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  • há 21 horas
En 1928, Elizabeth Naim Ziai, une jeune Normande, épouse le cousin du roi d'Afghanistan. Le couple s'installe à Kaboul et elle se destine à une existence oisive. Mais, un an après leur mariage, le roi est détrôné par un rebelle rétrograde. Dès lors, rien ne se déroulera plus comme prévu. Pourtant, Elisabeth Naim Ziai reste à Kaboul et, première femme dévoilée d'Afghanistan, elle consacrera sa vie à faire avancer la cause des femmes dans son pays d'adoption. Son aventure méconnue permet de revisiter une époque, entre la fin des années 1920 et le milieu des années 1960, où l'Afghanistan s'est ouvert et où le sort des femmes s'est considérablement amélioré.
Transcrição
00:16Tout le monde me dit que je fais une folie,
00:19qu'une femme comme moi ne trouvera que son malheur avec un afghan.
00:25Mais je suis amoureuse.
00:28Et contre la vie de tous,
00:30j'épouserai Naïm.
00:34C'est en vacances à Saint-Malo
00:36qu'Elisabeth Bellet et Naïm Ziaï se sont rencontrés.
00:40Une rencontre totalement inattendue.
00:43Celle de deux mondes qui, en 1927,
00:45avaient peu de chance de se croiser.
00:49Elisabeth est issue de la petite bourgeoisie bretonne.
00:53Naïm est le cousin du roi d'Afghanistan.
00:57En l'épousant, Elisabeth vit un conte des mille et une nuits.
01:02La secrétaire bretonne devient princesse afghane.
01:12Si mes parents sont fiers d'avoir un prince pour gendre,
01:15ils n'ont pas tout à fait le cœur à la fête.
01:18Ils auraient préféré que je me marie à l'église,
01:21avec un catholique.
01:23Pour eux, l'Afghanistan est une autre planète.
01:38En épousant Naïm,
01:40Elisabeth unit son destin à celui de l'Afghanistan.
01:45Tout au long des 50 ans qu'elle va passer à Kaboul,
01:48elle consigne son aventure singulière.
01:51Dans ses écrits inédits et ses albums de famille,
01:55l'intime et le politique dialoguent.
01:58Elisabeth va être à la fois le témoin de l'évolution du pays
02:01et l'une des actrices de l'émancipation féminine en Afghanistan.
02:09« Dès que Naïm a franchi les portes de la pharmacie familiale,
02:13j'ai su que mon destin avait bifurqué.
02:16Entre nous, le coup de foudre a été immédiat.
02:21Naïm est la fine fleur de son pays.
02:25Il fait partie des 34 jeunes
02:27que le roi Amanullah a envoyés étudier en France.
02:31À leur retour en Afghanistan,
02:33ils assureront la modernisation que prône le roi.
02:41Issu de la mouvance des jeunes Turcs,
02:44le roi Amanullah veut en effet que l'Afghanistan s'ouvre au monde
02:47et dépasse le modèle archaïque
02:49dans lequel il est ancré depuis le XVe siècle.
02:53Il entreprend alors une grande tournée européenne
02:56avec son épouse, la reine Soraya.
02:59Premier souverain progressiste en Afghanistan,
03:02ils reçoivent partout un accueil triomphal.
03:07Même à Londres,
03:08alors qu'à son arrivée au pouvoir en 1919,
03:12le roi Amanullah a chassé les Anglais de son pays
03:14et obtenu l'indépendance de l'Afghanistan.
03:21Après l'Allemagne, l'Italie et l'Angleterre,
03:24les souverains arrivent en France.
03:27Et fait rarissime pour l'époque,
03:29le roi enregistre une courte allocution en Dari.
03:47Le roi Amanullah profite de son séjour à Paris
03:50pour retrouver les 34 jeunes qu'il a envoyés y étudier.
03:54Parmi eux, son cousin Naïm
03:56et sa nouvelle épouse, Elisabeth.
04:02La reine Soraya m'impressionne beaucoup.
04:05Elle est résolument féministe.
04:09Elle me raconte qu'elle se bat
04:10pour changer les mentalités des Afghans
04:12à l'égard des femmes.
04:14Elle a ouvert à Kaboul la première école pour filles.
04:18Elle a autorisé les femmes à travailler,
04:21interdit le mariage contre le consentement des filles
04:23et elle encourage ses congénères à se dévoiler comme elle.
04:28Une vraie révolution dans ce pays
04:30qui traite les femmes comme des esclaves,
04:32me confie le roi Amanullah.
04:39À l'aune de ce couple royal engagé,
04:42Elisabeth a hâte de gagner sa nouvelle patrie.
04:46Mais Naïm et elle attendent la naissance de leur fils,
04:49Hakim, pour entreprendre le long voyage.
04:54À l'automne 1928,
04:56ils sont enfin prêts à rejoindre le roi Amanullah
04:59et la reine Soraya à Kaboul.
05:07Notre aventure démarre.
05:09Nous embarquons sur le paquebot
05:10qui va nous mener aux Indes.
05:13Je suis si impatiente
05:14de découvrir le pays de Naïm
05:16et de retrouver la reine Soraya.
05:19Maintenant que je suis devenue afghane
05:21par le mariage,
05:22son combat pour l'émancipation féminine
05:25est aussi le mien.
05:27Soraya m'a d'ailleurs promis
05:28de me faire une place auprès d'elle à Kaboul.
05:31On va avoir besoin d'unir nos forces,
05:33m'a-t-elle dit.
05:43La traversée est magnifique,
05:46déjà dépaysante.
05:50Après une escale à Malte,
05:51nous remontons le canal de Suez.
06:01Nous sommes en mer depuis dix jours.
06:06Aden est notre dernière étape avant les Indes.
06:11De Bombay,
06:13nous gagnerons l'Afghanistan par les terres.
06:16La France me semble déjà très loin.
06:25Le quai de Bombay
06:27grouille sous un soleil tuant.
06:29Le plus grand dénuement
06:31côtoie une opulence indécente.
06:34Je n'imaginais pas un tel contraste
06:36dans une colonie britannique.
06:41A peine a-t-on débarqué
06:42qu'un crieur de journaux déboule
06:44en hurlant que la frontière afghane est fermée.
06:47Impossible de poursuivre notre voyage.
06:52Le consul d'Afghanistan,
06:53venu nous accueillir,
06:55tente de me rassurer.
06:56Les troubles sont monnaie courante
06:58dans cette région du monde.
07:00Selon lui,
07:00c'est l'affaire de trois jours.
07:06Mais je vois bien que Naïm s'inquiète.
07:09Les nouvelles d'Afghanistan
07:10sont vraiment alarmantes.
07:12Des rebelles traditionnalistes
07:13ont pris les armes
07:14contre son cousin,
07:16le roi Amanullah.
07:19L'Afghanistan vient d'entrer
07:20dans une guerre civile
07:21entre les modernisateurs
07:23et les traditionnalistes.
07:25Deux tendances
07:26qui jusqu'à aujourd'hui
07:27continuent de s'affronter.
07:29Pour beaucoup d'Afghans,
07:31le roi Amanullah
07:32est allé trop vite
07:33et trop loin dans ses réformes.
07:35Les libertés
07:36que la reine Soraya et lui
07:37ont accordées aux femmes
07:38choquent.
07:40Les Afghans se sont mis
07:41à les considérer
07:42comme des couffards,
07:43des traîtres à l'islam.
