitume.
00:10:37Avant qu'il ne puisse
00:10:38réagir,
00:10:39ils surgissent.
00:10:41Quatre silhouettes
00:10:42juvéniles
00:10:42encerclent l'homme.
00:10:44Le chef,
00:10:45pas plus de 20 ans,
00:10:45un bandana rouge
00:10:46autour du front,
00:10:47s'avance d'un pas félin.
00:10:49Il tapote sa m***
00:10:50contre sa paume.
00:10:52Kanga Mbongo !
00:10:53« Donne l'argent ! »
00:10:55crache-t-il
00:10:55d'une voix dure.
00:10:57Derrière lui,
00:10:58un autre brandit
00:10:59un coup de défilé
00:11:00qui luit dans la pénombre.
00:11:01Deux autres ricanent,
00:11:03visiblement excités
00:11:04par l'odeur de la peur.
00:11:06L'homme terrorisé
00:11:07tente de protester,
00:11:08de jurer
00:11:09qu'il n'a presque rien.
00:11:11Mauvais réflexe.
00:11:12En une fraction de seconde,
00:11:13le chef ulule un ordre
00:11:15et la m*** s'abat.
00:11:17Un cri d'agonie
00:11:18résonne dans la nuit,
00:11:19bref, étouffé.
00:11:20L'homme s'écroule,
00:11:22le bras presque m***né.
00:11:23Les assaillants
00:11:24s'emparent de la sacoche tombée,
00:11:26fouillent frénétiquement
00:11:27et récupèrent
00:11:28quelques liasses de billets.
00:11:29Puis ils disparaissent,
00:11:31comme ils sont venus,
00:11:32engloutis par l'obscurité,
00:11:34laissant leurs victimes
00:11:35a**nisées.
00:11:36Personne n'ose sortir
00:11:38pour l'aider immédiatement.
00:11:39Les rares témoins,
00:11:40terrifiés,
00:11:41attendront que la bande
00:11:42soit loin
00:11:42pour appeler au secours.
00:11:44Cette scène cauchemardesque,
00:11:45c'est le quotidien
00:11:46de Kinshasa
00:11:47depuis près de deux décennies.
00:11:48« À partir de 20 heures,
00:11:50on ne peut plus
00:11:51circuler librement,
00:11:52car on a peur
00:11:53de tomber sur un kuluna,
00:11:55témoigne un habitant. »
00:11:57Dans la mégapole congolaise,
00:11:58le mot kuluna
00:11:59est synonyme
00:12:00de terreur nocturne.
00:12:02Ces gangs sévissent
00:12:03principalement la nuit,
00:12:05profitant de l'obscurité
00:12:06et des fréquentes coupures
00:12:08de courants
00:12:08pour attaquer
00:12:09les passants
00:12:10et les habitations.
00:12:11Le mode opératoire
00:12:12est toujours le même.
00:12:14Agir en meute
00:12:15avec une violence extrême
00:12:16pour dépouiller
00:12:17en un éclair
00:12:18et disparaître
00:12:19avant l'arrivée
00:12:20d'une police
00:12:20de toute façon
00:12:21rarement présente.
00:12:23Le profil des victimes ?
00:12:24Tout le monde
00:12:25ou presque
00:12:26peut tomber
00:12:26sous le coucou
00:12:27d'un kuluna,
00:12:28du collégien
00:12:29à la grand-mère.
00:12:30Au début,
00:12:31raconte-t-on,
00:12:32ces voyous
00:12:32ciblaient,
00:12:33surtout les plus jeunes,
00:12:34des enfants
00:12:35de 5 à 17 ans
00:12:36sans défense
00:12:37dont ils raquettèrent
00:12:38le goûter
00:12:38ou le téléphone.
00:12:40Mais aujourd'hui,
00:12:41nul n'est épargné.
00:12:43Même les personnes
00:12:44de 3ème âge,
00:12:45les grands-parents
00:12:46et les autorités publiques
00:12:47tombent victimes
00:12:48de leur forfait,
00:12:49note un rapport.
00:12:51Pas de tabou
00:12:51pour ces gangs juvéniles.
00:12:52Ils frappent les femmes,
00:12:54les vieillards,
00:12:55les prêtres,
00:12:56les étudiants.
00:12:57Quiconque a le malheur
00:12:58de se trouver
00:12:59sur leur chemin nocturne.
00:13:01Toutefois,
00:13:02les kuluna
00:13:02ne s'attaquent pas au hasard.
00:13:04Ils préfèrent choisir
00:13:05des proies rentables.
00:13:07Les kuluna
00:13:08n'attaquant pas
00:13:09une personne
00:13:09d'apparence misérable.
00:13:10Ils doivent remarquer
00:13:11des signes de richesse,
00:13:13bijoux,
00:13:13poches bien remplies,
00:13:15change de devise
00:13:16en public,
00:13:16sur un individu
00:13:17avant de l'attaquer.
00:13:19En clair,
00:13:20si vous exhibez
00:13:21un smartphone,
00:13:22portez une belle montre
00:13:23ou sortez des billets
00:13:24en pleine rue,
00:13:24vous devenez une cible.
00:13:26L'inégalité criante
00:13:28qui ronge
00:13:28la société congolaise
00:13:29se reflète même
00:13:30dans la sélection
00:13:31des victimes.
00:13:32Ce sont les pauvres
00:13:33qui volent les riches
00:13:34en quelque sorte,
00:13:35ou du moins
00:13:36ceux qu'ils perçoivent
00:13:37comme plus aisé que.
00:13:38Il n'est pas rare
00:13:40qu'un kuluna
00:13:40croise un misérable
00:13:41comme lui
00:13:42et le laisse tranquille,
00:13:43puis attaque
00:13:44l'employé de bureau
00:13:45bien habillé
00:13:46qui passe derrière.
00:13:47La marque de fabrique
00:13:48des kuluna,
00:13:49c'est leur brutalité
00:13:50sans limite.
00:13:51Ils ne se contentent
00:13:52pas de détrousser,
00:13:53ils m****.
00:13:55La machette
00:13:56est leur arme fétiche.
00:13:58Ils l'utilisent
00:13:59pour terroriser
00:14:00et punir.
00:14:01Ils c*** de préférence
00:14:03l'*** de leurs victimes
00:14:04au moyen des machettes
00:14:05dont ils sont armés,
00:14:07ou sinon les tuent
00:14:08en cas de résistance.
00:14:10Ce ne sont pas
00:14:11des menaces en l'air.
00:14:12Les services
00:14:13des urgences
00:14:14de Kinshasa
00:14:15voient régulièrement
00:14:16arriver des blessés
00:14:17atrocement amochés.
00:14:19Bras tr*** net,
00:14:21doigts s***,
00:14:22visages t***.
00:14:23Un simple refus
00:14:25d'obtempérer,
00:14:26un cri,
00:14:27un regard de travers
00:14:28peuvent déclencher
00:14:29une pluie de coups
00:14:30de c*** ou de bâton.
00:14:33Parfois,
00:14:33cela va plus loin.
00:14:34Le v*** et le meurtre
00:14:36font partie
00:14:36de l'arsenal des kuluna.
00:14:38Lors de certaines expéditions,
00:14:40notamment quand ils
00:14:41s'introduisent
00:14:41dans des maisons,
00:14:42des femmes sont v***
00:14:43systématiquement
00:14:44pour terroriser la maisonnée.
00:14:46Le v*** est utilisé
00:14:47comme une arme,
00:14:48un supplément
00:14:49de cruauté gratuite.
00:14:50Les meurtres,
00:14:51eux,
00:14:52arrivent souvent
00:14:53pour l'exemple.
00:14:54Tuer un ou deux autres
00:14:56pour que les autres obéissent.
00:14:58Ou alors,
00:14:59parce que le vol
00:14:59a mal tourné,
00:15:00que la victime a crié,
00:15:02s'est débattue.
00:15:03La machette,
00:15:04quelque part,
00:15:05sur le marché,
00:15:05où ils allaient
00:15:06à 10 mètres,
00:15:07la bicycette au tien.
00:15:09Ils étaient venus
00:15:10pour saccager
00:15:11cette belle maison
00:15:12et ici,
00:15:12les gens du quartier.
00:15:13On ne comprend pas,
00:15:15on ne comprendra jamais,
00:15:17ban à la bichon,
00:15:18bouillent.
00:15:20Ils se croient,
00:15:21on ne sait pas
00:15:22par quel doigt
00:15:24propriété
00:15:24il y a
00:15:30dans l'affaire tragique
00:15:32du centre de santé
00:15:33Révolution
00:15:33à Kisenso
00:15:34en septembre 2020,
00:15:36un gang de Kuluna
00:15:37a fait irruption de nuit
00:15:39dans cette petite
00:15:40clinique de quartier.
00:15:41Ils ont
00:15:42patientes
00:15:43et infirmières,
00:15:45vandalisé
00:15:45la banque de sang,
00:15:46emporté
00:15:47le peu de médicaments
00:15:48et d'argent
00:15:49qu'ils pouvaient trouver.
00:15:50Un acte
00:15:51d'une barbarie inouïe
00:15:52qui a choqué
00:15:53la population.
00:15:55Quelques semaines plus tard,
00:15:56c'est un réalisateur
00:15:58de télévision,
00:15:59Yan Mambo,
00:16:00qui se fait sauvagement
00:16:01*** à coups de tête
00:16:03alors qu'il rentrait
00:16:04chez lui en voiture
00:16:05en plein centre-ville
00:16:06de Kinshasa.
00:16:07Il en réchappe
00:16:07de justesse,
00:16:09mutué
00:16:09et traumatisé.
00:16:11Ces faits divers
00:16:11glaçants
00:16:12se multiplient
00:16:13et font la une
00:16:14des journaux locaux.
00:16:16Chaque quinoa
00:16:17a dans son entourage
00:16:18quelqu'un
00:16:18qui a été victime
00:16:19des Kuluna.
00:16:20Un cousin
00:16:21*** pour son téléphone,
00:16:23une voisine agressée
00:16:24en rentrant du marché,
00:16:25un commerçant dépouillé
00:16:26et laissé pour mort.
00:16:28Face à cette terreur quotidienne,
00:16:30les habitants oscillent
00:16:31entre colère
00:16:32et résignation.
00:16:34La journée,
00:16:35les conversations
00:16:35tournent souvent
00:16:36autour des dernières
00:16:37attaques de la veille.
00:16:38On se passe
00:16:39les tuyaux
00:16:40sur les zones à éviter,
00:16:41les heures critiques,
00:16:42les descriptions
00:16:43des agresseurs
00:16:44si on les connaît.
00:16:45Ne prends pas telle rue,
00:16:46on dit que les Kuluna
00:16:47y rôdent
00:16:48après 22 heures.
00:16:50Planque ton argent
00:16:51dans tes chaussettes
00:16:52et garde un vieux téléphone
00:16:53à donner.
00:16:54Beaucoup ont développé
00:16:55des stratégies de survie.
00:16:56Ne jamais sortir seul,
00:16:58se déplacer en groupe
00:16:59et en véhicule
00:17:00si possible,
00:17:01payer un taxi moto
00:17:02plutôt que marcher
00:17:03dans le noir,
00:17:04cacher ses objets
00:17:04de valeur.
00:17:06Certains vont jusqu'à
00:17:07s'armer pour se défendre,
00:17:08couteau de cuisine
00:17:09sous la veste,
00:17:10voire carrément
00:17:11machette
00:17:11ou marteau planqué
00:17:12à domicile.
00:17:14La peur
00:17:14pousse les habitants
00:17:16à la vigilance extrême
00:17:17et parfois
00:17:18à la justice populaire.
