00:00Europe 1, Pascal Prou et vous.
00:02Il est 16h16 et nous sommes avec Emmanuel Hirsch pour évoquer l'Assemblée Nationale.
00:08L'examen des 2000 amendements aura duré plus d'une semaine.
00:11La proposition de loi doit ensuite repartir au Sénat.
00:14Les députés vont d'abord adopter un premier texte sur le développement de soins palliatifs.
00:18La seconde délibération porte sur l'aide à mourir.
00:21Le mode d'administration de la substance létale qu'un patient pourra demander pour mettre fin à sa vie.
00:25Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées hier soir devant l'Assemblée Nationale contre l'euthanasie.
00:30Des militants ont été arrêtés avec la présence quand même de la brave M.
00:35Écoutez Claire Fourcade, présidente de la Société Française d'accompagnement et de soins palliatifs.
00:39Invité ce matin, Jacques Serret sur Europe 1.
00:41Je pense que beaucoup de députés pensent voter un texte pour des situations exceptionnelles
00:46alors qu'on est devant un texte très proche du texte qui est actuellement en vigueur au Canada
00:52et qui va ouvrir un très grand nombre d'euthanasies.
00:56Et donc ce que j'aimerais c'est que ces députés-là prennent conscience de ce qu'ils votent
00:59pour qu'on n'ait pas dans dix ans de députés qui nous disent
01:01« Ah mais moi c'était absolument pas ça que je voulais ».
01:04Et donc il y a vraiment cette nécessité d'ouvrir les yeux sur la nature du texte qui arrive à
01:08l'Assemblée.
01:08Ce que dit Mme Fourcade est vraiment important, Emmanuel Hirsch,
01:12parce que j'ai le sentiment que les gens sont un peu perdus,
01:15ne savent pas précisément ce qu'il y a dans ce texte.
01:18J'ai aussi le sentiment qu'ils ne sont pas tous passionnés par ça, curieusement,
01:23alors que je trouve que c'est un sujet qui est fondamental.
01:26J'ai l'impression que c'est comme la mort, peut-être ne veulent-ils pas la voir en face.
01:30Je voulais votre analyse et vos commentaires.
01:33D'abord, Claire Fourcade est une personnalité remarquable.
01:36Si elle n'était pas l'ancienne présidente de la Société française d'accompagnement et de soins palliatifs,
01:41peut-être que cette proposition de l'OAS serait encore davantage délétère.
01:45Depuis 2022, depuis que le Comité consultatif national d'éthique
01:48a rendu son avis favorable à une ouverture de la loi Claes-Leonetti
01:52à l'euthanasie et au suicide assisté,
01:55elle dit « soigner, ce n'est pas tuer ».
01:56C'est vrai que c'est une question importante.
01:58Et ce matin, j'entendais le président de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité
02:02lui poser la question « mais combien de personnes seraient concernées par cette loi
02:06qui au départ devait être une loi exceptionnelle ? »
02:08C'est-à-dire des situations exceptionnelles.
02:1110% et donc la journaliste dit « peut-être plus, oui 20% mais quel est le problème ?
02:16»
02:17Et vous voyez, on est passé, et je sais que comme magistrat et comme parlementaire à l'époque,
02:22vous étiez porté, j'allais dire, favorable à la loi de 2005,
02:26qui était une loi de la loi Leonetti extrêmement équilibrée,
02:29mais on abordait effectivement la question d'exception.
02:32Et aujourd'hui, la loi telle qu'elle va être votée tout à l'heure,
02:35ce n'est pas une loi d'exception sur la fin de vie,
02:38c'est une loi qui permettra à des personnes de décider,
02:42si elles le souhaitent, de recourir à un médecin pour les faire mourir.
02:45Ce n'est pas de l'aide à mourir, ça ne veut rien dire aider à mourir.
02:49C'est une loi sur l'euthanasie et le suicide assisté.
02:51Puis vous avez une autre loi, une autre proposition de loi,
02:53sur l'accompagnement et les soins palliatifs.
