- il y a 2 jours
Zama _ Le Chef Microbes Qui A Terrorisé Toute la Côte d'Ivoire
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00:00Allez, sur les piquets moraux là, tu vois non ?
00:02Sur les lalées, vous voyez non ?
00:04C'est pas du jeu, hein ?
00:06C'est pas du jeu.
00:07On attend tous les jours, les micros ont tué ces gens,
00:10ils ont blessé telle personne ici,
00:11ils ont blessé telle personne ici.
00:13Les Ivoiriens ne sont pas en sécurité.
00:15Les Ivoiriens à tous bords.
00:1814 avril 2015, Abidjan,
00:22quartier d'Atecoubé.
00:23Ce jour-là, rien ne distingue le carrefour Sagidiba
00:26des autres coins d'Abidjan.
00:27Rien, sauf l'odeur.
00:30Une odeur de chair brûlée, de haine rance,
00:33de peur transformée en justice.
00:36Sur le bord de la route,
00:38près d'un caniveau envahi par les détritus
00:40et les eaux stagnantes,
00:41il ne reste qu'un tas de cendres grises.
00:44Un corps.
00:46Enfin, ce qu'il en reste.
00:49Des pieds noircis,
00:51un bout de mâchoire encore fumant.
00:53Et quelques mètres plus loin,
00:55une tête.
00:56Pas une métaphore.
00:58Une vraie tête humaine,
01:00découpée nette à la machette,
01:02brandie plutôt par une foule déchaînée.
01:04Une tête qu'on a fait défiler dans les rues
01:06d'Atecoubé comme un trophée de guerre.
01:09La tête de Zama.
01:12Tu n'étais peut-être pas là ce jour-là,
01:14mais si tu vis à Abidjan,
01:15tu as vu la vidéo.
01:17Envoyée en boucle sur WhatsApp,
01:19par Bluetooth, Facebook.
01:20On y voit un jeune homme,
01:22menotté,
01:23le visage en sang,
01:24le corps recroquevillé.
01:26Il reçoit un coup de pierre,
01:28puis un autre.
01:29Il chancelle.
01:30Il tente de fuir,
01:32de sauter dans un caniveau boueux.
01:34Mais la foule ne lâche pas.
01:36Elle le remonte.
01:37Elle le termine.
01:39À coups de marteau,
01:40à coups de machette.
01:42Elle découpe.
01:43Elle piétine.
01:45Elle hurle.
01:46Puis elle met le feu.
01:47Tu regardes.
01:48Tu détournes les yeux.
01:50Tu reviens.
01:51Car ce n'est pas un film.
01:53Ce n'est pas une série.
01:54C'est ton quartier.
01:56C'est ta ville.
01:57C'est la fin de Zama.
01:59Mais qui était-il vraiment,
02:00ce Zama ?
02:01Un démon ?
02:02Un caïd ?
02:03Un enfant perdu ?
02:05Les réponses varient
02:07selon à qui tu poses la question.
02:08Pour Anu et Hadji,
02:10deux jeunes d'Atecoubé
02:11croisés ce jour-là
02:12près du caniveau,
02:13c'était un monstre.
02:15Il a fait trop de mal ici.
02:17C'est important de voir
02:18où il est tombé.
02:19C'est comme un pèlerinage.
02:21On est soulagés.
02:23Pour d'autres,
02:25c'était un seigneur de la rue.
02:26Un roi d'ombre,
02:28armé de lames et de légendes.
02:30Le chef incontesté des microbes.
02:32Ses enfants bandits
02:33qui ont transformé
02:34les ruelles d'Abidjan
02:35en zone de guerre.
02:37Pour beaucoup,
02:38Zama n'était pas qu'un nom.
02:40C'était une époque.
02:41Une atmosphère.
02:42Un poison lent.
02:44Celui qu'on respire tous les jours
02:46quand l'État est sourd.
02:47Quand la misère éduque plus vite
02:49que l'école.
02:50Quand la rage devient survie.
02:52Quand la violence est la seule façon d'exister.
02:55Alors oui,
02:56Zama est mort ce 14 avril 2015.
02:582015.
02:59Mais sa mort n'est pas la fin de l'histoire.
03:02Elle en est le cri.
03:03Car derrière le lynchage,
03:05il y a une ville en colère.
03:07Derrière le cadavre,
03:08il y a une enfance piétinée.
03:10Derrière le monstre,
03:12il y a un humain.
03:12Alors,
03:14comment Zama est-il devenu le cauchemar d'Abidjan ?
03:17Et pourquoi sa mort a-t-elle été si atroce,
03:20si nécessaire,
03:21pour certains ?