07:45Une photo de la reine
07:46prise à Buckingham Palace
07:48lors de leur tournée européenne
07:49met le feu aux poudres.
07:51Ses bras nus
07:52font scandale.
07:55Pour tenter
07:56de désamorcer la bombe,
07:57le roi Amanullah
07:58réunit les Kaboulis
07:59dans le jardin public
08:00et réaffirme sa foi
08:02en l'islam.
08:03Mais cela ne suffit pas.
08:06Le peuple
08:07ne veut plus de lui
08:08à sa tête.
08:10Alors,
08:11le roi descend
08:12de la tribune
08:12et rentre au palais
08:14sous les huées.
08:21Naïm, déprimé par le retour
08:23des traditionnalistes
08:24dans son pays,
08:25s'emmure dans le silence.
08:29Il se désespère
08:30que nous soyons bloqués
08:31aux Indes.
08:33Quant à moi,
08:34je tue le temps
08:35comme je peux.
08:36Je me sens si loin,
08:38si seule.
08:41Au consulat,
08:42tout le monde
08:43parle d'Ari
08:44et personne ne se donne
08:45la peine de traduire pour moi.
08:46Pas même Naïm.
08:48Je me fais l'impression
08:49d'une enfant
08:50qui ne comprend rien
08:51aux conversations
08:51des adultes.
08:53Je décide alors
08:54d'apprendre la langue.
08:59Et puis un matin,
09:00la pire des nouvelles
09:02tombe.
09:03Kaboul est aux mains
09:04de Batcha et Sakao,
09:05le brigand illettré
09:06qui menait la rébellion
09:07contre le roi Amanullah.
09:09Tout s'effondre.
09:11Le rêve
09:12que nous devions rejoindre
09:13n'existe plus.
09:19Batcha et Sakao
09:20établie à Kaboul,
09:22la capitale afghane,
09:23une dictature sanguinaire
09:24et rétrograde.
09:26Il tue,
09:28pille,
09:29emprisonne,
09:30viole.
09:31Pour les femmes,
09:33le retour en arrière
09:33est total.
09:35Les écoles sont fermées,
09:37le travail interdit,
09:39le tchadri
09:40à nouveau de rigueur.
09:42L'extrémisme
09:44de Batcha et Sakao
09:45est d'autant plus radical
09:46qu'il répond
09:47à la phase permissive
09:48du roi Amanullah.
09:52Ce renversement
09:53est à l'image
09:53de l'histoire du pays
09:54jusqu'à aujourd'hui.
09:56Un mouvement de balancier
09:57entre ouverture
09:58et traditionnalisme.
10:01Après avoir résisté
10:02quelque temps,
10:03le roi Amanullah
10:04s'enfuit à Bombay.
10:06Naïm raconte
10:07leur retrouvaille
10:08dans une autobiographie
10:10jamais publiée,
10:11écrite en français
10:12à la fin des années 70.
10:17Amanullah me propose
10:18de m'exiler avec lui
10:19en Italie.
10:21Je suis terriblement déçu
10:23qu'il abandonne ainsi
10:24l'Afghanistan.
10:26Je réponds que c'est
10:27hors de question.
10:28J'ai étudié
10:28pour servir ma nation,
10:30pas pour retourner
10:30en Europe.
10:31Je n'ai pas l'intention
10:32de laisser mon pays
10:33aux mains des traditionnalistes.
10:37Pour renverser
10:38Batcha et Sakao,
10:40Naïm va désormais
10:41fonder ses espoirs
10:41sur Nadir Khan,
10:43qui a pris les armes
10:44avec ses frères
10:45Hashim
10:45et Shamahmoud.
10:47En octobre 1929,
10:49Nadir élimine
10:50Batcha et Sakao
10:51et s'autoproclame
10:53roi
10:53sous le nom
10:54de Nadir Shah.
10:56Alors qu'ils avaient
10:57été chassés d'Afghanistan
10:58par le roi Amanullah,
11:00les Britanniques
11:00profitent de Nadir Shah
11:02pour remettre la main
11:03sur le pays.
11:04En contrepartie
11:05de leur aide,
11:06le nouveau roi
11:07s'engage à maintenir
11:08l'ordre en Afghanistan.
11:10La modernisation
11:11n'est plus à l'ordre du jour,
11:13l'émancipation
11:14des femmes encore moins.
11:17Cette nouvelle donne
11:18politique a beau être
11:19loin de ce que
11:19les IAïs espéraient,
11:21elle sonne tout de même
11:22le départ de Bombay
11:23pour Elisabeth,
11:24Naïm et leur fils Hakim.
11:27Leur parenthèse indienne,
11:28qui devait durer
11:29trois jours,
11:30aura duré un an.
11:39Nous prenons la route
11:40pour Kaboul
11:41le 5 décembre 1929.
11:50Dans la voiture,
11:52je réalise le tournant
11:53que prend notre aventure.
11:57Qu'allons-nous
11:58de venir en Afghanistan
11:59en tant que cousin
12:00d'un roi chassé ?
12:03Naïm se rend-il compte
12:04qu'il entraîne
12:05dans la fournaise
12:05son fils et sa femme ?
12:13Je le comprends soudain.
12:16Tant qu'il respirera,
12:17il ne vivra que pour son pays.
12:20Je ne ferai jamais le poids.
12:33Le plus beau spectacle
12:34que j'ai vu depuis mon départ
12:35de France
12:36se déploie tout à coup
12:37sous mes yeux.
12:40Des enfants
12:41et des nouveau-nés
12:42sanglés
12:42au sommet
12:43des chameaux
12:44en compagnie
12:45de poulets,
12:46d'agneaux,
12:47de perroquets.
12:51Une nomade
12:52tannée par le soleil
12:53s'avance.
12:55Sous un corsage multicolore
12:57qui moule ses seins,
12:58tombe une jupe
12:59faite de mille plis.
13:03Elle me regarde
13:04de ses immenses yeux
13:05gris-bleus.
13:08Me sourit
13:08comme pour me donner
13:10du courage.
13:13L'image de cette femme
13:14rayonnant
13:15malgré sa pauvreté
13:16m'accompagne longtemps.
13:19Je songe
13:20à la liberté
13:21dont elle était nimbée.
13:24Alors que le monde
13:25m'échappe,
13:26il semblait
13:27à elle
13:27lui appartenir.
13:34Elisabeth ne se doute pas
13:35que ses visages
13:36d'Afghane
13:36sont les derniers
13:37qu'elle verra
13:38en extérieur
13:39pour de longues années.
13:42A Kaboul
13:42comme partout ailleurs
13:43dans le pays,
13:44il n'est plus question
13:45pour les femmes
13:46de sortir sans tchadri.
14:00Chaque jour,
14:01à l'aube,
14:02l'appel à la prière
14:03me tire du sommeil.
14:05De tous les côtés
14:06de la ville,
14:07les voix des Mollah
14:08montent vers Dieu
14:09avec ses mots magnifiques.
14:11Allah Akbar.
14:18J'aime l'écho
14:19de ses prières
14:20qui donnent à mes journées
14:21un semblant de rythme
14:22et confèrent à Kaboul
14:24un air de paix.
14:34Les travaux
14:35que le roi Amanullah
14:36avait entrepris
14:37pour moderniser
14:38la ville
14:38ont été abandonnés.
14:40Après neuf ans
14:41d'absence,
14:42Naïm retrouve Kaboul
14:44dans le piteux état
14:45où il l'avait laissé.
