00:00Europe 1, Christine Kelly.
00:03Dernière partie sur Europe 1 à 12h48, c'est cette mission spéciale sur la situation en Iran avec votre chroniqueur
00:10Thomas Bonnet et vos invités autour de la table.
00:12Chère Christine, avec vous Guillaume Lagan, enseignant à Sciences Po Paris, spécialiste des questions de défense.
00:17Avec vous aussi, Rina Bassiste, journaliste israélienne et Farid Vaid, chercheur en relations internationales,
00:23co-rit-directeur de l'Observatoire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient à la Fondation Jean Jaurès.
00:27Oui, quelques minutes pour terminer cette émission avec cette question.
00:31La France doit-elle s'impliquer ?
00:33Quand je reprends les mots de Jean-Noël Barraud, qui dit que la France se tient prête conformément aux accords
00:41qu'il allie à ses partenaires
00:42et en principe de légitime défense collective prévue par le droit international à participer à l'heure des Frances, la
00:49France est prête.
00:50Guillaume Lagan.
00:52Moi, je pense qu'effectivement, comme ça a été dit tout à l'heure, la position de la France, elle
00:56va d'abord dépendre du droit international.
00:58C'est vrai que spontanément, notre position a toujours été de dire qu'on ne devait pas participer à des
01:03opérations militaires
01:04qui n'étaient pas autorisées par le Conseil de sécurité.
01:06Et c'est vrai que là, dans cette affaire, il faut quand même le relever.
01:09Rappelez-vous, il y a 20 ans, en 2003, lorsqu'il y avait la guerre en Irak, il y avait
01:12eu tout un sujet pour savoir s'il fallait ou pas que le Conseil de sécurité...
01:15Les Américains disaient, bon, on va bien y aller, mais à l'époque, les Français avaient été une position très
01:19claire.
01:19Ils avaient dit, on mettra notre veto.
01:21Résultat, la guerre s'est faite sans autorisation du Conseil de sécurité.
01:24Cette fois, il n'y a même pas eu de discussion.
01:25Les Etats-Unis et Israël se sont lâchés sans aller rechercher.
01:28Comme si l'on n'existait plus.
01:30Voilà, donc ça, c'est un premier élément.
01:31D'ailleurs, pour nous, Français, c'est un problème, parce qu'en aimant au permanent du Conseil de sécurité,
01:35à partir du moment où plus personne ne s'adresse à ce Conseil, qu'est-ce qui va nous rester
01:38en termes de pouvoir diplomatique ?
01:39En revanche, il y a un deuxième aspect du droit international, c'est le fameux article 51 de la Charte,
01:43qui nous dit, les Etats ont droit à la légitime défense et ils peuvent être aidés par leurs alliés.
01:47Et là, c'est vrai que régionalement, on a des accords de défense avec certains Etats,
01:51notamment dans le Golfe Persique, notamment par exemple les Émirats arabes unis, le Qatar.
01:54Et donc ces Etats étant aujourd'hui agressés par l'Iran de manière indiscriminée,
01:58parce que je rappelle qu'eux, personnellement, ils n'ont pas attaqué l'Iran,
02:01eh bien la France, elle a légitimement la possibilité d'intervenir à leur profit.
02:05Alors est-ce que ça profitera ou pas à la coalition occidentale ?
02:09C'est vrai que le discours français aujourd'hui, il est un peu marqué par l'ambiguïté,
02:12parce qu'on n'approuve pas les frappes militaires, mais en même temps,
02:15on a entendu les représentants du gouvernement finalement se réjouir,
02:18par exemple de la disparition du pouvoir iranien,
02:22suite notamment aux manifestations qui avaient été réprimées dans le sang.
02:26Donc peut-être qu'à travers cette voie de l'accord régional et de l'aide aux alliés régionaux,
02:31la France va rentrer dans le jeu de cette guerre.
02:34Mais la France va rentrer comment selon vous, Farid Vaid ?
02:36Comment la France peut-elle entrer alors qu'on sait qu'on a une grande voix, on va dire,
02:42mais on a peu de moyens ?