02:55Et j'insiste, c'est la notion d'accompagnement.
02:57Pour en arriver à ce qu'on évoquait tout à l'heure,
03:00c'est le contrat social, c'est-à-dire toutes les valeurs de sollicitude
03:04et de solidarité sont piétinées par,
03:07et quand je parlais de députés qui sont dans le virtuel,
03:10qu'est-ce qu'ils savent de la liberté aujourd'hui ?
03:11Est-ce qu'ils défendent nos libertés au Parlement ?
03:13Qu'est-ce qu'ils savent de l'égalité aujourd'hui et de la fraternité ?
03:16Donc, ils n'ont pas été à l'école de la République
03:18au sens des valeurs que posent ces principes.
03:21Donc, le grand risque,
03:23et c'est un risque malheureusement qu'on aura,
03:25et Claire Fourcade, elle est sur le front au quotidien
03:27avec les gens des soins palliatifs.
03:29Elle voit que la demande, ce n'est pas la demande
03:31de « faites-moi mourir », c'est « aidez-moi à vivre le mieux possible en société ».
03:35Donc, quelle est la responsabilité de la société ?
03:37Et ce n'est certainement pas, dans une société violente comme la nôtre,
03:40de donner le signal qu'on va tuer autrui.
03:42Donc, vous voyez, on est dans un moment, à mon avis,
03:44d'autant plus dramatique,
03:46qu'on a l'impression que les députés pensent
03:48qu'ils vont aider à mourir,
03:50alors qu'ils vont faire mourir.
03:51C'est vraiment la question fondamentale.
03:53Donc, ils n'ont même pas le sentiment qu'il s'agit d'un meurtre.
03:56Ils ont le sentiment qu'il s'agit d'un acte de compassion républicaine.
03:59« Quelle est cette république, aujourd'hui,
04:01qui va tuer des personnes en situation de lourd handicap ? »
04:04Et juste une anecdote, puisqu'on est dans le concret.
04:06Ce matin, une personne...
04:08Vous parlez de meurtre ?
04:09Oui, l'acte d'euthanasie,
04:11que ce soit avec le consentement ou sans le consentement de la personne,
04:14c'est quand même un acte létal.
04:16La finalité, par rapport à la loi de Nettie,
04:18l'intention, ce n'est pas que la personne survive,
04:20qu'elle ne souffre pas, c'est qu'elle meurt.
04:22Et qu'elle meurt dans des conditions
04:24objectives, médicales, scientifiquement encadrées.
04:26Et vous voyez, je t'amène sur une anecdote qui m'a énormément frappé.
04:29Ce matin, un monsieur de 70 ans
04:31m'annonce qu'il avait un cancer du foie,
04:34que la chirurgienne avait ouvert
04:36pour voir, et qu'il était métastasé
04:38sur les deux lobes.
04:39Et il dit maintenant, ma seule crainte,
04:41c'est quand je vais dire que je n'ai pas envie,
04:43ou que j'ai peur, ou que je souffre,
04:45on me dise, vous aurez bientôt la réponse.
04:47Vous voyez comment on a perverti
04:49la relation de soins. Donc on rentre dans un moment
04:51de grand équivoque,
04:53et au niveau des fondamentaux de l'éthique médicale,
04:55c'est ça aussi. L'éthique du soin,
04:57c'est l'éthique de l'abandon,
04:59de la présence, et pas de l'acharnement thérapeutique.
05:01La loi Léonetti, c'était contre l'obstination.
05:04Donc on a tout faux,
05:05et on a tout faux, et on le dit depuis des années,
05:08Claire Fourcade,
05:09et un certain nombre de personnalités qui ne sont pas du monde médicale le disent,
05:12et on a l'impression, vous savez, que
05:13c'est le tanker qui arrive,
05:15comme dans beaucoup de questions de société,
05:17et qui à un moment donné mine la société,
05:20nous destitue de tout ce à quoi on était attaché.
05:22C'est ça le grand drame.
05:23C'est ça le grand drame.
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