14:47La capitale
14:48est un village boueux
14:49de 36 000 habitants
14:50avec des maisons
14:51en torchis.
14:53exception faite
14:54de deux ou trois
14:54artères plus larges,
14:56c'est un entrelâts
14:57de ruelles
14:57où s'entassent
14:58détritus
14:58et excréments.
14:59On se croirait
15:00au Moyen-Âge.
15:01Il faut vraiment
15:02faire quelque chose.
15:04Je demande alors
15:05audience au roi
15:06et lui propose
15:06mes services d'ingénieur.
15:09Nadir Shah
15:10me nomme
15:10à la tête
15:10de la société électrique
15:11de Kaboul.
15:13La tâche va être dure.
15:14L'électricité
15:15est totalement dysfonctionnelle.
15:17La gestion
15:17de la société électrique
15:18aussi.
15:19Et la corruption
15:20généralisée.
15:22Quand les pauvres
15:23ne peuvent pas
15:23payer les pots de vin,
15:24on leur coupe le courant.
15:26Tout cela m'attriste.
15:30Sans parler
15:30de la situation
15:31d'Elisabeth
15:31qui me désespère.
15:33La vie des femmes
15:34sous Nadir Shah
15:35est si loin
15:35de celle
15:35que je lui avais promise.
15:40Si Naïm
15:41se désole
15:41de la situation
15:42à Kaboul,
15:43il y a tout de même
15:44trouvé une place.
15:46Ce n'est pas
15:46le cas d'Elisabeth.
15:48Dans ses cahiers,
15:49elle consigne
15:50ce qui n'aurait
15:51sans elle
15:52pas laissé de traces.
15:54Le quotidien
15:55des femmes.
15:57À part quelques exceptions,
15:59les femmes
16:00de la masse
16:00et de la bourgeoisie
16:01dorment toutes habillées.
16:03Elles ne sont pas
16:04hantées du désir
16:05de sortir
16:06de leur vie
16:06en vase clos
16:07et c'est malheureux.
16:09Aussi,
16:10les mois de révolution
16:111928-1929
16:13n'ont pas aidé
16:13leurs aspirations
16:14si elles en avaient.
16:16Pour les femmes,
16:17plus de travail,
16:19plus de promenade,
16:20plus de spectacle,
16:21de journaux
16:21ni de livres
16:22et le courrier
16:23est coupé.
16:25Je vis recluse
16:26dans la maison familiale
16:27de Naïm
16:27avec les six épouses
16:29répudiées de son père.
16:31On tricote,
16:32on grignote
16:33des fruits secs,
16:34on fume,
16:35moi,
16:35mes cigarettes,
16:36elles,
16:36leurs pipaos.
16:38J'essaye de ne pas
16:39en vouloir à Naïm.
16:40Ce n'est pas ce qu'il souhaitait
16:41pour moi.
16:43Mais je me désagrège
16:44dans un ennui mortel.
16:51Et dans ce vide,
16:53la nostalgie
16:54me submerge.
16:57Comment se portent mes sœurs,
16:58mes parents,
16:59ma famille,
17:00pensent-ils encore à moi ?
17:04J'essaye de me fondre
17:05dans le paysage,
17:07d'accepter mon lot.
17:09Comme on dit en Dari,
17:10la lourde pierre
17:12que tu ne peux soulever,
17:13embrasse-la
17:14et laisse-la à sa place.
17:23Le rêve qu'Elisabeth
17:25était censée rejoindre
17:26continue de s'effriter.
17:28Naïm refuse
17:29les pots de vin
17:29pour étoffer
17:30son maigre salaire
17:31de fonctionnaire.
17:32Le train de vie
17:33des IAïs
17:34est donc loin
17:34d'être princier.
17:37Naïm conserve
17:38toutefois
17:38un prestige social
17:39dont Elisabeth
17:40va profiter.
17:42Après des mois
17:43d'enfermement,
17:44elle est conviée
17:45à un beau jour
17:45au palais royal.
17:50Je suis heureuse
17:51de sortir
17:52et de rompre
17:53enfin la monotonie
17:54de mes journées.
17:56Mais pendant le trajet,
17:58un malaise
17:58s'empare de moi.
18:00L'absence des femmes
18:01dans les rues
18:01me prend à la gorge.
18:03Tout est fait
18:04pour les effacer.
18:05Les rares qui sortent
18:06sont invisibles
18:07sous leur tchadri.
18:09Même sur leur monture,
18:11elles sont escortées
18:11par un homme,
18:13un marham,
18:14le gardien requis
18:15par la religion.
18:19L'enceinte du palais royal
18:20se dresse soudain
18:21devant moi.
18:23Le contraste
18:24avec le reste
18:25de la ville
18:25est saisissant.
18:26En entrant
18:27dans l'Arghéchaï,
18:28je découvre
18:29un autre Kaboul,
18:31faste,
18:32de toute beauté.
18:37Le palais royal
18:39a été fondé
18:39en 1880
18:40par l'émir de fer
18:42Abdur Rahman Khan
18:43qui a mis sur pied
18:44l'État afghan.
18:46C'était le grand-père
18:47de Naïm.
18:53Quand je pense
18:53que la famille
18:54de Naïm
18:54a vécu ici,
18:56j'entrevois
18:56l'existence
18:57qui aurait pu être
18:58la mienne
18:59et le grand écart
19:00avec ma réalité.
19:04Ceci dit,
19:04le roi Nadir
19:05et sa famille
19:05me reçoivent
19:06avec chaleur
19:07et m'inviteront
19:08par la suite
19:08régulièrement
19:09au palais.
19:11Au fil des mois,
19:13je noue de bonnes relations
19:14avec son fils,
19:15le jeune Zahir
19:16qui a fait ses études
19:17à Paris
19:17du temps où Nadir
19:18y était ambassadeur.
19:20Moins conservateur
19:21que son père,
19:22il a honte
19:22du sort des femmes
19:23dans son pays.
19:26Zahir confie
19:27à son père
19:27qu'Elisabeth
19:28supporte mal
19:28son existence
19:29de belle au bois dormant.
19:31Le roi Nadir
19:32lui offre alors,
19:33après trois ans
19:34de vie à Kaboul,
19:35de retourner voir
19:36sa famille
19:36au frais de la cour.
19:40Je saisis
19:41cette proposition
19:41et pars
19:42avec mon fils
19:43Hakim.
19:44Naïm refuse
19:45de nous accompagner.
19:47Trop de travail,
19:48me dit-il.
19:49Mais comme il me l'avouerait
19:50bien plus tard,
19:51il était surtout fou
19:52amoureux
19:53d'une de ses cousines.
19:54Comme on dit
19:55en Dari,
19:56on ne peut prendre
19:56deux melons
19:57dans la même main
19:58car l'un des deux
19:59tombera.
20:07En revoyant Saint-Malo,
20:09une joie immense
20:10me submerge.
20:13Je renoue
20:13avec la mer
20:14de mon enfance
20:15et l'odeur
20:15de la marée
20:16qui m'ont manqué
20:17si cruellement.
20:20Hakim est accueilli
20:21à bras ouverts
20:22par mes parents.
20:23Il apprend le français
20:25à une rapidité
20:26ahurissante
20:27et devient tout de suite
20:28très complice
20:29avec son grand-père.
20:33J'en profite
20:34pour le confier
20:35à mes parents
20:36et part retrouver
20:37ma soeur Anne
20:38à Paris.
