00:14Merci d'être fidèle à Préface, le rendez-vous, le rendez-vous des livres, le rendez-vous avec les auteurs
00:18qui font l'actualité.
00:19Et les livres sont comme des rencontres et il y a des livres qui vous marquent pour un bon bout
00:23de temps si ce n'est pour la vie.
00:25En tout cas c'est un gros coup de cœur que j'ai envie de partager avec vous aujourd'hui.
00:27C'est le nouveau livre d'Hugo Lindenberg, ça s'appelle « Les années souterraines ».
00:32Il y avait eu précédemment en 2020 « Ce sera vide » et puis en 2022 « La nuit imaginaire
00:38».
00:38Et puis voici donc votre troisième titre, Hugo Lindenberg, « Les années souterraines », avec cet enfant qui capte notre
00:43regard sur la couverture.
00:46Trois titres qui parlent de l'enfance, qui parlent peut-être des souvenirs, peut-être trois titres dans lesquels il
00:53y a une sorte de mélancolie.
00:56Est-ce qu'il y a une sorte de triptyque finalement avec ces trois titres ?
01:01Oui, totalement.
01:03A l'origine j'avais eu le projet d'un seul roman, mais qui s'est au cours du travail
01:10décomposé en trois volumes que j'ai imaginé comme ça.
01:15Un premier sur l'enfance, un deuxième autour du suicide de la mère et un troisième dans l'appartement du
01:21père.
01:22Et il se trouve qu'au cours de l'écriture de ces trois romans, j'ai lu deux trilogies sur
01:27l'enfance qui m'ont beaucoup marqué.
01:28Une de Pierre Guillotard, qui commence par Idiotie et Formation, et l'autre de Edmund White, avec « Un jeune
01:37américain et la tendresse sur la peau ».
01:39Et c'était un hasard, mais je suis très heureux de partager avec eux ce format.
01:46C'était l'idée de départ, mais je trouve que ça se prêtait bien à ce que je voulais raconter,
01:50qui était une trilogie sur le temps, les lieux et l'enfance.
01:54Alors vous avez parlé de l'appartement du père, parce que c'est bien le sujet de ce livre, c
01:57'est lorsque l'enfant devenu adulte va être obligé de retourner dans cet appartement familial, l'appartement du père, qu
02:03'il va falloir vendre.
02:04Je me permets de lire juste un très court extrait de votre livre « Quand les gens me parlent de
02:09leurs souvenirs d'enfance, quand ils disent qu'ils ont été heureux enfants, je ne les crois pas et même
02:13je ne les envie pas, parce que je n'arrive pas à lier ces deux mots, enfance et bonheur, même
02:18pas en imagination.
02:20Pour moi, l'enfance, c'est un deuil dans une crypte, c'est l'attente d'autre chose, c'est
02:25une envie de fuir, un dégoût ».
02:27On va faire connaissance avec un homme qui a fait sa vie, il est architecte, il s'est installé aux
02:32Etats-Unis avec sa compagne et puis il y a un moment où il faut revenir à Paris,
02:36parce qu'il y a cet appartement qui est en déshérence depuis un petit moment, depuis la mort du père,
02:41mais il a du mal à revenir dans cet appartement d'enfance,
02:44parce que finalement, il n'y a jamais réellement été chez lui, d'ailleurs c'est au début du livre,
02:49il n'y a jamais eu de photos de moi dans cet appartement.
02:51C'est quoi cette situation ? Comment l'avez-vous conçue en écriture ? Comment vouliez-vous rendre compte de
02:58ce retour dans l'appartement familial ?
03:02L'histoire, c'est aussi une histoire autour de la filiation, c'est un homme qui souhaite et ne souhaite
03:09pas à la fois avoir des enfants,
03:10et il sent bien un moment que pour régler cette question, il va falloir faire un retour en arrière, ou
03:19en tout cas retraverser quelque chose de l'enfance,
03:23alors comme c'est un roman, il le fait concrètement, en retournant dans l'appartement.
