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Yacou le Chinois _ Le roi de la MACA mort d’une balle dans la tête
Transcription
00:00Ce matin, des détenus de la maison d'arrêt et de correction d'Abidjan Maka ont tenté de s'évader,
00:05mais grâce à la promptitude des forces républicaines de Côte d'Ivoire, le calme est revenu
00:09et les détenus ont été priés de régagner l'heure.
00:25Ce matin, à l'appel, ils étaient 2 182, et donc on a un dispositif de sécurité
00:35qui est fait d'une douzaine, de douze corridors, de douze miradors, pardon,
00:40et donc il y a eu, d'après les premiers éléments d'investigation,
00:44une défaillance et un dysfonctionnement au niveau d'un des corridors,
00:48et peut-être aussi des complicités internes.
00:55Abidjan, quartier d'Abobo, début des années 1990.
01:00Au milieu des ruelles sablonneuses et des cours encombrés de bassines d'eau
01:04et de carcasses de vieilles voitures, un gamin au regard vif et aux yeux légèrement bridés
01:09se faufile entre les vendeuses de bananes plantains.
01:13Son nom ?
01:14Yakouba Koulibaly.
01:16Mais les gamins du quartier l'ont déjà surnommé « le chinois »,
01:20un surnom moqueur qui, avec le temps, deviendra une marque de fabrique.
01:25Né en 1988, au cœur d'une côte d'ivoire déjà fracturée par les inégalités,
01:31Yakou grandit dans l'ombre des immeubles délabrés et des petits ghettos
01:34où l'électricité est un luxe et où l'école est souvent une option.
01:39Son père, un travailleur saisonnier, est souvent absent.
01:43Sa mère, vendeuse de beignets au marché d'Abobo, peine à nourrir la fratrie.
01:48Très tôt, il apprend la débrouille.
01:50À dix ans, il traîne déjà avec les aînés du quartier,
01:53de jeunes débalousseurs qui volent des portefeuilles,
01:56dans les gbacas et revendent des téléphones volés sur les marchés de Cocovico.
02:00Les plus vieux lui apprennent les combines,
02:03la technique du coup de fil à la famille du voleur,
02:05pour négocier sa libération contre un billet.
02:08L'école, il la quitte à douze ans.
02:11Ici, les diplômes, ça remplit pas le ventre, confie-t-il un jour à un voisin.
02:16À quinze ans, Yakou se rêve déjà plus grand que ses petits braqueurs de quartier.
02:20Il veut devenir un roi, un homme craint et respecté.
02:24Un soir de 2003, il participe à son premier vrai braquage,
02:28un cambriolage improvisé dans une boutique de recharge téléphonique près de la gare d'Abobo.
02:33C'est un coût minable, à peine 20 000 francs CFA et trois téléphones portables volés.
02:39Mais pour Yakou, c'est la première goutte de sang versée sur l'hôtel du banditisme.
02:44La rumeur court vite dans le quartier.
02:46Le chinois a fait un braquage.
02:49Certains admirent, d'autres craignent déjà ses yeux froids et son sourire de hyène.
02:53Il est arrêté quelques jours plus tard par la police de la commune d'Abobo,
02:58menotté au petit matin, sous les cris de sa mère impuissante.
03:02À la brigade, il est battu à coups de matraques et de câbles électriques.
03:07Mais il refuse de dénoncer ses complices.
03:10Condamné à trois ans de prison pour vol aggravé,
03:13il découvre la Maca pour la première fois en 2004.
03:17Les murs suintent l'humidité et la peur.
03:19Il partage sa cellule avec douze autres détenus, tous plus âgés et plus aguerris.
03:26Là, il apprend le langage du ghetto.
03:29La hiérarchie des vieux pères, les alliances à forger, les gardiens à corrompre.
03:34Mais la prison, pour Yakou, c'est un laboratoire.
03:38Il observe, il apprend, il se lie avec des braqueurs plus expérimentés
03:43qui lui enseignent l'art de la Kalachnikov et des amulettes protectrices.
