- il y a 8 mois
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Avec Jean-Guilhem Darré, délégué général du syndicat des Indépendants et des TPE
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00:00Radio, la France dans tous ses états, le fait du jour.
00:03L'année 2025 a été marquée par un nombre record de dirigeants d'entreprises ayant perdu leur emploi avec 61
00:09459 cessations d'activité.
00:12La progression s'observe dans tous les secteurs. On en parle aujourd'hui avec le délégué général du syndicat des
00:17indépendants et des TPE, Jean-Guilhem Daré. Bonjour.
00:20Bonjour.
00:21Bonjour Jean-Guilhem Daré, merci d'être avec nous à l'antenne de Sud Radio.
00:24Dio, je donnais le chiffre tout à l'heure, près de 62 000, je crois que c'est 61 845
00:29patrons se sont retrouvés au chômage en 2025.
00:32D'abord, une précision. Un patron au chômage, ça veut dire quoi ? Dépôt de bilan faillite ? Il va
00:38où ? Il pointe à peu l'emploi ? Il a une protection ? Il a un droit ? Le
00:42patron ?
00:42Oui, il a un droit qu'on appelle l'allocation pour les travailleurs indépendants.
00:47Donc, ce n'est pas grand-chose, très honnêtement. Il peut prétendre à 800 euros par mois pendant 6 mois
00:53maximum, qui est versé par l'UNEDIC.
00:57Il y a des conditions à remplir, ce n'est pas automatique.
01:01Ça veut dire quand même que ces gens-là, ces patrons qui portent entreprise, qui ont pris des risques, ils
01:07sont assez démunis.
01:10Quand on dépose le bilan, ça veut dire qu'on a tout essayé de sauver son entreprise et qu'on
01:15est arrivé au bout du rouleau et qu'on n'a pas d'autre solution.
01:18Ça doit être terrible pour un salarié aussi, c'est terrible.
01:21Mais pour le patron qui a créé l'entreprise, qui a créé des emplois, à se retrouver lui-même au
01:26chômage, ça veut donc dire qu'il est dans un pays...
01:29À moins qu'il ait fait de grosses erreurs.
01:30Mais là, on sait pourquoi, aujourd'hui, il y a des dépôts de bilan.
01:32Parce qu'il y a une concurrence déloyale qui fait que le patronat français n'est pas aidé dans sa
01:37lutte.
01:39Ça veut dire qu'on est abandonné par le pouvoir politique quand on en arrive là.
01:44La problématique, c'est qu'on ne perd pas seulement, entre guillemets, son emploi, son activité.
01:49On perd déjà son bébé, parce que quand on crée une entreprise, on y tient comme à la pounelle de
01:55ses yeux, d'une part.
01:56On perd aussi ses salariés.
01:58On peut, malheureusement aussi, y perdre à titre personnel sur son patrimoine personnel.
02:04Parce que quand on est chef d'entreprise, on engage aussi son patrimoine personnel.
02:08Donc, ça peut avoir des répercussions sur la famille.
02:10Ça peut avoir des répercussions sur son entourage.
02:13C'est quelque chose qui est extrêmement à la fois stressant et impactant pour le chef d'entreprise au niveau
02:21personnel.
02:2262 000 patrons au chômage en 2025, ça signifie quoi en termes économiques ?
02:28Un début d'effondrement où ce n'est pas dramatique, mais ça signale quand même qu'il y a une
02:33souffrance, ou c'est plus grave, ou c'est assez grave ?
02:37On parle effectivement de ces 62 000.
02:39Déjà, il faut préciser que dans 82 % des cas, donc plus de 50 000, ce sont des petites entreprises.
02:44Ce sont des entreprises de moins de 5 salariés.
02:46Bien sûr.
02:48On parle bien de liquidation judiciaire.
02:49On parle de quelque chose qui est à un niveau très élevé, mais depuis plusieurs années.
02:54On nous a fait le coup de, oui, mais ça ne rattrape pas ce Covid.
02:57Après, on nous a expliqué autre chose.
02:59Et puis après, on nous a parlé de la moyenne, etc.
03:01Donc, on est vraiment dans une situation qui est grave, très honnêtement.
03:06Nos entreprises sont en situation de crise économique, très honnêtement.
03:09Et quand on parle des 62 000, on ne parle pas de...
03:13C'est la partie émergée de l'asberg, en fait.
03:15Parce que vous avez aussi 182 000 entreprises qui ont fermé leurs portes volontairement.
03:21Des chefs d'entreprise qui n'en pouvaient plus.
03:23Ah oui, d'accord.
03:24Avec une moyenne d'âge, d'ailleurs, de 10 ans.
