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00:00Monsieur le ministre de l'Agriculture, bonjour. Bruno Nabagné-Conné.
00:03Bonjour.
00:04La Côte d'Ivoire est l'invité d'honneur du Salon de l'Agriculture de Paris cette année.
00:08Quels sont les principaux atouts de la production ivoirienne que vous comptez mettre en avant
00:12durant cet événement international ?
00:14Comme vous le savez, la Côte d'Ivoire est un pays agricole depuis son indépendance.
00:20Il a d'ailleurs été longtemps dit que le succès de ce pays reposait sur l'agriculture.
00:26C'était le passé, mais c'est également le présent et ça peut même être encore l'avenir de la
00:31Côte d'Ivoire.
00:32Aujourd'hui, la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial de cacao,
00:38le premier producteur mondial de noix de cajou, le premier producteur africain d'Evea,
00:44dans le top 5 des pays africains producteurs de palmiers à huile, producteurs de coton,
00:51et on peut continuer la liste de carité, etc.
00:55Donc la Côte d'Ivoire est un pays fondamentalement agricole.
01:00Nous participons au Salon de l'agriculture depuis une trentaine d'années.
01:04Et puis cette année, nous avons eu le privilège d'avoir été désignés pays invité d'honneur.
01:08Donc c'est un grade de plus.
01:11C'est un honneur fait à notre pays.
01:14Nous sommes heureux de le représenter avec ce titre-là ici.
01:18Alors il y a une filière où vous n'êtes pas forcément leader pour l'instant,
01:21mais qui a connu un véritable bond depuis une dizaine d'années.
01:24C'est la filière avicole.
01:25La production de viande de volaille qui a plus que quadruplé en une décennie.
01:30Une taxe de 9% vient d'être instaurée par les autorités ivoiriennes.
01:34Est-ce que vous ne craignez pas qu'il y ait un ralentissement de cette filière qui est en plein
01:37boom ?
01:37La Côte d'Ivoire est un pays important, est un pays avec une population forte,
01:44une population qui a quand même, quoi qu'on dise, un certain niveau de vie.
01:49C'est un pays qui a besoin également de ressources, de ressources fiscales pour fonctionner.
01:55C'est l'un des pays phares de l'UMOA.
01:58Donc, je pense qu'il n'est pas anormal que la Côte d'Ivoire élargisse son assiette fiscale.
02:07Il faut savoir qu'aujourd'hui, nous sommes l'un des pays qui a le plus faible taux de fiscalisation
02:16dans la sous-région.
02:18Là où les instances de l'UMOA recommandent entre 18 et 20%, la Côte d'Ivoire est à 12-13%.
02:26Donc, il n'est pas anormal que des mesures soient prises régulièrement pour élargir l'assiette fiscale,
02:33faire en sorte que de plus en plus de personnes contribuent à la charge générale, à la charge publique.
02:41Mais je ne pense pas qu'il faille s'arrêter sur une décision comme celle-là pour qualifier ce qui
02:47se fait en Côte d'Ivoire.
02:48Ce qui se fait en Côte d'Ivoire est extraordinaire.
02:49Il faut savoir qu'il y a quelques années, nous étions très fortement encore importateurs de poulets, de volailles, etc.
03:00Ce n'est plus le cas aujourd'hui.
03:01La Côte d'Ivoire est totalement autosuffisante.
03:03Maintenant, il y a l'alimentation de cette volaille.
03:10Et on peut comprendre que cette alimentation, qui n'est pas encore faite sur place,
03:15mais nous nous organisons pour justement couvrir là aussi les besoins de notre pays complètement.
03:22Mais dans l'intervalle, je veux dire, il faut accepter ces petites décisions qui sont prises
03:26et qui permettent à notre pays d'avancer économiquement et financièrement.
03:31– Alors, vous l'avez dit, monsieur le ministre, le Côte d'Ivoire est leader mondial de la production d
03:35'Anacard,
03:35la noix de cajou, 1,2 million tonnes en 2024.