03:23Ce documentaire est une descente dans l'enfer d'Atecoubé.
03:26Une plongée dans l'histoire d'un garçon né du chaos,
03:30devenu chef d'un empire de l'âme et de peur.
03:33Une immersion dans l'intimité de la violence urbaine.
03:36Une tentative de comprendre.
03:38Pas d'excuser.
03:40Pas de glorifier.
03:41Mais de raconter.
03:42Jusqu'au bout.
03:44Bienvenue dans Zama,
03:45le cauchemar d'Abidjan.
03:47Et si tu as le cœur bien accroché,
03:50suis-moi dans le caniveau.
03:55Boribana.
03:56A première vue,
03:57ça ressemble à un village qui aurait été oublié par le temps,
04:00coincé entre les collines de béton d'Abidjan.
04:03C'est ici que Zama voit le jour.
04:06Mamadou Traoré, de son vrai nom.
04:09Un petit garçon sans histoire,
04:11perdu au milieu de milliers d'autres.
04:13Ici, à Boribana,
04:15les enfants ne naissent pas vraiment.
04:17Ils survivent.
04:18Tu le croises, un jour de marché.
04:21Ses yeux sombres, profonds, inquiets.
04:25Trop vieux pour son visage.
04:26Il ne parle pas beaucoup.
04:28Il observe.
04:29Chaque geste, chaque mot, chaque faille.
04:32Il sait déjà.
04:34Ici, parler, c'est se vendre.
04:37Se taire, c'est apprendre.
04:39Son père est une ombre imposante dans le quartier.
04:42Un marabout redouté,
04:44qu'on salue à distance,
04:46qu'on craint plus qu'on ne respecte.
04:48Certains murmurent qu'il parle au djinn,
04:51qu'il peut appeler la pluie,
04:52ou rendre fou un ennemi.
04:54Vrai ou faux, peu importe.
04:56A Boribana,
04:58la croyance est plus forte que la vérité.
05:01Et Zama,
05:02il grandit dans cette aura,
05:04dans ce mélange de peur
05:06et de fascination.
05:08Le soir,
05:09quand la lumière électrique tremble
05:11avant de s'éteindre,
05:12les enfants du quartier
05:13se rassemblent près des foyers.
05:15Ils racontent des histoires,
05:17des monstres invisibles
05:18qui errent dans les ruelles,
05:20des esprits qui prennent
05:22les corps des vivants,
05:23des hommes qui ne meurent jamais,
05:26parce qu'ils connaissent les secrets.
05:29Zama écoute.
05:31Zama retient.
05:32Zama apprend.
05:34A l'école,
05:35il ne tient pas longtemps.
05:36L'alphabet,
05:37les tables de multiplication,
05:39tout ça lui semble dérisoire
05:41face au vacarme de la rue.
05:43Très vite,
05:44ils désertent les bancs.
05:45Ils préfèrent les marchés bondés,
05:47les attroupements
05:48ou quelques gestes rapides
05:49peuvent remplir une poche vide.
05:52Voler un mangue,
05:53détourner une pièce,
05:55apprendre à disparaître
05:56dans la foule.
05:57Mais la misère,
05:58elle,
05:59ne disparaît jamais.
06:00Elle colle aux pieds nus.
06:02Elle crache sur les rêves.
06:04Elle forge des points serrés.
06:06Zama subit.
06:08Les insultes,
06:09les coups,
06:10la faim,
06:11le mépris silencieux des autres,
06:13ceux du plateau,
06:14ceux des belles maisons,
06:15ceux qui passent en voiture
06:16sans ralentir.
06:18Petit à petit,
06:19il se forge une carapace.
06:21Pas une carapace d'enfant.
06:23Une armure d'acier froid,
06:26forgée dans l'humiliation.
06:27Un jour,
06:28il rentre chez lui
06:30avec le visage en sang,
06:31un regard qui ne vacille pas.
06:33Son père le regarde à peine.
06:35Pas un mot de compassion,
06:37juste un ordre brutal.
06:39devient fort
06:40ou meurt.
06:43C'est ce jour-là peut-être
06:44que Zama disparaît,
06:46que l'enfant Mamadou s'efface
06:48et qu'autre chose,
06:49quelque chose de plus dur,
06:51de plus féroce,
06:52commence à naître.
06:53Avec le temps,
06:55les autres enfants
06:56changent de regard sur lui.
06:57Ils ne le provoquent plus.
06:59Ils l'observent à distance
07:01comme on observe
07:02une bête sauvage.