20:42Difficile d'imaginer
20:43plus grand contraste
20:44entre les deux femmes.
20:45En trois ans,
20:46l'écart s'est creusé
20:47au point qu'un fossé
20:48désormais les sépare.
20:56Anne ne comprend pas
20:57la passivité d'Elisabeth.
20:58pire,
20:59elle la méprise
21:00d'accepter ainsi
21:01de soumettre
21:01son corps
21:02et son esprit.
21:04Dans l'espoir
21:05d'ouvrir les yeux
21:05de sa soeur,
21:07Anne lui propose
21:07de rejoindre avec elle
21:08des amis à Deauville.
21:17J'étais déjà perturbée
21:19de revoir ma famille.
21:21Redécouvrir toute cette liberté
21:22me trouble profondément.
21:38Je me mets à douter.
21:40Je me demande
21:41s'il faut que je retourne
21:42à Kaboul.
21:43Selon la loi afghane,
21:45les enfants appartiennent
21:46à leur père.
21:47Je n'aurais donc pas pu
21:48rentrer en France
21:49seule avec Hakim.
21:51Mais maintenant que nous sommes
21:52là tous les deux,
21:54je pourrais rester.
21:57Tandis qu'Elisabeth
21:58commence à envisager
21:59sérieusement
22:00de s'installer en France,
22:01un ami lui propose
22:02d'écrire un article
22:03sur l'Afghanistan.
22:07Il faut rendre hommage
22:08au progrès merveilleux
22:09de la civilisation
22:10qui ont su faire
22:11de l'existence là-bas
22:12une existence de douceur
22:14et de bien-être.
22:16Dans 50 ans,
22:17disent les savants,
22:18l'Afghanistan sera devenu
22:20une Suisse asiatique.
22:25On sourit.
22:26Mais Elisabeth a-t-elle le choix ?
22:28Le roi Nadir
22:29a l'élimination facile.
22:32Et au fond,
22:33peu importe si elle livre
22:34une version édulcorée
22:35de l'Afghanistan.
22:36Ce n'est pas le contenu
22:38de son article qui compte,
22:39c'est le fait
22:40qu'elle l'ait écrit.
22:41Ce geste la constitue.
22:44Loin d'une femme soumise
22:45comme sa soeur le prétend,
22:47il fait d'elle une pionnière.
22:49Elisabeth est la première française
22:50à être devenue afghane
22:52par le mariage
22:53et à s'être installée
22:54à Kaboul.
23:00Alors que je m'apprête
23:01à faire mes valises
23:02pour l'Afghanistan,
23:04Naïm m'écrit de prendre
23:05tout mon temps en France.
23:08Mais mon père me met
23:09aussitôt en garde.
23:11Ma chérie,
23:12quand un mari dit à sa femme
23:14de rester quelque part,
23:15il est urgent qu'elle rentre.
23:21Elisabeth écoute son père
23:23et décide de retourner
23:24à Kaboul,
23:25cette fois en toute
23:27connaissance de cause.
23:29Mais sa décision
23:30est aussitôt mise à l'épreuve.
23:32Pendant que son fils
23:33Hakim se divertit,
23:35Elisabeth fait la rencontre
23:36d'un jeune Anglais.
23:49Je me sens désirable,
23:51désirée.
23:55Au milieu des flots,
23:56je ne suis plus une mère
23:58ni une épouse.
23:59Je ne suis plus la fille,
24:01la sœur
24:01ni l'amie de quiconque.
24:03je suis juste une femme,
24:06une femme vivante.
24:09Il faut bien que le cœur batte.
24:15Pourtant,
24:15quand l'Anglais lui propose
24:16de le suivre à Singapour,
24:19Elisabeth refuse.
24:21Kaboul
24:21l'appelle.
24:28J'ai beau l'avoir choisi,
24:30le retour à Kaboul
24:31est un choc.
24:33Je retrouve ma vie
24:34de femme afghane,
24:36l'ennui insoutenable
24:37dans la maison familiale
24:39et mes rares sorties en ville.
24:42Je mets mon tchadri,
24:43je m'y soumets,
24:45mais je ne m'y fais pas.
24:47J'ai du mal à m'expliquer
24:48les raisons qui m'ont poussée
24:49à rentrer.
24:50Un mélange d'entêtements,
24:52d'orgueil,
24:53d'amour pour Naïm,
24:54sans doute encore.
24:57Si Hakim est heureux
24:58de retrouver son père,
24:59j'en paye le prix fort.
25:02Et puis la situation politique
25:03est désastreuse.
25:04Naïm, d'ailleurs,
25:05est inquiet.
25:08La politique du roi Nadir
25:09ne satisfait personne,
25:11ni les modernisateurs
25:12déçus du départ d'Amanoula,
25:14ni les extrémistes
25:16qui soutenaient Batshaï Sakao.
25:19Nadir Shah redoute alors
25:20un coup d'État de toutes parts.
25:21il emprisonne,
25:23liquide à tour de bras.
25:27Et cela lui coûte cher.
25:29Le roi est abattu
25:31en novembre 1933.
25:33Le meurtrier de 15 ans
25:35appartient à un petit cercle
25:37qui critique la politique
25:38liberticide de Nadir Shah.
25:41tous sont condamnés à mort.
25:44Un des frères de Nadir
25:46fait aussitôt introniser
25:47le jeune Zahir
25:48pour rassurer les Britanniques.
25:50La dynastie est stable,
25:52Londres peut continuer
25:53à soutenir le régime.
25:55Mais à 19 ans,
25:57Zahir n'a aucune envie
25:58de gouverner,
25:59comme il s'en confie
26:00à Elisabeth.
26:02Tandis que je viens
26:03lui présenter mes condoléances
26:04pour son père,
26:05Zahir m'avoue
26:06que le combat
26:07lui semble insurmontable.
26:09Les forces réactionnaires
26:10sont trop enracinées
26:11en Afghanistan
26:12pour qu'on puisse
26:13les contrer durablement,
26:14me dit-il.
26:16Le roi Zahir remet alors
26:18le pouvoir à son oncle
26:19Hashim,
26:19qui prend la place
26:20de premier ministre.
26:22Un homme despotique
26:23et cruel
26:23qui n'hésite pas
26:24à employer la méthode forte
26:26pour maintenir le pouvoir
26:27dans sa famille.
26:29Dans ses écrits d'ailleurs,
26:30Naïm ne mâche pas
26:31ses mots à son égard.
26:33Hashim est un grand Xter.
26:35Il aime l'autorité,
26:37le pouvoir et l'argent.
26:38Il a immédiatement créé
26:40un bureau de mouchardage
26:41doté d'un budget secret,
26:43illimité.
26:45dans lequel il enrôle
26:45petit à petit
26:4650% des Afghans,
26:48des fonctionnaires,
26:49des commerçants,
26:51même des ministres.
26:53Une ambiance de frayeur
26:54et de lâcheté
26:55se met à régner
26:55sur le pays.
26:59Naïm propose alors
27:00à Elisabeth
27:01de s'extraire
27:01quelque temps
27:02du tumulte politique.
27:05Il a encore le loisir
27:06de profiter
27:07d'une propriété
27:07à Parman,
27:08à 20 km de Kaboul.
27:11C'est le lieu
27:11de villégiature
27:12de la haute société.
27:15Naïm et Elisabeth
27:16s'y rendront chaque été
27:17pendant les 50 ans
27:18qu'ils passeront
27:19dans le pays.
