- il y a 7 mois
Accélérer la transition énergétique grâce à la crise pétrolière ?
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00:04Générique
00:07Bienvenue dans les informés de l'écho avec le cercle des économistes.
00:11Comme chaque samedi c'est avec vous Emmanuel Cuny, bonjour.
00:15Bonjour à tous.
00:15Sur France Info à la radio, à la télé, canal 16 de la TNT.
00:18Et avec deux invités aujourd'hui, Anne-Sophie Alcif, bonjour.
00:22Bonjour.
00:22Enseignante en économie à la Sorbonne, chef économiste de la société d'études BDO France.
00:27Et Patrice Geoffron, bonjour.
00:28Bonjour.
00:28Membre du cercle des économistes, directeur du centre de géopolitique de l'énergie rattaché à l'université Paris-Dauphine.
00:35Au programme Emmanuel, aujourd'hui, et si la guerre au Moyen-Orient poussait les pays occidentaux à accélérer leur transition
00:42énergétique ?
00:43Oui, parce que dans le contexte géopolitique très tendu et hostile que l'on connaît aujourd'hui,
00:48on voit l'envolée des prix du pétrole et du gaz avec cette question,
00:51quel impact direct sur la hausse des prix générales, sur l'inflation en règle générale.
00:56Et tout ça pose la question de la durabilité de nos systèmes actuels.
01:00On le voit, notre système basé sur le pétrole, etc. Est-ce que c'est viable ?
01:04Alors cette semaine, le Fonds monétaire international s'est prononcé pour un marché de l'énergie intégrée en Europe
01:10pour prémunir en fait le vieux continent d'une sortie de route.
01:13Et puis à Paris, une haute instance, c'est le Haut Conseil pour le climat qui demande au gouvernement un
01:19plan précis
01:19pour sortir des énergies fossiles. On va y revenir.
01:23En tout cas, la situation au Moyen-Orient, électrochoc salutaire pour peut-être accélérer nos objectifs de transition écologique,
01:31le processus de décarbonation, un mal pour un bien. Est-ce qu'on y est ?
01:37Voilà, c'est toute la question qui va animer notre débat ce matin.
01:40Alors avant de rentrer dans le vif de ce débat sur la transition énergétique, Patrice Joffron,
01:45est-ce qu'on peut dire qu'on va aujourd'hui vers une crise énergétique majeure et un vrai choc
01:50pétrolier ?
01:51Alors tout va dépendre de la durée du conflit à l'heure actuelle.
01:55Mais observons que nous en Europe, on a déjà subi, et nous Français singulièrement, trois chocs pétroliers en dix ans.
02:03Le premier, c'est la crise des Gilets jaunes qui fait suite à un doublement du prix du baril.
02:07Et voilà, avec les effets socio-économiques, on a encore à l'esprit en 2022 avec le début de la
02:12guerre en Ukraine.
02:13Et puis voilà, ce qui nous réunit à l'heure actuelle.
02:16Et donc même si ça devait ne pas durer, ce qui est souhaitable, eh bien il faudra qu'on en
02:21tire des enseignements.
02:22Parce qu'on ne peut pas rester dépendant à ce point d'une matière première, le pétrole,
02:26que nous en France, on importe à 99%. Et par ailleurs du gaz, qui est également un des points de
02:34tension dans cette zone,
02:35qu'on importe à 96%. Et donc il faut qu'on en tire évidemment des enseignements qui ne sont pas
02:40uniquement des enseignements
02:42environnementaux et climatiques, c'est essentiel certes, mais qui sont avant toute chose des enseignements
02:47en termes de sécurité collective. On a devant nous 3 mois et demi de réserve de stock de pétrole.
02:54Et puis également économique. On va se retrouver dans une société sous stress.
02:58En 2022, on a importé pour à peu près 120 milliards de pétrole et de gaz,
03:02alors qu'une année moyenne, je ne sais pas très bien ce qu'est la moyenne tellement tout ça fluctue,
03:06c'est à peu près 60 milliards.
03:0860 milliards. C'est un choc de plus de 2 points du PIB.
03:11Vous partagez cette analyse, Anne-Sophie Alsif ?
03:14Oui, complètement. Et en plus, je pense que ça peut être une opportunité.
03:17Comme là, ça vient d'être très bien dit, en effet, on a une dépendance stratégique aux hydrocarbures.
