00:00Gauthier Lebrez.
00:01Au-delà de pour ou contre l'euthanasie, il y a trois choses qui me choquent dans ce débat.
00:04Un, c'est ce que vous avez dit, c'est la bataille sur le langage et le choix des mots,
00:09cette manière d'euphémiser la réalité avec l'aide à mourir pour euphémiser ce qu'est réellement l'euthanasie.
00:15Et de ce point de vue-là, le gouvernement a été redoutable en mettant en place une bataille sémantique.
00:20Ensuite, la deuxième chose qui m'a énormément choqué, c'est le délit d'entrave
00:23qui est passé en première lecture à l'Assemblée Nationale,
00:25qui vise à condamner au fond les soignants à une peine d'amende au mieux,
00:30à de la prison au pire, qui proposeraient une alternative à l'euthanasie
00:34ou qui n'auraient pas envie, peut-être demain, de faire l'injection létale.
00:39Et quand vous écoutez les soignants, j'en entends pas un me dire
00:42« je suis favorable à l'euthanasie », j'entends plutôt des soignants me dire
00:44« je me suis engagé pour la vie et pour sauver des vies ».
00:47Et la dernière chose qui m'a choqué au dernier degré,
00:51c'est cette manifestation silencieuse devant l'Assemblée Nationale cette nuit
00:55avec des gens assis qui étaient venus, tenez-vous bien, armés de bougies
00:59et qu'on a interpellés cette nuit devant l'Assemblée Nationale
01:03car ils étaient opposés à l'euthanasie.
01:05On a envoyé la BRAVEM, la BRAVEM, policiers, gendarmes et BRAVEM,
01:10et on les a, passez-moi l'expression, coffrés manu militari
01:14alors qu'ils avaient le simple tort de s'être rassemblés,
01:18sans déclaration préfecture d'accord,
01:20assis avec des bougies devant l'Assemblée Nationale.
01:23J'ai trouvé ces images hallucinantes et j'ai fait un parallèle ce matin sur CNews
01:27avec les centaures, les blindés de la gendarmerie qu'on avait mis face aux agriculteurs.
01:30Qu'est-ce que c'est que cette République,
01:32parce que le problème c'est les policiers, évidemment, c'est les donneurs d'ordre,
01:35qui traitent ainsi les agriculteurs et de simples personnes
01:38qui sont venues chanter la Marseillais devant l'Assemblée pour s'opposer à l'euthanasie ?
01:42Juste sur un point, une virgule.
01:43Ils ne sont pas opposés à l'euthanasie.
01:46Ils défendent des valeurs.
01:47Moi j'en ai assez de nous dire qu'on est opposés à l'euthanasie,
01:50comme si on s'opposait, j'allais dire, d'une manière véhémente à quelque chose qui a...
01:54Non, je veux dire des bougies assises.
01:55Oui, non mais je veux dire, on est pour défendre un certain nombre de valeurs,
01:58un certain nombre de principes.
01:59On n'est pas des religieux, je veux dire, c'est transpartisans.
02:03Et plus la loi, j'allais dire, est analysée, décortiquée,
02:07plus on voit de personnes qui sont opposées parce qu'elles comprennent
02:10ce à quoi ça va nous engager.
02:12Donc on est en train de fragiliser une société qui est déjà au bord du gouffre.
02:16Et là je trouve qu'il y a quelque chose de pathétique
02:18dans la position d'un certain nombre de nos parlementaires.
02:21Qu'ils soient dans l'incapacité...
02:23Alors il y a ceux qui défendent, il y a tout un ensemble de parlementaires qui défendent.
02:26Mais chacun...
02:27L'interview de Philippe Jules, c'est intéressant dans le Figaro.
02:30Mais mot de brevet, pardonnez-moi de vous interrompre,
02:32parce que Baud Bréjean, elle est porte-parole du gouvernement
02:34et trouve que ce texte va trop loin.
02:36Mais ce n'est pas un projet de loi.
02:37Donc il y a peut-être...
02:38C'est une proposition de loi.
02:38Au début c'était un projet de loi qui était encore identique.
02:41Écoutez mot de brevet, parce qu'elle est porte-parole du gouvernement.
02:44Il faut espérer que ce texte n'aille pas dans cette version-là.