02:43Sincèrement, je pense qu'elle ne peut pas.
02:45Les Américains, ils ont mis quatre semaines à envoyer des porte-avions,
02:48des avions de chasse dans la région avant de se lancer dans une aventure militaire contre l'Iran.
02:52Alors, le seul cas de figure où je peux imaginer la France rentrer militairement dans cette aventure,
02:58je dirais, c'est si les Iraniens cherchent vraiment à perturber le golfe Persique
03:02et de fermer le détroit d'Hormoz.
03:03Et là, au nom de la sécurité énergétique et de l'économie mondiale,
03:07effectivement, dans un cadre de mission maritime,
03:09la marine française pourrait jouer un rôle dans la région.
03:12Mais au-delà de la question militaire, la France peut jouer aussi un autre rôle très intéressant.
03:16Vous savez, beaucoup des opposants au régime de la République islamique
03:19se trouvent ici en France, à Paris.
03:20Le prince héritier Rézapalabi, mais beaucoup d'autres aussi.
03:23Alors, pourquoi pas ? Moi, je rêve, depuis plusieurs années,
03:26un congrès d'un Iran libre, dans un beau château français, à Chantilly,
03:31regrouper toute l'opposition iranienne, leur permettre de se regrouper.
03:34Vous savez, le vrai travail, c'est aussi ça, c'est le travail politique.
03:36Alors, les Américains, les Israéliens, ils font certes affaiblir le régime,
03:40mais ils ne vont pas envoyer des soldats sur le terrain.
03:42Et in fine, dans deux semaines, dans deux mois,
03:43ce sera aux Iraniens de revenir dans la rue
03:45avec une nouvelle vague de manifestations pour essayer de finir le travail.
03:48Et pour ça, je pense que nous, on peut jouer un rôle très utile.
03:52C'était Farid Vaid, en direct sur Europe,
03:55un chercheur en relations internationales.
03:57Je me tourne vers vous.
03:59Réna Bassiste, qu'est-ce que vous pensez, effectivement,
04:01à propos de cette intervention de la France,
04:04à propos de cette ONU qui affaiblit ?
04:06On voit que c'est ce machin, comme il disait,
04:10qui ne sert presque plus à rien.
04:12Et on voit, effectivement, que toutes les données classiques
04:16des relations internationales ont explosé.
04:19Donc, on ne sait plus où ira la France,
04:23où ira les États-Unis,
04:24combien de temps ça va durer,
04:25que peut faire la France,
04:26et avec, justement, un niveau international,
04:29l'ONU qui disparaît complètement.
04:31Je trouve que la France,
04:32qui se voit comme un champion des droits de l'homme,
04:35se trouve en ce moment,
04:36en une situation pas très confortable,
04:38pas très jolie.
04:39Pourquoi je dis ça ?
04:40Parce que si vraiment la France va aider ses partenaires,
04:43bon, c'est très bien peut-être aider les Émiratis,
04:46aider les Saoudiens, aider la Kuwait.
04:49Imaginez-vous une situation où la France aide militairement Qatar,
04:53un pays qui a quand même pendant des années
04:55financé des organisations terroristes.
04:58Mais pour l'instant, la France a lâché tous les Iraniens.
05:03La France ne fait rien pour aider, justement,
05:07tous les manifestants qui sont allés dans la rue.
05:10Il y avait quand même 30 000 morts.
05:12La France n'est ni les autres pays.
05:14Oui, mais chaque pays avec ses ambitions,
05:18avec ses prétentions.
05:20Là, il y a des membres de famille,
05:22des amis de 30 000 personnes
05:24qui sont morts,
05:25qui se demandent,
05:26est-ce que les morts de nos bien-aimés,
05:29est-ce que ça a servi à quelque chose ?
05:31La France n'est pas en train d'aider ça,
05:34n'est pas en train d'aider, justement,
05:37une transition vers la démocratie.
05:39Donc, si on prétend être le champion des droits de l'homme,
05:42on peut se demander
05:43quel rôle vous jouez dans cette situation.