03:26Il faut savoir que sur ces 182 000 entreprises qui ont fermé leurs portes en 2025 volontairement,
03:31elles avaient une durée de vie de 10 ans.
03:34Donc, ce sont des chefs d'entreprise qui n'en peuvent plus.
03:36Qui n'en peuvent plus des charges administratives, qui n'en peuvent plus des charges sociales,
03:40des charges fiscales, qui n'en peuvent plus de ne pas avoir de perspective.
03:43Et qui disent, bon, voilà, moi, je vais m'arrêter avant que ce soit trop tard,
03:46avant, justement, que mon patrimoine personnel ne soit engagé.
03:49Je ne vais pas jusqu'au communal de commerce, je ne vais pas jusqu'à les liquidations judiciaires.
03:53Mais voilà, je peux encore payer, c'est bon, j'arrête.
03:55Je passe à autre chose.
03:56Ça veut dire qu'ils jettent l'éponge.
03:58Ils ne sont pas forcément confrontés à un dépôt de bilan.
04:02Leur entreprise tourne, ils la gèrent de façon correcte.
04:05Mais les épreuves, les contraintes sont tellement insupportables qu'ils disent,
04:08moi, j'arrête, maintenant, ce n'est plus une vie.
04:10J'en connais, personnellement, qu'ils m'ont dit, je maintiens parce que j'ai quelques employés,
04:14mais c'est devenu un cauchemar.
04:17Et ce genre de témoignage se multiplie, je suppose.
04:19Vous en avez quelques-uns de votre côté.
04:21Oui, bien sûr, mais vous voyez, ce que vous dites, c'est que je maintiens mon activité
04:26parce que j'ai quelques employés, c'est extraordinaire.
04:28On a le sentiment, finalement, de quelque chose de familial.
04:31Mais on maintient parce qu'on a quelques employés.
04:33Et ils ne se payent plus.
04:35Et voilà, c'est ça.
04:36En contrepartie, ils ne se payent plus.
04:38C'est incroyable.
04:40Nous, on réalise des enquêtes régulièrement.
04:42Ça fait plusieurs, allez, ça fait deux, trois ans que la moitié des chefs d'entreprise
04:47que nous interrogeons, des responsables de TPE, des artisans, des commerçants,
04:50nous disent, mais moi, je gagne moins d'un cas spik.
04:53Dans 50% des cas.
04:54Nous avons Marc qui nous appelle d'Ambert, le pays de la célèbre fourme dans le Puy-de-Dôme.
04:59Bonjour Marc.
05:00Bonjour M. Perico, bonjour à Sud Radio, à vos invités et à vos auditeurs.
05:05Je voulais témoigner, donc, pour témoigner un petit peu par rapport aux problèmes économiques
05:12qu'on rencontre en France, et je suis totalement d'accord avec vous.
05:14Si on prend mon cas personnel, moi, je suis fonctionnaire.
05:17Je prends à peu près 35 000 euros à l'année de salaire, tout va bien pour moi.
05:20Je connais un artisan qui est électricien, qui lui fait 100 000 euros de chiffre d'accélérant,
05:26ce qui est une belle somme, mais l'État lui prend 65 000 euros de taxes,
05:31donc il lui reste plus que 35 000 euros.
05:33Il a le même salaire que moi, sauf qu'on n'a pas du tout les mêmes horaires.
05:35On lui travaille beaucoup, beaucoup plus que loin, et moi, tout va bien.
05:38Et pour moi, il y a un deuxième aussi problème économique, c'est aussi les syndicats.
05:41Pourquoi ? Parce que si on prend toujours l'exemple de l'artisan électricien,
05:45si ce monsieur-là va embaucher quelqu'un parce qu'il a besoin de main-d'œuvre,
05:49une fois qu'il a fait signer un CDI,
05:52eh bien, si la personne qui l'a embauchée ne veut plus travailler,
05:57avec ce qu'ont mis en place les syndicats pour protéger les salariés,
05:59eh bien, le plus ce n'est pas rassé de ces salariés,
06:01il y a beaucoup d'artisans qui, justement, arrêtent leur activité à cause de ça.
06:05Donc, moi, les deux responsables, c'est l'État qui donne trop de charges,
06:08et les syndicats qui ont trop protégé les salariés.
06:10Jean-Guilhem Daré, ce que dit Marc, évidemment, est pertinent.
06:13Je disais au départ que, pour moi, le premier ennemi de l'emploi en France,
06:18de l'industrie française des petits patrons, c'est cette concurrence déloyale.
06:21On importe des produits d'Asie, vendus en grande surface,
06:25au détriment de ce qu'on pourrait produire en France.