03:22Et la question est qui, quel pays, notamment en Europe, est un des leaders de l'énergie décarbonée ?
03:28Votre pays, la France.
03:29Lui, si je dis, non, je pense que c'est important de le dire et de ne pas passer comme
03:32ça.
03:32Grâce à ça, il faut regarder l'année dernière, notre balance commerciale au dernier trimestre a été excédentaire.
03:37Ça ne s'est pas produit depuis 20 ans.
03:39Alors, je sais qu'on n'aime pas les bonnes nouvelles, mais ça, c'en est quand même une.
03:42Donc là, on a un véritable avantage comparatif.
03:44La France, grâce à cette énergie verte décarbonée, il faut l'utiliser.
03:49Pareil, on dit toujours, les voitures électriques, c'est très cher, etc.
03:51L'année dernière, la vente des voitures électriques a explosé.
03:54Aujourd'hui, vous avez une voiture électrique, vous êtes beaucoup moins averse à l'augmentation à la pompe
03:58que si vous êtes resté à l'essence.
03:59C'est très concret pour le pouvoir d'achat des Français.
04:01Donc, je pense qu'il ne faut pas le balayer et voir que la France a un vrai avantage comparatif
04:05en termes d'énergie décarbonée, qu'il faut que notre économie et notre industrie en profitent.
04:10On entendait d'ailleurs sur France Info ce matin des automobilistes avec des voitures électriques
04:14qui ne regrettaient pas leur choix en cette période de hausse de prix.
04:17À la pompe, Emmanuel Quigny, on voit, nous dit Anne-Sophie Alcif,
04:20qu'il y a des atouts en termes de décarbonation de l'économie.
04:23À ce sujet, quelles solutions on a pour sortir de cette ornière dont parlait aussi Patrice Geoffron ?
04:29Alors, il y a deux phénomènes conjugués.
04:31Il y a l'économie, évidemment, puis il y a la transition énergétique.
04:34Les deux sont liés.
04:35Quand on regarde sur l'économie, on voit que la situation devient vraiment très tendue
04:40sur la hausse des prix.
04:42Et donc, on arrive à un phénomène qu'on appelle la stagflation.
04:46Alors, pardon, c'est un petit peu technique, mais ce n'est pas un gros mot.
04:49C'est très facilement compréhensible.
04:50La stagflation, il y a quoi dans le mot ?
04:52Il y a stagnation et inflation.
04:53Donc, ça veut dire qu'on est dans une phase d'économie où il y a une forte inflation
04:57ou une inflation, en tout cas, tenace et une économie qui stagne.
05:01Et ça s'explique facilement parce que les prix qui augmentent, ça fait baisser la consommation.
05:05Les ménages français consomment moins.
05:07Les entreprises fabriquent moins.
05:09Elles vendent moins.
05:10Elles font moins de bénéfices.
05:11Et donc, tout ça, à terme, ça a un impact sur l'économie, l'emploi et les salaires.
05:16Donc, la question, on est en fait vraiment au cœur du problème.
05:20En quoi la transition énergétique va nous permettre, justement, d'aller en avant et de lutter contre cette inflation ?
05:26Cette semaine, et quelles sont les solutions, puisque c'était votre question ?
05:29Alors, cette semaine, le président de la République, Emmanuel Macron, a réuni, a accueilli à Paris, en tout cas,
05:35un sommet nucléaire avec plus d'une soixantaine de pays pour voir comment on pouvait travailler ensemble sur la question.
05:41Et puis ensuite, le chef de l'État s'est rendu à Panlis, sur le chantier de la future centrale
05:46de Panlis,
05:47est en Seine-Maritime, pour mobiliser les troupes, en fait, les salariés, devant lesquels il s'exprimait.
05:52Mais je veux dès à présent que vous soyez immensément fiers de l'aventure à laquelle vous participez.
05:58Parce que c'est une très grande aventure industrielle, énergétique pour le pays.
06:03Et c'est une immense fierté française.
06:05On l'exporte déjà outre-manche.
06:07On va continuer de l'exporter ailleurs.
06:09Parce qu'enfin, la France reprend ses grands travaux en matière de nucléaire.
06:13Vive le nucléaire, vive la République et vive la France.
06:17Voilà, ça a le mérite d'être clair.
06:18Mais pour certains observateurs, c'est quand même un rétro-pédalage.