27:23Dans ce cadre idyllique,
27:25l'article que j'avais écrit
27:26en France
27:27résonne tristement
27:28à mon esprit.
27:30Oui,
27:30l'Afghanistan
27:31pourrait être
27:31une Suisse asiatique.
27:33Le pays est si beau.
27:35Il a tant de potentiels.
27:37Mais il s'en prive
27:38lui-même.
27:42Avec Naïm,
27:44nous nous promenons
27:45autour de Parman.
27:46Loin des regards,
27:47je prends la liberté
27:48de relever mon tchadri.
27:50Et je me demande
27:51si l'Afghanistan,
27:52lui aussi,
27:52relèvera un jour
27:53son grillage.
27:55Et si le balancier
27:56qui marque depuis 5 ans
27:57l'heure de la fermeture
27:59finira à nouveau
28:00par son aisselle
28:01de l'ouverture.
28:09La naissance
28:10de notre fille Sophia
28:11en février 1934
28:12ne fait que renforcer
28:13mes interrogations.
28:17Je m'inquiète
28:17d'avoir mis au monde
28:18une fille en Afghanistan.
28:21Quelle éducation
28:21recevra-t-elle ?
28:24Quelle sera sa vie
28:25en tant que femme ?
28:26Ne connaîtra-t-elle
28:27que l'existence passive
28:29que je mène aujourd'hui,
28:30recluse à la maison,
28:32invisible dehors.
28:43Les questionnements
28:44d'Elisabeth
28:45vont trouver
28:45un écho politique.
28:47En septembre 1934,
28:49l'Afghanistan adhère
28:50à la Société des Nations.
28:52Pour exister
28:53sur la scène internationale,
28:55le pays doit faire
28:56des concessions.
28:57Alors le roi Zaher
28:58décide de rouvrir
28:59l'école de fille
29:00que la reine Soraya
29:01avait créée en 1921.
29:03Et pour éviter
29:04les réactions de fanatiques,
29:06il l'installe
29:07dans un endroit discret
29:08et la fait passer
29:09pour une école d'infirmière.
29:14Dès que j'entends parler
29:15de l'école,
29:16je contacte sa directrice
29:18et la convainc
29:18de m'intégrer
29:19à l'aventure.
29:21Je maîtrise maintenant
29:22suffisamment le Dari
29:23pour enseigner
29:24dans cette langue.
29:26Après cinq ans
29:26d'inactivité,
29:28retravailler me procure
29:29une joie indicible.
29:31Face à mes élèves,
29:32je revis.
29:34Naïm aussi est content
29:35pour moi
29:36et mon salaire
29:37est le bienvenu
29:38pour compléter le sien.
29:46Les années filent.
29:48Hakim a déjà dix ans,
29:49Sophia, quatre.
29:52Et notre dernière fille,
29:54Nasrine,
29:54voit le jour
29:55en juillet 1938.
29:58Chaque bébé
29:59m'enracine davantage
30:00à Kaboul.
30:02En remplissant
30:03nos albums photos,
30:05je réalise
30:06que j'ai enfin
30:06ma place ici.
30:10Mais Elisabeth rêve
30:11pour ses filles
30:12de voir revenir
30:13les libertés
30:13que le roi Amanullah
30:14avait octroyées aux femmes.
30:17L'idée de se battre
30:18chemine en elle.
30:20Et un beau jour
30:21de 1938,
30:23elle franchit le pas
30:24et se dévoile.
30:26Trente ans plus tard,
30:28elle se confie
30:28à Joseph Kessel
30:29sur ce moment fondateur.
30:32Le reporter
30:33et romancier
30:33l'interview
30:34au Club international
30:35de Kaboul.
30:38Je sentais
30:39qu'il y avait
30:40quelque chose
30:41que je devais faire
30:42pour moi-même.
30:44Premièrement,
30:46après tout,
30:46peut-être
30:47peut-être
30:47pour les autres.
30:48Un beau jour,
30:50instinctivement,
30:50sans y avoir réfléchi
30:52particulièrement
30:53ce même jour.
30:56Je suis allée
30:56avec mon voile
30:57à l'école
30:58à 9h
30:59et j'en suis sortie
31:00à 11h30
31:01sans voile.
31:01Je suis rentrée
31:02chez moi,
31:02deux pas.
31:04J'ai attendu
31:05mon mal.
31:07Il est arrivé.
31:09Comme d'habitude,
31:10il s'est assis
31:11et moi,
31:11je me suis assise
31:12aussi à côté de lui.
31:13Je lui ai dit
31:14« Tu sais,
31:14aujourd'hui,
31:14je suis allée
31:15à l'école
31:15avec mon voile.
31:19Il m'a regardée
31:20aussitôt.
31:22Oui,
31:24avec mon voile,
31:26mais je suis rentrée
31:26sans mon voile.
31:30Il n'a rien dit.
31:32Pas un mot.
31:33Pas un mot.
31:35Puis alors,
31:36après,
31:36il m'a dit
31:36« Tu as bien fait. »
31:40Elisabeth est la première
31:41européenne
31:42devenue afghane
31:43par le mariage
31:44à oser s'être dévoilée.
31:46En 1938,
31:48son audace
31:48aurait pu lui coûter cher.
31:50Mais son geste
31:51était si assumé
31:52que personne
31:53n'y trouva rien
31:53à redire.
31:55Et jamais plus,
31:56jusqu'à son départ
31:57d'Afghanistan
31:57en 1980,
31:59elle ne porta
31:59de tchadri.
32:07Ce dévoilement
32:08marque la première étape
32:09de son engagement féministe.
32:12Touchée par la misère
32:13de ses élèves,
32:15Elisabeth va passer
32:15à l'action
32:16au début des années 40.
32:20Avec les épouses
32:21de diplomates,
32:22mes cousines
32:23et quelques étrangères
32:25mariées à des Afghans,
32:26nous mettons en place
32:27un ouvroir solidaire
32:28qui permet aux mères
32:29d'élèves
32:30de gagner un peu d'argent
32:31grâce à des travaux
32:31d'aiguille.
32:34Leur mari apprécie
32:36les subsides
32:36qu'elle ramène
32:37au foyer.
32:37Il les laisse donc
32:38se déplacer
32:39seuls en ville
32:40et fréquenter
32:40des étrangères.
32:42Cela m'emplit d'espoir.
32:48Notre initiative
32:49prend vite
32:50de l'ampleur.
32:51Les hôpitaux
32:52et le ministère
32:53de la guerre
32:53nous commandent du linge.
32:55Et les familles aisées
32:56de notre entourage
32:57constituent un bon débouché
32:59pour les broderies fines.
33:03Jour et nuit,
33:05Elisabeth cherche
33:06comment étendre son projet.
33:08Mais souffrant
33:08de la malaria,
33:10elle doit interrompre
33:11ses activités
33:11et partir se faire soigner
33:13aux Indes.
33:20Par le plus grand des hasards,
33:23Elisabeth séjourne à Lahore
33:24dans le même hôtel
33:25que Zabouli,
33:26le ministre afghan
33:27de l'économie,
33:28l'homme fort du gouvernement.
33:31Elisabeth ne l'a jamais rencontrée,
33:33même si Naïm
33:34est son bras droit.
33:36Une amie commune
33:37les présente
33:38et touche un mot
33:39au ministre
33:40de l'ouvroir
33:40solidaire d'Elisabeth.