06:27Mais c'est vrai que ce que Marc dit, et on le sait,
06:30le poids administratif, j'allais dire la contrainte administrative
06:33pour ne pas parler de la persécution,
06:35et puis une fiscalité qui est totalement dissuasive.
06:37Est-ce que ce sont ces trois causes qui, finalement, mises bout à bout,
06:41finissent par arriver au bout de la patience d'un patron ?
06:45Oui, il y a une charge mentale très importante
06:48qui est mise sur ces responsables de TPE,
06:50parce qu'ils sont seuls, en fait.
06:53Ils n'ont pas la structure que peut avoir une entreprise de taille moyenne
06:57avec un DRH, un responsable financier, etc.
07:02Donc, voilà, ils gèrent seuls.
07:04Ils ont les relations avec le personnel.
07:07Effectivement, le droit social est extrêmement compliqué.
07:09Les relations avec l'administration, on n'arrive pas toujours à les avoir.
07:13On ne comprend pas toujours ce qui se passe.
07:15Parfois, effectivement, c'est à tillon.
07:18Donc, oui, il y a quelque chose qui fait que
07:22se consacrer à son métier, finalement, ne suffit pas.
07:24Et tous ces à-côtés sont extrêmement chronophages
07:28et finissent par impacter sur le moral du chef d'entreprise
07:32et sur sa volonté de poursuivre son activité.
07:34Il y a des moyens d'obtenir une évolution ?
07:38Est-ce que, bon, les syndicats de patrons,
07:40vous, vous êtes des petits patrons,
07:42il y a aussi le MEDEF, bien entendu.
07:45Est-ce que le patronat, aujourd'hui, cette détresse,
07:47elle est prise en considération au niveau de l'État, du gouvernement,
07:50ou on dit que c'est la fatalité ?
07:54Alors, il y a une prise de conscience
07:56en ce qui concerne la concurrence du e-commerce.
08:03Puisqu'effectivement, on parle beaucoup des plateformes,
08:05notamment Chine, mais on peut parler de TEMU.
08:08Il a fallu du temps, hein, Mim ?
08:10Il a fallu du temps pour plus.
08:11Exactement. Il a fallu beaucoup de temps.
08:13Il a fallu des éléments, on va dire, un petit peu extérieurs,
08:17type ouverture en commerce physique au BHV, par exemple, pour Chine.
08:23Vente de produits illégaux, voire pédopornographiques.
08:26Mais aujourd'hui, il y a une prise de conscience
08:30d'une concurrence, effectivement, déloyale
08:31qui est exercée par les plateformes,
08:35et notamment chinoises,
08:36puisque par an, l'année dernière,
08:39on a eu 820 millions de petits colis
08:41qui sont entrés sur le territoire français
08:43et qui sont autant de produits
08:45qui, dans un nombre important de cas,
08:49il y a 30% à peu près,
08:50d'après ce que dit la Direction Générale
08:51de la concurrence et de la répression des fraudes,
08:53ne répondent pas à nos normes,
08:55que ce soit des normes de santé,
08:58des normes de sécurité
08:59ou des normes en termes d'information du consommateur.
09:01Donc, on accueille des produits
09:04qui ne sont pas aux normes,
09:07on accueille des produits
09:09qui sont fabriqués dans des conditions
09:10que nous n'accepterions pas
09:12et qui viennent, effectivement,
09:14concurrencer nos commerces de proximité, notamment.
09:17Est-ce que le marché commun n'était pas...
09:18Je l'appelle marché commun
09:19parce que c'est comme ça
09:20que l'Union Européenne est née.
09:21Le marché commun n'était pas censé nous protéger
09:23contre ce genre de dérive ?
09:26Pour qu'il y ait un marché commun,
09:27il faut qu'il y ait vision commune, en réalité.
09:29C'est ça, la problématique.
09:30Si je reprends l'exemple des petits colis,
09:34la France a mis en place,
09:35la racontée du 1er mars,
09:36une taxe de 2 euros.
09:39C'est par ligne de produit.
09:40Enfin, bon, c'est un peu compliqué,
09:41mais il y a une taxe
09:42qui est prélevée, en principe,
09:44sur les petits colis
09:45qui rentrent sur le territoire.
09:47Donc, qu'ont fait les grandes plateformes chinoises
09:49et elles sont passées par ailleurs.
09:50Elles sont passées par la Belgique,
09:51elles peuvent passer par l'Allemagne,
09:52elles peuvent passer par des pays
09:53de l'Union Européenne
09:54qui n'ont pas mis en place ces taxes
09:55et qui, donc, ensuite,
09:57transfèrent sur le territoire français.
