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  • il y a 7 minutes
Les États-Unis ont lancé, depuis samedi, une série de frappes sur l'Iran, conjointement avec Israël. Le guide suprême Ali Khamenei a été tué dans une de ces frappes. Avec cette intervention, les États-Unis ont fait "un pari", qui peut se transformer en "piège" selon Dominique de Villepin. Entretien à retrouver sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-lundi-02-mars-2026-4337085

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00:00Faut-il se réjouir de l'élimination d'un tyran ou déplorer une énième violation du droit international ?
00:06Et maintenant, surtout, quelle perspective ouvre cette guerre lancée contre l'Iran par Israël et les Etats-Unis,
00:12en dehors de tout mandat légal, mais avec déjà donc un succès militaire ?
00:15La mort du guide suprême Ali Khamenei et de nombreux responsables du régime.
00:20Autant de questions, Alexandra, que nous abordons avec notre invité.
00:23Bonjour et bienvenue Dominique de Villepin.
00:25Bonjour.
00:25Ancien ministre des Affaires étrangères, Premier ministre, vous venez de lancer votre parti en vue de 2027, la France humaniste.
00:32Appelez-nous auditeurs de France Inter au 0145 24 7000, écrivez-nous sur l'application de Radio France.
00:37Dominique de Villepin, la mort du dictateur Khamenei, justifie-t-elle cette intervention israélo-américaine
00:44ou est-ce que vous continuez de la condamner au nom du droit international ?
00:49Les deux. Nous sommes aujourd'hui devant le constat d'un régime iranien qui est affaibli par la mort de
00:57l'Ayatollah Khamenei.
00:58On ne peut que se réjouir du fait que ce régime soit affaibli, s'inquiéter en même temps de la
01:05multiplication de ses exécutions extrajudiciaires,
01:08s'inquiéter en même temps de l'affaiblissement du droit international parce que nous sommes ainsi sans garde-fou.
01:13Ce que nous voyons ce matin au Moyen-Orient, c'est le franchissement de tous les seuils.
01:21Une guerre ouverte, une guerre qui risque de devenir régionale, une guerre impériale dont les buts sont imprécis
01:28et une guerre qui est marquée par beaucoup de contradictions.
01:31On le voit quand on écoute les responsables israéliens et américains quant aux motivations, quant aux objectifs.
01:39Et l'on sait tous que quand les objectifs ne sont pas précis, quand ils ne sont pas clairs, il
01:45y a le risque de l'enlisement,
01:48il y a le risque de conséquences tragiques pour l'ensemble de la région et pour nous tous.
01:53Mais vous dites les deux.
01:53C'est possible aujourd'hui de se réjouir de la mort de Ramenei sans s'asseoir sur le droit international
02:02?
02:03C'est possible de défendre le droit international sans défendre un régime sanguinaire ?
02:07J'entends cette interrogation et je vois que nombre de responsables politiques aujourd'hui ont tendance à penser
02:12qu'on peut remiser le droit international et qu'il est aujourd'hui dépassé par un usage généralisé de la
02:18force.
02:19Le droit international, c'est l'affirmation d'une règle.
02:23Sauf à aspirer à un monde de la jungle, nous avons tous intérêt à continuer à défendre le droit international
02:29parce que c'est la meilleure garantie d'une règle pour tous.
02:32C'est la dépersonnalisation des enjeux et c'est l'affirmation qu'il y a des principes et des règles
02:40qui doivent continuer à s'appliquer.
02:42Donc oui, il faut se battre et c'est la vocation d'un pays comme la France,
02:46c'est la vocation d'un pays comme l'Europe.
02:48Encore faut-il avoir une voix, encore faut-il avoir une vision, une politique,
02:53mais nous reviendrons au droit international, c'est l'intérêt de tous.
02:57Les Etats-Unis vont payer très cher cet oubli d'un ordre international construit.
03:03Vous le pensez ? De quelle manière ?
03:05Tout simplement parce qu'il rentre dans une logique d'intervention qui ne peut maintenant cesser.
03:12Il y a déjà sept interventions militaires auxquelles nous avons assisté.
03:15Pour quels résultats ? On peut se poser la question.
03:17Est-ce que le monde est aujourd'hui plus sûr ?
03:20Bien évidemment, on doit se réjouir du fait qu'un régime qui a tiré contre ses enfants,
03:27un régime qui est aujourd'hui la cause de la souffrance du peuple iranien,
03:32se trouve affaibli et il faut souhaiter que nous puissions trouver un point de sortie politique.
03:38Mais l'intervention aujourd'hui qui a lieu dans la région est un pari, ne l'oublions pas.
03:44Le pari c'est quoi ?
03:45Le pari c'est de frapper d'en haut en espérant que le moment venu, le peuple qui est en
03:51bas aura la force,
03:53aura les moyens de réagir et de prendre le pouvoir pour se diriger lui-même.
03:59Ça c'est un vœu.
04:00Mais il y a aussi derrière ce pari un piège.
04:03Ce piège c'est le risque d'un durcissement du régime.
04:07Or nous voyons bien, on élimine un dirigeant iranien, il est immédiatement remplacé.
04:12Il y a aujourd'hui un triomphe vira à la tête de l'Iran.
04:15Il y a par ailleurs le risque de guerre civile et de désagrégation du système iranien.
04:20Donc nous ne pouvons pas considérer, parce qu'on a éliminé un dirigeant, que la question est réglée.
04:25Mais rappelons-nous, je cite juste pour mémoire, rappelons-nous, nous avons éliminé Ben Laden,
04:32quelques mois et années plus tard, nous avons eu l'État islamique.
04:37Nous avons éliminé Saddam Hussein, nous avons eu le chaos en Irak.
04:40Nous avons éliminé le colonel Kadhafi, nous avons eu le chaos en Libye.
04:44Donc ce n'est pas si simple.
04:46Et il y a un principe de responsabilité.
04:49Nous ne sommes pas aujourd'hui, dans cette région, devant un jeu vidéo.
04:54Et les conséquences, pour nous, nous le voyons bien dans les mesures qui sont prises concernant l'ordre public,
05:00nous allons le voir dans l'entrée, puisque la guerre conventionnelle n'est plus dans l'ordre des possibilités pour
05:06l'Iran,
05:06le risque, c'est d'entrer dans une guerre asymétrique.
05:09C'est-à-dire devoir utiliser des moyens de violence, des moyens de terrorisme, qui changent la nature du conflit.
05:14Donc vous ne croyez pas, Dominique de Villepin, Donald Trump, lorsqu'il dit
05:16« Moi j'ai trois très bons choix devant moi »,
05:19vous pensez que, par exemple, un nom qui revient souvent, c'est le fils du chat,
05:22Reza Palavi, qui vient en ce moment dans la région de Washington.
05:26Son retour ne vous semble pas être une option possible ?
05:28Mais les choses ne se décident pas concernant le peuple iranien à Washington.
05:34Et nous le savons, la question des dynamiques sociales et des dynamiques politiques en Iran sont extrêmement complexes.
05:42D'abord, le régime n'est pas aujourd'hui à la veille d'un effondrement.
05:46Nous allons peut-être voir des évolutions importantes dans les dernières heures.
05:49Le pari aujourd'hui américain et israélien, c'est d'espérer qu'il y ait une alternative à l'intérieur
05:54du régime
05:55de personnalités plus modérées qui accepteraient de servir de levier.
06:00On pense aujourd'hui à une figure comme Ali Laridjani, l'ancien président du Parlement,
06:05qui pourrait en quelque sorte servir d'alternative contre les durs.
06:09Mais les durs sont encore très nombreux.