03:46Il comprend qu'en prison, la force ne suffit pas.
03:50Il faut des réseaux, des bons petits, prêts à mourir pour toi.
03:54En 2006, il s'évade de la Maca pour la première fois.
03:57Une mutinerie éclate.
03:59Yakou profite du chaos pour disparaître dans la nuit d'Abobo.
04:02Il réapparaît quelques mois plus tard, plus déterminé que jamais,
04:06prêt à gravir les échelons du crime.
04:11Abidjan, décembre 2010.
04:13Le ciel est chargé d'angoisse.
04:16Les rumeurs d'affrontements remplissent les ruelles d'Abobo et d'Adjamé.
04:20Les fumées noires des pneus brûlés s'élèvent,
04:23comme des oracles d'une ville en guerre.
04:25Les partisans de Laurent Gbagbo et d'Alassane Ouattara
04:29s'affrontent à coups de machettes, de fusils et de slogans.
04:33Les quartiers s'embrasent et Abidjan devient un champ de bataille.
04:37Yakou, le chinois, alors à peine âgé de 22 ans, choisit son camp.
04:42Dans la confusion et le chaos, il voit une opportunité.
04:46La guerre n'est pas qu'un bain de sang, c'est une échelle sociale.
04:49Et il est prêt à tout pour grimper.
04:52Il rallie les forces républicaines de Côte d'Ivoire,
04:56FRCI, le bras armé d'Alassane Ouattara.
05:00Dans ce maquis urbain où se mêlent ex-rebelles du nord
05:03et jeunes des ghettos d'Abidjan,
05:05il trouve sa place parmi les hommes de Watao,
05:07l'un des com-zones les plus redoutées du pays.
05:11Watao, de son vrai nom Issyaka Ouattara,
05:14est le chef des zones d'Abidjan Sud.
05:17C'est un homme puissant, craint et respecté,
05:20un seigneur de guerre à l'aura magnétique.
05:23Yakou est adoubé caporal, un grade modeste,
05:26mais qui, dans ce contexte de guerre,
05:29fait de lui un chef de bande armée.
05:32Kalachnikov en main,
05:33il sillonne les rues éventrées de Yopougon et Dabobo,
05:36menant des raids, levant des barrages,
05:38raquettant les passants.
05:40Chaque jour est une question de survie et de pouvoir.
05:43La peur est un carburant,
05:45l'adrénaline un poison délicieux.
05:47Dans la nuit d'Abidjan,
05:49les fusillades se mêlent aux hurlements des femmes.
05:52Des pick-up Toyota surmontés de mitrailleuses
05:54traversent les quartiers.
05:55Les FRCI progressent,
05:58quartier par quartier,
05:59quartier après quartier,
06:00traquant les miliciens Progbagbo.
06:02Les maisons sont fouillées,
06:04les hommes abattus sur simples soupçons.
06:07Dans ce chaos,
06:08Yakou le Chinois se forge une réputation de soldat impitoyable.
06:11Les témoins racontent qu'il tirait le premier
06:13et posait les questions ensuite.
06:15Il était connu pour sa Kalachnikov ornée de gris-gris,
06:18son sourire narquois,
06:20ses yeux bridés qui lui valurent son surnom,
06:22et une part de mystique dans un univers où la magie et la violence se confondent.
06:27Certains disent qu'il participait aux exécutions sommaires,
06:30qu'il pillait les maisons et imposait sa loi comme il l'avait appris dans les ruelles d'Abobo.
06:35Avec Watao,
06:36le lien est plus qu'un pacte militaire,
06:38c'est une fraternité née du sang et de la poudre.
06:41Watao protège son petit frère
06:43et le charge parfois de missions sensibles.
06:46Sécuriser un quartier,
06:48surveiller les ennemis politiques.
06:49Dans la hiérarchie chaotique des FRCI,
06:52Yakou apprend vite à tirer profit de sa réputation.
06:55Le 11 avril 2011,
06:57Laurent Gbagbo est capturé dans son bunker de Kokodi.