07:04Certains cherchent sa protection,
07:06d'autres rêvent de l'imiter.
07:08Il est encore jeune,
07:10mais déjà,
07:11autour de lui,
07:12un cercle se forme.
07:14Un cercle d'admiration tremblante.
07:17Un début de meute.
07:19À la lisière de l'enfance,
07:21entre deux coups de machette,
07:22Zama découvre son pouvoir
07:24le plus dangereux,
07:25l'influence.
07:26Pas besoin de parler fort.
07:28Pas besoin de crier.
07:30Il suffit de regarder,
07:31de frapper juste,
07:32de survivre mieux que les autres.
07:34Il devient ce qu'on murmure
07:36au coin des ruelles.
07:37Un garçon pas comme les autres.
07:39Un garçon protégé.
07:42Un garçon intouchable.
07:44À Boribana,
07:45on raconte que son père
07:46lui aurait transmis
07:48plus que des prières.
07:49Un pacte.
07:51Un voile invisible autour de lui.
07:53Une protection mystique,
07:54capable de détourner
07:56les balles
07:56et de rendre fous
07:57ceux qui osent s'en prendre à lui.
07:59Vrai ou pas,
08:00qu'importe.
08:01Ce qui compte,
08:03c'est que tout le monde y croit.
08:04Et dans les quartiers pauvres,
08:06la croyance tue plus sûrement
08:08qu'une arme.
08:09Zama a 12 ans
08:10quand il donne son premier ordre.
08:12Un simple geste de la main.
08:14Un garçon plus jeune
08:15est battu à 100
08:16pour l'avoir regardé de travers.
08:18À 13 ans,
08:19il décide qui peut vendre du pain
08:21sur le marché de Boribana.
08:22À 14 ans,
08:24il réclame une taxe
08:25aux commerçants
08:25pour leur protection.
08:28Petit à petit,
08:29Zama ne vit plus dans Boribana.
08:31Il possède Boribana.
08:33Et le quartier,
08:34dans sa misère silencieuse,
08:35dans sa peur rentrée,
08:37dans sa soif de survivre,
08:39lui cède la place.
08:40Sans résistance,
08:41sans espoir.
08:43Boribana n'a pas vu grandir un enfant.
08:45Il a nourri un fantôme.
08:50A 16 ans à peine,
08:52il règne sur un petit groupe d'ombres.
08:54Des garçons faméliques,
08:56pieds nus,
08:57l'œil aussi aiguisé
08:58que des couteaux.
08:59Certains ont 10 ans,
09:01d'autres à peine 12.
09:02Tous ont fin.
09:03Fin de respect,
09:04fin d'argent,
09:05fin de vengeance
09:06contre une ville
09:07qui les ignore.
09:08Et Zama leur tend quelque chose
09:09de plus précieux encore.
09:11Un sens,
09:12une famille,
09:13une place.
09:15Ils se choisissent un nom.
09:17Pas un nom noble.
09:18Un nom sale,
09:19brutal,
09:20qui fait peur,
09:21rien qu'en le chuchotant.
09:23Les microbes.
09:25Un surnom volé au film
09:26La cité de Dieu.
09:27Un surnom qui dit tout.
09:29Petit,
09:30nombreux,
09:31invisible,
09:32mais capable de tout dévorer.
09:34Les règles du gang sont simples.
09:35Ne jamais opérer seul,
09:38toujours en meute.
09:39Ne jamais hésiter à frapper.
09:42Ne jamais montrer de pitié.
09:44Jamais.
09:45Zama impose des rituels.
09:47Avant chaque sortie,
09:48il doit frotter de la terre
09:50sur leur front,
09:51en guise de camouflage
09:52et de protection.
09:53Il se signe avec deux doigts
09:55levés vers le ciel.
09:57Et avant chaque attaque,
09:58un cri guttural
09:59fend l'air.
10:26Un hurlement de guerre,
10:28un appel à la peur.
10:30Le mode opératoire,
10:31aussi simple que mortel.
10:33Ils surgissent à la tombée de la nuit,
10:35profitant du chaos
10:37des jours de fête,
10:38quand les ruelles sont pleines,
10:39quand les esprits sont ailleurs.
10:41Une meute.
10:42Vingt,
10:43trente,
10:44parfois cinquante enfants
10:45armés de machettes,
10:47de tessons de bouteilles,
10:48de barres de fer.
10:49Ils fondent sur une cible.
10:51Un commerçant distrait,
10:52une femme seule,
10:53un vieillard,
10:54en frappant à la vitesse d'un essaim.
10:57Un coup de lame pour désorienter,
10:59un deuxième pour terrasser.
11:00Puis on vole.
11:02Téléphone,
11:02argent,
11:03chaîne,
11:04tout ce qui brille.
11:05Et on disparaît,
11:07avant que quiconque puisse réagir.
11:09Au début,
11:10la ville ne comprend pas.
11:12Comment une bande de gamins faméliques
11:13peut-elle tenir en respect
11:15des quartiers entiers ?
11:16Mais rapidement,
11:17Abidjan découvre.
11:18Et elle a peur.
11:20Tu tends l'oreille,
11:21et tu entends les histoires.
11:23Celle qu'on murmure dans les marchés
11:25d'Abobo,
11:25de Yopougon,
11:27d'Atecoubé.
11:28Celle des enfants à la machette
11:29qui ne reculent devant rien.
11:31Un vendeur de beignets poignardés
11:33pour avoir résisté.
11:35Une étudiante,
11:36son sac volé,
11:37le bras tranché
11:38pour avoir tenté de fuir.
11:40Un vieux,
11:41roué de coups en pleine journée,
11:43devant tout un marché
11:44paralysé par la peur.
11:45Les commerçants témoignent.
11:48Madame Conné,
11:49vendeuse de tissus à Boribana.
11:52Ils surgissèrent de nulle part.
11:54Des mômes,
11:55oui,
11:56mais avec la rage d'adultes.
11:58J'ai vu un petit,
12:00même pas onze ans,
12:01couper une corde à linge
12:02pour attraper un téléphone.
12:04Moussa,
12:05vendeur ambulant.
12:06Quand il criait
12:07« Microbe ! »
12:08c'était fini.
12:09Tu lâchais tout
12:10et tu priais que ça suffise.
12:12Le talent de Zama ?
12:14Semait la panique
12:15avant même
12:15que la première machette ne frappe.
12:17La terreur devient
12:18son arme la plus précieuse.
12:19plus puissante
12:21que n'importe quel Kalachnikov.
12:23Il cherche à marquer.
12:24Chaque raid est un message.
12:26Et pendant que les autorités hésitent,
12:28étouffées par les lenteurs administratives
12:30et la peur d'une explosion sociale,
12:33Zama tisse sa toile.
12:35Ils ont des machettes.
12:36Quand ils viennent,
12:37tout le monde court pour aller chez lui.
12:39Quand ils viennent,
12:39tout le monde court,
12:40sauf qui peut.
12:42Tout le monde fuit.
12:44On ne peut pas rester devant les enfants.
12:45Ce sont des enfants
12:46de 5 ans à 7 ans.
12:48Ce ne sont pas
12:48souvent de grandes personnes.
12:50En tout cas,
12:50on fait un effort.
12:51Les enfants nous fatiguent.
12:52quartier après quartier,
12:54rue après rue,
12:56trottoir après trottoir.
12:58Sa stratégie est diabolique de simplicité.
13:01Frapper lors des fêtes,
13:02quand la foule est dense.
13:03Frapper en meute,
13:04pour créer la confusion.
13:06Frapper vite,
13:07disparaître plus vite encore.
13:09Et surtout,
13:10frapper toujours les plus faibles.
13:12Jamais les soldats.
13:13Jamais les gangs armés rivaux.
13:15Non,
13:16les mamans,
13:17les marchands,
13:18les enfants,
13:18les vieux.
13:19Car frapper les faibles,
13:21c'est frapper l'âme d'une ville.
13:22Et Zama le sait.
13:23Petit à petit,
13:25les microbes deviennent
13:26un cauchemar urbain.
13:28Un monstre tentaculaire
13:29que personne ne peut arrêter.
13:31Les murs de Boribana,
13:32de Wasakara,
13:33d'Abobo
13:34se couvrent de graffiti.
13:36Les marchés se vident plus tôt.
13:37Les familles barricadent
13:39leurs portes
13:39dès la nuit tombée.
13:41La peur devient
13:42le bruit de fond de la ville.
13:53Et au sommet de ce chaos,
13:56trône un adolescent
13:57à la peau brûlée par le soleil
13:59au regard vide d'humanité.
14:01Zama.
14:02Et tout ça
14:03n'est que le début.
14:05Car bientôt,
14:06le gosse de Boribana
14:07va rêver plus grand.
14:09Contrôler non plus seulement
14:10un quartier,
14:11mais tout un empire de l'ombre.
14:13Boribana lui a donné la rage.
14:15La rue lui a donné des armes.
14:18La peur des autres
14:19lui a donné un trône.
14:20La prochaine étape ?
14:22Devenir intouchable.
14:24Devenir immortel.
14:29Si tu marches dans les ruelles
14:30d'Athekoube,
14:31la guerre n'a jamais vraiment
14:33quitté les murs.
14:33Elle s'est simplement déguisée.
14:36Les kalachnikovs,
14:37que certains anciens rebelles
14:39auraient dû déposer,
14:41dorment maintenant
14:42sous les matelas
14:42ou dans les fumoirs.
14:44La peur n'a pas disparu.
14:46Elle a changé de maître.
14:48Et à Boribana,
14:49ce maître,
14:50c'est Zama,
14:52le fumoir.
14:53Pas un endroit.
14:54Pas un simple taudy.
14:56C'est le cœur battant
14:57du pouvoir de Zama.
14:59Des cabanes brinque-ballantes,
15:01noircies par la fumée
15:02de joints infâmes.
15:03Des planches clouées
15:05à la va-vite,
15:05des nattes jetées au sol,
15:07des garçons agars,
15:09le regard absent,
15:10tirant sur des pipes artisanales.
15:13Odeurs de cannabis,
15:14de crack,
15:15de poudre à canon.
15:21Voici un des rares
15:22à reconnaître
15:23tenir un de ces fumoirs.
15:25Il dit ne pas être un microbe,
15:27mais admet avoir
15:27déjà commis des agressions.
15:29Un mode opératoire radical,
15:31des armes blanches
15:32pour inspirer la terreur.
15:34Le fumoir,
15:35c'est la tanière des oubliés.
15:37Et Zama en est le roi.
15:39Il contrôle tout.
15:40L'entrée,
15:41Qui peut fumer ?
15:43Qui peut vendre ?
15:44Le prix,
15:45Combien coûte
15:46une boule de shit
15:47ou un caillou de crack ?
15:49La sécurité,
15:51Quelles armes cachées
15:52sous les nattes ?
15:53La loi,
15:53celle de la lame
15:54et du respect de sous-menace.
15:56Son deal est simple.
15:57Tu veux de la drogue ?
15:59Tu payes ta taxe ?
16:00Tu veux fumer en paix ?
16:02Tu respectes ces gars ?
16:04Tu veux trahir ?
16:05Tu disparais ?
16:06Et derrière cette économie
16:08de misère,
16:09il y a des hommes
16:10plus puissants.
16:11Des ex-FRCI,
16:13des soldats
16:14restés accrochés
16:16à leurs armes
16:16et à leurs privilèges.
16:18Certains ferment les yeux,
16:20d'autres empochent
16:21discrètement leur part.
16:23Zama devient
16:24leur petit bras armé,
16:25un outil,
16:27un pion rentable.
16:28Et puis,
16:29il y a les armes,
16:30pas seulement des machettes,
16:32désormais.
16:33Kalachnikov,
16:34rafistolé,
16:36pistes pierres,
16:37à la balle,
16:38témoignage de Moussa,
16:40ancien microbe repenti.
16:42Quand on allait au combat,
16:44Zama nous faisait frotter
16:45de la terre rouge
16:46sur le visage.
16:47Il disait que ça nous rendrait
16:49invisibles,
16:50invincibles.
16:51Il faisait des prières
16:52en Dioula.
16:54On croyait en lui
16:55plus qu'en nos propres parents.
16:57Le mystique devient
16:58arme de domination.
17:00Zama n'est plus seulement
17:01un chef de gang.
17:02Il devient une légende vivante.
17:05Dans les ruelles
17:06datées coubées,
17:07on murmure,
17:08il ne peut pas mourir.
17:09Même les balles
17:10glissent sur lui.
17:11Même la police
17:12ne veut pas l'arrêter.
17:13Et la peur
17:14change de camp.
17:15Même les gendarmes,
17:16parfois,
17:17préfèrent détourner
17:18le regard.
17:19Patrouiller ailleurs.
17:21Reporter l'arrestation.
17:23Car arrêter Zama,
17:24c'est risquer la guerre.
17:26Et puis,
17:26certains se demandent
17:27tout bas,
17:28s'il lui tombe.
17:30Combien d'autres
17:30se lèveront ?
17:32Pendant ce temps,
17:33Zama construit son empire.
17:35Pas avec des diplômes.
17:37Pas avec des discours.
17:38Mais avec la terreur.
17:40Il fixe les règles
17:41dans les fumoirs.
17:42Il prélève sa part
17:43sur chaque dose vendue.
17:45Il impose ses lieutenants.
17:47Les plus violents,
17:48les plus fidèles
17:49dans chaque ruelle.
17:50Son armée
17:51de petits frères
17:52s'étend.
17:53Des enfants de 8 ans.
17:54Des ados de 12 ans.
17:56Des jeunes hommes
17:57de 20 ans.
17:58Écorchés.
17:59Drogués.
18:00Sans avenir.
18:01À Atecoubé,
18:02le jour appartient
18:03aux honnêtes gens.
18:04La nuit appartient
18:06à Zama.
18:07Et toi,
18:08tu marches dans une ruelle,
18:09ton téléphone dans la poche,
18:10ton portefeuille dans l'autre,
18:12un bruit derrière toi,
18:13un chuchotement,
18:14un éclat métallique.
18:15Et tu sais,
18:16tu sais que ce sont eux.
18:17Les enfants à la machette,
18:19les microbes.
18:20Zama ne vole pas.
18:21Zama te vole
18:22ton sentiment de sécurité.
18:24À Boribana,
18:25à Yopougon,
18:26à Abobo.
18:27Le monstre grandit.
18:29Nourri par l'indifférence.
18:31Armé par les rebuts de la guerre.
18:33Porté par la peur des vivants.
18:35Et ce monstre,
18:36il a un nom.
18:37Un nom que même les adultes
18:39craignent de murmurer.
18:41Zama.
18:42Mais toute ascension appelle une chute.
18:44Et dans l'ombre,
18:46la colère commence à gronder.
18:51Tous,
18:52à Atecoube,
18:53à Boribana,
18:54à Yopougon,
18:55s'en souviennent.
18:56Zama entrait au poste
18:57et ressortait.
18:59Toujours.
19:00Tu es là,
19:00dans le quartier.
19:01Tu entends dire
19:02qu'il a été arrêté dans la nuit.
19:04Les gens soufflent,
19:06soulagés.
19:07Enfin,
19:08peut-être que ça va changer.
19:09Mais deux jours plus tard,
19:11il revient.
19:12Même visage.
19:13Même regard.
19:15Encore plus sûr de lui.
19:16Encore plus dangereux.
19:18Et là,
19:19une question se met à circuler.
19:21Une question qui dérange.
19:23Qui protège Zama ?
19:26Les rumeurs vont vite.
19:27Et à Abidjan,
19:28elles naissent toujours quelque part.
19:31Certains disent
19:32qu'il est intouchable
19:33parce qu'il est le fils d'un marabout.
19:35D'autres affirment
19:36qu'il a des protections
19:38très haut placées.
19:39Des ex-rebelles,
19:40encore armés,
19:42encore puissants,
19:43infiltrés dans les forces
19:44de sécurité.
19:46Et puis,
19:47il y a ceux qui murmurent
19:48entre deux gorgées
19:49de bière chaude
19:50« Zama,
19:51c'est un pion.
19:53Il travaille pour des gens
19:54plus gros que lui.
19:55Des gens qu'on voit jamais. »
19:59La guerre est finie
19:59sur le papier.
20:00Mais dans les quartiers populaires,
20:02les anciens combattants
20:03sont toujours là.
20:05Certains ont gardé
20:06leur calache.
20:07D'autres,
20:08leur réseau.
20:09Et tous,
20:10leur pouvoir d'intimidation.
20:12Et Zama,
20:13lui,
20:13devient un outil.
20:14Un relais.
20:16Un petit utile
20:17pour les grands.
20:18Tu veux faire régner la peur ?
20:20Il est là.
20:21Tu veux contrôler
20:22les fumoirs ?
20:23Il encaisse.
20:25Tu veux récupérer
20:26les butins des microbes ?
20:27Il redistribue.
20:29Il ne travaille pas
20:30pour l'État.
20:31Il travaille
20:32dans ses angles morts.
20:34Témoignage
20:35d'Émile Bodge-Lidge,
20:36directeur de cabinet
20:37du maire d'Atecoubé.
20:39Les habitants
20:39se plaignaient.
20:40Ils disaient
20:41« Zama a encore été arrêté,
20:43mais relâché. »
20:45Et c'était vrai.
20:46À chaque fois,
20:47les forces de sécurité
20:49étaient impuissantes
20:50ou infiltrées.
20:52Tu ressens
20:53cette impuissance
20:54partout.
20:55Les patrouilles
20:56qui évitent
20:56certains quartiers,
20:57les commissariats
20:58qui ne prennent pas
20:59les plaintes,
21:00les gendarmes
21:01qui font mine
21:01de ne pas entendre.
21:03Et quand le peuple
21:04se sent abandonné,
21:05il se transforme.
21:07À Atecoubé,
21:08la colère
21:09devient organisation.
21:11Des comités
21:12de vigilance
21:12se forment.
21:13Des pères de famille
21:14décident de faire déroule.
21:15D'autodéfense.
21:16Je pense qu'on va attendre
21:18tout le temps
21:18la police
21:18pour pouvoir se défendre.
21:19Donc la population
21:20a décidé
21:21de prendre
21:21et même
21:22la propre sécurité.
21:23On est obligé
21:24d'être là
21:24pour pouvoir être séclusé.
21:26Nos parents sont ici.
21:27Nos maman,
21:28nos papas,
21:29nos petits frères,
21:30nos grandes soeurs,
21:31tout le monde.
21:31Tout le monde est là.
21:32Des jeunes se regroupent,
21:34armes blanches en main.
21:36Pas pour attaquer.
21:37Pas au début.
21:38Juste pour protéger.
21:40Pour dire
21:41« assez ».
21:42Mais la ligne
21:43est fine
21:44entre défense
21:44et vengeance.
21:45Et bientôt,
21:47la justice populaire
21:48surgit.
21:49Un soir de mars 2015,
21:51un présumé microbe
21:52est pris sur le fait,
21:54en train de voler
21:54un téléphone.
21:55Il est cerné,
21:57tabassé,
21:57et laissé pour mort,
21:59là,
21:59en plein carrefour.
22:01Le mois suivant,
22:02il recommence.
22:03Mais cette fois,
22:05c'est Zama.
22:06Et cette fois,
22:07ils vont jusqu'au bout.
22:09Mais revenons un peu.
22:10Pourquoi l'État
22:11n'a-t-il rien fait ?
22:13Manque de moyens ?
22:14Complicité passive ?
22:16Cynisme stratégique ?
22:18Difficile à dire.
22:19Mais ce qui est sûr,
22:21c'est que pendant des années,
22:22Zama a été visible,
22:24identifié,
22:25redouté
22:26et laissé libre.
22:28Et dans cette brèche béante,
22:29il a bâti son empire.
22:31Un haut responsable sécuritaire
22:34ivoirien,
22:34resté anonyme,
22:36le dit sans détour.
22:38Les FRCI ont utilisé ces jeunes
22:40pour leurs activités illégales.
22:42Ils récupéraient l'argent des vols
22:44et les envoyaient
22:45dans les fumoirs
22:47pour ne pas les avoir
22:47dans les pattes.
22:49Et pendant ce temps,
22:51le gouvernement demandait
22:53à la population
22:53de ne plus les appeler
22:55microbes,
22:56juste des désœuvrés,
22:58des enfants égarés,
23:00des âmes à réinsérer.
23:03Mais sur le terrain,
23:04ce changement de vocabulaire
23:06ne change rien.
23:07Ni les lames,
23:09ni les hurlements,
23:10ni le sang.
23:11Alors les habitants
23:12ont pris les devants
23:13et dans leur tête,
23:15une seule idée tournait.
23:16Si l'État ne fait rien,
23:17on fera le travail.
23:19Et ce travail,
23:20c'est le lynchage,
23:21la justice à la machette,
23:23le bûcher au bord du caniveau.
23:28Avril 2015.
23:31Atecoubé est une cocotte minute.
23:33La peur a changé de camp.
23:35Les habitants ne chuchotent plus.
23:37Ils parlent.
23:38Ils s'organisent.
23:40Ils sont fatigués.
23:41Fatigués de Zama.
23:43Fatigués de compter leurs morts.
23:45Des rumeurs circulent.
23:47Zama serait affaibli.
23:49Un de ces lieutenants
23:50aurait été capturé.
23:51Il y aurait eu un affrontement
23:53avec un gang rival.
23:55Certains disent qu'il est en fuite.
23:57D'autres affirment
23:58qu'il est toujours là,
24:00tapis quelque part.
24:02Puis un jour,
24:03le 14 avril 2015,
24:06le nom claque
24:07comme un feu d'artifice.
24:09On l'a eu.
24:11Zama à Yopougon.
24:13Il est tombé.
24:15Les versions divergent.
24:17Certains jurent que c'est la police criminelle
24:19qui l'a arrêtée.
24:20D'autres affirment que ce sont
24:22des comités de vigilance.
24:24Mais ce qu'on sait,
24:25c'est qu'il n'y avait aucun uniforme
24:27sur les vidéos.
24:28Seulement une foule.
24:29Une meute.
24:30On le traîne.
24:32Menotté.
24:33Pieds nus.
24:34Torse en sang.
24:35Son regard n'est plus celui
24:36du chef des microbes.
24:38C'est celui d'un adolescent épuisé.
24:40Hébété.
24:42Fragile.
24:43Mais personne ne voit ça.
24:45Personne ne veut voir ça.
24:47C'est Zama.
24:48Le démon.
24:50La terreur.
24:51Et aujourd'hui,
24:52il est à terre.
24:53Il le frappe.
24:55À la tête.
24:56Au ventre.
24:57Aux jambes.
24:58Avec tout ce qu'il trouve.
24:59Brique, pierre,
25:01barre de fer,
25:01outils rouillés.
25:02Il chancelle.
25:04Il tombe.
25:05Mais il essaie de fuir.
25:06Il saute dans un caniveau.
25:08Il glisse.
25:09Il se cogne.
25:11Un silence.
25:12Quelques secondes d'hésitation.
25:14Puis il descend.
25:15Il le remonte.
25:17Et là,
25:18c'est l'orgie.
25:19Il n'y a plus de retenue.
25:21Plus de limite.
25:22Plus d'humanité.
25:24Il le pique avec des couteaux.
25:26Il le frappe encore.
25:28Encore.
25:29Encore.
25:30Quelqu'un brandit une machette.
25:32Un autre film.
25:34Un autre rit.
25:35Zama l'invincible.
25:36Zama l'immortel.
25:38Zama le chef des microbes.
25:40Est à genoux.
25:41Le visage méconnaissable.
25:42Le corps disloqué.
25:44La tête tombe.
25:45Pas un cri.
25:46Pas une larme.
25:47Une explosion de jubilation.
25:49Ils la brandissent.
25:51Sa tête.
25:51Comme un trophée.
25:53Comme une promesse.
25:54Une promesse que cette nuit-là, ils reprennent leur ville.
25:58Mais ce n'est pas fini.
25:59Ils découpent le reste du corps.
26:02Membres éparpillés.
26:04Chers en morceaux.
26:05Ils rassemblent tout.
26:06Et ils y mettent le feu.
26:08Un bûcher.
26:09Un sacrifice.
26:10Un message.
26:12Tu ne reviendras pas.
26:13Et pendant que les flammes montent, les téléphones tournent.
26:17Les vidéos partent.
26:18Les images circulent.
26:20Zama brûle.
26:21Mais Zama se propage.
26:22Dès le lendemain, Abidjan commence à trembler.
26:26Dans les ruelles des deux plateaux, des groupes de jeunes surgissent.
26:29Des attaques éclatent.
26:32Il a un couteau.
26:33Oui, il a un couteau.
26:36Des vitrines volent en éclats.
26:38Ils disent qu'ils vengent Zama.
26:40Pas avec des discours.
26:41Pas avec des banderoles.
26:43Avec des pierres.
26:44Avec des couteaux.
26:45Avec des machettes.
26:46Ils se dispersent.
26:47Ils mutent.
26:47Ils se regroupent sous d'autres noms.
26:50A Abobo, un nouveau chef émerge.
26:52Pythagore.
26:5318 ans.
26:55Un élève de seconde, dit-on.
26:57Intelligent.
26:58Stratège.
26:59Féroce.
27:00Pas aussi mystique que Zama.
27:02Mais tout aussi dangereux.
27:04A Yopugun, un autre se lève.
27:07Clavier.
27:08Plus brutal.
27:09Moins organisé.
27:10Sa spécialité.
27:11La terreur instantanée.
27:13Frapper vite.
27:14Frapper fort.
27:15Disparaître.
27:16Et comme un vieux disque rayé, l'histoire recommence.
27:19Volus de blessure.
27:20Meurtre.
27:21Le gouvernement réagit.
27:23Rafle massive.
27:25Brigade antimicrobe.
27:26Arrestation à l'appel.
27:28Mais il est trop tard.
27:29Car tuer Zama, tabasser Pythagore, décapiter Clavier, ça ne change rien au fond du problème.
27:35Un enfant né dans la faim, dans la rue, dans la violence, trouvera toujours une arme.
27:44Zama est tombée.
27:46Mais combien d'autres grandissent dans son ombre ?
27:48Et si c'était ton propre enfant, que ferais-tu ?
27:52Ne dis pas « c'est pas mon problème » parce que si tu le dis aujourd'hui, tu risques
27:57de pleurer demain.
27:58Ce documentaire t'a touché ? Alors partage-le.
28:02Parle de cette histoire.
28:04Ouvre le débat.
28:06Tends la main.
28:07Et surtout, souviens-toi.
28:10Avant d'être microbe, ils étaient enfants.
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