05:46Excellente remarque,
05:47Rina Bassiste, journaliste israélienne,
05:49correspondante pour la radio publique israélienne,
05:52Kahn Thomas Bonnet.
05:53Je me tourne vers vous.
05:53Effectivement, on se dit
05:54la France championne de la démocratie,
05:58qui est plutôt absente.
06:00On voit effectivement qu'elle est partagée,
06:02on voit son rôle ambigu.
06:04On a presque souri, souri.
06:06En même temps, on a eu mal
06:07lorsqu'on a vu que ça s'est fait sans la France,
06:09lorsqu'on a vu que la France avoue
06:10que ça s'est fait sans elle,
06:11et que là, on sent que la France a envie de jouer
06:15un rôle en réaction collective de défense
06:17par rapport au Qatar et aux partenaires,
06:19comme dit Jean-Noël Barraud.
06:21Mais la France doit-elle s'impliquer ?
06:23En plus, il faut rappeler,
06:25il faut le faire quand même,
06:26c'est que la France a un rôle
06:27dans ce qui se passe aussi en Iran,
06:29parce que c'est la France
06:30qui a abrité Roménie dans les années 70,
06:32il faut le rappeler,
06:33avec Giscard d'Estaing,
06:34c'est ensuite un avion français
06:35qui l'a fait rentrer en Iran.
06:36Donc, il y a une responsabilité,
06:38j'allais dire presque morale aussi,
06:39de la France dans ce qui se passe.
06:40Effectivement, vous vous rappeliez
06:41le précédent de 2003,
06:42je crois que malheureusement,
06:43ça montre le déclassement de l'ONU
06:45effectivement depuis 2003,
06:46mais à travers l'ONU,
06:47de la France aussi,
06:48qui a perdu sans doute de son pouvoir.
06:50J'ai envie de dire,
06:51qu'est-ce qu'on peut faire, nous, la France,
06:52si ce n'est effectivement
06:53sur un plan diplomatique ?
06:54On peut évidemment, je pense,
06:56avoir un poids,
06:56parce que nous sommes membres
06:57du Conseil d'Escurité de l'ONU.
06:59Attention aussi,
07:00dans ce qui guide notre action,
07:00je pense qu'il y a le rôle de nos otages,
07:02le sort de nos otages.
07:03Nous avons toujours deux otages
07:04à l'ambassade de France en Iran.
07:06Ça, à mon avis,
07:06joue aussi dans la réaction que nous avons.
07:08On a terminé un mot très court,
07:09peut-être Guillaume Lagann ?
07:09Non, je suis tout à fait d'accord.
07:10Après, on n'a rien empêché en 2003.
07:12L'invasion s'est faite.
07:13Oui, c'est vrai.
07:14Au moins, on a dit non.
07:16Merci infiniment.
07:16Merci Farid Vaid,
07:18chercheur en relations internationales,
07:20Guillaume Lagann,
07:21enseignant à Sciences Po,
07:22Rina Bassiste,
07:23journaliste israélienne.
07:24Bonjour, Udi Saada.
07:26Bonjour, Christine.
07:26Quel est le menu de votre émission ?
07:28Nous allons bien évidemment
07:29revenir sur les derniers développements
07:31en Iran et au Proche-Orient.
07:33Puis, on s'interrogera
07:34avec nos débatteurs
07:35sur la position de la France,
07:37mais aussi de la France insoumise
07:39face à ce conflit.
07:40Il y a de quoi dire.
07:41Merci infiniment.
07:42Merci à tous.
07:43Merci, Christine.
07:43Nous avons suivi.
07:44Merci, ma chère Géraldine,
07:45pour cette émission.
07:46Cette édition spéciale,
07:48Christine Kelly et vous.
07:49Restez en contact avec Europe 1.
07:51Bien à l'écoute.
07:52A demain.
07:53C'était Christine Kelly.
07:53Avec plaisir.
07:54Retour demain de 11h à 30 à 13h
07:55sur Europe 1.
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