03:39Et ça varie à 1 million environ en moyenne chaque année depuis quelques années.
03:43Pour l'instant, seuls 30% de ces noix de cajou sont transformées sur place
03:47et avec pour ambition d'atteindre les 50% d'ici moins de 5 ans, d'ici 4 ans, d
03:52'ici 2030.
03:53Quelles mesures sont mises en place pour faire face à vos principaux concurrents en termes de transformation,
03:58à savoir la Chine, le Vietnam et puis certains pays d'Asie du Sud-Est ?
04:01– Vos chiffres sont un peu en retard parce qu'aujourd'hui, la Côte d'Ivoire transforme déjà sur place
04:0946% de sa production.
04:12Et la Côte d'Ivoire est le premier transformateur mondial.
04:16– D'Anacard ?
04:17– D'Anacard, tout à fait. Donc devant les pays que vous avez cités.
04:20– Donc ça, c'est une nouvelle ça.
04:23– Oui, mais c'est l'évolution qui est voulue par les plus hautes autorités de notre pays
04:28qui souhaitent évidemment que 100% de la production soit transformée sur place.
04:33Nous évoluons conformément au calendrier qui a été établi,
04:37donc 50% sans doute en 2027.
04:39Et puis cela va continuer jusqu'à ce que les 100% soient atteints.
04:43– Et quels sont les produits que vous transformez sur place à base d'Anacard ?
04:46– Bien sûr, non. Dans l'Anacard, il faut savoir qu'il y a plusieurs niveaux de transformation.
04:54Le premier niveau, c'est décortiquer la noix.
04:58Ensuite, il faut la griller.
05:00Ensuite, il faut la griller d'une certaine façon pour qu'elle puisse être vendue,
05:06mise évidemment en sachierie et vendue à des transformateurs,
05:11généralement dans les pays européens.
05:13Donc la première transformation, elle, c'est elle qui a atteint aujourd'hui 46%.
05:19Nous sommes en train d'aller vers la deuxième et la troisième transformation,
05:23sachant qu'il y a 5-10% qui sont déjà transformés et consommés sur place par les populations.
05:30Donc c'est des noix de cajou telles qu'on peut les consommer en cocktail,
05:35voire même en produits dérivés, en pâtes, en huile, etc.
05:41Mais l'essentiel continue d'être exporté sous la forme de noix pré-cuites en général,
05:49donc au deuxième niveau de transformation.
05:51– Et vous l'avez dit aussi à M. le ministre, ça tout le monde le sait,
05:54la Côte d'Ivoire est également leader mondial en production de cacao.
05:5740% de la production mondiale, si mes chiffres sont bons cette fois-ci.
06:01– Oui, le chiffre est bon.
06:02– Voilà, tant mieux.
06:03Revenons sur la crise du cacao que traversent actuellement les planteurs ivoiriens.
06:07Les cours des prix à l'international ont drastiquement chuté.
06:10De nombreux producteurs peinent à trouver preneur
06:12et au prix fixé par le conseil Café Cacao, à savoir 2 800 francs CFA le kilo.
06:18Alors l'État ivoirien s'est engagé à racheter les stocks des invendus.
06:22Je voulais savoir, M. le ministre, tout d'abord,
06:24où en est-on de l'acquisition de ces stocks invendus par l'État ivoirien ?
06:27– Les enlèvements se font, les enlèvements se font.
06:32– L'État ivoirien s'est engagé à enlever, je crois, 100 000 tonnes.
06:35– 100 000 tonnes, et je peux ici confirmer
06:38que les 100 000 tonnes sont en cours d'enlèvement.
06:4164 000 tonnes avaient déjà effectivement été levées, été enlevées.
06:46Et il y a une quarantaine de milliers de tonnes
06:48qui sont en cours d'enlèvement, en collaboration d'ailleurs,
06:52avec les organisations du secteur, donc les OIA,
06:57les organisations interprofessionnelles agricoles.