00:17:20Il est arrivé
00:17:21qu'un Kuluna
00:17:21isolé
00:17:22se fasse attraper
00:17:23par la foule.
00:17:24Il est alors
00:17:24passé sans pitié,
00:17:26parfois
00:17:26bouillé vif
00:17:27sur place
00:17:28avec un pneu
00:17:28enflammé autour du cou.
00:17:30Cette sinistre pratique
00:17:31du mob justice.
00:17:33Ces l'un
00:17:33publics
00:17:34traduisent
00:17:35la rage impuissante
00:17:36d'une population
00:17:37qui ne sait plus
00:17:38vers qui se tourner.
00:17:39Car en effet,
00:17:40où est la police ?
00:17:41Dans cette jungle urbaine,
00:17:43l'État semble
00:17:44aux abonnés absents.
00:17:45La nuit,
00:17:46quand les Kulunas
00:17:47sortent,
00:17:48les patrouilles
00:17:48se font rares.
00:17:49Les habitants le savent,
00:17:51appeler le commissariat
00:17:52ne sert souvent à rien,
00:17:53personne ne viendra
00:17:54avant le petit matin
00:17:55quand tout sera fini.
00:17:57Pire,
00:17:58il se chuchote
00:17:59que certains policiers
00:18:00ferment les yeux
00:18:01en échange
00:18:01d'une part du butin.
00:18:02On raconte l'histoire,
00:18:04vraie ou exagérée,
00:18:06d'une patrouille
00:18:07tombant nez à nez
00:18:08avec des Kulunas
00:18:08en train de détrousser
00:18:09des passants.
00:18:10Les policiers
00:18:11auraient partagé
00:18:12une bière avec les voyous,
00:18:13rigolé un bon coup,
00:18:15puis seraient repartis
00:18:16sans intervenir.
00:18:17Lors des opérations nocturnes,
00:18:19les policiers
00:18:20qui surprennent
00:18:21des Kulunas
00:18:21ne les arrêtent pas,
00:18:22mais partagent avec eux
00:18:24les butins.
00:18:25Note un témoignage
00:18:26accablant.
00:18:27Vrai ou pas,
00:18:28ce genre d'histoire
00:18:29se colporte partout,
00:18:31alimentant une profonde
00:18:32défiance envers la police.
00:18:34À Kinshasa,
00:18:35on a autant peur
00:18:35du bandit
00:18:36que du gendarme,
00:18:37et parfois on peine
00:18:38à les différencier.
00:18:39Ainsi,
00:18:40la ville vit dans
00:18:40l'angoisse permanente.
00:18:42Une angoisse
00:18:43qui ronge le tissu social,
00:18:44qui oblige chacun
00:18:45à vivre sur le qui-vive,
00:18:46comme en temps de guerre.
00:18:48Quand la nuit tombe
00:18:49sur Kinlabel,
00:18:50chacun se calfeutre
00:18:51chez soi,
00:18:52cadenas tirées
00:18:53et bougies allumées,
00:18:55puisque l'électricité
00:18:56fait souvent défaut.
00:18:57Au loin,
00:18:58on entend parfois
00:18:59des hurlements,
00:19:00des sifflements
00:19:01de gangs qui s'interpellent.
00:19:02Parfois,
00:19:03au petit matin,
00:19:04un corps gît
00:19:05dans le caniveau.
00:19:06Une victime de plus,
00:19:07anonyme,
00:19:08qu'on évacue rapidement.
00:19:10On ne vit plus,
00:19:11on survit,
00:19:12lâche un père de famille
00:19:13de la commune de Massina,
00:19:15la voie lasse.
00:19:16Pour lui et tant d'autres,
00:19:18les Kulunas
00:19:19sont devenus
00:19:19des monstres insaisissables.
00:19:21Les croque-mitaines
00:19:22modernes de Kinshasa.
00:19:23Des gamins pourtant,
00:19:24mais des gamins capables
00:19:26du pire.
00:19:30Ces monstres,
00:19:32justement,
00:19:33qui sont-ils ?
00:19:35Lorsqu'on arrête
00:19:36un Kulunas
00:19:36et qu'on le montre
00:19:37à la télévision,
00:19:38la population
00:19:39est souvent stupéfaite.
00:19:41Car le visage dévoilé
00:19:43est celui d'un enfant.
00:19:44Un adolescent maigre,
00:19:46presque imberbe,
00:19:48au regard parfois apeuré,
00:19:49une fois menotté
00:19:50et entouré de policiers.
00:19:52Difficile d'imaginer
00:19:53que ce gamin de 16 ans
00:19:54a l'aspiré des innocents
00:19:56la nuit précédente.
00:19:57Et pourtant,
00:19:58c'est bien la réalité.
00:20:00Les Kulunas
00:20:01sont avant tout des jeunes.
00:20:03Une génération sacrifiée,
00:20:05élevée dans la débrouille
00:20:06et la violence.
00:20:08Pour comprendre
00:20:09comment on devient Kulunas,
00:20:10il faut écouter
00:20:11leur histoire,
00:20:12ou plutôt
00:20:13leurs innombrables
00:20:14histoires individuelles,
00:20:15qui composent
00:20:16le portrait
00:20:17d'une jeunesse
00:20:17en perdition.
00:20:18Au commencement,
00:20:20il y a souvent
00:20:20la misère
00:20:21et la famille brisée.
00:20:23Beaucoup de Kulunas
00:20:24viennent de foyers explosés,
00:20:26de familles incapables
00:20:27de subvenir
00:20:28à leurs besoins.
00:20:29Le Congo
00:20:29est un pays
00:20:30riche en ressources,
00:20:31mais ravagé
00:20:32par les inégalités.
00:20:33Les riches
00:20:34deviennent plus riches
00:20:35et les pauvres
00:20:36plus pauvres,
00:20:37rendant inévitable
00:20:38la révolte
00:20:39des victimes
00:20:39de cette injustice
00:20:40économique,
00:20:41analyse un rapport.
00:20:43Dans les quartiers
00:20:44populaires de Kinshasa,
00:20:45le chômage des jeunes
00:20:46dépasse allègrement
00:20:47les 50%.
00:20:48Que faire de ces journées
00:20:50quand on n'a ni école,
00:20:51ni travail,
00:20:52ni argent ?
00:20:53L'ennui
00:20:54et le désespoir
00:20:55deviennent
00:20:56le terreau du crime.
00:20:58Plusieurs Kulunas
00:20:59affirment
00:21:00s'être lancés
00:21:01dans la criminalité
00:21:02pour des raisons économiques.
00:21:04Ils ont été contraints
00:21:05de chercher
00:21:06à gagner leur vie
00:21:07en semant la souffrance,
00:21:09sans quoi
00:21:09ils ne pouvaient survivre.
00:21:11C'est dur à entendre,
00:21:13mais beaucoup
00:21:13de ces jeunes
00:21:14n'avaient simplement
00:21:15pas d'autre moyen
00:21:15de manger à leur faim.
00:21:17Ils volent,
00:21:18parce que sinon,
00:21:18c'est la famine.
00:21:20Certains,
00:21:21à même pas 20 ans,
00:21:22sont déjà
00:21:22pères d'un enfant
00:21:23et se voient
00:21:24comme les providers
00:21:25de leur petite famille.
00:21:26Certains d'entre eux
00:21:27ont des femmes
00:21:28et des enfants
00:21:28à supporter
00:21:29à tout prix.
00:21:30Alors oui,
00:21:31ils arrachent
00:21:32des sacs à main
00:21:32et des téléphones,
00:21:33parce que sinon,
00:21:34leur bébé
00:21:35n'aura pas de lait
00:21:36ce soir.
00:21:37Bien sûr,
00:21:37cette explication
00:21:38n'excuse rien.
00:21:40Mais elle situe
00:21:41le contexte.
00:21:42Le vécu d'un Kulunas,
00:21:43c'est souvent
00:21:44la faim au ventre
00:21:44depuis l'enfance,
00:21:45la débrouille
00:21:46des 8 ou 10 ans,
00:21:48à traîner dans la rue
00:21:49parce que l'école
00:21:49coûte trop cher
00:21:50ou parce que les parents
00:21:51ne s'en occupent plus.
00:21:53Parfois,
00:21:53c'est pire,
00:21:54c'est l'abandon
00:21:55pur et simple.
00:21:57Kinshasa
00:21:57regorge d'enfants
00:21:58jetés à la rue
00:21:59pour des raisons tragiques.
00:22:00L'une d'elles
00:22:02est particulièrement
00:22:02bouleversante,
00:22:03la croyance
00:22:04en la sorcellerie
00:22:05des enfants.
00:22:06Selon Wikipédia,
00:22:07dans de nombreuses familles,
00:22:08influencées par certaines églises
00:22:10dites de réveil,
00:22:11évangéliques,
00:22:12on accuse des gamins
00:22:13d'être possédés
00:22:14par des esprits malins
00:22:15qui causeraient
00:22:16les malheurs familiaux.
00:22:18Résultat,
00:22:19des centaines d'innocents
00:22:20se font chasser
00:22:21de chez eux,
00:22:22du jour au lendemain,
00:22:23considérés comme maudits.
00:22:25Les églises de réveil
00:22:26sont à la base
00:22:27de la dislocation
00:22:28de plusieurs familles
00:22:29à travers des accusations
00:22:30gratuites de sorcellerie
00:22:32à l'égard des enfants,
00:22:33amenant les parents
00:22:34à se débarrasser d'eux,
00:22:35souligne un rapport congolais.
00:22:37Le célèbre ministère
00:22:38de combat spirituel
00:22:39de Maman Olangy
00:22:40a ainsi jeté
00:22:41des milliers d'enfants
00:22:42dans la rue,
00:22:43où ils ont fini
00:22:44par se transformer
00:22:45en Koulouna
00:22:45pour survivre.
00:22:47Un enfant de 10 ans
00:22:48rejeté par ses parents
00:22:49pour cause
00:22:49de prétendues sorcelleries,
00:22:51où peut-il aller ?
00:22:52Il traîne
00:22:53autour du marché,
00:22:55mendie,
00:22:55fouille les poubelles
00:22:56et tombe fatalement
00:22:58sur des aînés
00:22:58qui vont l'accueillir.
00:23:01Ces aînés,
00:23:02ce sont parfois
00:23:02des Koulouna
00:23:03en herbe
00:23:03qui voient en lui
00:23:04un futur soldat.
00:23:06Nous sommes tous
00:23:07des enfants victimes
00:23:08de l'État,
00:23:09dira plus tard
00:23:10un ex-Koulouna
00:23:11repenti,
00:23:12amer.
00:23:13L'État nous a oubliés
00:23:14et nos parents aussi.
00:23:16À cette misère
00:23:17matérielle et affective
00:23:19s'ajoute souvent la d*****,
00:23:20le fameux bombé
00:23:21dont tout quinoa
00:23:22a entendu parler.
00:23:24Il s'agit d'un mélange
00:23:25artisanal d'essence,
00:23:26de chambres
00:23:27et de produits chimiques
00:23:28que les gamins
00:23:29y p***** dans des chiffons
00:23:31pour planer.
00:23:32Les Koulouna
00:23:33carburent au bombé,
00:23:35au chanvre
00:23:35et parfois
00:23:36à des pitules plus dures.
00:23:37La drogue
00:23:38désinhibe,
00:23:39donne du courage.
00:23:41À force de fréquenter
00:23:42les criminels,
00:23:43on finit soi-même
00:23:44par devenir criminel.
00:23:45Il s'agit de jeunes
00:23:46qui avaient des parents
00:23:47capables de les prendre
00:23:48en charge,
00:23:49mais qui,
00:23:50en consommant des drogues
00:23:51avec les Koulouna,
00:23:52ont choisi
00:23:53de se mettre hors la loi.
00:23:56Certains Koulouna
00:23:56ne viennent pas
00:23:57d'un milieu misérable.
00:23:59Ils le sont même
00:24:00recherchés par leurs parents
00:24:01qui parfois
00:24:01les font arrêter
00:24:02pour une rééducation carcérale,
00:24:04précise le même rapport.
00:24:06On parle là
00:24:07de mauvais garçons
00:24:08issus de familles
00:24:09pourtant stables,
00:24:10mais happés
00:24:11par le goût du danger,
00:24:12l'attrait du gang.
00:24:13Pour cela,
00:24:15la violence
00:24:15est presque un jeu,
00:24:16un passe-temps.
00:24:18La criminalité
00:24:19est considérée
00:24:20comme une distraction,
00:24:21un passe-temps
00:24:22et non un métier,
00:24:23dit fort bien le rapport.
00:24:25Ces jeunes-là
00:24:26auraient pu prendre
00:24:27un autre chemin,
00:24:28mais l'adolescence
00:24:29les a fait
00:24:29enfants prodigues.
00:24:31Ils ont claqué
00:24:32la porte de la maison
00:24:33sans raison valable,
00:24:34juste pour l'aventure,
00:24:36pour la mauvaise vie.
00:24:37Enfin,
00:24:38n'oublions pas
00:24:39l'appât du gain facile
00:24:40et du pouvoir.
00:24:41Être Koulouna,
00:24:42c'est mal vu
00:24:43par la société,
00:24:44mais dans certains milieux,
00:24:45c'est valorisé.
00:24:47Le jeune frêle
00:24:48qui n'était personne
00:24:49devient soudain
00:24:50un dur,
00:24:50un caïd.
00:24:51On le craint,
00:24:52on le respecte.
00:24:53Il peut se payer
00:24:54de beaux vêtements
00:24:55en revendant ses butins,
00:24:56offrir à boire aux copains,
00:24:58séduire les filles
00:24:59impressionnables.
00:25:00C'est grisant
00:25:01quand on vient
00:25:02de la fange.
00:25:03J'étais un moins que rien,
00:25:04maintenant on m'appelle boss,
00:25:06confiait un ancien
00:25:07chef de gang.
00:25:08Cette reconnaissance
00:25:09dans la délinquance,
00:25:11aussi tordue soit-elle,
00:25:12comblera bien
00:25:13des carences affectives.
00:25:14Au fond,
00:25:16un Koulouna
00:25:16est souvent un enfant
00:25:17qui cherchait une famille.
00:25:19Il l'a trouvé
00:25:19dans le gang.
00:25:20Le chef devient
00:25:22un père de substitution,
00:25:23les coéquipiers
00:25:24des frères d'armes.
00:25:25Il partage tout.
00:25:27L'adrénaline des coups,
00:25:28la fumette
00:25:29autour d'un feu de poubelle,
00:25:30et même les galères
00:25:31quand l'un d'eux
00:25:32se fait arrêter.
00:25:33Cette solidarité
00:25:35est renforcée
00:25:35par des rituels violents.
00:25:37Pour être accepté
00:25:38dans la bande,
00:25:39le bleu doit faire ses preuves.
00:25:41Aller voler un coup
00:25:42dans une boutique,
00:25:43garder quelqu'un,
00:25:44sans forcément le tuer,
00:25:45mais assez pour l'initiation,
00:25:47ou subir un tabassage
00:25:49de la part de ses futurs frères
00:25:50pour tester sa résistance.
00:25:52Une fois intronisé,
00:25:53le nouveau Koulouna
00:25:54prête serment d'allégeance
00:25:56au groupe.
00:25:56Il doit obéir
00:25:57aveuglément au chef,
00:25:58sous peine de châtiment.
00:26:00Le gang a ses codes,
00:26:02des signes de reconnaissance,
00:26:03graffiti,
00:26:04surnom,
00:26:05parfois même
00:26:06une sorte d'argot propre.
00:26:08Certains arborent
00:26:09des scarifications
00:26:09ou des tatouages
00:26:11pour marquer leur appartenance.
00:26:13C'est une micro-société parallèle,
00:26:15avec ses lois impitoyables.
00:26:18Au sommet,
00:26:19il y a le chef de gang,
00:26:21souvent un jeune homme
00:26:22à peine plus âgé que les autres,
00:26:23mais d'une férocité supérieure.
00:26:26Le chef décide
00:26:27des coups à réaliser,
00:26:28répartit les rôles,
00:26:30guetteur,
00:26:31avant-garde armée,
00:26:32porteur du butin,
00:26:33etc.
00:26:34Et surtout,
00:26:35c'est lui qui gère
00:26:35la relation avec l'extérieur,
00:26:37y compris la relation
00:26:38avec les autorités corrompues
00:26:40ou les partenaires plus puissants.
00:26:42Nous y reviendrons.
00:26:43Le chef garde
00:26:44la plus grosse part du butin,
00:26:45mais il doit aussi subvenir
00:26:47en partie
00:26:47aux besoins de son équipe,
00:26:49payer la drogue,
00:26:50soigner les blessés,
00:26:51soudoyer des policiers.
00:26:52Pour rester chef,
00:26:54il lui faut être craint
00:26:55et respecté.
00:26:56Beaucoup de leaders Kuluna
00:26:58n'hésitent pas à tuer eux-mêmes
00:26:59pour asseoir leur autorité.
00:27:02Certains se dotent
00:27:03de gardes du corps
00:27:04de confiance
00:27:04et gèrent même
00:27:05une véritable trésorerie collective
00:27:07alimentée par les rapines
00:27:09pour acheter des complices
00:27:10ou libérer un membre emprisonné.
00:27:13On est loin
00:27:14de la simple bande de potes.
00:27:16C'est du crime organisé
00:27:17à petite échelle,
00:27:18très adaptable,
00:27:19très mobile.
00:27:21Ainsi se dessine
00:27:22un portrait plus nuancé
00:27:23des Kuluna.
00:27:24Ce ne sont pas des démons
00:27:26nés de la dernière pluie,
00:27:27mais bien les produits
00:27:28d'un système
00:27:29qui les dépasse.
00:27:31Les Kuluna
00:27:32apparaissent
00:27:33comme des victimes
00:27:34d'un apartheid économique
00:27:35en RDC,
00:27:37ose écrire
00:27:37un observateur congolais.
00:27:39Le terme est fort,
00:27:41mais parle
00:27:41la société congolaise,
00:27:43avec son injustice criante,
00:27:45fabrique
00:27:45ses propres bourreaux.
00:27:46En confisquant
00:27:47les richesses
00:27:48au profit
00:27:48d'une élite minoritaire,
00:27:50en négligeant
00:27:51l'éducation
00:27:51et l'emploi des jeunes,
00:27:52en laissant proliférer
00:27:54les bidonvilles
00:27:54sans espoir,
00:27:56l'État crée
00:27:57un environnement
00:27:57favorable
00:27:58à l'insécurité.
00:28:00Finalement,
00:28:01qui a créé
00:28:02les Kulunas ?
00:28:03En grande partie,
00:28:04l'État congolais
00:28:05lui-même,
00:28:06par son incapacité
00:28:07à offrir
00:28:07un avenir
00:28:08à sa jeunesse.
00:28:09C'est ce que pense Frédéric,
00:28:11un ex-Kuluna
00:28:11de 25 ans.
00:28:13Sa voix tremble
00:28:14un peu
00:28:14quand il déclare,
00:28:15en français approximatif,
00:28:17« La rue m'a élevé
00:28:18parce que l'État
00:28:19n'a pas pu.
00:28:20Si j'avais eu
00:28:21une école,
00:28:22un boulot,
00:28:23jamais j'aurais
00:28:24pris la machette. »
00:28:25Mais cette triste
00:28:26genèse
00:28:27n'est qu'une facette
00:28:28de l'histoire.
00:28:29Car si la pauvreté
00:28:30et l'abandon
00:28:31ont fourni
00:28:31le vivier des Kulunas,
00:28:33d'autres forces
00:28:34plus sombres
00:28:34ont contribué
00:28:35à les façonner
00:28:36et à les rendre
00:28:37inarrêtables.
00:28:38Ces forces,
00:28:39on les trouve
00:28:40du côté des puissants.
00:28:44Dans les ruelles
00:28:46de Kinshasa,
00:28:46on dit souvent
00:28:47en Lingala
00:28:48« Mabélé
00:28:49Ezali
00:28:50Sévérte
00:28:50bat autorité
00:28:52de Ezali
00:28:53Lokuta. »
00:28:55Le sol
00:28:55n'est pas mauvais,
00:28:56ce sont les autorités
00:28:57qui sont pourries.
00:28:58Cette maxime
00:28:59populaire
00:29:00illustre bien
00:29:01l'amertume
00:29:01des Congolais
00:29:02vis-à-vis
00:29:03de leurs dirigeants.
00:29:04Car si les Kulunas
00:29:05prospèrent,
00:29:06c'est aussi
00:29:07parce que la loi
00:29:07et l'ordre
00:29:08ont failli.
00:29:09Pire,
00:29:10dans l'ombre,
00:29:11certains de ceux
00:29:12qui devraient
00:29:13protéger la population
00:29:14ont parfois
00:29:15utilisé les Kulunas
00:29:16à leur profit.
00:29:17Ce chapitre
00:29:18lève le voile
00:29:19sur les complicités,
00:29:20les corruptions
00:29:21et l'instrumentalisation
00:29:22politique
00:29:23qui ont permis
00:29:24aux gangs
00:29:24d'atteindre
00:29:25une telle impunité.
00:29:27Revenons un instant
00:29:28dans le bureau
00:29:28feutré
00:29:29d'un commissariat
00:29:29de Kinshasa.
00:29:31Un commandant
00:29:32de police moustachu
00:29:33feuillette
00:29:34nonchalamment
00:29:34un registre.
00:29:36Devant lui,
00:29:37une pauvre femme
00:29:38s'englotte,
00:29:39son fils
00:29:39de 19 ans
00:29:40s'est fait arrêter
00:29:41hier,
00:29:41accusé d'être
00:29:42un Kulunas.
00:29:44Elle supplie
00:29:44l'officier
00:29:45« Libérez mon garçon,
00:29:46il est innocent,
00:29:47il était à la maison. »
00:29:49L'officier soupire,
00:29:51puis,
00:29:51sans un mot,
00:29:52tend la main
00:29:52vers la mère
00:29:53éplorée.
00:29:54Elle comprend
00:29:54le message.
00:29:55Si elle veut
00:29:56revoir son fils
00:29:57libre,
00:29:57il faudra payer.
00:29:59Une liasse
00:29:59de francs
00:30:00congolais
00:30:00changera discrètement
00:30:01demain.
00:30:02Le lendemain,
00:30:03le jeune suspect
00:30:04ressortira par la petite porte,
00:30:06dossier classé,
00:30:07sans suite.
00:30:07Et il retournera
00:30:09dans son quartier
00:30:10fanfaronné.
00:30:11Même la police
00:30:12ne peut rien
00:30:12contre moi.
00:30:14Cette scène,
00:30:15reproduite mille fois,
00:30:16est l'une des raisons
00:30:17pour lesquelles
00:30:18personne n'arrive
00:30:19à arrêter
00:30:19les Kulunas.
00:30:20La corruption
00:30:21gangrène tout le système.
00:30:23Les Kulunas
00:30:24transmis au parquet
00:30:25pour être jugés
00:30:25ne connaissent pas
00:30:26de suite satisfaisante
00:30:28du fait que dans
00:30:28moins de 48 heures,
00:30:30les délinquants
00:30:31arrêtés
00:30:31circulent à nouveau
00:30:32dans les mêmes quartiers,
00:30:34déplore un rapport.