06:11Les durs des gardiens de la Révolution, les durs des Basidji,
06:13c'est environ 1 500 000 personnes, sans compter les familles et autres soutiens du régime à travers les fondations.
06:22Donc, nous ne pouvons pas aujourd'hui faire des calculs aussi simplistes.
06:26Il y a un espoir, je le dis bien, un pari.
06:29Imaginez que des figures plus modérées du régime puissent prendre le pouvoir, comme au Venezuela.
06:35Mais une fois de plus, c'est un pari.
06:36Et entre-temps, il y a de nombreux pièges possibles.
06:39Alors, sur votre lecture de ce nouvel ordre mondial trumpien,
06:42en mai 2025, en Arabie Saoudite, Donald Trump avait déclaré qu'il n'était pas là pour regarder l'âme
06:48des dirigeants,
06:48que les Etats-Unis se garderaient bien de dire aux autres nations comment vivre ou gouverner.
06:54Pourtant, vous l'avez rappelé, le 3 janvier dernier, les Etats-Unis ont capturé le président vénézuélien Nicolas Maduro.
07:00Ce 28 février, il liquide le guide suprême iranien Ramenei.
07:04Donc, qu'en pensez-vous ? Comment lisez-vous la situation ?
07:07Est-ce que, désormais, Donald Trump veut ou ne veut pas que les Etats-Unis soient les grands responsables du
07:13nouvel ordre mondial, le shérif ?
07:16Le président Trump a fait plusieurs interventions, 3 ou 4 interventions.
07:20A chaque intervention, il a donné des explications différentes, des objectifs différents.
07:25Donc, il est difficile d'expliquer la stratégie américaine aujourd'hui par une motivation.
07:31Les motivations s'empilent. Il y a le choix de contrer le risque nucléaire qui existe.
07:37Il y a le choix de contrer le risque balistique.
07:39Il y a également...
07:40Il y a le pétrole, on l'entend beaucoup.
07:42Il y a également, évidemment, les entreprises économiques et pétroliers.
07:45Ce qui est devant nous, et c'est en cela que la guerre, l'extension de la guerre régionale est
07:49inquiétante,
07:50c'est la déstabilisation de l'ensemble de cette région.
07:55La région vit avec une image de stabilité et de développement.
08:00C'est tout cela qui est en train de s'effondrer en quelques heures.
08:03Combien de temps va-t-il falloir pour reconstruire cela ?
08:07Et surtout, parce que ça doit être notre préoccupation permanente,
08:10quelle est aujourd'hui la situation et l'avenir du peuple iranien ?
08:14Nous sommes devant une situation où cette préoccupation doit être au cœur de notre action.
08:19Et c'est en cela qu'il faut éviter la dérive vers le pire
08:24et être comptable des politiques que nous mettons en place.
08:27Quand Donald Trump, vous en parliez, on appelle au peuple iranien en disant
08:30« Ce sera à vous de finir le travail, en quelque sorte. »
08:33C'est-à-dire de descendre à nouveau dans la rue,
08:35après une répression qui, il y a quelques semaines, a fait des dizaines de milliers de morts,
08:40de descendre à nouveau dans la rue pour faire définitivement tomber le régime.
08:43Est-ce que c'est une sorte d'aveu, finalement, de dire « On n'ira pas au bout ?
08:48»
08:48« On a tué le chef, ce sera à vous de vous débrouiller. »
08:50C'est pour le moins une stratégie cavalière.
08:54Le régime, aujourd'hui, n'est pas du tout effondré.
08:58Il garde des moyens importants.
09:00Il a la capacité de tirer contre son peuple et de réprimer son peuple.
09:04Avant de demander aux gens de descendre dans la rue,
09:07il faut qu'un minimum de sécurité, un minimum d'ordre puisse régner.
09:11Bien sûr, il appartient aux Iraniens de décider de leur sort.
09:15Mais je trouve qu'on expose un peu vite le peuple iranien qui a déjà considérablement souffert.