02:47J'estime que ce texte ouvre une boîte de Pandore
02:50et ne pose pas les limites suffisantes pour prémunir la société des dérives.
02:57Mais c'est-à-dire que c'est quoi les dérives ?
02:58Certains disent par exemple...
02:59J'estime que ce texte va trop loin.
03:02J'estime que la priorité doit être donnée aux soins
03:04et que tant que nous n'avons pas été suffisamment loin sur les soins palliatifs,
03:09tant que partout sur le territoire,
03:12ces soins palliatifs ne sont pas développés à un niveau suffisant,
03:15alors nous ne devons pas emprunter la seconde voie.
03:18Donc porte-parole du gouvernement.
03:19Ce texte ne sera sans doute pas adopté.
03:22Je cite également Philippe Juvin dans ma pratique,
03:24« À chaque fois que j'ai rencontré un patient qui désirait mourir, dit-il,
03:27sa demande d'euthanasie disparaissait quand on apportait une réponse à ses angoisses et à ses souffrances. »
03:34C'est toujours pareil, je fais confiance aux professionnels.
03:37Quand un homme qui est au contact des malades depuis des années dit,
03:41« Dans ma pratique, à chaque fois, à chaque fois... »
03:46Le problème aussi, c'est le budget alloué aux soins palliatifs.
03:48C'est 1,6 milliard d'euros, c'est une part très très faible par rapport au budget.
03:52Ça, on comprend effectivement qu'on veut peut-être raccourcir la vie de certains pour faire des économies.
03:57Il faut bien, juste par rapport à votre observation,
04:00mais comme c'est très faible, c'est une hypothèse.
04:01Mais les soins palliatifs, les soins de support,
04:03ce n'est pas uniquement une unité de soins palliatifs.
04:05C'est les bonnes pratiques professionnelles.
04:07Quand vous avez une personne qui évolue, par exemple avec un cancer qui est métastase,
04:11on peut l'accompagner pendant des années avec des soins de confort,
04:15des soins de support.
04:16Des années ? Même avec un cancer métastasé ?
04:19Oui, c'est là où il y a, et Philippe Juvin le dit,
04:22mais beaucoup d'autres professionnels le disent,
04:24là où il y a une déraison, c'est qu'un certain nombre de maladies
04:27qui vont être aujourd'hui concernées par cette proposition de loi et cette loi.
04:31C'est des maladies qui sont devenues des maladies chroniques.
04:34Regardez le VIH, SIDA, pour prendre l'exemple,
04:36c'est une maladie qui est venue chronique, uniquement il faut prendre des traitements,
04:39et puis il y a quelquefois effectivement des épisodes qui peuvent être plus délicats.
04:42Mais aujourd'hui, et c'est là où il y a quelque chose,
04:44vraiment de profondément bouleversant au niveau de l'éthique du soin.
04:47Ce que les gens demandent aujourd'hui,
04:49c'est de bénéficier d'une manière proportionnée, sans excès,
04:53des traitements les plus adéquats,
04:54pour préserver une qualité de vie, ne pas souffrir.
04:57Et aujourd'hui, la médecine le peut.
04:59Et c'est à ce moment-là,
05:01qu'on est en train de dire qu'effectivement,
05:03ces fins de vie sont peut-être des souffrances,
05:06pour les proches, pour la personne.
05:08Ça a aussi un coût économique.
05:09Vous avez quand même noté que les mutuelles sont en train de soutenir également
05:12cette proposition de loi en faveur de l'euthanasie.
05:14Tout ça pour arriver à la question fondamentale,
05:17la vraie question aujourd'hui,
05:18ce n'est pas de s'amuser au Parlement à être pour ou contre l'euthanasie.
05:21C'est l'accès à des soins,
05:22et beaucoup des Français n'ont pas accès à des soins,
05:24à des traitements de qualité, à des compétences avérées,
05:27et à un suivi.
05:28Mais également, la mobilisation de la société.
05:30C'est-à-dire, si vous êtes seul,
05:32et c'est aussi la réalité du défi,
05:34si vous êtes seul chez vous,
05:36j'allais dire avec une maladie,
05:37que vous n'avez aucun environnement social,
05:38comment vous vivez ?
05:39Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires