00:00Général Bruno Clermont, encore peut-être quelques minutes avant d'avoir Franck Tapiero et de revenir avec lui,
00:06mais à propos d'Emmanuel Macron et de la dissuasion nucléaire, j'aimerais vous entendre là-dessus.
00:11Écoutons d'abord Emmanuel Macron qui a ordonné l'augmentation des têtes nucléaires.
00:17J'ai ordonné d'augmenter le nombre de têtes nucléaires de notre arsenal.
00:25Pour couper court à toute spéculation, nous ne communiquerons plus sur les chiffres de notre arsenal nucléaire,
00:34contrairement à ce qui avait pu être le cas par le passé.
00:39Pour être libre donc, il faut être craint. Et pour être craint, il faut être puissant.
00:46Cette augmentation de notre arsenal en témoigne.
00:50Mais pour être puissant, et c'est le deuxième temps de mon propos aujourd'hui, il faut être plus uni.
00:59Pour être aucun, il faut être plus uni. Emmanuel Macron qui s'est exprimé hier à l'île Longue.
01:05Écoutez lorsqu'il annonce aussi que nous devons renforcer notre dissuasion nucléaire,
01:09avant de vous donner la parole, Général Bruno Clermont.
01:12Le monde se durcit et les dernières heures l'ont encore démontré.
01:16C'est donc avec beaucoup de gravité que je viens aujourd'hui annoncer à la nation une évolution
01:24à la hauteur de nos défis nationaux et européens.
01:30Nous devons renforcer notre dissuasion nucléaire face à la combinaison des menaces
01:35et nous devons penser notre stratégie de dissuasion dans la profondeur du continent européen,
01:41dans le plein respect de notre souveraineté, avec la mise en place progressive
01:46de ce que j'appellerais une dissuasion avancée.
01:52Oui, nous vivons actuellement au plan géopolitique une période de rupture,
01:57pleine de risque, et nos compatriotes en ont pleinement conscience.
02:03Cette période justifie un durcissement de notre modèle.
02:08Cette période justifie un durcissement de notre modèle général, Bruno Clermont.
02:12Qu'est-ce qu'on entend par là ?
02:14À la fois c'est clair, à la fois c'est pas clair.
02:17Non mais on est d'accord avec Gabriel Cluzel, hier on se dit mais quand même,
02:20on s'est dit mais on comprend, on comprend pas, on dit que c'est un discours historique.
02:25Qu'est-ce qui a vraiment changé avec ce qu'a dit Emmanuel Macron ?
02:28Le problème de la grammaire nucléaire, c'est qu'elle est compliquée,
02:31elle utilise des mots qui sont connus par les spécialistes,
02:35mais dont je fais modestement partie, parce que j'ai fait beaucoup de dissuasion nucléaire,
02:38mais je ne suis pas le spécialiste loin de là.
02:41Donc je vais essayer de vous expliquer en fait les enjeux,
02:43ce qui n'a pas changé et ce qui a changé.
02:46Globalement, ce qui n'a pas changé, c'est qu'il n'y a pas le risque,
02:49qu'on avait craint d'avoir une dissuasion nucléaire européenne,
02:51de soumettre nos intérêts aux intérêts de l'Allemagne, tout ça on l'oublie.
02:55Le président Macron a réaffirmé les fondamentaux de la dissuasion nucléaire gaullienne,
03:00ou gaulliste, je ne sais pas comment on l'appelle.
03:01Ils sont trois, c'est assez simple à comprendre.
03:04Le premier, c'est que toutes nos armes sont de fabrication française,
03:07et contrôlées pas la France, les sous-marins, les missiles, les rafales, les transmissions,
03:11ça reste 100% français.
03:12Le deuxième, c'est que la décision de menacer ou d'engager de l'arme nucléaire,
03:17c'est le président et personne d'autre.
03:18Il peut demander éventuellement son avis à son conseiller, à ses généraux,
03:22éventuellement à son ami britannique,
03:24mais à la fin, c'est lui qui décide.
03:25Le troisième élément fondamental, c'est que la dissuasion nucléaire,
03:28c'est fait pour protéger nos intérêts vitaux,
03:30et les intérêts vitaux de la France.
03:32Donc il n'est pas question que les intérêts vitaux de la France
03:34deviennent des intérêts vitaux européens.
03:36C'est les trois fondamentaux, et après, il y a trois changements.
03:38On marque une pause, on revient,
03:41Général Bruno Clermont, sur la dissuasion nucléaire,
03:44avec Franck Tapirou, qu'on a en ligne,
03:46avec Michel Fayad, analyste géopolitique,
03:49à tout de suite sur Europe 1.
03:50Et vous aussi, chers auditeurs,
03:51appelez-nous, réagissez au 0, 1, 80, 20, 39, 21, 12h14.
03:55Christine Kelly vous donne la parole sur Europe 1.
03:59La suite sur Europe 1,
04:01nous parlons de la situation au Moyen-Orient,
04:04avec Gabrielle Cluzel, votre chroniqueuse,
04:06Michel Fayad, aussi analyste géopolitique, est avec nous.
04:09Général Bruno Clermont est avec nous en studio,
04:12et le publicitaire Franck Tapirou.
04:15Oui, absolument.
04:16Avant de vous donner la parole, Franck Tapirou,
04:17pour parler un peu des influenceurs,
04:19on parlera aussi avec Gabrielle Cluzel.
04:21Général Bruno Clermont, pour terminer sur cette dissuasion nucléaire,
04:25on se disait que ce n'était pas tout à fait clair, net et précis.
04:30Sur quel point on a véritablement avancé ?
04:32Vous commencez à nous expliquer tout à l'heure.
04:34Je vous ai parlé des trois fondamentaux.
04:36Maintenant, les trois éléments qui ont changé,
04:39qui font qu'on qualifie tout ça d'évolution majeure.
04:41Le premier, c'est qu'on va monter le nombre de têtes nucléaires.
04:44Aujourd'hui, il y en a 290 têtes nucléaires,
04:46qui sont portées soit par les sous-marins,
04:48soit par des missiles portés sur les rafales.
04:51Pourquoi on les augmente ?
04:52C'est qu'on estime qu'il faut qu'on continue à faire des dommages inacceptables
04:55chez un adversaire, alors que ses défenses se renforcent.
04:58Ça veut dire que quand on va tirer une salve, je ne sais pas,
05:00de 30 missiles ou de 30 têtes, il n'y en a que 20 qui vont passer,
05:03ou 10, et on veut être certain que le nombre suffisant va passer.
05:05Donc c'est lié vraiment à l'augmentation, à l'évolution de la technologie.
05:08Et ça, c'est normal, on a toujours fait comme ça en réalité.
05:11C'est-à-dire qu'on ne l'expliquait pas aux Français.
05:12Cette fois-ci, on l'explique qu'ils veulent comprendre.
05:14La deuxième, c'est une notion encore compliquée
05:16qui s'appelle la notion d'épaulement.
05:17La dissuasion nucléaire, ce n'est pas que des forces nucléaires,
05:20c'est également des forces conventionnelles.
05:22Et nos forces conventionnelles sont un peu faibles.
05:24Donc on va augmenter la force conventionnelle en européen, en quelque sorte.
05:28Typiquement, on va développer un programme de missiles balistiques longue portée
05:31avec les Allemands et les Britanniques.
05:34Voilà un exemple de ce qu'on va faire.
05:35Et le dernier, c'est avancer.
05:37Pourquoi c'est avancer ?
05:38Parce qu'en réalité, on va utiliser toute la profondeur stratégique du continent européen
05:41pour éventuellement déployer nos rafales armées,
05:44déployer des ravitailleurs,
05:45de manière à rendre plus difficile la compréhension
05:47de la gesticulation de la dissuasion française.
05:51avancer ne concerne que les avions,
05:53parce qu'on ne peut pas avancer les sous-marins.
05:54Les sous-marins, ils vont dans l'eau, ils disparaissent
05:56et personne ne sait où ils sont.
05:58Merci beaucoup, Général Bruno Clermont, pour toutes ces précisions.
06:01Vous êtes libre si vous devez nous quitter.
06:04J'aime bien parce que le chef de l'État, il a parlé de l'outre-mer,
06:06hier, je le souligne, parce que c'est très rare.
06:08C'est vrai, nos intérêts vitaux sont aussi en outre-mer.
06:10On y pense subitement à l'outre-mer.
06:12Je pense qu'on a toujours pensé...
06:14Non, non, non...
06:15On ne l'a jamais dit.
06:15Oh, cher Général, on n'y pense pas.
06:17Je peux vous dire que les ultramarins savent que le chef de l'État
06:20ne pense pas suffisamment à eux.
06:22Ils n'ont pas d'eau potable, ils n'ont pas tout ça.
06:24Mais oui, les ultramarins comptent lorsqu'on pense aux positions géostratégiques
06:29subitement, mon cher Général.
06:30Enfin, on ne dit pas mon Général, mais Général.
06:33Gabriel Cézal, c'est un enfant.
06:34La question que je me posais, c'est est-ce que la notion
06:36d'intérêt vitaux, justement,
06:39qui est d'ailleurs floue, ça fait peut-être partie
06:41de la stratégie, d'ailleurs,
06:42n'a pas évolué ?
06:44Parce que si on s'engage à défendre les autres pays européens,
06:46c'était déjà plus ou moins le cas, mais là, ça a l'air d'être
06:49contractualisé. Est-ce que ce n'est pas une façon de dire
06:50que nos intérêts vitaux, ce n'est plus seulement ceux de la France,
06:53c'est ceux de l'Europe ?
06:53On ne s'engage pas à les défendre.
06:55On rajoute la dissuasion française à celle de l'OTAN
06:58et puis à celle partagée pour certains pays de l'OTAN.
07:01Et par exemple, si on va déployer,
07:02il y a une montée en puissance, on arme nos rafales,
07:04pour éviter qu'ils soient détruits, on les déploie
07:06sur différentes bases. On déploie, par exemple,
07:09en Pologne. En Pologne, le simple fait
07:10qu'ils soient déployés en Pologne protège la Pologne.
07:12Donc, c'est nos intérêts vitaux de les déployer en Pologne,
07:14c'est nos intérêts vitaux de contrer une attaque,
07:16mais comme ils sont en Pologne, ils protègent de facto la Pologne.
07:18C'est un peu le principe de la dissuasion nucléaire partagée
07:20de l'OTAN. On l'applique, si ce n'est que nous,
07:22on ne donne pas d'armes. Pour l'instant, il n'est pas question
07:24de donner des armes, il est simplement d'utiliser des bases
07:26un petit peu dans un... beaucoup plus large
07:28pour déployer nos capacités.
07:29C'est ce que j'ai compris, mais ça doit être précisé
07:32dans les coopérations qui vont se mettre en place.
07:34Ah, oui, c'est ça.
07:35C'est ça, on a eu l'impression qu'il y avait eu un...
07:37Tout n'est pas si clair que ça.
07:39On essaie de comprendre, ce n'est pas si clair que ça.
07:41Ce n'est pas si clair parce que les coopérations seront pays par pays.
07:43J'ai écouté, on essaie de comprendre,
07:45tout n'est pas si clair que ça.
07:46Non, il y a un petit flou sur ce sujet.
07:48Un petit flou sur ce sujet.
07:50Merci à Général Bruno.
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