09:20Même si je suis convaincu que c'est de la dynamique sociale et de la dynamique politique iranienne
09:26que dépendra l'évolution du régime.
09:29Ça ne s'impose pas de l'extérieur ?
09:30Vous dites que sans intervention de troupes au sol, une chute du régime est impossible ?
09:36Ça ne s'est jamais imposé de l'extérieur.
09:39Ça n'a jamais marché.
09:40Alors on peut toujours imaginer que Donald Trump réussisse à faire quelque chose que personne n'a jamais fait.
09:45C'est ce qu'il prétend.
09:46Mais il faut quand même agir instruit de l'histoire.
09:49Et il faut prendre en compte la réalité iranienne.
09:52L'Iran, c'est 50% de Persans, des minorités azéries, balouches, très nombreuses.
09:59Et c'est donc un régime à pays composite, même s'il y a un nationalisme iranien
10:05et qu'on ne compare pas, on ne doit pas comparer la situation de l'Irak et celle de l
10:09'Iran.
10:09Je prends en compte tous ces facteurs.
10:11Mais je trouve que mettre en avant le peuple iranien face à un régime qui a tiré contre lui avec
10:18les drames que nous connaissons tous,
10:20c'est un peu facile aujourd'hui dans le discours de Donald Trump.
10:24Et Donald Trump va devoir assumer les conséquences de ce qui est en train de se passer dans la région.
10:30C'est une véritable tragédie qui se déroule.
10:33Je reviens, Dominique de Villepin, à votre défense du droit international.
10:35Et vous disiez, il faut que des pays comme la France, que l'Europe collectivement,
10:40ait voix au chapitre.
10:41Emmanuel Macron dit en l'occurrence, la France n'a été ni prévenue ni impliquée.
10:45On le rappelle, la France, l'un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies.
10:50Pour prendre un exemple que vous connaissez bien,
10:522003, vous allez au Conseil de sécurité, précisément, dire non au nom de la France
10:56à l'intervention américaine en Irak.
10:58On sait ce qui se passe.
10:59Un mois plus tard, les Américains interviennent quand même.
11:03La différence aujourd'hui, finalement, c'est que les Américains ne font même plus semblant
11:07de consulter leurs supposés alliés.
11:10Mais le droit international, il n'était déjà pas bien fringant à l'époque.
11:13Nous avions à l'époque la capacité de dire non.
11:16Est-ce qu'on l'a encore aujourd'hui ?
11:19Ni prévenu, ni consulté.
11:23Qu'est-ce que ça avait changé à l'époque ?
11:24Qu'est-ce que ça avait changé ? Beaucoup de choses à l'époque.
11:26D'abord, ça avait adressé un message à l'ensemble du monde et à l'ensemble des pays du Sud
11:30global
11:30qu'il y avait en Occident des pays qui refusaient le deux poids deux mesures
11:34et des pays qui refusaient de s'écarter de la règle de droit.
11:36Et c'est ce qui a permis, tout au long des années qui ont suivi,
11:39de défendre un ordre international.
11:41Et ce qui a changé profondément, c'est que quelques mois après l'intervention américaine,
11:45j'ai pu prendre la direction, la tête d'une équipe avec les Britanniques et les Allemands
11:52pour engager la première négociation sur le nucléaire iranien
11:55qui nous a permis d'arriver à un premier accord qui a conduit après en 2015
11:58à la signature d'un accord global.
12:00Ne sous-estimons pas la responsabilité des Américains dans le désordre qui a lieu aujourd'hui.
12:05Le droit international, il est foulé au pied depuis des décennies.
12:07Mais ce n'est pas parce qu'il y a des homicides en France, qu'il y a du narcotrafic
12:13en France
12:14qu'on doit renoncer à l'état de droit.
12:15Enfin, il y a quelque chose d'absurde dans le raisonnement que vous exposez
12:19et qui est exposé par un certain nombre de responsables politiques
12:21parce que ça reviendrait à considérer qu'il n'y a plus d'ordre public,
12:26il n'y a plus de règles communes.