06:21On se souvient de la position de la France il y a quelques années.
06:24On a abandonné plein de choses.
06:25Il y a eu la fermeture de la centrale de Fessenheim auparavant.
06:28La vente d'actifs industriels stratégiques.
06:31La branche énergie d'Alstom qu'on a vendue à l'américain General Electric.
06:35C'était en 2014.
06:36Mais on arrête trop d'aller là aussi.
06:37Puisqu'on a repris les fameuses centrales Arabelle.
06:40On a racheté à fort prix aux américains ces centrales.
06:44Il y a eu le programme de réacteurs nucléaires Nouvelle Génération Astrid.
06:48Là, qui avait été abandonné en 2014.
06:51On est revenu aussi depuis.
06:52On voit les tergiversations.
06:54Et on passera évidemment sur les vidéos qui ressortent en ce moment un petit peu partout.
06:58Montrant par exemple Elisabeth Borne, Nicolas Hulot, Dominique Voinet.
07:02Justifier la baisse du recours du nucléaire.
07:04Et Dominique Voinet, qui était ministre de l'Environnement sous Lionel Jospin.
07:07Qui est même allée.
07:08Alors là, il y a une grosse polémique.
07:09Qui est revenue un jour tout sourire de Berlin.
07:11En disant, je me félicite d'avoir cassé le nucléaire français.
07:14Elle était ministre quand même de l'Environnement.
07:16C'est un petit peu problématique.
07:18Donc la vraie question, c'est de savoir.
07:20Comme le dit le président de la République.
07:22Est-ce que la France aujourd'hui a retrouvé une vraie politique industrielle ?
07:25Est-ce qu'on n'a pas perdu 40 ans en fait ?
07:28Oui, Patrice Geoffron voit bien la rupture avec la position de la France il y a quelques années.
07:31Dans ce que dit Emmanuel Macron.
07:33Là, on en est où dans cette politique industrielle qu'il vante, lui ?
07:36Alors, écoutez, l'essentiel est ailleurs.
07:39On pourrait disserter longtemps.
07:40Emmanuel vient de le faire sur le nucléaire.
07:44Et puis les renouvelables et cette bataille, etc.
07:46L'essentiel, c'est de parvenir à faire ce qu'on appelle des transferts d'usage.
07:51A utiliser cette électricité.
07:52On va devoir en produire plus.
07:54Mais surtout, on va devoir en consommer plus.
07:56Donc c'est du véhicule électrique à la place du véhicule thermique.
07:59Des pompes à chaleur à la place de cuve à fioul.
08:03Ce sont des électrolyseurs et différents procédés d'électrification de l'industrie.
08:08Et la mère des batailles, c'est cela.
08:10Si on veut réduire finalement nos dépendances.
08:12Parce que pour l'heure, nos consommations d'électricité couvrent moins de 30% de nos besoins.
08:19L'essentiel, les gens qui sont aujourd'hui autour de la maison de la radio où nous parlons, se déplacent
08:24avec des véhicules qui sont des véhicules thermiques.
08:26Voilà.
08:26La réalité de notre société, elle est celle-là.
08:28Donc il ne faut pas confondre l'électricité et l'énergie.
08:30Il faut faire monter nos consommations d'électricité.
08:33En même temps, on va faire monter notre capacité à en produire.
08:36Et c'est la clé.
08:37Une révolution des usages, c'est ça ?
08:39Oui, complètement.
08:40Et qui peut profiter à la France, à l'Europe.
08:42C'est ça qui est très important.
08:43Le but de se réindustrialiser, c'est créer vraiment de la valeur ajoutée.
08:45Et là, on l'a dit, les pompes à chaleur, on a des producteurs français qu'il faut soutenir, qui
08:49le font.
08:50Les voitures électriques, on en a en France et en Europe de très bonne qualité.
08:53Donc il faut vraiment que ça profite à l'industrie européenne.
08:56Et c'est vraiment une opportunité.
08:58En effet, c'est bien de produire, mais il faut l'utiliser.
09:00Et ce qu'il faut aussi, c'est vraiment un plan, une prospective sur 20 ans pour justement faire cette
09:06modalité.
09:07Vous l'avez rappelé avec le nucléaire, ça a été catastrophique de ne pas avoir de vision à long terme.