03:27Sa compagne lui pousse, parce que sa compagne d'ailleurs veut avoir un enfant, lui a un peu de mal
03:32avec cette idée-là,
03:33et elle lui dit « t'as sûrement un compte à régler avec ton enfance, retourne dans cet appartement ».
03:37Je schématise, mais il y a un peu ça.
03:38Non, non, c'est vrai. Aussi un thème qui fait écho pour moi à un livre très important,
03:43qui est « Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas » de Yim Kertes,
03:46où il y a un peu cette même idée d'un homme qui se pose cette question de pourquoi, en
03:50l'occurrence, ne pas avoir d'enfant.
03:53Et ce retour à l'appartement, ce qui m'intéressait, c'est que c'était comme s'il avait laissé
03:56quelque chose de son enfance là-bas.
03:58Il dit un moment, c'est comme les suppliciés d'Hiroshima, dont l'image a été vitrifiée sur la pierre
04:03de la ville,
04:04et lui, il a l'impression qu'il y a quelque chose de lui dans la catastrophe de son enfance,
04:10qui est restée comme ça dans le lieu, et qu'il faut qu'il aille y revoir pour pouvoir avancer
04:16dans sa vie.
04:17Mais en fait, et la première partie du livre s'appelle « Procrastination », il n'arrive pas à entrer
04:21dans cet appartement.
04:21Alors, précisons qu'il a vécu pendant quelques années seul avec son père, puisque sa mère est décédée.
04:27On découvrira au fil des pages les causes de ce décès.
04:32Et puis surtout, une fois qu'il a été seul avec son père dans cet appartement, son père ne s
04:35'est pas du tout occupé de lui,
04:36ce qui veut dire que le gamin a passé plusieurs années un peu tout seul,
04:40et vont ressurgir tous les souvenirs d'enfance, c'est-à-dire les souvenirs douloureux dans cet appartement.
04:45Et puis, il y a peut-être aussi quelques souvenirs un peu plus lumineux qui vont rejaillir,
04:49parce qu'il y a quelques souvenirs avec des copains d'enfance, il y a quelques rencontres qu'il a
04:53pu faire.
04:54Et puis surtout, il y a le présent, lorsqu'il revient dans cet appartement,
04:57le présent qui lui montre cet immeuble peut-être sous un autre jour.
05:01Oui, alors donc il se retrouve avec ce père qui n'avait pas trop prévu d'élever un enfant,
05:05puisque les parents étaient séparés, il avait refait sa vie.
05:09Et donc c'est une situation un peu inconfortable.
05:12Et puis ce père, il se trouve pour des raisons qui lui appartiennent,
05:14n'est pas tout à fait capable de créer des relations avec cet enfant.
05:17Alors il se retrouve effectivement un peu comme ça, tout seul, livré à lui-même.
05:24Et ce qui m'intéressait aussi, c'était cette idée que dans l'écriture,
05:27on peut revenir une deuxième fois sur le passé, par exemple,
05:31on peut recréer comme ça une ligne avec la fiction.
05:33Et lui, il fait un peu le même parcours, il revient dans cet appartement,
05:36et finalement, enfin en tout cas dans l'immeuble,
05:38et il va se lier avec des gens dans cet immeuble.
05:41Et ça va être comme une réparation de pouvoir,
05:43là où il n'y avait pas pu avoir de lien qui s'était créé,
05:46lui en créer avec ce qu'il est devenu,
05:49et se faire des amis, tomber amoureux éventuellement,
05:52avoir des liens de filiation aussi,
05:54avec des gens qui sont plus jeunes, plus vieux.
05:57Et comme une métaphore de la littérature
06:02qui rend possible de refaire les choses autrement,
06:05de les réinventer différemment.
06:06En voyant que dans cet immeuble, dans cette résidence,
06:08finalement, aujourd'hui, il y a la vie, il y a la vraie vie,
06:12c'est peut-être aussi une façon de casser la fatalité,
06:15c'est-à-dire qu'il a ses souvenirs douloureux, ses souvenirs d'enfance,
06:18mais il se rend compte que finalement, on peut peut-être construire autre chose.
06:21Oui, même, il y avait déjà la vie, mais elle n'était pas accessible.