00:30:35Il suffit souvent
00:30:36de payer un pot de vin
00:30:37à un magistrat
00:30:38ou d'avoir un parrain
00:30:40haut placé
00:30:40pour échapper
00:30:41aux poursuites.
00:30:43Ainsi,
00:30:43des milliers de plaintes
00:30:45pour agression
00:30:45tombent dans l'oubli,
00:30:46faute d'enquête sérieuse.
00:30:49Et quand,
00:30:49par miracle,
00:30:51un Kulunas
00:30:52est condamné
00:30:52à de la prison ferme,
00:30:54cela ne change
00:30:55guère la donne.
00:30:55Les prisons congolaises
00:30:57sont des sièvres.
00:30:58Mal gardées,
00:30:59surpeuplées,
00:31:00elles connaissent
00:31:01des évasions régulières.
00:31:02Sans compter que,
00:31:04là-bas,
00:31:04les gangs continuent
00:31:05de faire la loi
00:31:06derrière les barreaux.
00:31:08Les conditions
00:31:09des centres pénitentiaires
00:31:10n'ont rien d'intimidant
00:31:11ou de rééducatif.
00:31:13Les Kulunas
00:31:14en sortent plus délinquants
00:31:15qu'avant,
00:31:15souligne un constat amer.
00:31:17Et la police dans tout ça ?
00:31:19La police congolaise,
00:31:20censée être le rempart
00:31:22contre le crime,
00:31:23est tristement dépassée.
00:31:24Un constat sans appel.
00:31:26La police nationale congolaise
00:31:28est l'une des moins équipées
00:31:29d'Afrique centrale.
00:31:31Manque de véhicules,
00:31:32quelques pick-ups déglingués
00:31:33pour toute une mégapole,
00:31:35manque d'essence,
00:31:37manque de radio,
00:31:38manque même de
00:31:38chaussures parfois.
00:31:40Le personnel est démotivé.
00:31:42Un policier congolais
00:31:44gagne une misère
00:31:45chaque mois,
00:31:45souvent payé en retard.
00:31:47Comment être zélé
00:31:49dans ces conditions ?
00:31:50Beaucoup de policiers
00:31:51n'ont même pas
00:31:52de formation adéquate.
00:31:53La plupart des policiers
00:31:55n'ont pas fini
00:31:55l'école primaire
00:31:56et ne sont pas bien formés.
00:31:58Par ailleurs,
00:31:59il n'est pas exclu
00:32:00de retrouver parmi eux
00:32:01d'anciens Kulunas
00:32:02sans aucune déontologie.
00:32:05Le serpent se mord la queue,
00:32:07on intègre dans la police
00:32:08d'anciens voyous
00:32:09pour combler les effectifs
00:32:10et ces brebis galeuses
00:32:12continuent leur magouille
00:32:13en uniforme.
00:32:15Pas étonnant alors
00:32:16que certains flics
00:32:17fraternisent avec les gangs.
00:32:20Conscients de cette complicité,
00:32:22les Kulunas
00:32:23n'ont aucune crainte
00:32:23de la police.
00:32:24Ils savent qu'ils sont
00:32:25des oiseaux du même plumage,
00:32:27affirme un rapport
00:32:28sans détour.
00:32:29La formule
00:32:30« oiseaux du même plumage »
00:32:32a fait floresse à Kinshasa.
00:32:34Criminels et policiers.
00:32:35Même combat,
00:32:36soupire-t-on.
00:32:37Bien sûr,
00:32:38c'est une caricature.
00:32:40Il y a d'honnêtes policiers
00:32:41qui risquent leur vie
00:32:42tous les jours.
00:32:43Mais leur image
00:32:44est ternie
00:32:44par ces brebis galeuses
00:32:46et par l'inefficacité
00:32:47globale de l'institution.
00:32:49Il y a aussi
00:32:50cette rumeur tenace.
00:32:51Les commissariats
00:32:52louent les Kulunas
00:32:53pour faire le sale boulot.
00:32:54De quoi s'agit-il ?
00:32:56De plusieurs choses.
00:32:57D'abord,
00:32:59certains officiers
00:32:59utiliseraient les gangs
00:33:01comme un dick
00:33:01ou exécutifs officieux.
00:33:03Un chef de gang
00:33:05peut fournir
00:33:05des informations
00:33:06sur un autre criminel
00:33:07en échange
00:33:08de la clémence
00:33:09pour sa bande.
00:33:10Parfois,
00:33:11il peut même
00:33:11rendre service
00:33:12à un commissaire
00:33:14en intimidant
00:33:15telle personne gênante.
00:33:16Ensuite,
00:33:17il y a la pratique
00:33:18du bureau 2
00:33:19que mentionnent les Kinois.
00:33:21La police
00:33:21qui arrête un bandit
00:33:22met la nuit tombée,
00:33:24le fait sortir du cachot
00:33:25pour qu'il aille
00:33:26commettre des exactions,
00:33:27puis le réincarcère
00:33:29au petit matin
00:33:29comme si de rien n'était.
00:33:30On frôle le film noir,
00:33:32mais des témoignages
00:33:34laissent entendre
00:33:34que ce genre
00:33:35de collusion existe.
00:33:36Le gang et la police
00:33:38se renvoient à l'ascenseur,
00:33:39chacun profitant
00:33:40du chaos ambiant.
00:33:41Le dernier étage
00:33:42de cette pyramide
00:33:43de complicité,
00:33:44c'est la sphère politique
00:33:45elle-même.
00:33:47Et là,
00:33:47on touche le cœur
00:33:48du problème.
00:33:50Car les Kulunas
00:33:51n'auraient jamais prospéré
00:33:52sans la bénédiction tacite,
00:33:53voire active,
00:33:55de certains politiciens.
00:33:56C'est peut-être
00:33:57la révélation
00:33:58la plus troublante.
00:33:59Ceux qui aujourd'hui
00:34:00crient un haro
00:34:01sur les Kulunas
00:34:02sont parfois
00:34:03ceux qui,
00:34:03hier,
00:34:04les ont nourris
00:34:05dans le creux
00:34:06de leurs mains.
00:34:07Faisons un saut
00:34:08en arrière.
00:34:09Été 2006,
00:34:10la R des Congos
00:34:11organise ses premières
00:34:13élections libres
00:34:13depuis des décennies.
00:34:14L'espoir est immense,
00:34:16les tensions aussi.
00:34:18D'un côté,
00:34:18le président sortant,
00:34:20Joseph Kabila,
00:34:21fils du libérateur du pays,
00:34:22veut conserver le pouvoir.
00:34:24De l'autre,
00:34:25Jean-Pierre Bemba,
00:34:26riche homme d'affaires
00:34:27devenu opposant,
00:34:28galvanise ses partisans.
00:34:30Les deux camps
00:34:31sont au bord
00:34:32de l'affrontement armé.
00:34:34C'est dans ce contexte
00:34:35que les gangs de Kinshasa
00:34:36sont recrutés
00:34:37comme milices privées.
00:34:39Lors des élections
00:34:40de 2006,
00:34:41les forces soutenant
00:34:42Kabila et Bemba
00:34:43se sont affrontées
00:34:44et les factions de Bemba
00:34:46avaient engagé
00:34:47des Kulunas
00:34:47comme combattants,
00:34:48leur donnant accès
00:34:49à des armes à feu,
00:34:51rapporte une étude.
00:34:53Oui,
00:34:54vous avez bien entendu,
00:34:55ces gamins des rues,
00:34:56armés jusque-là
00:34:57de b**chettes,
00:34:58auraient été embauchés
00:34:59par un candidat
00:35:00à la présidence
00:35:01pour faire la guerre.
00:35:03On leur a mis
00:35:03des fusils d'assaut
00:35:04entre les mains
00:35:05en échange
00:35:06de quelques billets.
00:35:07On les a lâchés
00:35:08dans la ville
00:35:08pour semer la pagaille.
00:35:10Le sang a coulé
00:35:11et l'on devine
00:35:12que ces Kulunas
00:35:13en cravate,
00:35:14façon de parler,
00:35:16ont découvert
00:35:16un nouveau sentiment
00:35:17de puissance.
00:35:19Cinq ans plus tard,
00:35:20élection de 2011,
00:35:22Reblotte,
00:35:23ou presque.
00:35:25Cette fois,
00:35:26Kabila est toujours
00:35:26au pouvoir
00:35:27et affronte
00:35:28une opposition
00:35:28fragmentée.
00:35:30Pendant les élections
00:35:31de 2011,
00:35:32les Kulunas
00:35:33auraient été recrutés
00:35:34par le parti
00:35:34du président Kabila
00:35:35pour semer la terreur
00:35:37parmi les Kinois
00:35:37et attaquer
00:35:38les rassemblements
00:35:39de l'opposition.
00:35:41Les rôles s'inversent,
00:35:42ce sont les tenants
00:35:43du pouvoir
00:35:44qui utilisent les gangs
00:35:45comme casseurs
00:35:46et briseurs
00:35:46de manifestants.
00:35:48On distribue
00:35:49aux jeunes voyous
00:35:50des t-shirts
00:35:51à l'effigie du parti,
00:35:52quelques billets,
00:35:53peut-être une moto neuve
00:35:54pour les chefs
00:35:55et on leur donne
00:35:56pour mission
00:35:57de tabasser
00:35:58les partisans adverses,
00:35:59saboter les meetings,
00:36:00intimider les électeurs.
00:36:02Des témoignages
00:36:03feront état
00:36:04de machette neuve
00:36:05fournie par des politiciens,
00:36:06de l'IAS de franc
00:36:08distribué
00:36:08dans les maisons
00:36:09des chefs de gang
00:36:10la veille
00:36:10d'une manifestation
00:36:12à disperser.
00:36:13À ce petit jeu cynique,
00:36:15tout le monde
00:36:15trouve son compte.
00:36:17Le pouvoir
00:36:17reste en place
00:36:18par la force,
00:36:19les Kulunas
00:36:20gagnent argent
00:36:20et immunité.
00:36:22En effet,
00:36:23comment la police
00:36:24pourrait-elle arrêter
00:36:24un gangster
00:36:25qui brandit
00:36:26la carte
00:36:26d'un parti au pouvoir ?
00:36:27Cela ne s'est pas
00:36:28arrêté là.
00:36:302016 à 2018.
00:36:32Le second mandat
00:36:33de Kabila
00:36:34aurait dû finir
00:36:34en 2016.
00:36:36Mais il s'accroche,
00:36:37repoussant les élections.
00:36:39L'opposition
00:36:40descend dans la rue
00:36:41pour exiger
00:36:41le départ du président.
00:36:43Qui trouve-t-on
00:36:44en face des manifestants,
00:36:45aux côtés
00:36:46des policiers
00:36:46anti-émeutes ?
00:36:47Les Kulunas,
00:36:48encore eux.
00:36:50Entre 2016
00:36:51et 2018,
00:36:53lors d'une campagne
00:36:54de l'opposition
00:36:54visant à forcer
00:36:55Kabila
00:36:56à organiser
00:36:56les élections,
00:36:57les gangs
00:36:58auraient été mobilisés
00:36:59par le parti
00:37:00au pouvoir
00:37:00et par la police
00:37:02anti-émeutes,
00:37:03qui les ont utilisées
00:37:04comme auxiliaires.
00:37:06En clair,
00:37:07les autorités
00:37:08ont offert
00:37:08un statut officieux
00:37:09de milicien supplétif
00:37:10au Kulunas.
00:37:11On leur a passé
00:37:12des uniformes civils,
00:37:13parfois même
00:37:14des brassards
00:37:14de la Ligue
00:37:15des Jeunes du parti,
00:37:16et ils ont épaulé
00:37:17la police
00:37:17pour mater
00:37:18les protestations.
00:37:20Télescopage ironique.
00:37:21On demandait
00:37:22aux voyous
00:37:22de jouer
00:37:22les gendarmes
00:37:23pour cogner
00:37:24sur de simples manifestants.
00:37:25Ces éléments-là
00:37:26sont cruciaux,
00:37:27car ils expliquent
00:37:28la protection politique
00:37:29dont ont bénéficié
00:37:31les Kulunas
00:37:31pendant des années.
00:37:33Quand un gouverneur
00:37:34de province
00:37:34utilise les gangs
00:37:36pour garder son siège,
00:37:37il ne va certainement
00:37:38pas encourager
00:37:39la police
00:37:39à les pourchasser.
00:37:40Ainsi,
00:37:42le phénomène
00:37:43Kulunas
00:37:43bénéficie
00:37:44d'une forte
00:37:44protection politique
00:37:45et son démantèlement
00:37:46ne pourra pas
00:37:47être effectif
00:37:48sans une véritable
00:37:49volonté
00:37:50de ceux
00:37:50qui l'entretiennent.
00:37:51Analyse lucidement
00:37:52un rapport.
00:37:53L'exemple cité
00:37:54est éloquent.
00:37:55Dans la province
00:37:56du Congo central,
00:37:57le gouverneur
00:37:58les aurait utilisés
00:37:59pour attaquer
00:37:59l'Assemblée provinciale
00:38:00et empêcher
00:38:01les députés
00:38:02de voter une motion
00:38:02contre lui.
00:38:04A Kinshasa,
00:38:05pareil.
00:38:06Ils sont utilisés
00:38:07pour perturber
00:38:08les revendications
00:38:09des syndicalistes
00:38:10et fonctionnaires
00:38:11quand celles-ci
00:38:12dérangent les leaders
00:38:12politiques.
00:38:14La classe politique
00:38:15congolaise,
00:38:16toutes tendances
00:38:16confondues,
00:38:17a donc sa part
00:38:18de responsabilité.
00:38:19En instrumentalisant
00:38:21les Kulunas
00:38:21à des fins électorales
00:38:23ou répressives,
00:38:25elle leur a conféré
00:38:25une sorte
00:38:26d'immunité officieuse.
00:38:28Un chef de gang
00:38:29arrêté ?
00:38:30Il suffit
00:38:31d'un coup de fil
00:38:31d'un godfather
00:38:32du parti
00:38:32pour qu'on le libère.
00:38:34Les pressions politiques
00:38:35sont parfois exercées
00:38:36sur les officiers
00:38:37de police
00:38:37et magistrats
00:38:38instructeurs
00:38:39pour leur libération.
00:38:40Reconnaît-on
00:38:41dans un document ?
00:38:42On imagine la scène.
00:38:44Un ministre
00:38:44ou un député
00:38:45passe un coup de fil
00:38:46au commissaire.
00:38:47Ce garçon,
00:38:48relâchez-le,
00:38:50c'est notre Kulunas.
00:38:52Et le commissaire
00:38:53s'exécute,
00:38:53car sa carrière
00:38:54dépend de ses politiciens.
00:38:56Ainsi,
00:38:57pendant des années,
00:38:59la lutte
00:38:59anti-Kulunas
00:39:00a été sabotée
00:39:01de l'intérieur.
00:39:03Pas étonnant
00:39:04que toutes les opérations
00:39:05musclées,
00:39:05nous y venons
00:39:06au chapitre suivant,
00:39:08n'aient eu
00:39:08qu'un effet temporaire.
00:39:09La pieuvre
00:39:10était nourrie
00:39:11par les élites
00:39:11elles-mêmes.
00:39:12Dans ce jeu trouble,
00:39:14qui a créé
00:39:15les Kulunas ?
00:39:16On peut désormais répondre,
00:39:18certes,
00:39:19la misère
00:39:19les a engendrés,
00:39:20mais les politiciens
00:39:21les ont façonnés
00:39:22et renforcés.
00:39:23Si les gangs
00:39:24de Kinshasa
00:39:25étaient un incendie,
00:39:26la pauvreté
00:39:27a fourni l'étincelle,
00:39:28mais les calculs
00:39:29cyniques
00:39:29de certains dirigeants
00:39:30ont versé
00:39:31de l'essence
00:39:31sur le brasier.
00:39:33Pourquoi personne
00:39:34n'arrive
00:39:34à les arrêter ?
00:39:36Parce que
00:39:37trop de complicité
00:39:37haut placée
00:39:38les protège,
00:39:39tout simplement.
00:39:40C'est une vérité
00:39:41dure à admettre
00:39:42pour la population,
00:39:43car elle implique
00:39:44que l'ennemi
00:39:44est aussi
00:39:45dans le camp
00:39:45de l'État.
00:39:46Un observateur
00:39:47congolais
00:39:48résume crûment
00:39:49« Les vrais criminels
00:39:50sont en costume cravate,
00:39:52prétendant être
00:39:53des gens bien.
00:39:54Les Kulunas
00:39:55sont les victimes
00:39:55des gouvernements
00:39:56successifs ratés. »
00:39:58Cette phrase
00:39:58circule sur les réseaux
00:39:59« Real criminals in suites ».
00:40:02Exagéré ?
00:40:03Peut-être.
00:40:04Mais le sentiment
00:40:06est là.
00:40:06Le phénomène Kulunas
00:40:08est l'enfant monstrueux
00:40:09d'une société
00:40:10pourrie par la corruption.
00:40:12Et la loi,
00:40:13censée protéger
00:40:14les citoyens,
00:40:14a été impuissante,
00:40:15voire complice.
00:40:21Face à la montée
00:40:22du phénomène Kulunas,
00:40:23la population excédée
00:40:25a fini par exiger
00:40:26des comptes.
00:40:27« Que fait le gouvernement ?
00:40:28Protégez-nous ! »
00:40:30crièrent les Kinois
00:40:30dans les radios locales,
00:40:32dans les marches
00:40:32de protestation spontanées
00:40:34après chaque crime atroce.
00:40:36Au fil des ans,
00:40:37sous la pression populaire,
00:40:39les autorités
00:40:40ont dû réagir,
00:40:41du moins en apparence.
00:40:43Ce chapitre
00:40:44retrace
00:40:44les différentes opérations
00:40:45de lutte
00:40:46contre les Kulunas
00:40:47menées par l'État congolais.
00:40:49Des actions musclées,
00:40:51souvent controversées,
00:40:52parfois spectaculaires,
00:40:54mais qui jusqu'ici
00:40:55n'ont pas atteint
00:40:56l'objectif
00:40:57d'éradiquer ce fléau.
00:40:59Les premières mesures
00:41:00datent de la fin
00:41:01des années 2000.
00:41:02En 2009,
00:41:04le ministre de la Justice
00:41:05de l'époque,
00:41:06Emmanuel Luzolo Bambi,
00:41:08lance en fanfare
00:41:09l'opération
00:41:09Tolérance Zéro.
00:41:11L'intitulé est prometteur.
00:41:13Plus aucune indulgence
00:41:14pour les criminels.
00:41:16Dans les faits,
00:41:17Luzolo Bambi
00:41:18cible autant
00:41:19les délinquants
00:41:19en col blanc,
00:41:20corruption,
00:41:21que les gangs de rue.
00:41:23Pour ces derniers,
00:41:24il invente un concept.
00:41:27Jugez les Kulunas
00:41:28en audience publique,
00:41:29sur les lieux
00:41:30de leurs crimes.
00:41:30L'idée est de faire
00:41:32un exemple.
00:41:33Par exemple,
00:41:34si un gang a terrorisé
00:41:36un marché,
00:41:36on installe un tribunal
00:41:38forain sur la place
00:41:39du marché,
00:41:39on y amène les prévenus
00:41:41sous bonne escorte,
00:41:42et le procès se tient
00:41:44devant la foule
00:41:44des commerçants
00:41:45et riverains
00:41:46en colère.
00:41:47La sentence est prononcée
00:41:49séance tenante,
00:41:51et immédiatement
00:41:52les coupables
00:41:52sont transférés
00:41:53dans une prison
00:41:54loin de Kinshasa.
00:41:55L'exil intérieur,
00:41:56en quelque sorte.
00:41:58Cette méthode
00:41:59plaît au public,
00:41:59qui a enfin l'impression
00:42:01de voir la justice
00:42:02en action.
00:42:03On applaudit
00:42:03quand un Kulunas
00:42:04est expédié
00:42:05à Anjenga
00:42:06ou Kanyamaka-CC
00:42:07pour y croupir.
00:42:08Tolérance zéro,
00:42:10hurlent les manchettes
00:42:11de journaux.
00:42:12Durant quelques mois,
00:42:13fin 2009-début 2010,
00:42:15les gangs baissent le ton.
00:42:17Mais l'Uzolo Bambi
00:42:18quitte le ministère
00:42:19en 2012
00:42:20et son successeur
00:42:21abandonne l'offensive.
00:42:22Les Kulunas
00:42:23reprennent vite
00:42:24leurs activités.
00:42:26Première alerte.
00:42:27Sans suivi,
00:42:28une opération ponctuelle
00:42:29ne suffit pas.
00:42:31Puis,
00:42:32vient la plus célèbre
00:42:33et la plus controversée,
00:42:35opération Likofi.
00:42:37Likofi
00:42:37signifie
00:42:38coup de poing
00:42:39en Lingala
00:42:40et le nom
00:42:40est bien choisi.
00:42:42Le président
00:42:42Joseph Kabila
00:42:43en personne
00:42:44l'annonce
00:42:44en octobre 2013.
00:42:46Il promet
00:42:47de mettre fin
00:42:48à la criminalité
00:42:49des gangs
00:42:49à Kinshasa.
00:42:51Quelques semaines
00:42:52plus tard,
00:42:53le 15 novembre 2013,
00:42:55Likofi
00:42:56est lancé.
00:42:57C'est une opération
00:42:59de police
00:42:59d'une ampleur inédite.
00:43:01Des unités spéciales
00:43:03de la police,
00:43:03agissant de nuit,
00:43:05sont déployées
00:43:05dans toute la ville
00:43:06pour traquer
00:43:07les Kulunas.
00:43:08Officiellement,
00:43:09il s'agit d'arrêter
00:43:10les bandits
00:43:10pour les présenter
00:43:11à la justice.
00:43:13Officieusement,
00:43:14les autorités
00:43:15laissent entendre
00:43:15qu'il faut frapper fort
00:43:17pour rassurer
00:43:17la population excédée.
00:43:19Au début,
00:43:20beaucoup de Quinois
00:43:21applaudissent
00:43:22cette démonstration
00:43:23de force.
00:43:24Enfin,
00:43:25on va pouvoir
00:43:25dormir la nuit,
00:43:27pense-t-on.
00:43:28Les patrouilles
00:43:29sillonnent
00:43:29les quartiers chauds.
00:43:32Les Kulunas
00:43:32sont pris de panique.
00:43:34Certains se tairent,
00:43:35d'autres fuient
00:43:36Kinshasa
00:43:36pour se réfugier
00:43:37de l'autre côté
00:43:38du fleuve,
00:43:39à Brazzaville,
00:43:40ce qui incitera
00:43:41d'ailleurs
00:43:41le Congo voisin
00:43:42à lancer
00:43:43sa propre opération
00:43:44anti-Kulunas
00:43:45nommée
00:43:46Mbata-Yabakolo,
00:43:47début 2014.
00:43:50Mais très vite,
00:43:50l'Ikofi vire
00:43:52au carnage illégal.
00:43:53Les témoignages
00:43:54qui remontent
00:43:55font froid
00:43:56dans le dos.
00:43:57Plutôt que des arrestations
00:43:58en bonne et due forme,
00:44:00on assiste
00:44:00à de véritables
00:44:01excédés
00:44:01sommaires
00:44:02de jeunes
00:44:02dans les rues.
00:44:03Les policiers masqués
00:44:04ont traîné
00:44:05des présumés
00:44:05Kulunas
00:44:06hors de chez eux
00:44:07la nuit,
00:44:07sans mandat.
00:44:08Dans de nombreux cas,
00:44:10la police
00:44:10a abatté
00:44:11ces jeunes non armés
00:44:12devant leur famille
00:44:12ou leurs voisins,
00:44:14documente
00:44:14Human Rights Watch.
00:44:16Au moins 51 jeunes,
00:44:18parfois de simples adolescents
00:44:19de 14 à 17 ans
00:44:21sont d'une tête
00:44:22ou dans le dos
00:44:23pendant les 3 mois
00:44:24qu'a duré l'opération.
00:44:2634 autres
00:44:27disparaissent à jamais.
00:44:28Emmenés par la police,
00:44:29on ne sait où.
00:44:30On ne retrouvera jamais
00:44:31leur corps.
00:44:32Mais un informateur
00:44:33affirmera
00:44:34qu'ils ont été
00:44:35exécutés
00:44:36secrètement
00:44:37et jetés
00:44:38dans le flot
00:44:38Congo
00:44:39la nuit
00:44:40pour ne pas laisser
00:44:41de traces.
00:44:42Certaines victimes
00:44:43n'avaient rien à voir
00:44:43avec les Kulunas.
00:44:45De malheureux Chege,
00:44:46enfants des rues,
00:44:47ont été pris pour cible
00:44:48simplement parce qu'ils
00:44:49traînèrent dehors
00:44:50la nuit.
00:44:50Des règlements
00:44:51de comptes personnels
00:44:52se sont greffés là-dessus.
00:44:53Tel voisin jaloux
00:44:54accuse tel jeune
00:44:56à tort
00:44:56d'être un Kulunas.
00:44:58La police
00:44:58abat sans vérification.
00:45:00Likofi a été
00:45:01un déchaînement
00:45:02de violences policières
00:45:03incontrôlées
00:45:04qui a durablement
00:45:05traumatisé Kinshasa.
00:45:06La ville,
00:45:07déjà terrifiée
00:45:08par les gangs,
00:45:09l'est devenue aussi
00:45:10par ses sauveurs
00:45:11en uniforme.
00:45:13On avait autant peur
00:45:14de croiser la police
00:45:15Likofi
00:45:15que de croiser
00:45:16les Kulunas,
00:45:17se rappelle un habitant.
00:45:19Certes,
00:45:19l'insécurité a baissé
00:45:20pendant l'opération.
00:45:22Les Kulunas restants
00:45:23s'étaient terrés
00:45:24comme des rats.
00:45:25Mais à quel prix
00:45:26Human Rights Watch
00:45:27et l'ONU
00:45:28ont dénoncé
00:45:29ces exactions ?
00:45:30En réaction,
00:45:31le gouvernement
00:45:32congolais
00:45:33a d'abord nié,
00:45:34puis expulsé
00:45:35purement et simplement
00:45:36le chef du bureau local
00:45:37des droits de l'homme
00:45:38de l'ONU
00:45:38qui avait osé publier
00:45:40un rapport.
00:45:41Likofi,
00:45:42c'était la démonstration
00:45:43que l'État pouvait être
00:45:44encore plus brutale
00:45:45que les bandits.
00:45:46Il fallait terroriser
00:45:47les terroristes,
00:45:48a justifié plus tard
00:45:49un officiel
00:45:50dans un cynisme glaçant.
00:45:52Pendant quelques années,
00:45:53le nom du général
00:45:54Célestin Kanyama,
00:45:55commandant de la police
00:45:56de Kinshasa
00:45:57et chef de Likofi,
00:45:59a inspiré autant de craintes
00:46:01que celui des pires caïdes.
00:46:03Kanyama s'était vu
00:46:03affublé du surnom
00:46:05de esprit de mort.
00:46:07Après Likofi 1,
00:46:082013 à 2014,
00:46:11il y a eu un Likofi
00:46:12de plus discret courant 2014,
00:46:14puis un Likofi 3 et 4,
00:46:16la dernière vague
00:46:17se situant entre mai
00:46:18et septembre 2018.
00:46:20A chaque fois,
00:46:22le même schéma.
00:46:23Quelques dizaines
00:46:24de Koulounas
00:46:24tués ou disparus,
00:46:26d'autres arrêtés,
00:46:27une accalmie
00:46:28de quelques mois,
00:46:29puis le phénomène
00:46:30repart de plus belle.
00:46:32En 2018,
00:46:34tout en menant
00:46:34Likofi 4,
00:46:36le gouvernement Kabila
00:46:37finit par reconnaître
00:46:38l'échec de cette approche
00:46:39purement répressive.
00:46:40Cela ne résout rien
00:46:42sur le long terme.
00:46:43Le mal est profond,
00:46:44on ne peut pas juste
00:46:46nettoyer la ville
00:46:46à coups de fusil.
00:46:48Les critiques fusent.
00:46:49La gestion politique,
00:46:51caractérisée par une répression
00:46:53violente,
00:46:53s'est soldée par un échec
00:46:55et des conséquences
00:46:56nuisibles,
00:46:57note un rapport
00:46:57d'experts
00:46:58en 2021.
00:46:59En effet,
00:47:01Likofi a peut-être même
00:47:02aggravé les choses.
00:47:03En démolissant des gangs,
00:47:05on a poussé les survivants
00:47:06à se réorganiser
00:47:07de façon plus clandestine,
00:47:09on a accru la haine
00:47:10contre la police
00:47:11et surtout,
00:47:12on a creusé un fossé
00:47:13avec la jeunesse
00:47:14des quartiers
00:47:15qui a vu dans ses exécutions
00:47:17une injustice révoltante
00:47:19puisque des innocents
00:47:20en ont pâti.
00:47:21Après 2018,
00:47:23un nouveau président
00:47:24est arrivé,
00:47:25Félix Tshisekedi,
00:47:27promettant une approche
00:47:28différente.
00:47:29L'heure était peut-être
00:47:30venue d'essayer
00:47:31autre chose
00:47:32que les armes.
00:47:32Mais entre-temps,
00:47:34les Kulunas
00:47:35n'ont pas chômé.
00:47:35Dès 2020,
00:47:37on signale une recrudescence
00:47:38des crimes violents
00:47:39dans Kinshasa.
00:47:40L'insécurité atteint
00:47:41un niveau pire encore
00:47:42qu'avant Likofi.
00:47:43Le spectre des Kulunas
00:47:45plane à nouveau
00:47:45sur chaque commune.
00:47:50Face à cet éternel
00:47:51recommencement,
00:47:53Félix Tshisekedi,
00:47:54dès son investiture
00:47:56en 2019,
00:47:57a compris
00:47:58qu'il lui faudrait
00:47:58innover.
00:47:59Plutôt que d'annihiler
00:48:01les Kulunas
00:48:01par la force,
00:48:02ce que ses prédécesseurs
00:48:04avaient tenté
00:48:05sans succès,
00:48:06il esquisse
00:48:06une idée originale.
00:48:08Pourquoi ne pas
00:48:09retourner ses énergies
00:48:10violentes
00:48:11vers quelque chose
00:48:12de constructif ?
00:48:13Autrement dit,
00:48:15rééduquer les Kulunas,
00:48:16les arracher à la rue
00:48:18pour en faire
00:48:18des citoyens utiles.
00:48:20C'est une vision
00:48:21presque idéaliste,
00:48:22inspirée peut-être
00:48:23de modèles étrangers
00:48:24de déradicalisation
00:48:26d'anciens rebelles.
00:48:27Beaucoup étaient
00:48:28sceptiques.
00:48:29Ces microbes
00:48:30qu'on n'a pu mater
00:48:31qu'à coup de balle.
00:48:32comment espérer
00:48:32les changer
00:48:33en braves garçons
00:48:34par la persuasion ?
00:48:35Mais Tshisekedi
00:48:36tient à essayer.
00:48:37En 2020,
00:48:39il remet au goût
00:48:40du jour
00:48:40une vieille institution
00:48:41créée en 1997,
00:48:44le Service National.
00:48:47officiellement,
00:48:47c'est un organisme
00:48:48paramilitaire
00:48:49d'encadrement civique
00:48:50rattaché à la présidence,
00:48:52destiné à inculquer
00:48:54aux jeunes
00:48:54la discipline,
00:48:55le patriotisme
00:48:56et à les former
00:48:57à des métiers.
00:48:59Dans les faits,
00:48:59le Service National
00:49:01vivotait depuis des années,
00:49:02considéré comme
00:49:03un dépotoir
00:49:04sans moyens.
00:49:05Tshisekedi
00:49:06décide d'en faire
00:49:07l'outil de réinsertion
00:49:08des Kulunas.
00:49:09Au lieu de les exterminer,
00:49:11il préfère les affecter
00:49:13à des activités
00:49:14d'intérêt national,
00:49:15rapporte un média congolais.
00:49:17Il ordonne
00:49:18la multiplication
00:49:18de centres d'entraînement
00:49:20à travers le pays,
00:49:21dans des régions reculées,
00:49:23où l'on pourrait envoyer
00:49:24les jeunes délinquants
00:49:25loin de leur milieu d'origine
00:49:26pour les casser
00:49:27puis les reconstruire
00:49:29dans le droit chemin.
00:49:31Fin 2020,
00:49:32l'opération
00:49:33commence concrètement.
00:49:34Quelques centaines
00:49:35de Kulunas
00:49:36arrêtés
00:49:36lors de rafles policières
00:49:38sont embarqués
00:49:39manu militari
00:49:40dans des avions militaires
00:49:41en partance
00:49:42de Kinshasa.
00:49:43Leur destination
00:49:46Kanyama Kassese,
00:49:48un camp du service national
00:49:49perdu dans la savane
00:49:50du Katanga,
00:49:52sud-est du pays,
00:49:53à des milliers
00:49:54de kilomètres
00:49:55de la capitale.
00:49:56Sur place,
00:49:57l'armée
00:49:58les prend en charge.
00:50:00Commence alors
00:50:01une expérience unique
00:50:02de mini-services militaires
00:50:03pour délinquants.
00:50:05Le 24 mars 2023,
00:50:08une cérémonie
00:50:09se tient
00:50:09à Kanyama Kassese.
00:50:11Sous un soleil
00:50:12de plomb,
00:50:12une fanfare
00:50:13entonne
00:50:14un air martial.
00:50:151008 ex-Kulunas
00:50:17défilent en rangs
00:50:18serrés
00:50:18sur une piste
00:50:19poussiéreuse.
00:50:20Ils portent
00:50:21de fièrement
00:50:21l'uniforme bleu
00:50:22du service national,
00:50:24de grosses bottes
00:50:25jaunes aux pieds
00:50:26pour le cérémonial.
00:50:28Ces jeunes hommes,
00:50:29il y a encore
00:50:30trois ans,
00:50:31se mèrent la terreur
00:50:32dans Kinshasa.
00:50:33Aujourd'hui,
00:50:34ils marchent au pas,
00:50:36le regard fier,
00:50:37saluant la tribune
00:50:37des instructeurs militaires.
00:50:40Le général-major
00:50:41Jean-Pierre Cazongo
00:50:42Kabouik,
00:50:43commandant du service national,
00:50:45se tient raide
00:50:45comme un piquet
00:50:46pour recevoir le salut.
00:50:48« Peloton,
00:50:49halte,
00:50:50repos ! »
00:50:52crient-ils.
00:50:53Les rangs s'immobilisent.
00:50:55« Ce sont d'anciens Kulunas,
00:50:57des gens qui ont troublé
00:50:58la quiétude de la population,
00:50:59mais nous les avons repris
00:51:01pour leur inculquer
00:51:01le civisme
00:51:02et les valeurs morales
00:51:03pour l'intérêt de la nation,
00:51:04explique fièrement l'officier. »
00:51:07Dans la tribune modeste,
00:51:09quelques officiels applaudissent.
00:51:11On remet des diplômes
00:51:12aux recrues,
00:51:13maçons,
00:51:14menuisiers,
00:51:15agriculteurs,
00:51:17soudeurs.
00:51:18Durant leur séjour,
00:51:19ces jeunes ont appris
00:51:20un métier utile.
00:51:22Certains sont devenus maçons,
00:51:24d'autres,
00:51:24menuisiers.
00:51:26Ils sont désormais
00:51:27agents du service national,
00:51:28rémunérés par le gouvernement,
00:51:30et seront déployés
00:51:31en dehors de leur milieu d'origine
00:51:33pour travailler
00:51:34sur différents chantiers
00:51:35de l'État,
00:51:36détaille le général Kabouik.
00:51:38En clair,
00:51:39ces ex-gangsters
00:51:40sont maintenant
00:51:40des ouvriers
00:51:41au service du pays,
00:51:42payés régulièrement
00:51:43et fiers de leur nouveau statut.
00:51:45Depuis novembre 2020,
00:51:47le programme a accueilli
00:51:49environ 2100 Kulunas
00:51:50intégrés
00:51:51et il en reste encore
00:51:521900 en formation
00:51:54dans d'autres sites.
00:51:55On les envoie
00:51:56bêcher des champs
00:51:56de maïs
00:51:57et de manioc
00:51:58appartenant à l'État,
00:51:59construire des écoles,
00:52:01réparer des ponts.
00:52:02Au service national,
00:52:04l'agriculture est une religion,
00:52:06dit-on.
00:52:07Les anciennes terreurs
00:52:08deviennent des paysans modèles,
00:52:10produisant de la nourriture
00:52:11vendue à bas prix
00:52:12aux familles
00:52:12de militaires
00:52:13et fonctionnaires.
00:52:14Les témoignages de réussite
00:52:16font chaud au cœur.
00:52:18Voici Élisabeth,
00:52:20une maman d'une soixantaine d'années,
00:52:22habitant un quartier
00:52:23malfamé de Kinshasa.
00:52:25Son fils Étienne
00:52:26était un Kulunas notoire.
00:52:29Quand mon fils
00:52:29a été arrêté
00:52:30et envoyé dans le sud
00:52:31au service national,
00:52:32je pensais qu'il serait
00:52:33maltraité sans arrêt,
00:52:35raconte-t-elle,
00:52:36la voix tremblante.
00:52:38Puis un jour,
00:52:39je l'ai aperçu
00:52:40dans une vidéo.
00:52:40Il portait l'uniforme bleu
00:52:42et chantait l'hymne
00:52:43des bâtisseurs
00:52:43comme un militaire.
00:52:45C'était émouvant.
00:52:47Les larmes aux yeux
00:52:48elle confie.
00:52:49Nous, parents
00:52:51et l'État
00:52:52avions échoué
00:52:53à éduquer nos enfants,
00:52:54à les garder
00:52:55sous notre toit.
00:52:56Beaucoup d'amis
00:52:57de mon fils
00:52:58sont en prison aujourd'hui.
00:52:59D'autres ont été
00:53:00abattus par la police.
00:53:02Le service national
00:53:03a sauvé mon fils.
00:53:04Il l'a transformé
00:53:05et rendu utile.
00:53:07On sent la fierté
00:53:08dans sa voix.
00:53:09Son garçon
00:53:10est redevenu
00:53:11quelqu'un de bien.
00:53:12Autre témoignage.
00:53:14Grasse,
00:53:15une jeune femme
00:53:15en robe jaune,
00:53:17bébé dans les bras,
00:53:18est venue jusqu'au camp
00:53:19de Miyabi,
00:53:20Kassaï oriental,
00:53:21où son compagnon
00:53:22est en formation.
00:53:24J'avais perdu espoir.
00:53:26Je ne pensais pas
00:53:27qu'on se reverrait,
00:53:28confie-t-elle
00:53:28en essuyant une larme.
00:53:30Pendant deux ans,
00:53:31il m'appelait juste
00:53:32de temps en temps.
00:53:33Puis il m'a demandé
00:53:34de venir ici le rejoindre.
00:53:35Il m'a dit
00:53:36qu'il travaille,
00:53:37qu'il est payé
00:53:38et prêt à prendre
00:53:39ses responsabilités.
00:53:40Il a payé mon transport
00:53:41et je suis là.
00:53:43Elle sourit,
00:53:44serrant leur enfant
00:53:45contre elle.
00:53:45Je vois qu'il a changé
00:53:47de caractère.
00:53:47Ce n'est plus
00:53:48la même personne.
00:53:49C'est un homme nouveau.
00:53:51C'est très émouvant.
00:53:52Le voilà devenu un homme,
00:53:54prenant ses responsabilités.
00:53:57Beaucoup d'anciens Kulunas
00:53:58ont fait venir leurs familles
00:53:59sur les sites de réinsertion.
00:54:01Ces histoires
00:54:02sont encourageantes.
00:54:03Elles montrent
00:54:04qu'une porte de sortie
00:54:06est possible
00:54:06pour ces jeunes égarés.
00:54:08Cependant,
00:54:09tout n'est pas rose.
00:54:11Des organisations
00:54:12de défense
00:54:13des droits humains
00:54:14ont initialement
00:54:15critiqué la démarche.
00:54:16C'est une bonne initiative,
00:54:18mais juridiquement bancale,
00:54:20a pointé le président
00:54:21de l'ACAGE,
00:54:22Association Congolaise
00:54:23pour l'accès
00:54:24pour l'accès
00:54:24à la justice.
00:54:25Il rappelle que normalement,
00:54:27on ne peut envoyer
00:54:28quelqu'un
00:54:28en camp de rééducation
00:54:29qu'après un jugement
00:54:30dûment prononcé.
00:54:32Or,
00:54:32dans bien des cas,
00:54:34ces Kulunas
00:54:34ont été expédiés
00:54:35au camp sans procès,
00:54:36sur simple décision
00:54:38administrative.
00:54:39C'est un raccourci
00:54:40dangereux,
00:54:41même si la législation
00:54:42est obsolète,
00:54:43estime l'avocat.
00:54:45En gros,
00:54:46on contourne
00:54:47la justice
00:54:47faute de moyens,
00:54:49ce qui peut créer
00:54:49un précédent discutable.
00:54:51Un ancien procureur
00:54:53de Kinshasa
00:54:54renchérit
00:54:54« Les prisons
00:54:55sont pleines
00:54:56de délinquants
00:54:57non jugés.
00:54:58Les raccourcis
00:54:59politiques sont productifs
00:55:00et ne posent pas
00:55:01de problème,
00:55:02tant que c'est pour
00:55:03pallier les faiblesses
00:55:04et préserver
00:55:05la quiétude publique.
00:55:06Mais tout serait
00:55:07remis en cause
00:55:08si cela devenait
00:55:09une menace
00:55:10pour la sécurité. »
00:55:12Il appelle,
00:55:12comme d'autres,
00:55:13à légiférer
00:55:13pour encadrer
00:55:14ces pratiques.
00:55:15Malgré ses réserves,
00:55:17le programme
00:55:17de réinsertion
00:55:18du service national
00:55:19a prouvé
00:55:19son efficacité
00:55:20à court terme.
00:55:21Il a arraché
00:55:22plus de 2000 jeunes
00:55:23à la violence
00:55:24et les a rendus
00:55:25utiles à la société.
00:55:26En bonus,
00:55:27il a augmenté
00:55:28la production
00:55:29agricole locale
00:55:30et construit
00:55:31des infrastructures.
00:55:32Surtout,
00:55:33il a eu
00:55:34un impact psychologique.
00:55:35Il a montré
00:55:36au Kuluna,
00:55:37resté à Kinshasa,
00:55:39qu'il existait
00:55:39une alternative
00:55:40à la mort
00:55:41ou à la prison.
00:55:42Certains redoutent
00:55:43d'être envoyés
00:55:44dans ces camps
00:55:44au fin fond du pays,
00:55:46la séparation
00:55:47d'avec la ville
00:55:47est vécue
00:55:48comme un exil,
00:55:48mais d'autres
00:55:50en viendraient presque
00:55:50à le souhaiter
00:55:51en voyant leurs camarades
00:55:52en ressortir grandis.
00:55:54Alors,
00:55:55rééduquer
00:55:55ou exilter ?
00:55:58Telle est la question
00:55:59qui s'est posée
00:55:59au tournant
00:56:00de 2024
00:56:00à 2025.
00:56:03Pendant un temps,
00:56:04la voie de la réinsertion
00:56:05semblait tracée.
00:56:07Mais une conjonction
00:56:08de facteurs
00:56:09a fait basculer
00:56:10la balance
00:56:10du mauvais côté.
00:56:11D'abord,
00:56:13la pression populaire
00:56:14pour plus de sécurité
00:56:15n'a fait que croître.
00:56:172023 a été
00:56:19une année électorale
00:56:20sous tension,
00:56:21encore une.
00:56:21Et l'insécurité urbaine
00:56:23est devenue
00:56:24un enjeu politique majeur.
00:56:26Il y a eu
00:56:26des meurtres
00:56:27rapuleux
00:56:27très médiatisés,
00:56:28des kidnappings
00:56:29express commis
00:56:30par des bandes
00:56:31se réclamant
00:56:31Kuluna.
00:56:32Par exemple,
00:56:34en novembre 2023,
00:56:36la police de Kinshasa
00:56:37a présenté
00:56:37en grande pompe
00:56:38540 présumés
00:56:40Kuluna
00:56:40arrêtés
00:56:41dans une vaste rafle,
00:56:42accusés de m****,
00:56:43braquages
00:56:44et même d'enlèvements.
00:56:46On s'est aperçu
00:56:47que les gangs évoluent,
00:56:48certains se muant
00:56:49en réseau de ***
00:56:50contre rançon.
00:56:52La population affolée
00:56:54a commencé
00:56:55à dire tout haut
00:56:55« Trop c'est trop,
00:56:57il faut en finir
00:56:58avec ces bandits,
00:56:59qu'on les *** ».
00:57:00Les réseaux sociaux
00:57:01se sont enflammés.
00:57:02Des milices
00:57:03d'autodéfense
00:57:04de citoyens
00:57:04ont même commencé
00:57:05à voir le jour
00:57:06dans certains quartiers,
00:57:08prêtes à l'inch*** du voyou.
00:57:10C'est dans ce climat
00:57:11qu'un homme comme
00:57:12Constant Moutamba,
00:57:13nommé ministre de la Justice
00:57:15en mai 2024,
00:57:17entre en jeu.
00:57:18Moutamba est un dur,
00:57:19un « hasta la vista »
00:57:20comme on dit localement.
00:57:22Il a tout de suite
00:57:23affiché son intransigence
00:57:24totale
00:57:25vis-à-vis des gangs.
00:57:26Le 3 décembre 2024,
00:57:29il déclare
00:57:29sans embâge
00:57:30sur Radio Okapi
00:57:31« Nous allons appliquer
00:57:33la peine de ***
00:57:33contre les Kulunas.