09:11Donc sur 20 ans, on a un plan, on s'y tient et on fait justement cette transition vers l
09:16'électrification
09:16qui va profiter en premier lieu à la France, notre pays.
09:19Anne-Sophie Alsif, Patrice Joffron, vous restez avec nous les informés de l'écho.
09:24Continu dans un instant, on continue à évoquer cette question de la transition énergétique.
09:28C'est juste après l'info en une minute à 9h49 avec Diane Ferschit.
09:32L'île de Cargue au cœur du conflit ce matin au Moyen-Orient.
09:36Située dans le Golfe, l'île iranienne est le plus grand terminal d'exportation de pétrole brut d'Iran.
09:40Elle a été touchée par des bombardements américains.
09:43Téhérans menacent de réduire en cendres des terminaux pétroliers liés aux Etats-Unis dans la région.
09:49L'un d'entre eux aux Émirats arabes unis a été touché par un drone.
09:53Un pétrolier américain est également en feu au large des côtes.
09:57Émiratie Donald Trump assure que l'Iran veut un accord qu'il ait complètement vaincu.
10:02Ce matin, l'armée israélienne demande aux habitants de certains quartiers de la ville de Tabris dans le nord-ouest
10:08de l'Iran d'évacuer.
10:09En Ukraine, 4 personnes tuées, 15 autres blessées dans des frappes russes.
10:13Elles ont visé principalement la région de Kiev.
10:15Au total, 430 drones et 68 missiles ont été tirés par Moscou.
10:20En France, un homme et deux adolescents mis en examen pour tentative d'extorsion et séquestration.
10:25Ils visaient de potentiels détenteurs de crypto-monnaies.
10:28Des faits qui se sont déroulés mardi dans l'Essonne.
10:31En Seine-et-Marne, l'homme et l'adolescent de 17 ans ont été placés en détention provisoire.
10:36Et puis J-1, avant le premier tour des municipales, la campagne s'est achevée à minuit.
10:41On est donc entrés dans la période de réserve.
10:45France Info
10:48Les informés de l'écho, Benjamin Recouvreur, Emmanuel Cuny
10:54Les informés de l'écho, deuxième partie sur France Info, toujours avec Emmanuel Cuny en compagnie d'Anne-Sophie Alcif,
11:00enseignante en économie à la Sorbonne.
11:02Patrice Joffron, membre du Cercle des économistes et directeur du Centre de géopolitique de l'énergie
11:07rattaché à l'Université Paris-Sorbonne.
11:10Emmanuel, ce matin, on se demande si la guerre...
11:12Paris-Dauphine.
11:13Paris-Dauphine.
11:14C'est presque aussi bien.
11:15Toutes des grandes institutions.
11:16Voilà, Paris-Dauphine, vous faites bien de le préciser.
11:19Et cette question donc, Emmanuel Cuny, si la guerre au Moyen-Orient poussait les pays occidentaux à accélérer leur transition
11:26énergétique.
11:26Oui, les experts du Haut Conseil pour le climat se sont réunis, enfin ont publié un avis cette semaine.
11:32Ces experts sont chargés, en fait, d'évaluer l'action climatique du gouvernement.
11:36Ils se sont penchés, en fait, sur la troisième stratégie nationale bas carbone qui avait été publiée par le gouvernement
11:43au mois de décembre dernier.
11:44Alors, cette feuille de route prévoit la neutralité carbone à horizon 2050.
11:482050, concrètement, ça veut dire qu'il va falloir trouver un équilibre entre les émissions causées par l'homme et
11:54ce qu'on appelle les puits d'admission de ce carbone.
11:57Ça peut être les forêts, ça peut être les sols, etc.
11:59Ou d'éventuelles technologies industrielles de capture.
12:02Donc, les objectifs sont quand même très forts.
12:052050, c'est dans 26 ans.
12:06Enfin, oui, en gros.
12:07Donc, ça veut dire des efforts énormes à faire en termes de réduction d'émissions de carbone.
12:14Donc, sur le charbon, il va falloir mettre un clapet, si je puis dire, sur le gaz, le pétrole.
12:21Donc, ça veut dire, et vous le disiez tout à l'heure, Patrick Geoffron, c'est effectivement l'électrification des
12:26usages.
12:27Mais c'est certainement plus facile à dire qu'à faire.
12:30On voit les objectifs assez clairs, Anne-Sophie Alsif.