06:24Et donc lui, justement, il se dit,
06:25mais en fait, là, maintenant que je suis adulte,
06:28que je suis acteur de ma propre vie,
06:29je peux faire ce que je n'ai pas été capable de faire à l'époque,
06:32parce que j'étais enfant, c'est-à-dire créer des liens,
06:34créer de la vie, du bonheur, à cet endroit-là.
06:36Et pour lui, il y a une sorte de réparation à un endroit où il a été aussi malheureux,
06:41de pouvoir créer des événements heureux, alors ça, ça lui suffit.
06:44Et peut-être que ça lui ouvrira d'autres champs de possibles
06:47par rapport à cette envie d'enfant qu'a sa compagne.
06:49Vous faites le choix de trois parties,
06:52procrastination, distraction et évasion, dans votre livre.
06:55J'ai parlé au tout début d'une certaine mélancolie dans votre écriture,
06:59qui est palpable dans vos trois titres aujourd'hui publiés.
07:01Pourquoi cette construction en trois parties ?
07:03Et si vous deviez définir votre travail d'écriture,
07:05quels seraient les mots que vous pourriez employer ?
07:10Pour les trois parties, c'est difficile de dire,
07:12parce qu'il y a comme une forme du livre qui toujours
07:15s'invente d'elle-même au cours de l'écriture,
07:18et qui s'impose parfois, c'est-à-dire on commence quelque chose,
07:20moi je me dis, ah moi, je vais faire trois parties,
07:22elles vont s'appeler comme ça,
07:23mais il y a une sorte de, le texte, au bout d'un moment,
07:25il a sa propre énergie, il y a son architecture qui se crée d'elle-même,
07:29et donc c'est venu comme ça.
07:31Et sur le travail d'écriture, c'est très difficile d'en parler,
07:35je peux dire que c'est difficile, mais en même temps très joyeux.
07:39Il y a des moments qui sont dans le livre bouleversants,
07:42d'autres qui sont plus lumineux,
07:43lorsqu'effectivement notre narrateur rencontre des personnes
07:46qui lui font découvrir une autre vie possible.
07:50Dans quel état d'esprit étiez-vous lors de l'écriture du livre ?
07:55C'est ce que je disais, pour moi, il y a toujours une sorte de joie dans l'écriture,
07:57qui n'est pas une joie à toujours un état d'élation,
08:01je ne suis pas en train de, ce n'est pas forcément toujours amusant,
08:04ça peut être difficile, des fois il faut se plonger dans des états un peu émotionnels,
08:08particuliers, pour en retranscrire quelque chose,
08:10des émotions qu'on essaye de transmettre,
08:13mais il y a toujours une joie, dans le sens où c'est toujours un moment particulier,
08:19dans un état particulier, que je ne trouve que dans l'écriture.
08:22On a parlé d'un triptyque en préambule,
08:24même si ce livre peut se lire indépendamment des deux précédents,
08:28on a parlé des trois thèmes, il y a eu l'enfance, il y a eu le suicide de la
08:31mère,
08:32là on est dans l'appartement du père,
08:34on referme définitivement ce chapitre-là.
08:36C'est quoi demain l'écriture du Golindenberg ?
08:39On restera dans les sujets de la famille ou on passera à autre chose ?
08:42C'est toujours difficile de dire ce que ce sera,
08:44puisque chez moi l'écriture, comme je disais, est son propre moteur,
08:49donc c'est souvent dans l'écriture que les livres s'inventent,
08:52mais aujourd'hui je travaille sur un livre,
08:56en tout cas qui n'est plus aussi autobiographique que les trois précédents.
09:00En tout cas on va vous suivre de très près,
09:03et bravo pour cette belle écriture,
09:04je l'ai dit en préambule, mais je vous le redis,
09:06ce livre est un vrai coup de cœur, que je vous recommande particulièrement.
09:09Hugo Lindenberg, ça s'appelle Les années souterraines,
09:11où vous êtes publiés aux éditions Flammarion.
09:12Merci beaucoup.
09:13Merci.
09:15Merci.
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