06:59– Alors cette avance de l'État ivoirien en collaboration avec le CCC
07:03va soulager les planteurs, mais du coup,
07:05comment l'État compte revendre ces stocks ?
07:09– Ce sera le problème de l'État.
07:11Je pense qu'on a un système de stabilisation
07:15qui a pour vocation de protéger les planteurs,
07:18de protéger les producteurs.
07:21Et dans le même temps, l'État ou le Conseil Café-Cacao
07:25ont cette mission d'équilibrer ses finances.
07:29Donc nous essayons de traiter cette équation
07:32de grosse inconnue, équilibrer les finances
07:35du Conseil Café-Cacao, en faisant en sorte,
07:38dans le même temps, que les revenus des producteurs
07:41ne soient pas trop obérés par la situation que nous connaissons.
07:46– Selon le CCC, cette acquisition s'est environ 450 millions d'euros quand même.
07:52Peu importe la somme, le soutien de l'État a été assuré aux planteurs.
07:59Et il faut savoir que nous sommes dans un système de stabilisation.
08:02Ça veut dire qu'il y a une partie des ressources qui ont été acquises
08:06au cours des bonnes années, qui continuent d'être dans les réserves du Conseil Café-Cacao.
08:15Et ce sont ces réserves qui serviront partiellement à traiter la question.
08:21Cela dit, ce qui se passe aujourd'hui est une situation, nous le pensons,
08:28conjoncturelle. Parce que quand on regarde l'évolution des prix depuis une dizaine d'années,
08:33les prix en 2024 et en 2025 étaient les plus hauts jamais donnés sur le marché du cacao.
08:44– Effectivement, 2800 francs, c'est un kilo le plus haut prix record.
08:48– Sinon, on avait plutôt une variation entre 750 francs, 1000 francs, 1200 certaines années.
08:54Mais 1800, 2200 et 2800, c'était vraiment des niveaux exceptionnels.
09:02Bon, aujourd'hui, le marché s'oriente différemment.
09:05Nous en prenons hâte.
09:07Et surtout, nous allons travailler dans le futur pour que ce type de situation,
09:12même quand elle arrive, soit traitée d'une façon plus sereine
09:17par toutes les instances qui sont en charge de ces questions-là.
09:20– Alors après, la Côte d'Ivoire, c'est le Ghana qui est le deuxième producteur mondial de cacao.
09:24Le Ghana, votre voisin.
09:26Tous les deux, la Côte d'Ivoire et le Ghana, forment l'initiative pour le cacao,
09:31pour résumer un conseil d'entente entre les deux pays sur tout ce qui est cacao.
09:35Pourtant, le Ghana, il y a une dizaine de jours, a annoncé baisser ses prix
09:38pour faire face à la conjoncture mondiale.
09:41Est-ce que, disons les choses franchement,
09:43est-ce que votre partenaire n'est pas en train de la jouer un peu solo ?
09:46– Non, nous travaillons parfaitement en collaboration
09:49dans le cadre de l'initiative que vous avez mentionnée.
09:52L'initiative cacao, donc Côte d'Ivoire-Gana,
09:57qui est fonctionnelle, qui a son siège à Accra,
10:01dirigée par une personnalité ivoirienne.
10:04Donc, toutes les décisions, en réalité, sont prises pratiquement de communes accords.
10:09Bon, il se trouve que nous sommes dans des modes différents de stabilisation
10:14et de gestion de la commercialisation de notre cacao.
10:19Le Ghana a plus de facilité à prendre ce type de décision.
10:24Nous avons plus de contraintes à le faire.
10:26Nous en tirons également des enseignements pour la suite.
10:29– Quelles sont les différences entre les deux pays facilités ?
10:32– Ça va être difficile en une minute de le dire.
10:34– En deux minutes alors ?
10:35– Mais tout est dans les règles et dans les engagements qui sont pris par l'État
10:42en face des producteurs.