12:33Quels investissements sont les plus urgents pour y parvenir le plus efficacement possible ?
12:37Alors, en effet, déjà, comme je le disais, il faut vraiment avoir ce plan sur 25 ans, comme l'a
12:41très bien dit Emmanuel, et s'y tenir.
12:43C'est-à-dire d'avoir un plan de constance qui ne change pas, quelles que soient les alternatives politiques.
12:47Ça, c'est vraiment absolument fondamental.
12:49Et pareil sur les investissements.
12:50Le problème, c'est que dans ces secteurs, les investissements sont très lourds.
12:53Et vous avez, en effet, l'impact minimum 7-8 ans après.
12:57Donc, ce n'est pas en 2-3 ans.
12:58Donc, c'est souvent, en effet, la majorité politique suivante qui en bénéficie.
13:02Donc, ça, il faut être très clair là-dessus.
13:03Mais il faut vraiment avoir une vision de très, très, très long terme.
13:06Ce qu'il faut, c'est en effet, investir.
13:07Alors, on l'a dit sur les nouveaux types de centrales.
13:09Parce que là aussi, même si on est bon, il ne faut pas s'endormir.
13:12On a beaucoup de concurrents.
13:13Donc là, en effet, ça doit demander des efforts d'investissement qui sont très importants sur les infrastructures.
13:18Et puis, pas seulement.
13:19Pour faire l'électrification, on l'a dit, les pompes à chaleur.
13:22Eh bien, en effet, il faut que les ménages puissent pouvoir l'utiliser, comme la voiture électrique.
13:27Et en plus, il faut faire que ces utilisations et ces achats soient français ou européens.
13:32Beaucoup plus que nos concurrents asiatiques pour que ça profite à l'économie française européenne.
13:38Donc là aussi, ça demande vraiment un plan, une vision et une stratégie industrielle offensive
13:43pour que ce soit, en effet, l'économie française et nos producteurs qui en profitent.
13:47Il nous manque cette vision-là, Patrice Geoffron, aujourd'hui ?
13:50Oui, on est conduits à naviguer dans un monde sans repère.
13:53J'en profite pour préciser que c'est le thème des rencontres économiques du cercle des économistes organisés à Aix
13:59-en-Provence début juillet.
14:01Donc cela dit, oui, oui, non, il nous faut évidemment des feuilles de route.
14:04Alors, il faut distinguer deux types de technologies à déployer.
14:09Il y a celles qui ont d'ores et déjà un bon degré de maturité.
14:13Anne-Sophie en a parlé, les véhicules électriques, les pompes à chaleur.
14:16Et pour ça, il ne faut pas se tromper dans les réactions qu'on va avoir au choc actuel.
14:21En 2022, les restournes à la pompe avaient coûté, c'est ce que dit la Cour des comptes, 8 milliards
14:26d'euros.
14:27Avec 8 milliards d'euros, on aurait pu offrir un super bonus à un million de ménages pour acheter des
14:31véhicules électriques
14:32ou à un million de ménages pour acheter des pompes à chaleur.
14:35Française.
14:36Française, oui, je souscris, j'approuve ce message.
14:40Alors, il y a d'autres secteurs en revanche pour lesquels c'est plus compliqué, des secteurs industriels.
14:44Et d'ailleurs, la Cour des comptes également nous a fourni la semaine dernière quelques arguments avec un rapport extrêmement
14:50intéressant
14:50qui montre à la fois les bénéfices qui ont été tirés dans les 50 grands sites émetteurs d'une politique
14:56publique
14:56qui a conduit à déployer à peu près 3 milliards d'euros.
14:59Et donc, pour une vingtaine d'entre eux, ça a été extrêmement efficace, mais pas pour les autres.
15:03Et donc, ça a plutôt permis d'accélérer les sites industriels qui étaient déjà engagés.
15:08Et donc, ce qu'on peut en conclure, c'est d'ailleurs ce que dit la Cour des comptes,
15:11c'est qu'on manque de visibilité, de lisibilité à moyen terme dans la politique publique.
15:17Donc, ça, évidemment, c'est essentiel.
15:18Et puis, par ailleurs, même si, évidemment, on a eu beaucoup de cocorico, Anne-Sophie et moi,
15:23c'est une affaire européenne.