07:01Les FRCI hurlent « Victoire ».
07:04Yakou, auréolé de son engagement aux côtés des vainqueurs,
07:07se sent invincible.
07:09Il a combattu pour Ouattara
07:11et il compte bien encaisser les dividendes de la victoire.
07:14Mais la guerre laisse derrière elle des cadavres et des plaies ouvertes.
07:18Les exactions commises dans les quartiers d'Abidjan
07:20marquent à jamais la mémoire collective.
07:23Et pour Yakou, le chinois, ce n'est que le début.
07:26Car la violence qu'il a appris à manier comme une arme
07:29va devenir son moyen de régner sur la prison.
07:32Dans la fureur des balles et des cris,
07:34Yakou a trouvé sa voie.
07:35Celle du bandit devenu soldat,
07:37du soldat devenu seigneur.
07:38La côte d'Ivoire bascule,
07:40et lui avec elle.
07:45Abidjan, août 2011.
07:48À peine quelques mois après la capture de Laurent Gbagbo,
07:51les portes de la maison d'arrêt et de correction d'Abidjan,
07:55Maca,
07:55se referment sur Yakou le chinois.
07:58Condamné à 20 ans de réclusion pour braquage à main armée,
08:02il est affecté au bâtiment C,
08:04le couloir des Longues Pènes,
08:05là où pourrissent les parias du système.
08:08Mais pour Yakou, la prison n'est pas un tombeau.
08:12C'est un nouveau royaume à conquérir.
08:14Le béton suinte d'humidité,
08:17les murs retiennent les cris et les larmes.
08:19Mais pour lui, c'est une scène de pouvoir.
08:22Il ne tarde pas à imposer sa marque.
08:25Carisme de chef de gang,
08:27violence froide,
08:28essence innée de la hiérarchie.
08:31Dès les premiers jours,
08:33il recrute ses bons petits,
08:35une armée de fidèles recrutés parmi les plus faibles,
08:37les sans-familles,
08:39ceux qui n'ont personne pour glisser quelques billets à un gardien
08:42ou apporter un repas chaud au parloir.
08:44Ils font la lessive,
08:46préparent la nourriture,
08:47protègent,
08:48espionnent,
08:49exécutent les ordres.
08:50Dans ce monde parallèle,
08:52chaque service se paie en argent,
08:54en nourriture ou en protection.
08:57Yaku instaure un gouvernement
08:59parallèle au cœur de la Maca.
09:01Un adjoint,
09:02sorte de ministre de l'intérieur,
09:04gère les conflits entre détenus.
09:06Les requins,
09:08ses gros bras intrépides,
09:10veillent à l'ordre interne,
09:12raquettent,
09:12frappent,
09:13éliminent les récalcitrants.
09:15Dans chaque bâtiment,
09:17un chef d'étage administre la répartition des cellules
09:20et perçoit les taxes.
09:21Le système est rodé.
09:23À la Maca,
09:24rien n'est de gratuit.
09:26Une place descente dans une cellule,
09:28c'est 20 000 francs CFA minimum,
09:30versé directement au lieutenant de Yaku.
09:33Pour une cellule VIP,
09:35comptez le double.
09:36Pour un matelas,
09:37un seau,
09:38une couverture,
09:39un téléphone,
09:40chaque objet du quotidien
09:41passe par la mainmise du gouvernement.
09:44Et Yaku trône au sommet.
09:45Il signe,
09:47il valide,
09:48il tranche.
09:48Des rumeurs courent
09:50qu'il peut faire transférer un détenu,
09:52obtenir une autorisation de visite exceptionnelle
09:55ou, au contraire,
09:56enterrer un rival dans le silence d'un couloir obscur.
10:00Il distribue des billets
10:01comme un roi distribuerait des terres.
10:03Dans la cour centrale,
10:05entourée de sa garde rapprochée,
10:07il exhibe son pouvoir devant des centaines de détenus.
10:10Les gardiens,
10:11certains ferment les yeux,
10:13d'autres encaissent leur part.
10:14Car Yaku a des soutiens au-delà des murs,
10:18des complicités dans l'administration pénitentiaire,
10:21des amitiés douteuses
10:22tissées au cœur de la crise postélectorale.
10:26Il est le chef de la MACA.
10:28Et même le régisseur doit composer avec lui.
10:31Dans ce royaume du crime,
10:33la loi du plus fort est écrite à la pointe du couteau.
10:35C'est un royaume,
10:36c'est un royaume.
10:37Voilà,
10:38le palais,
10:38le général,
10:39le palais voit dans le...
10:40Je suis venu d'y me dire merci au général.
10:42Depuis que nous sommes ici,
10:44grâce au général,
10:45nous avons eu la...
10:46Après,
10:47il nous a tous...
10:48C'est un royaume.
10:48On a perdu,
10:49mais le général est ça avec nous.
10:51On ne s'appelait pas,
10:53quand on vient voir le général,
10:54lui, le frère,
10:55il est ensemble.
10:55Il y a plus de situation.
10:56Il y a plus de situation.
10:57Il faut le palais que c'est maïs.
10:59C'est maïs.
10:59Il n'y a rien en face.
11:00C'est maïs.
11:02C'est lui qui m'a reçu.
11:04C'est lui qui m'accompagne.
11:06Une anecdote.
11:08Le 30e,
11:0812e mois,
11:10le 30e,
11:1110e mois,
11:112012,
11:12lorsque je suis arrivé ici à la marque,
11:15à 22h,
11:16la personne qui m'a reçu
11:18par le bien de Poco,
11:19c'est le général.
11:21Il y avait un sac bandoulière.
11:22Il m'a reçu à la 104.
11:24Dougo dit non,
11:25c'est pas là,
11:25il m'a reçu.
11:26Il dit oh,
11:27toi,
11:27c'est l'homme qui a un sac
11:28avec une valise.
11:30Fasse ici.
11:31Voilà,
11:32donc c'est mon gars.
11:33Un ensemble.
11:34Quand à moi,
11:34il a dit
11:35envoie-le dans ma cellule.
11:3604,
11:37c'est pour moi,
11:37venez-le là-bas.
11:39Il y a bien pris
11:40tout de la cellule.
11:42Il y a pris tout de la cellule.
11:43Il y a rien.
11:46Il y a un truc qui a été dit,
11:47c'est ça ?
11:48C'est pas de mentir.
11:50C'est pas de mentir.
11:50Il y a un bon sang,
11:51ça.
11:52C'est pas de mentir.
11:53Il y a Koudicte qui vit,
11:55qui meurt,
11:56qui mange.
11:57Il revendique la morale carcérale,
11:59interdit d'homosexualité,
12:01interdit de trahison.
12:03Tout passe par lui,
12:05jusqu'aux visites des femmes,
12:06qu'il fait venir dans le bâtiment des hommes
12:08comme on convoque une favorite au palais.
12:11La Maca est devenue son empire.
12:14Le ghetto a franchi les murs de la prison
12:16pour y réécrire ses lois.
12:18Ici,
12:19le crime n'est plus un délit,
12:20mais une administration parallèle
12:22où chaque détenu devient un sujet,
12:24chaque gardien un complice potentiel.
12:27Dans cette prison surpeuplée,
12:29où plus de 5000 âmes
12:31survivent pour 1500 places,
12:34Yaku le chinois règne en maître.
12:36Le béton,
12:37les armes,
12:38l'argent et la peur
12:39sont les piliers de son trône.
12:41C'est ici,
12:42dans la Maca,
12:43qu'il a forgé sa légende.
12:44Un roi criminel
12:45au sein même du système carcéral.
12:48Une créature née du chaos politique ivoirien
12:50est devenue l'incarnation de l'impunité.
12:56Abidjan,
12:572015.
12:58La lumière d'un soleil écrasant
13:00se reflète sur les murs décrépits de la Maca.
13:03Dans la cour,
13:04des détenus vêtus de haillons
13:06se rassemblent autour d'un attroupement inhabituel.
13:10C'était un jour spécial,
13:11car ce jour-là,
13:13Yaku le chinois organise un travailment.
13:15Il distribue des billets de 1000 et 2000 CFA
13:18comme un roi bienveillant.
13:20À ses pieds,
13:21des hommes et des femmes
13:22baissent la tête.
13:24Certains murmurent des bénédictions,
13:26d'autres tendent la main,
13:27cherchant un signe de sa clémence.
13:29Il sourit,
13:30un portable dernier cri vissé à l'oreille,
13:32et arbore un t-shirt à son effigie.
13:35Sur le mur derrière lui,
13:37une fresque flambant neuve,
13:38peinte à la hâte par des prisonniers artistes,
13:40proclame
13:41« Yaku la paix »,
13:43encadré de colombes
13:44et de rameaux d'oliviers.
13:46À la Maca,
13:47la mise en scène est parfaite.
13:48Yaku,
13:49le caïd devenu mécène,
13:51se rêve en mandela local,
13:53citant le nom du héros sud-africain
13:54à qui il emprunte le vernis de la réconciliation.
13:57Il se pose en homme de paix,
14:00distribuant l'aumône et les promesses.
14:02La vidéo circule sur YouTube
14:04comme un testament de sa grandeur.
14:06Yaku le Chinois,
14:08le bandit repenti,
14:09le chef généreux.
14:11Dans un audio enregistré depuis la prison,
14:14Yaku le Chinois déclare
14:15Beaucoup de choses se disent
14:18sur mon compte.
14:21Beaucoup de choses s'écrivent aussi
14:23sur ma personne
14:24sans pour autant me connaître véritablement.
14:29Dans la vie,
14:30il faut savoir donner un sens
14:32à sa vie
14:34et avoir un idéal.
14:36Depuis bientôt 5 ans,
14:39je puge une peine
14:41de 20 ans
14:42pour avoir attaqué une banque.
14:46Je dois ma célébrité
14:47au combat
14:49que j'ai mené ici
14:52en détention,
14:54à savoir
14:55aboli la pédophilie,
14:58le racket
14:59et le brimat des agents
15:02sur les détenus.
15:04Dans cet enregistrement,
15:06Yaku cherche à exposer
15:07une facette réformatrice
15:08de sa trajectoire carcérale.
15:10Il y revendique
15:11une position de leadership morale
15:13au sein de la prison,
15:14dénonçant certains abus
15:15et affirmant avoir protégé
15:17les plus faibles.
15:18Il insiste sur ses efforts
15:20pour apporter une forme
15:21de justice interne
15:23dans un univers abandonné
15:24de l'État.
15:26Plus loin dans l'audio,
15:27il explique.
15:28Je vais même jusqu'à régler
15:31les ordonnances médicales
15:33de mes co-détenus
15:35en passant
15:37par la distribution
15:38de vivre.
15:40Il décrit ici
15:41une gestion interne
15:43quasi administrative
15:44qu'il aurait exercée
15:46dans la cour
15:46comme un gouverneur
15:48non-élu de la MACA.
15:50Cela reflète
15:51le pouvoir parallèle
15:52qu'il détenait
15:52dans un espace
15:54où l'autorité officielle
15:55peinait à s'imposer.
15:57Dans une autre séquence,
15:59il évoque un événement
16:00du 10 janvier 2016.
16:02Le lundi 10 janvier 2016,
16:06un gramme s'est produit
16:08et je ne comprends pas
16:10qu'on veuille me faire
16:11porter le chapeau.
16:13J'étais dans ma cellule
16:14quand on m'informe
16:17de ce que
16:18au commentairement
16:20vient d'être pris à partie
16:21par d'autres détenus
16:23pour une affaire de drogue.
16:25Ceux que nous appelons
16:27les requins
16:30chargés
16:30de la sécurité
16:31de la cour
16:32sont intervenus
16:33pour l'extiper
16:34des griffes
16:35de ces bourreaux.
16:36Mais il était
16:37un mal en point.
16:39En attendant
16:40que l'infirmierie
16:41soit ouverte,
16:43ils l'ont déposé
16:44dans l'une des grilles
16:45du bâtiment C
16:46où malheureusement
16:48est rendu l'âme.
16:50L'incident qu'il décrit
16:51fait référence
16:52à la mort
16:53d'un jeune détenu
16:54nommé Raymond,
16:55victime d'un règlement
16:56de compte
16:57lié à une affaire
16:58de drogue.
16:59Yaku affirme
17:00ne pas être impliqué.
17:02Ce passage
17:03permet d'illustrer
17:04les tensions internes
17:05à la prison,
17:06les conflits de pouvoir
17:07et les tentatives
17:09pour préserver
17:09une image de leader
17:11détachée
17:12des violences
17:12les plus visibles.
17:14Un autre extrait
17:15apporte une touche
17:16plus symbolique
17:16à son propos.
17:17le président
17:19le président
17:19Félix Oufoet-Boigny
17:20m'a marqué
17:21pour son esprit
17:22de paix
17:23et de tolérance.
17:26Nelson Mandela
17:27pour son combat
17:29contre l'injustice
17:30dans l'allemand violence.
17:33Voici ces grands hommes
17:34auxquels je veux
17:35ressembler.
17:41En citant
17:42ces figures historiques,
17:44Yaku s'inscrit
17:45dans une posture
17:46de transformation
17:46voire de rédemption.
17:49Ce positionnement
17:50révèle le contraste
17:51entre l'image
17:52qu'il veut projeter
17:53et celle véhiculée
17:54par les témoignages
17:55de l'intérieur.
17:56Il se peint
17:57comme un homme de paix
17:58dans un environnement
17:59où la paix se paie
18:00au prix du silence
18:01ou de la soumission.
18:03Mais au-delà
18:04de ces paroles,
18:05la réalité de la maca
18:06témoigne d'un système
18:08informel structuré
18:09autour de lui.
18:10Dans les cellules
18:11surpeuplées,
18:12chaque matelas,
18:14chaque bol de riz,
18:15chaque gramme de drogue
18:17est taxé
18:17par son gouvernement
18:18parallèle.
18:19Les plus pauvres,
18:21abandonnés par leur famille,
18:22devaient payer
18:23leur survie
18:24au prix fort.
18:24Ces bons petits,
18:26ces lieutenants fidèles,
18:28faisaient régner
18:29la terreur
18:29dans les couloirs,
18:30raquettant
18:31et punissant
18:32sans pitié.
18:33Ils jouaient également
18:34un rôle de juge.
18:35Ils traquaient
18:36les homosexuels,
18:37les violeurs présumés
18:38et d'autres profils
18:39considérés
18:40comme indésirables,
18:41appliquant ses propres peines
18:43sans passer
18:43par la justice.
18:45Certaines sources
18:46évoquent des exécutions
18:47discrètes,
18:48des corps évacués
18:49sans traces.
18:50Ils exerçaient
18:51une forme de justice
18:52expéditive,
18:53autoritaire,
18:54et parfois létale.
18:56Dans cet univers
18:57où l'État est absent,
18:59Yaku avait érigé
19:00un système alternatif.
19:01Entre la fresque
19:02colorée sur les murs
19:03et les cris étouffés
19:04dans les cellules,
19:05il existe une ligne
19:06invisible
19:07que lui seul
19:08pouvait franchir,
19:09celle entre le bienfaiteur
19:10et le bourreau.
19:12Yaku n'a jamais été
19:13uniquement un criminel,
19:15ni uniquement un chef de guerre,
19:16ni uniquement un prisonnier.
19:21Abidjan,
19:22janvier 2016.
19:24La chaleur de la saison sèche
19:26colle aux murs décrépits
19:27de la Maca.
19:28Une rumeur parcourt
19:29les couloirs,
19:30un murmure venu du greffe
19:32des bureaux
19:32de l'administration pénitentiaire.
19:34Le régime veut se débarrasser
19:36de Yaku le chinois.
19:38Boaké,
19:39un transfert qui sonne
19:40comme une condamnation à mort
19:41pour un roi
19:42qui a bâti son trône
19:43dans la chaleur de la Maca.
19:45Mais Yaku n'est pas homme
19:46à se laisser déloger.
19:48Au contraire,
19:49il jubile.
19:50Il fait pleuvoir les billets,
19:52convoque ses lieutenants,
19:53orchestre la résistance
19:54comme un général
19:55sur son territoire.
19:57Autour de lui,
19:58ses bons petits
19:59se pressent,
20:01se disputent,
20:02ses faveurs,
20:03guettent ses ordres
20:04comme les soldats fidèles
20:05d'un empire assiégé.
20:06D'ailleurs,
20:07l'événement qu'il avait organisé
20:09le 17 décembre 2015,
20:12évoqué dans le chapitre précédent,
20:14en dit long.
20:16Officiellement,
20:17il s'agissait d'un concert caritatif
20:19organisé par une ONG.
20:21En réalité,
20:22Yaku avait transformé
20:23la cour de la Maca
20:24en scène de propagande.
20:26Des liasses de billets
20:27jetées dans les airs,
20:29des t-shirts à son effigie
20:30distribués comme des trophées
20:31et une fresque murale
20:33flambant neuve
20:34proclamant
20:35« Yaku la paix ».
20:36Mandela pour les caméras,
20:38parrain pour la cour.
20:39L'administration tremble.
20:41Le nouveau régisseur
20:42refuse le deal.
20:44Il ne négociera pas
20:45avec un bandit.
20:46Il veut la loi.
20:47Il veut la discipline.
20:49Il veut un transfert
20:50à Boaké.
20:51Mais Yaku est plus
20:52qu'un prisonnier.
20:53Il est un mythe vivant,
20:54un roi que même
20:55les gardiens redoutent.
20:56Dans les cellules,
20:58la tension monte.
20:59Les alliés du Caïd
21:00murmurent
21:01« Il ne partira pas ».
21:03Les jours passent.
21:05Chaque matin,
21:06l'ombre du transfert
21:07plane sur la prison
21:08comme un vautour.
21:09Chaque soir,
21:10le bruit des barreaux,
21:12des chuchotements
21:12et des serments
21:13de fidélité.
21:15Puis vient le 20 février 2016.
21:17À l'aube,
21:18un nouveau détenu
21:19se présente au greffe.
21:21Une fouille banale
21:22dégénère.
21:23Des insultes.
21:25Un coup de poing.
21:27Les jeunes détenus
21:28s'agitent,
21:29lancent des pierres.
21:30Les balles sifflent.
21:32Dans la cour centrale,
21:33la poussière
21:34se mêle au sang.
21:36Yaku, le chinois,
21:37sort du bâtiment C,
21:38bardé d'amulettes,
21:39une kalachnikov en main.
21:41Dans ses yeux,
21:42un éclat de défiance.
21:44Les gardiens reculent,
21:46la peur au ventre.
21:47Certains murmurent,
21:48il est invincible.
21:50Il avance,
21:51le pas lourd,
21:52son arme dressée,
21:54prêt à défendre son royaume.
21:56Ces hommes le suivent,
21:58hurlant son nom
21:59comme un totem de résistance.
22:01Selon les détenus,
22:03Yaku reçut une première balle
22:04dans le poumon
22:05lors d'un échange
22:06de coups de feu
22:07entre gardes pénitentiaires
22:08et détenus
22:09dans la cour de la prison.
22:11Yaku vacille.
22:12Il titube,
22:13mais refuse de tomber.
22:15Il touche le corps
22:16d'un prisonnier mort,
22:17geste interdit.
22:19La légende veut
22:20que le charme se brise.
22:22Il regarde ses hommes,
22:24son regard encore
22:25plein de feu.
22:26Dans la cohue,
22:27ses alliés le portent
22:28jusqu'au greffe,
22:30ses bras ballants,
22:31sa chemise trempée de sang.
22:33Le silence est lourd.
22:35Puis un coup de feu
22:36secoue la maca.
22:37Il fut finalement
22:38achevé par un gardien
22:39d'une balle dans la tête.
22:40Le roi s'effondre.
22:42Son corps est traîné,
22:44nu,
22:44exposé.
22:45Pour briser le mythe.
22:47Pour dire au royaume carcéral,
22:48il n'est plus invincible.
22:50Une photo circule,
22:52un corps humilié,
22:53un symbole anéanti.
22:55Dans les heures qui suivent,
22:57dix détenus
22:58et un gardien
22:58tombent sous les balles.
23:00Des blessés par dizaines.
23:02Des armes retrouvées
23:03dans les cellules.
23:05Les chefs de la prison,
23:06fébriles,
23:07inspectent les murs
23:08et découvrent
23:09les talismans enterrés,
23:11les fétiches de Yaku.
23:12La magie s'effondre
23:14avec le sang versé.
23:16Ainsi se termine
23:17le règne de Yaku,
23:17le chinois.
23:18Dans la chaleur,
23:20la poussière et le feu.
23:22Ce samedi 20 février 2016,
23:26aux environs de 9 heures,
23:28un incident grave
23:29est survenu
23:30à la maison d'arrêt
23:31et de correction
23:32d'Abidjan, Maka.
23:34En effet,
23:36à la suite
23:36d'une opération
23:37de renforcement
23:38de la sécurité
23:39à l'intérieur
23:40de l'établissement,
23:42certains détenus
23:43menés par Koulibaly
23:44Yacouba
23:44alias Yaku le chinois
23:46ont opposé
23:48une farouche résistance
23:49et ce,
23:51pendant plusieurs heures.
23:53Ceci a occasionné
23:54des heurts
23:55au cours
23:56desquels
23:56dix agents pénitentiaires
23:58ont été blessés,
24:00dont malheureusement
24:01un a succombé
24:03à ces blessures.
24:05Du côté des détenus,
24:07l'on déploie la mort
24:07de Koulibaly
24:08Yacouba
24:09alias Yaku le chinois.
24:11Tous les blessés
24:12ont été évacués
24:13au CHU
24:14de Yopougan
24:15où ils reçoivent
24:16des soins appropriés.
24:19Le gouvernement
24:20présente
24:21ses condoléances
24:22les plus attristées
24:23aux familles
24:24endeuillées
24:25et ses voeux
24:27de prompt rétablissement
24:28aux blessés.
24:30grâce à la prompte
24:32intervention
24:33des forces
24:34de l'ordre
24:35que nous tenons ici
24:36à féliciter
24:37et à remercier,
24:39la situation
24:39est désormais
24:40sous contrôle.
24:42Il avait fait de la prison
24:43un royaume.
24:44Il y meurt
24:45comme un roi déchu,
24:46trahi par ses propres
24:47amulettes,
24:48abattu par un système
24:49qu'il croyait dompter.
24:51La maca,
24:52ce matin-là,
24:53exale l'odeur
24:54âcre des fins de règne.
24:55Les murs tremblent encore
24:57des cris de la rébellion.
24:58Et sur la toile,
24:59l'image de son corps
25:00nu circule.
25:02Le dernier portrait
25:03du roi déchu.
25:04Un avertissement
25:05pour les vivants,
25:06un fantasme
25:07pour les morts.
25:08Et toi,
25:09que penses-tu
25:10de Yaku le Chinois ?
25:12Héros des oubliés
25:12ou stratège du chaos ?
25:15Dis-le en commentaire.
25:16Abonne-toi
25:17pour ne pas rater
25:18les prochains épisodes
25:19sur les figures
25:20les plus controversées d'Afrique.
25:22Partage cette vidéo
25:23si tu veux que la vérité
25:24dépasse les murs
25:25de la maca.
25:40Sous-titrage Société Radio-Canada
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