00:57:35Tous ceux qui seront attrapés,
00:57:36jugés
00:57:37et condamnés
00:57:37pour terrorisme
00:57:38seront exécutés. »
00:57:39Il qualifie
00:57:40les actes
00:57:41des Kulunas
00:57:41de terrorisme,
00:57:42n'hésitant pas
00:57:43à durcir la terminologie
00:57:44pour justifier
00:57:45les peines capitales.
00:57:46Dans la foulée,
00:57:47il annonce
00:57:48l'opération
00:57:49« Endobo »,
00:57:50mot « Lingala »
00:57:51signifiant « hameçon
00:57:51ou crochet ».
00:57:53Il s'agit
00:57:53d'une version civile
00:57:54de l'Ikofi,
00:57:55non pas « a*****
00:57:56les bandits sur place,
00:57:57mais les attraper
00:57:58pour les juger en masse,
00:58:00publiquement,
00:58:00et les envoyer
00:58:01dans le couloir
00:58:02de la ***
00:58:02en un temps record.
00:58:04C'est une opération
00:58:05destinée à juguler
00:58:06le grand banditisme urbain
00:58:08à Kinshasa
00:58:09et dans les autres
00:58:10grandes villes,
00:58:11explique Mutamba.
00:58:13Effectivement,
00:58:14fin 2024,
00:58:15l'opération
00:58:16Endobo
00:58:16s'étend
00:58:17à plusieurs provinces,
00:58:18des centaines
00:58:19d'arrestations
00:58:19à Matadi,
00:58:20Lubumbashi,
00:58:21Kisangani,
00:58:23mais Kinshasa
00:58:24reste le théâtre principal.
00:58:26Les chiffres
00:58:27de l'opération
00:58:28Endobo
00:58:28donnent le vertige.
00:58:30En un mois,
00:58:31plus de 1400
00:58:33suspects
00:58:33sont arrêtés
00:58:34rien qu'à Kinshasa,
00:58:36les tribunaux
00:58:37sont submergés.
00:58:38On organise
00:58:39des procès collectifs
00:58:40de dizaines
00:58:40de prévenus
00:58:41à la fois.
00:58:42Des audiences
00:58:43en plein air
00:58:44parfois,
00:58:44comme du temps
00:58:45de tolérance zéro.
00:58:46Les juges,
00:58:48souvent des magistrats
00:58:49militaires,
00:58:49ce qui pose question
00:58:50pour juger des civils,
00:58:52mais l'état d'urgence
00:58:53latent
00:58:53justifie tout,
00:58:54prononcent
00:58:55des condamnations
00:58:56exemplaires
00:58:56à la chaîne.
00:58:58On compte rapidement
00:58:59des douzaines
00:58:59de Kulunas
00:59:00envoyés dans le couloir
00:59:02de la p*****.
00:59:03Les autorités fanfaronnent
00:59:04à la télévision.
00:59:06Voyez,
00:59:06les tribunaux populaires
00:59:08ont déjà condamné
00:59:09trois gangs entiers
00:59:10à la peine capitale.
00:59:12Et en effet,
00:59:13on transfère par avion
00:59:14plusieurs contingents
00:59:15de condamnés
00:59:16vers la prison
00:59:17d'Anjenga,
00:59:18tristement célèbre,
00:59:19qui devient
00:59:20le couloir
00:59:20de la p*****.
00:59:21Les Kulunas.
00:59:22La suite,
00:59:22nous la connaissons.
00:59:24Début janvier 2025,
00:59:26Mutamba annonce
00:59:27que deux vagues
00:59:28d'exécutions
00:59:29ont été effectuées
00:59:30sur ces détenus.
00:59:32102 personnes
00:59:33a*****,
00:59:33si l'on le croit.
00:59:35L'émoi international
00:59:36est immédiat.
00:59:38L'ONG Amnesty International
00:59:40parle de horreur absolue
00:59:41et implore de stopper
00:59:43ce retour
00:59:44de la peine capitale.
00:59:46Des doutes émergent.
00:59:47L'information
00:59:48de ces p*****
00:59:49est-elle fiable ?
00:59:51Ou s'agit-il
00:59:52d'une communication musclée
00:59:53pour effrayer les bandits
00:59:54sans é***** réelle derrière ?
00:59:57Au Congo,
00:59:58les rumeurs vont bon train.
00:59:59Finalement,
01:00:01le président
01:00:01Tshisekedi
01:00:02en personne
01:00:03calme le jeu.
01:00:04S'agissant par ailleurs
01:00:05de l'épineuse question
01:00:07de la peine de m*****,
01:00:09la République démocratique
01:00:10du Congo
01:00:11en tant qu'État souverain
01:00:12a clarifié
01:00:14les conditions strictes
01:00:16de son application
01:00:18limitées uniquement
01:00:19au cas de terrorisme
01:00:21et de trahison
01:00:22au sein de l'armée.
01:00:24Cependant,
01:00:25il est important
01:00:26de souligner
01:00:27qu'à ce jour,
01:00:28aucune exécution
01:00:30n'a été menée
01:00:31témoignant
01:00:32de notre engagement
01:00:33à faire évoluer
01:00:34cette question
01:00:35dans un cadre réfléchi
01:00:36et respectueux
01:00:38des droits fondamentaux.
01:00:40Ce couac institutionnel
01:00:41reflète l'hésitation du pays
01:00:43sur la stratégie
01:00:44à adopter.
01:00:45D'un côté,
01:00:46une ligne dure
01:00:47incarnée par Mutamba.
01:00:49Frapper,
01:00:50punir,
01:00:51tuer s'il le faut
01:00:52pour satisfaire
01:00:53un peuple excédé
01:00:54et envoyer un message
01:00:55de terreur
01:00:56aux criminels.
01:00:57De l'autre,
01:00:58une ligne plus souple
01:00:59qu'avait esquissé
01:01:00Tshisekedi
01:01:01avec la réinsertion.
01:01:03Donner une chance,
01:01:04réformer en profondeur,
01:01:05traiter le mal
01:01:06à la racine.
01:01:08Entre les deux,
01:01:09le gouvernement
01:01:09a semblé osciller.
01:01:11En pratique,
01:01:12début 2025,
01:01:13l'option punitive
01:01:15a pris le dessus,
01:01:16du moins dans le discours,
01:01:17car c'était électoralement
01:01:19payant de se montrer
01:01:20intraitable.
01:01:21Vous devez terroriser
01:01:22les terroristes
01:01:23qui déstabilisent
01:01:24notre pays,
01:01:25a même déclaré
01:01:26le premier ministre
01:01:27pour justifier
01:01:28les condamnations à mort.
01:01:30Quitte à brandir
01:01:31la corde
01:01:31sans forcément la tirer,
01:01:33l'essentiel était
01:01:34que les Kulunas
01:01:34aient peur à leur tour.
01:01:36Pour l'instant,
01:01:37l'effet est là.
01:01:38Les gangs de Kinshasa
01:01:40se tèrent à nouveau,
01:01:41comme à l'époque
01:01:42de l'Ikofi.
01:01:43Les forces de l'ordre
01:01:45se félicitent
01:01:46de la baisse
01:01:46de la criminalité
01:01:47depuis le lancement
01:01:48d'opération
01:01:49Undobo
01:01:49fin 2024.
01:01:52Mais beaucoup
01:01:53d'observateurs
01:01:53sont sceptiques
01:01:54sur la durabilité
01:01:55de cette accalmie.
01:01:57« Si on ne traite
01:01:58pas la pauvreté,
01:01:59le chômage
01:02:00et l'exclusion
01:02:00qui contribuent
01:02:01au crime,
01:02:02ça repartira »,
01:02:03avertit un activiste
01:02:04des droits humains.
01:02:06D'ailleurs,
01:02:07la société congolaise
01:02:08reste divisée
01:02:09sur cette peine de mort.
01:02:10Plusieurs députés
01:02:11ont publiquement
01:02:12pris position
01:02:13contre l'exécution
01:02:14des Kulunas,
01:02:15prônant à la place
01:02:16la voie de la rééducation
01:02:17et réinsertion
01:02:18dans la société.
01:02:19Ils rappellent
01:02:20que ce qui a marché
01:02:21pour certains,
01:02:22le service national,
01:02:24pourrait être généralisé
01:02:25au lieu de la solution
01:02:26finale irréversible.
01:02:28Le débat est donc ouvert.
01:02:30La peur doit-elle
01:02:31changer de camp
01:02:32pour de bon,
01:02:33quitte à rouvrir
01:02:34des chambres d'exécution
01:02:35close depuis 20 ans ?
01:02:37Où faut-il investir
01:02:38dans la jeunesse,
01:02:39même délinquante,
01:02:41et lui tendre la main
01:02:42plutôt que la gâchette ?
01:02:44Le destin des Kulunas
01:02:45oscille entre ces deux extrêmes.
01:02:47Et la réponse à ce dilemme
01:02:49sera cruciale
01:02:50pour l'avenir du Congo urbain.
01:02:52Au bout de ce voyage,
01:02:54la réponse claque
01:02:55comme une gifle.
01:02:56Les Kulunas
01:02:57ne sont pas tombés du ciel,
01:02:59nous les avons fabriqués.
01:03:00La misère qui étouffe,
01:03:02les familles fracassées,
01:03:03la violence héritée
01:03:05des guerres,
01:03:06l'impunité maquillée
01:03:07en justice,
01:03:08la politique
01:03:09qui, trop souvent,
01:03:10graissait la machette
01:03:11au lieu de la briser.
01:03:12Tant qu'on s'acharne
01:03:14sur les symptômes,
01:03:15rafle,
01:03:16pandémie brandie
01:03:17comme menace,
01:03:18opération coup de poing,
01:03:19la fièvre baisse un soir
01:03:21et remonte le lendemain
01:03:22parce que l'infection
01:03:23reste là.
01:03:24Chômage massif,
01:03:25écoles à genoux,
01:03:26commissariat corrompu,
01:03:28parrain en costume.
01:03:30Voilà pourquoi
01:03:31personne n'arrive
01:03:32à les arrêter durablement.
01:03:33Et toi,
01:03:34moi,
01:03:35nous tous,
01:03:36on a fermé les yeux,
01:03:37payé la taxe de survie,
01:03:39laissé des enfants
01:03:39dormir dehors,
01:03:40puis on s'étonne
01:03:41de les voir revenir
01:03:42avec une lame.
01:03:43Alors on fait quoi ?
01:03:44On coupe les racines.
01:03:46Emploi,
01:03:47éducation,
01:03:48rues éclairées et nommées,
01:03:49police payée et formée,
01:03:51juge incorruptible,
01:03:52fin des protections politiques.
01:03:54Fermeté,
01:03:56oui,
01:03:56mais légale,
01:03:57transparente,
01:03:58égale pour tous.
01:03:59Et main tendue
01:04:00à ceux qui peuvent
01:04:01encore revenir.
01:04:03Sauver les enfants
01:04:03pour sauver le Congo,
01:04:05sinon la ville
01:04:05continuera d'élever
01:04:06ses bourreaux.
01:04:08Souviens-toi,
01:04:09derrière chaque kuluna,
01:04:10il y a un gamin
01:04:11qu'on n'a pas regardé à temps.
01:04:13Arrêter les kuluna,
01:04:14ce n'est pas
01:04:15être quelques adolescents
01:04:16de plus.
01:04:17C'est changer le système
01:04:18qui les produit.
01:04:19Si on s'y met vraiment,
01:04:21la machette cessera
01:04:22d'être un destin.
01:04:23Sinon demain,
01:04:24on comptera encore nos morts
01:04:26et on jurera,
01:04:27la bouche pleine de cendres,
01:04:28qu'on n'a rien compris.
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