15:24Et donc, il faut revenir, évidemment, au rapport Draghi, à sa mise en œuvre
15:28et surtout au délai de mise en œuvre en Europe.
15:30On ne peut pas se permettre de discuter pendant des années lorsqu'il est question d'urgence et de déploiement
15:36en quelques mois.
15:37– Anne-Sophie Altsif le disait, ce sont des investissements dans la matière qui sont très conséquents.
15:42Emmanuel, il y a aussi la question du financement de ces investissements.
15:46On évoque souvent la fiscalité. Est-ce que ça peut être une solution ?
15:48– Alors, il y a la fiscalité, il y a aussi l'épargne.
15:50On sait que les Français ont sur leur compte d'épargne aujourd'hui 6 500 milliards d'euros environ.
15:56C'est énorme.
15:57Donc, comment on peut réaménager un petit peu l'utilisation de cette épargne ?
16:00Le président de la République, cette semaine, a dit que 60% du programme des EPR2,
16:05les réacteurs nucléaires Nouvelle Génération, seraient financés à 60% par le livret A.
16:10Donc là, il faut attendre de voir la réaction des Français.
16:12Quant à la fiscalité, le fameux Haut Conseil sur le climat lui dit attention aux subventions brunes,
16:19c'est-à-dire toutes les subventions qui ont été accordées.
16:22On a une peur. Aujourd'hui, c'est le retour des Gilets jaunes.
16:25Donc, il ne faudrait pas qu'on retourne dans les subventions, les aides aux énergies, etc.
16:28Parce que ce sont des primes d'État, 13 milliards d'euros,
16:32qui financent finalement en grande partie les énergies non renouvelables, les énergies fossiles.
16:38Et puis, effectivement, l'Europe, c'est la grande question.
16:40Donc, fiscalité, épargne, tout ça au niveau européen, c'est très complexe.
16:44– L'Anne-Sophie Alcif, au niveau européen, on est encore plus loin d'avoir une vision cohérente ?
16:50– Oui, complètement, parce que, comme ça a été très bien dit,
16:53il y avait déjà la volonté de la France d'avoir une Europe de l'énergie il y a 20
16:56ans.
16:57Les Allemands étaient contre.
16:58Et donc, là aussi, on voit, bien sûr, vous devenez un leader énergétique,
17:03vous avez en effet beaucoup plus de pouvoir politique.
17:07Donc là, aujourd'hui, c'est vrai que ça pose aussi en Europe la question avec la Mayne,
17:12qui ont, eux, beaucoup de problèmes concernant l'énergie,
17:14puisqu'ils n'ont pas diversifié leur mix énergétique.
17:16Donc là, on voit qu'on est dans des problématiques politiques beaucoup plus importantes
17:19que, finalement, cette volonté de faire l'Europe énergétique,
17:23qui serait tout à fait possible s'il y avait la volonté politique, encore une fois,
17:25et donc d'être complètement indépendant,
17:27et donc de préserver le pouvoir d'achat des Européens quand il y a ce type de crise.
17:30– Et la France peut être un élément moteur au niveau européen, Patrice Geoffron ?
17:33– Oui, oui, tout à fait.
17:34La bonne nouvelle qui nous a été annoncée par Emmanuel,
17:36c'est qu'il y a beaucoup d'épargne en Europe,
17:38donc il faut la mobiliser, il faut la mobiliser en ayant également à l'esprit
17:41ce que ça nous permet d'économiser.
17:43En 2022, pour répondre aux chocs, les Européens ont dépensé 670 milliards,
17:49670 milliards en bouclier amortisseur tarifaire.
17:53C'est comme si on avait acheté 670 milliards, écoutez bien, de Doliprane,
17:57donc ça évite le mal de tête et la douleur pendant un certain temps,
18:00ça ne résout rien des problèmes.
18:01Et donc il vaut mieux investir et investir pour le long terme
18:04et retrouver des repères dans ce monde.
18:07– Et anticiper les chocs plutôt que de les subir.
18:09– Merci beaucoup Anne-Sophie Alcif, enseignante en économie à la Sorbonne,
18:12Patrice Geoffron, membre du Cercle des économistes,
18:15directeur du Centre de géopolitique de l'énergie à Paris-Dauphine.
18:18Merci à vous Emmanuel Cuny.
18:19On vous retrouve samedi prochain pour les informer de l'écho.
18:21D'ici là, l'info continue sur France Info.