09:58Par Rotterdam, notamment,
09:59qui est le grand port d'importation
10:00puisque le pays importateur, lui,
10:02se paye une petite taxe à l'arrivée
10:03et, ensuite, il peut disséminer
10:05dans le reste des 27 autres pays.
10:08Pour ce qui est des réglementations
10:10du poids de l'administration,
10:11est-ce que vous avez reçu des engagements ?
10:13Combien de présidents de la République ?
10:15Je me souviens de François-Lévi,
10:15il y avait un ministre de la simplification,
10:17il y avait des procédés de simplification.
10:18Vous envoyez la couleur
10:20de cette simplification administrative,
10:21de cet allégement des normes
10:24et des critères et des règles ?
10:27Alors, très sincèrement,
10:28je signale à vos auditeurs,
10:30vous savez ce qui s'est insourir.
10:31C'est une quinzaine d'années
10:32qu'on est en relation
10:33avec les différents gouvernements
10:35qui nous expliquent, en effet,
10:36qu'il va y avoir de la simplification.
10:38Il y a des ministères de la simplification,
10:41des ateliers de la simplification
10:43et chaque simplification, en fait,
10:45amène à des complexités supplémentaires.
10:46La dernière simplification en date
10:48qui nous a été présentée comme telle,
10:50c'est la facturation électronique.
10:52Alors, ça, ça doit être
10:53la simplification ultime.
10:55Et en réalité, un, ça coûte cher
10:57et deux, c'est une usine de gaz
10:59à mettre en place.
11:00On verra comment ça va fonctionner.
11:02Mais à ce stade,
11:03ça reste extrêmement difficile
11:03à mettre en place.
11:04Mais c'est juste une mesure...
11:05Toute simplification amène
11:07en définitive à des complexités.
11:08C'est juste une mesure policière
11:09à la facturation électronique
11:11pour contrôler plus précisément
11:12la gestion, la comptabilité
11:14et s'assure qu'il n'y a pas un centime
11:15qui échappe évidemment au fisc
11:18et à l'État.
11:21Jean-Guilhem Daré,
11:22les petits patrons,
11:23le petit patronat,
11:24est-ce qu'on peut affirmer
11:25que c'est le fer de lance ?
11:26Alors, ce n'est pas les grands groupes
11:27qui font le prestige de la France
11:29à l'étranger,
11:30mais ils font le prestige de la France
11:31à l'intérieur de la France
11:32et pourtant certains exportent.
11:35Est-ce que c'est vraiment
11:36comme l'on dit souvent,
11:38c'est le fer de lance
11:39de l'économie française ?
11:40Ces patrons, ces artisans,
11:42ces petits patrons,
11:42ce tissu social
11:43qui partout,
11:44que l'on voit,
11:45que l'on ferme.
11:46Quand je vais en Italie,
11:47j'ai l'impression
11:47que toutes ces petites entreprises,
11:48elles subsistent.
11:49il y a une demande intérieure,
11:50il y a une production,
11:51une consommation intérieure
11:52qui les sauve.
11:53En France,
11:53tout ça est en train de disparaître
11:54et pourtant,
11:55c'est essentiel
11:55pour l'avenir de la France,
11:56ce réseau économique
11:58et industriel.
11:59À ce stade,
12:00il reste encore
12:01un petit peu plus
12:02de 2 millions
12:02d'artisans,
12:04commerçants et TPE.
12:05Je mets les micro-entrepreneurs
12:08individuels,
12:09etc.
12:11Ce qui est important,
12:12effectivement,
12:12c'est que c'est un maillage
12:13territorial essentiel.
12:14On est bientôt
12:15dans les élections municipales.
12:17Évidemment,
12:18il est important
12:19que les maires
12:20puissent préserver
12:23et faire croître
12:23leur commerce de proximité.
12:26Ce sont des structures
12:28qui embauchent localement.
12:30Ce sont des structures
12:31qui consomment localement.
12:33Donc,
12:33quand on parle,
12:34effectivement,
12:34de faire de lance
12:35dans l'économie française,
12:36au sens
12:38où on achète français,
12:39ce sont les premiers cordés
12:44par rapport
12:45à cette notion-là.
12:46D'où l'importance
12:47de les souber.
12:48On est avec vous,
12:49Jean-Guilhem Daré,
12:50dans votre noble combat.
12:51Je remercie Marc
12:52pour son intervention
12:53et puis je vous dis
12:54à bientôt
12:55parce que je pense
12:55que c'est un sujet
12:56qui sera amené
12:58à être retraité
12:58sur Sud Radio.
12:59Merci de votre présence.