33:44Piqué d'intérêts,
33:45Zabouli m'invite à dîner.
33:47Je plaide alors
33:48qu'il serait essentiel
33:50d'un point de vue social,
33:51économique,
33:52humain et sociétal
33:53que les femmes
33:53puissent s'épanouir.
33:55Aucune nation au monde
33:56ne devrait se passer
33:57du potentiel
33:58de la moitié
33:59de sa population.
34:00Quel que soit l'angle
34:01sous lequel on envisage
34:02la question,
34:03c'est absurde,
34:04contre-productif.
34:08L'ardeur et l'audace
34:10d'Elisabeth
34:10interpellent le ministre
34:11qui lui propose
34:13d'établir
34:13un plan d'aide
34:14sociale féminine.
34:17Elisabeth n'en revient pas
34:18de cette chance
34:18qui s'offre à elle.
34:21De retour à Kaboul,
34:22elle s'attèle aussitôt
34:23à la tâche.
34:26Naïm remet son projet
34:27en main propre
34:28au ministre
34:28et quelques jours plus tard,
34:30Zabouli téléphone
34:31à Elisabeth.
34:32son projet est validé.
34:34L'Institut des femmes
34:36est né
34:37avec un budget,
34:39un trésorier
34:40et une présidente,
34:42Elisabeth.
34:45A partir de la création
34:47de l'Institut
34:48en octobre 1943,
34:50Elisabeth va initier
34:52pendant une quinzaine
34:52d'années
34:53de nombreuses actions
34:54en faveur des femmes,
34:55repoussant toujours plus
34:56les limites
34:57qui les entravent.
34:59Elle commence
35:00par distribuer gratuitement
35:01des vêtements
35:02aux écolières,
35:03puis crée le premier
35:04jardin d'enfants
35:04de la capitale
35:05pour alléger
35:06le quotidien des mères.
35:10Une idée me vient alors
35:12pour déployer
35:12notre action
35:13au grand jour.
35:15Chaque année,
35:15l'Afghanistan célèbre
35:16son indépendance
35:17que le roi Amanullah
35:18avait obtenue
35:19en 1919.
35:21Cette fête
35:22est l'occasion
35:23d'un grand rassemblement.
35:24Je propose donc
35:26en haut lieu
35:26d'organiser
35:27pendant les festivités
35:28un défilé folklorique
35:29avec les enfants
35:30de la garderie.
35:32Et on me dit oui.
35:33Les petits interpréteront
35:35les danses chantées
35:36des provinces du pays.
35:39Une occasion
35:40pour Elisabeth
35:41de montrer
35:41que les avancées
35:42féminines
35:43peuvent tout à fait
35:43se conjuguer
35:44avec le maintien
35:45des traditions.
35:47Le jeu ancestral
35:49du Bouskachi
35:50ouvre les festivités.
35:52Deux équipes
35:53de cavaliers
35:54les chapandos
35:55se disputent
35:56une carcasse
35:57décapitée de vie.
35:59C'est ce sport guerrier
36:00qui a inspiré
36:01à Joseph Kessel
36:02son roman
36:02Les Cavaliers.
36:06A l'issue
36:07de cette partie
36:08de Bouskachi
36:08nous entrons
36:09devant les tribunes
36:10pleines.
36:12Quelle émotion
36:12de me retrouver
36:13tête nue
36:13en plein milieu
36:14du stade de Kaboul
36:15devant des centaines
36:17d'hommes.
36:18C'est la première fois
36:19depuis que je me suis dévoilée
36:20que je m'expose ainsi.
36:22J'appréhendais
36:23les réactions
36:24mais avec mon air
36:24d'européenne
36:25personne ne dit rien.
36:27Je suis alors gagnée
36:29par la joie
36:29l'espoir
36:30pour les afghanes
36:31la fierté aussi.
36:34Les enfants
36:34rencontrent
36:35un succès fou
36:35les bravos frénétiques
36:37sonnent comme
36:38autant d'encouragement
36:39à poursuivre
36:40notre combat.
36:43Une garderie
36:44un défilé folklorique
36:46les actions
36:47d'Elisabeth
36:48peuvent sembler modestes
36:49elles constituent
36:50pourtant les prémices
36:51d'un mouvement
36:52plus vaste.
36:53Si à son arrivée
36:54sur le trône
36:55Zaher s'était mis
36:56en retrait
36:5613 ans plus tard
36:58il se sent prêt
36:59à jouer
36:59une part plus active
37:00dans la marche
37:01de son pays.
37:02Désireux
37:03de réamorcer
37:04une dynamique d'ouverture
37:05il souhaite
37:06que l'Afghanistan
37:07adhère à l'ONU
37:07qui vient d'être créée.
37:10Les méthodes
37:10du premier ministre
37:12irrespectueuses
37:12des droits de l'homme
37:13y sont un frein.
37:15Le roi Zaher
37:15remplace alors
37:16Hashim
37:17par un autre
37:17de ses oncles
37:18Sham Ahmad
37:20le temps
37:20des changements
37:21a sonné.
37:28le roi et son premier ministre
37:30commencent à évoquer
37:31la démocratie.
37:33Des élections municipales
37:35à bulletins secrets
37:35sont organisées
37:36à Kaboul
37:37et dans certaines villes.
37:39Une presse
37:39non gouvernementale
37:40est autorisée
37:41et de petits cercles
37:43politiques
37:43voient le jour.
37:52Chormamoud
37:53amnestie
37:54des milliers
37:54de prisonniers politiques.
37:56Certains accèdent
37:57même à des post-gouvernementaux.
38:00Enfin,
38:01les gens respirent.
38:09Elisabeth profite
38:10de cette dynamique politique
38:11pour avancer
38:12sur la cause des femmes.
38:14La petite dame de Kaboul
38:15comme certains
38:16l'appellent désormais
38:17enrichit son action
38:18à l'Institut
38:19d'un volet culturel.
38:22Au sein de l'Institut
38:23on me laisse le champ libre.
38:25J'y propose alors
38:26aux Afghanes
38:27des activités
38:27qui n'existent
38:28nulle part ailleurs.
38:29Des cours d'alphabétisation
38:31une bibliothèque
38:32et même
38:34des projections de films.
38:37A Kaboul
38:38en effet
38:39seuls les hommes
38:40sont autorisés
38:40à fréquenter le cinéma.
38:47un nouveau projet audacieux
38:49germe bientôt
38:50dans l'esprit
38:50d'Elisabeth
38:52ouvrir le premier salon
38:53de beauté
38:54de Kaboul.
38:56Quinze ans
38:56après son dernier séjour
38:58en France
38:58elle décide
38:59d'y retourner
39:00pour établir
39:00un partenariat commercial.
39:03A force d'insistance
39:04Sophia
39:05sa fille aînée
39:05la convainc
39:06de l'emmener
39:07avec elle à Paris.
39:08L'adolescente rêve
39:10de ce monde
39:10qui lui semble
39:11presque irréel.
39:15Pour Sophia
39:16la découverte
39:17de la vie parisienne
39:18est un véritable choc.
39:22A sa demande
39:23je l'inscris au collège
39:24où elle restera
39:25les trois mois
39:25de notre séjour.
39:30Tout en mettant sur pied
39:31le futur salon
39:32de beauté
39:32de l'Institut
39:33Elisabeth retrouve
39:35ses soeurs.
39:36Anne et Simone
39:37lui racontent
39:38des pans entiers
39:39de la guerre
39:39qu'elle ignorait.
39:44L'Afghanistan
39:45s'étant déclaré neutre
39:46seule la presse
39:47gouvernementale
39:48avait le droit
39:48de diffuser
39:49des informations
39:49sur le conflit.
39:53Je découvre
39:54l'engagement
39:55de ma soeur Anne
39:55pendant la résistance
39:56les messages
39:57qu'elle faisait passer
39:58le sabotage
39:59d'une ligne
40:00de chemin de fer
40:00et les camarades
40:02arrêtés
40:02torturés
40:04déportés.
40:06Anne me cite
40:06un texte
40:07que Jean-Paulant
40:07avait écrit
40:08en février 44.
40:10Tu peux serrer
40:11dans ta main
40:12une abeille
40:12jusqu'à ce qu'elle étouffe.
40:14Elle n'étouffera pas
40:15sans t'avoir piqué.
40:18C'est peu de choses
40:18dis-tu ?
40:20Oui,
40:20c'est peu de choses
40:22mais si elle ne te piquait pas
40:24il y a longtemps
40:24qu'il n'y aurait
40:25plus d'abeilles.
40:29Anne se tait.
40:31Elle n'ajoutera
40:32plus rien.
40:33Un silence
40:34nous enveloppe
40:35lourd
40:36de ce qui ne peut
40:36être dit
40:38de ce qui ne sera
40:39jamais raconté
40:40de la peur
40:41qui fait puer
40:42de tous les silences
40:43qui ont suivi
40:44des cris
40:44des explosions
40:45des exécutions.
40:49Je suis épatée
40:50par le courage
40:50de ma soeur
40:52écrasée aussi
40:53par la question
40:54qui surgit en creux.
40:56Si je n'avais pas
40:57été à Kaboul
40:59qu'aurais-je fait
41:00dans ces années
41:00de tourmente ?
41:06Le week-end
41:06avant notre retour
41:07j'emmène Sophia
41:08à la tour Eiffel.
41:10Elle m'avoue
41:11qu'elle ne veut pas
41:11rentrer en Afghanistan
41:12et qu'elle rêve
41:13de poursuivre
41:14ses études ici.
41:16Je voudrais tant
41:17pouvoir accepter
41:18mais Naïm et moi
41:19n'avons pas les moyens
41:20de lui payer un internat
41:22et personne dans ma famille
41:23n'est prêt à nous aider.
41:27Alors malgré
41:28les supplications
41:29de Sophia
41:29nous rentrons ensemble
41:31à Kaboul.
41:37En Afghanistan
41:38la situation
41:39n'est pas simple.
41:41Le premier ministre
41:42Sham Hamoud
41:43ne tient pas ses promesses.
41:45Il revient
41:45sur toutes les avancées
41:46démocratiques
41:47qu'il avait initiées
41:48concernant la presse
41:49et les élections.
41:50Les arrestations
41:52refleurissent.
41:54Malgré ce contexte
41:55peu favorable
41:57Elisabeth
41:57s'entête à avancer.
41:59Le salon de beauté
42:00qu'elle a mis sur pied
42:01rencontre un franc succès.
42:03Galvanisée
42:04elle lance
42:05le premier magasin
42:06de mode féminine
42:07en plein centre-ville.
42:10C'est la première boutique
42:11de la capitale
42:12avec une porte
42:13et une vitrine
42:13qu'Elisabeth se risque
42:15à remplir
42:15de lingerie de nuit.
42:17Et c'est une réussite.
42:20Les hommes s'y pressent
42:21pour faire leurs cadeaux.
42:25Kaboul commence vraiment
42:26à se transformer.
42:28De nouveaux quartiers
42:29sortent de terre
42:30comme des champignons.
42:33Après 20 ans
42:33dans la maison familiale
42:35Naïm et moi
42:36décidons d'avoir
42:36enfin un chez-nous.
42:38Je contracte un emprunt
42:39et lance la construction
42:40de notre maison.
42:47Je mesure alors
42:48le trajet
42:48que j'ai parcouru
42:49depuis mon arrivée
42:50en 1929.
42:52Je ne songe plus
42:53que rarement
42:54à la France.
42:55Je ne cours plus
42:56après les nouvelles
42:57parcimonieuses
42:58de ma famille.
43:03J'ai trouvé
43:04ma place
43:04en Afghanistan.
43:08J'y suis entourée
43:10et utile.
43:14Mais les actions
43:16d'Elisabeth
43:16commencent à déranger.
43:17Son lévrier
43:18qu'elle adorait
43:19est volé.
43:21Probablement tué.
43:22Et peu après
43:23on lui retire
43:24la présidence
43:25de l'Institut des femmes.
43:28On me glisse
43:29lors d'une réception.
43:30Pourquoi une Française
43:31serait-elle
43:32la pionnière
43:33de l'émancipation
43:33féminine en Afghanistan ?
43:37Finalement
43:37ces messieurs
43:38me considèrent
43:38comme afghane
43:39quand cela les arrange
43:40et étrangère
43:41quand cela leur s'y est mieux.
43:43Cette remise
43:44en cause
43:44de ma légitimité
43:45est injuste.
43:47Je me suis battue
43:48en tant que femme
43:48non en tant que française.
43:52Naïm, lui,
43:53évite soigneusement
43:54la question.
43:55Il est tout à sa joie
43:56d'avoir été promu
43:57ministre des mines.
44:01Il croit
44:02au proverbe afghan
44:02« Dieu est généreux ».
44:04Je reste, moi,
44:06convaincu du « aide-toi »
44:07et le ciel t'aidera.
44:12Le bonheur de Naïm
44:13est de courte durée.
44:14En 1953,
44:16il est évincé
44:17du gouvernement
44:18par Daoud,
44:18le nouveau premier ministre.
44:22Daoud sollicite
44:23les capitaux étrangers
44:24tous azimuts,
44:25sans sembler
44:26s'embarrasser
44:27des questions
44:27de cohérence politique.
44:29Il soulève
44:30des capitaux indiens,
44:32allemands,
44:32tchèques,
44:33chinois.
44:35Si bien qu'en 1956,
44:37il est en mesure
44:38de lancer
44:39le premier plan
44:39quinquennal
44:40de développement
44:41économique du pays.
44:43Sur le papier,
44:45l'agriculture
44:46est l'objectif principal
44:47avec 50%
44:48des investissements.
44:5014% sont dédiés
44:51au transport,
44:527% à l'éducation
44:54et à la santé
44:54et 2%
44:56à l'industrie.
44:59Mais dans les faits,
45:01la plus grande partie
45:02des crédits
45:02sont employés
45:03à des projets
45:03sans rapport
45:04avec le plan.
45:07Ils sont attribués
45:08en fonction
45:08des relations
45:09du ministre des Finances,
45:10plus que des besoins réels
45:11de l'économie nationale.
45:13Les projets
45:14n'ayant pas été chiffrés
45:15avec sérieux,
45:16il y a un large écart
45:17entre les prévisions
45:18et la réalité.
45:23De fait,
45:24ce sont surtout
45:25les infrastructures
45:25qui se modernisent.
45:27Et dans ce contexte
45:28d'industrialisation,
45:30Naïm retrouve du travail
45:31comme ingénieur
45:32et dirige certains
45:33des plus gros chantiers
45:34hydroélectriques
45:35de l'époque.
45:36Dans l'album familial,
45:38on reconnaît
45:38le premier ministre Daoud
45:40et le roi Zaher
45:41qui lui rendent visite.
45:47Après plus de temps,
45:48plusieurs années de travaux,
45:49la station de Sarobi
45:50est inaugurée.
45:53J'enchaîne les projets.
45:55Je dois maintenant
45:56collaborer avec les Russes
45:57pour construire
45:58une nouvelle station
45:59hydroélectrique
46:00et en parallèle,
46:01mettre sur pied
46:02avec les Tchécoslovaques
46:03une cimenterie
46:04qui produise
46:05400 tonnes par jour.
46:07On nage en plein
46:08marxisme et lémisme.
46:12Daoud a en effet
46:13choisi le camp
46:14des Soviétiques.
46:16Depuis leur retrait
46:17des Indes en 1947,
46:19les Anglais ne s'intéressent
46:20plus à l'Afghanistan
46:21et les États-Unis
46:22lui concèdent peu d'aide.
46:30Les Soviétiques
46:31investissent alors
46:32massivement en Afghanistan,
46:34en particulier
46:34dans l'armée.
46:35Les liens entre Daoud
46:37et eux sont profonds.
46:39Ce sera avec leur soutien
46:40armé
46:40qu'en 1973,
46:43Daoud renversera
46:44le roi Zahair
46:44et s'auto-proclamera
46:46premier président
46:47de la République
46:47d'Afghanistan.
46:49Dans un album de famille,
46:51Elisabeth en fera mention
46:52sans mâcher ses mots.
46:59Pour l'heure,
47:00Zahair et Daoud
47:00veulent parfaire
47:01l'image du pays
47:02à l'étranger
47:02afin d'attirer
47:03les capitaux.
47:04La question
47:05de l'émancipation
47:06des femmes
47:06revient sur le devant
47:07de la scène.
47:10Mais Zahair et Daoud
47:12avancent avec prudence
47:13et commencent
47:14par sonder l'opinion.
47:15En 1958,
47:17à part le bastion
47:18traditionnaliste
47:19de Kandahar,
47:20les Afghans
47:21se montrent favorables
47:22à affranchir les femmes.
47:24En parallèle,
47:25l'armée afghane
47:26a été formée
47:27et équipée
47:27par les Russes.
47:28L'État semble donc
47:29en capacité
47:30de parer
47:30à toute rébellion éventuelle.
47:33Alors,
47:34un matin,
47:35le premier ministre Daoud
47:36appelle Élisabeth.
47:38Il propose
47:39que sa fille Sofia
47:40se rende au travail
47:41sans tchadri.
47:43Daoud est conscient
47:44des risques
47:45qu'elle encoure,
47:46mais en cas
47:46d'émeute,
47:47il pourra toujours
47:48harguer
47:49qu'elle a une mère
47:49française et catholique
47:50de naissance.
47:53Élisabeth se fait
47:54une joie
47:54d'annoncer
47:55la nouvelle
47:55à sa fille.
47:59Sofia est très fière
48:00d'avoir été choisie
48:01entre toutes les Afghans
48:02pour ouvrir
48:03le bal de la libération.
48:06Un fin voile blanc
48:07sur sa tête,
48:08elle franchit
48:09le seuil de la maison,
48:10le cœur palpitant.
48:13Une voiture d'Ariana,
48:15la compagnie aérienne afghane
48:16pour laquelle elle travaille,
48:17vient la chercher
48:18pour limiter les risques.
48:24Mais rien ne se passe.
48:26À part des regards étonnés,
48:28certains traits
48:29qui se figent,
48:30quelques hommes
48:31qui détournent les yeux.
48:35La nouvelle se répand
48:36en ville
48:36comme une traînée
48:37de poudre.
48:38Et dans le secret
48:39des maisons,
48:40les fillons hâtent
48:41d'en faire autant.
48:45Le dévoilement
48:46de Sofia marque
48:47la première étape
48:48d'un tournant
48:48décisif pour les Afghans.
48:51Daoud va profiter
48:53des fêtes de l'indépendance,
48:54ce grand moment
48:55de rassemblement populaire,
48:56pour demander
48:57à sa femme
48:58et à celle
48:59des hauts dignitaires
49:00d'apparaître
49:00le visage découvert.
49:04À Kandahar,
49:05des traditionnalistes
49:06réclament aussitôt
49:07la chute du gouvernement.
49:08Mais ils sont jetés
49:10en prison
49:10et le gouverneur
49:11de la région
49:12est révoqué
49:13pour avoir échoué
49:14à appliquer
49:14le programme
49:15d'émancipation féminine.
49:18Dès lors,
49:18c'est officiel,
49:20les Afghans
49:21sont autorisés
49:21à retirer
49:22le Tchadri.
49:33Comme chaque été
49:34depuis 30 ans,
49:35nous allons en famille
49:36à Parman.
49:39Mais cet été 1959
49:41nous marque à jamais.
49:44Un été de bonheur
49:46et de liberté retrouvée.
50:03Dès septembre,
50:04à Kaboul,
50:052500 femmes
50:06se dévoilent.
50:07Un mois plus tard,
50:08elles sont 10 000
50:09à arborer une peau pâle
50:10qui n'avait jamais vu
50:12la lumière des rues.
50:13Les rouges à lèvres
50:14et les lunettes de soleil
50:15fleurissent dans la capitale.
50:19Les écoles de filles
50:20sont maintenant nombreuses.
50:2325 ans ont passé
50:24depuis la réouverture
50:25de la première
50:25dans laquelle j'ai enseigné.
50:27J'espère vraiment
50:28que cette fois-ci,
50:29le droit à l'éducation
50:30des filles est acquis
50:31et qu'il n'y aura pas
50:32de nouveau retour en arrière.
50:53En 1964,
50:55le roi Zaher
50:55fait un pas de plus
50:56vers la démocratisation
50:57du pays.
50:59Il élabore
51:00une nouvelle constitution
51:01qui garantit
51:03des libertés individuelles
51:04et réalise la séparation
51:06des pouvoirs judiciaires,
51:07législatifs
51:08et exécutifs.
51:11Cette dynamique
51:12favorise l'arrivée
51:13des touristes.
51:14L'Afghanistan devient
51:15petit à petit
51:16un pays à la mode
51:17et Kaboul,
51:18une métropole multiculturelle.
51:20« Toutes les nationalités,
51:27tous les genres de vie
51:28et toutes les religions
51:29se croisent bientôt
51:30dans un laissé-aller
51:31qui aurait été inimaginable
51:33quelques années plus tôt.
51:34On n'a jamais été
51:35si proche
51:36de la Suisse asiatique.
51:38Même si l'histoire
51:39a malheureusement
51:40souvent montré
51:41que les avancées
51:42en Afghanistan
51:42sont fragiles,
51:44pour moi,
51:44le temps des combats
51:45est terminé.
51:55Je me suis fait
51:56une place à Kaboul.
51:58J'ai apporté ma pierre
51:59à l'édifice
52:00de l'émancipation féminine.
52:04Sophia et Nasrine,
52:05nées en un temps
52:06où les femmes
52:06étaient promises
52:07à une vie recluse,
52:08peuvent étudier,
52:10déambuler,
52:11travailler,
52:12flirter.
52:14Ma mission intime
52:16est achevée.
52:18Mes filles sont libres.
52:21Musique
52:48Sous-titrage Société Radio-Canada
53:17Sous-titrage Société Radio-Canada
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