12:27Très bien, alors décidons tous de nous armer, de descendre dans la rue avec nos propres revolvers
12:32et nous aurons une situation qui est proche d'ailleurs de celle des Etats-Unis
12:35qui conduit au pire.
12:37Est-ce qu'il faut faire la politique du pire ?
12:39Et est-ce que l'Europe qui a appris au fil des siècles à son détriment
12:43ce que ne pas respecter la règle de droit,
12:46ce que ne pas respecter un ordre fondé sur le droit pouvait coûter ?
12:52Nous avons vécu des drames historiques que nous ne souhaitons pas revivre.
12:56Je pense qu'il faut tirer des leçons du passé
12:58et je ne vois pas très bien à quoi ressemblerait une France, une Europe
13:03qui déciderait de tourner le dos au droit.
13:06Est-ce qu'on s'engouffrerait alors dans une politique nous aussi
13:10de cow-boys un peu partout autour de l'Europe ?
13:14Tout ça relève d'une stratégie tout à fait irresponsable et ibuesque.
13:18Si on reste sur cet exemple de 2003 que vous connaissez bien,
13:22sur X l'ancien Premier ministre suédois Karl Bildt
13:25qui est aujourd'hui coprésident du European Council on Foreign Affairs,
13:28a écrit « ça commence à ressembler à 2003 ».
13:30Il dit qu'il doute qu'il y ait des indications
13:33selon lesquelles l'Iran développe des missiles balistiques intercontinentaux.
13:37Est-ce que vous aussi, Dominique de Villepin,
13:38la situation actuelle vous rappelle 2003,
13:40quand les Américains affirmaient que l'Irak avait des armes de destruction massive ?
13:43Il y a une très forte disproportion entre la menace telle qu'évoquée par les Américains
13:49et la réalité.
13:50Et c'est en ça qu'il y a beaucoup de contradictions dans le discours américain.
13:55L'Iran peut menacer les pays voisins.
13:58Est-ce qu'il peut aller au-delà ?
14:00Effectivement, on peut avoir les plus grands doutes.
14:02Et on voit bien que ce que veut Donald Trump,
14:05c'est justifier son intervention.
14:07Et quelle que soit la qualité des arguments,
14:10je ne crois pas du tout que l'Iran soit aujourd'hui en situation
14:13ni d'un véritable risque nucléaire,
14:16ni d'un risque balistique considérable.
14:19Et on voit bien d'ailleurs que Donald Trump l'a considéré lui-même
14:22lors de son intervention en juin 2025.
14:25Donc aujourd'hui, nous sommes dans une construction de discours.
14:28Et par ailleurs, en ce qui concerne le risque régional que représente l'Iran,
14:32on voit à quel point l'ensemble des proxys iraniens sont affaiblis.
14:36Donc je crois qu'on a une décision qui a été prise par Israël et par les Etats-Unis
14:42qui pose par ailleurs le problème de la négociation.
14:45Est-ce qu'on peut, alors même qu'une négociation est engagée,
14:49décider de recourir à la force puisque c'est maintenant plusieurs fois...
14:51Ça vous choque, c'est ce qui s'est passé.
14:53Il y avait Oman qui venait...
14:54C'est non seulement détruire le droit,
14:57mais c'est détruire le principe même de la négociation.
15:00Le ministre des Affaires étrangères Omanet, qui était médiateur,
15:03dit qu'il est consterné parce qu'un accord était à portée de loi.
15:06Vous êtes consterné, vous aussi, Omanet.
15:08Et quelle est la conséquence ?
15:09Et c'est un avertissement pour nous,
15:11d'où l'importance du droit qui est la meilleure garantie pour nous, pays européens.
15:14C'est que nous entrons dans des logiques impériales
15:17qui, aujourd'hui, font primer la domination,
15:21font primer la puissance, font primer la force.
15:23Les Etats-Unis vont le payer très cher dans les prochaines années
15:27et Donald Trump également.
15:29A nous d'être la conscience de ce système international.
15:32A nous de poser cette exigence de responsabilité.
15:36Et je pense qu'Emmanuel Macron ainsi que les Européens
15:40seraient bien inspirés de le faire.
15:41Notre auditeur Pascal a justement une question sur le « à nous de ».
15:45À nous de faire quelque chose.
15:47Quel rôle la France et l'Union européenne devraient-elles jouer
15:50pour favoriser une désescalade diplomatique
15:52plutôt qu'une confrontation militaire ?
15:54La première chose que nous devrions faire,
15:56c'est organiser une coalition politique, diplomatique,
16:00des pays de la région,
16:02qui sont aujourd'hui en situation d'être dépassés par ce qui se passe,
16:05des pays du sud global,
16:07de tous les pays qui refusent cet ordre international fondé sur la force,
16:11qui, en même temps, sont très soucieux
16:13qu'on puisse adresser la tragédie du peuple iranien
16:18pour essayer de trouver les bases d'une solution.
16:22Cette solution, elle ne se trouvera pas avec le largage de bombes
16:26à partir des avions ou des navires américains.
16:29Question de Sylvie au Standard de France Inter pour vous,
16:32Dominique de Villepin.
16:33Bonjour Sylvie, on vous écoute.
16:34Bonjour.
16:35Bonjour M. de Villepin.
16:37Bonjour.
16:39Alors, je vous écoute.
16:41Je vous écoute et donc, vous manifestez votre désaccord
16:46quant à l'intervention des États-Unis et d'Israël,
16:51donc des bombardements aériens sur l'Iran.
16:55Des milliers d'Iraniens sont morts parce qu'ils ont manifesté
16:58contre le régime de Khomeini et qu'il y en a eu quand même beaucoup.
17:02On a des images en tête et c'était assez insupportable à regarder.
17:07Ne peut-on pas accepter la doctrine du droit à l'ingérence
17:12telle qu'elle a été évoquée par M. Kouchner ?
17:22Et donc, en l'occurrence, et pas seulement lui d'ailleurs,
17:25mais bon, ce droit à l'ingérence pour mettre fin à la dictature et aux morts.
17:30Est-ce que donc il faut attendre un nombre incalculable de morts
17:35pour s'empêcher et s'empêcher d'avoir ce droit à l'ingérence
17:41afin de mettre fin à la dictature et aux morts des hommes et aux emprisonnements ?
17:50Merci beaucoup Sylvie.
17:51Vous avez cent fois raison et j'ai regretté tout au long des derniers mois
17:55que la réaction de l'Europe, la réaction de la France,
17:59de l'ensemble des pays de la communauté internationale
18:01ne soit pas plus puissante.
18:03Nous n'avons pas la possibilité de passer aujourd'hui,
18:06comme l'exige la responsabilité de protéger,
18:08de passer par le Conseil de sécurité.
18:10Et c'est pour ça qu'il y avait une alternative,
18:12passer par l'Assemblée Générale des Nations Unies,
18:14mettre en place un certain nombre de moyens
18:17avec la communauté internationale
18:19qui auraient permis d'adresser cette tragédie du peuple iranien.
18:28Et en tout état de cause,
18:30nous n'avons pas mis en place tous les moyens de suivi
18:34sur le plan judiciaire,
18:35sur le plan de l'action juridique que nous aurions pu mener
18:40pour pouvoir réduire.
18:42Je ne dis pas que cela pouvait justifier de notre part
18:45une intervention militaire,
18:46parce que nous serions dans la situation actuelle.
18:48Mais nous aurions en tout cas pu nous mobiliser davantage,
18:51mobiliser la communauté internationale
18:52et mettre en place une responsabilité de protéger
18:57dont il aurait fallu, à travers la pression
19:00et avec le soutien des pays de la région
19:01et des grandes puissances, y compris la Chine,
19:05essayer de resserrer les taux sur le régime.
19:09Question d'actualité pour terminer, Dominique de Villepin,
19:11la première en lien avec ce dont on parle
19:13depuis une vingtaine de minutes.
19:15Emmanuel Macron qui doit actualiser aujourd'hui
19:18lors d'un discours, la doctrine nucléaire française,
19:21est-ce qu'il faut partager le parapluie nucléaire français
19:25avec d'autres pays européens ?
19:27Il faut à la fois s'adapter et en même temps être très prudent.
19:32Nous sommes dans une situation nouvelle
19:33avec la question aujourd'hui qui est posée
19:36de la garantie américaine en matière nucléaire.
19:40Donc, que la France réfléchisse à la question de ses intérêts vitaux,
19:45que la France réfléchisse à une extension de la protection
19:50qu'elle peut apporter ou l'inclusion de cette protection
19:52dans ses intérêts vitaux.
19:55C'est quelque chose qui a été fait au fil des années
19:57et à travers les responsables présidentiels successifs.
20:01Donc oui, il faut le faire.
20:02Il faut également adapter notre doctrine d'emploi
20:05et nos moyens à une configuration internationale.
20:07Ça veut dire plus d'ogives ?
20:09Quand vous dites « et nos moyens », c'est plus d'ogives nucléaires ?
20:11La question se pose aujourd'hui.
20:13Un certain nombre de spécialistes posent la question
20:16des armes à portée intermédiaire.
20:18Donc, il y a la question des moyens,
20:20il y a la question de la doctrine,
20:22tout en maintenant l'ambiguïté stratégique
20:24comme clé de voûte de la dissuasion française.
20:27C'est un enjeu historique pour la France.
20:29Dans un an, le bouton nucléaire, il sera dans d'autres mains.
20:32Est-ce que ça vous inquiète ?
20:33Il n'est pas question que le pouvoir de décision
20:38puisse être partagé.
20:39Nous devons être extrêmement clairs.
20:41Je pensais à des personnalités politiques françaises.
20:43Oui, mais il n'est pas question que ce pouvoir soit partagé.
20:48Le pouvoir de décision doit rester le pouvoir du président de la République.
20:53La question d'inclure un certain nombre de cibles,
20:56la question d'associer à la réflexion
21:00et à la mise en œuvre de certains dispositifs,
21:02notamment à travers des exercices militaires.
21:05Oui, donc resserrer les liens,
21:07raffermir, intégrer des préoccupations.
21:09Et la couleur du futur président de la République ne vous inquiète pas ?
21:12C'est bien sûr une préoccupation.
21:15C'est une préoccupation pour la démocratie française.
21:17C'est une préoccupation pour la souveraineté française
21:20avec le risque de nous voir vassaliser un peu plus.
21:23Quand je vois la réaction à l'intervention américaine,
21:26c'est un risque qu'il faut prendre en compte.
21:27C'est un risque démocratique, risque de perte de souveraineté
21:32et risque d'enjeu pour nos libertés.
21:36Quand je vois que la règle de droit aujourd'hui
21:38est une variable d'ajustement pour nombre de partis politiques
21:41et nombre de responsables politiques
21:43et pas seulement à l'extrême droite.
21:44Citez-les, Dominique de Villepin.
21:46Citez-les.
21:47Quand vous dites « je m'inquiète », à qui pensez-vous ?
21:49C'est vous qui posez la question.
21:51Donc manifestement, oui, la question se pose
21:53en ce qui concerne le Rassemblement national.
21:55Il y a aujourd'hui un enjeu majeur
21:57en ce qui concerne la souveraineté française,
22:00la liberté et la démocratie.
22:01Merci beaucoup, Dominique de Villepin,
22:03d'avoir été avec nous ce matin.
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