10:45Donc, quand il y a des engagements plus fermes,
10:48bien évidemment, ils sont plus difficiles à transgresser.
10:52Bon, donc, dans le cas d'ESPES, il y a des décisions prises.
10:56Il y a des engagements qui ont été pris par l'État
10:59sur la durée de la campagne principale.
11:02Nous arrivons à la fin de cette campagne principale.
11:05Une décision va être prise concernant le stock résiduel de cette campagne principale.
11:10Une décision va être prise également concernant le stock de la campagne intermédiaire
11:16qui s'ouvre dans quelques jours, sans doute.
11:18– Alors, M. le ministre, la semaine dernière,
11:20l'agence de presse Reuters annonçait, je la cite,
11:23que la Côte d'Ivoire envisage de suivre l'exemple du Ghana
11:27en baissant le prix de son cacao.
11:29Alors, M. le ministre Bruno Coney, moi, je vous pose la question.
11:32Est-ce que vous confirmez l'information de l'agence Reuters ?
11:34– Des annonces seront faites par la Côte d'Ivoire dans les prochains jours.
11:38Mais je pense que tout esprit rationnel comprend que dans cette situation,
11:45le conseil café-cacao de Côte d'Ivoire n'a pas beaucoup de choix.
11:49– En face de lui.
11:52– Des informations, des détails concernant cette baisse éventuellement,
11:57un pourcentage, à quel moment est-ce qu'elle arriverait ?
12:00– Est-ce qu'elle arriverait là pour les achats ?
12:02– Une annonce sera faite dans les prochains jours par le conseil café-cacao.
12:05– Pour la petite campagne ou pour la grande campagne de l'année prochaine ?
12:09– La grande campagne de l'année prochaine va s'ouvrir le moment venu,
12:13en septembre, octobre de l'an prochain.
12:16Donc là, il s'agit de prendre une décision sur deux choses.
12:20Premièrement, le stock résiduel éventuellement de la campagne principale passée
12:25et sur le stock de la campagne intermédiaire.
12:30Voilà.
12:30Donc, encore une fois, je peux difficilement m'étendre sur cette question
12:36parce que des décisions seront annoncées dans les prochains jours par le conseil café-cacao.
12:40– Je voulais aussi vous demander, monsieur le ministre, vous disiez tout à l'heure
12:44que le prix de 2800 francs CFA, le kilo de cacao, est effectivement un prix record fixé par l'État
12:52ivoirien.
12:53À cela, on peut ajouter aussi le différentiel de revenu décent,
12:58qui est, si je ne dis pas de bêtises, une espèce de prime minimale de 400 dollars sur la tonne
13:03que l'on attribue aux planteurs pour justement avoir un revenu décent, comme c'est dit.
13:07Mais finalement, est-ce que le cacao ivoirien n'est-il pas trop cher finalement ?
13:13Est-ce que ce n'est pas ça ?
13:14Je cite le président du conseil café-cacao, Yves Brahimacone,
13:17qui disait il y a peu de temps dans une conférence de presse
13:21que les opérateurs économiques ne jouaient pas le jeu.
13:24Façon de dire que peut-être ils voulaient voir disparaître ce DRD.
13:27Mais est-ce que le prix du cacao ivoirien n'est pas trop cher ?
13:31Non, moi, je pense qu'il faut que tous les acteurs jouent la survie du secteur
13:37et parient sur l'avenir de ce secteur-là.
13:41On ne peut pas aujourd'hui parier sur l'avenir de ce secteur
13:44en sacrifiant ceux qui sont à la base, parce que c'est le producteur.
13:49C'est grâce au producteur que tout le reste existe.
13:52Donc sans producteur, vous n'avez pas de cacao, vous n'avez pas de chocolat,
13:56vous n'avez pas toutes les chaînes de transformation qui sont dans l'intervalle,
14:01vous n'avez pas de spéculateurs, etc.
14:03Donc il faut, de mon point de vue en tout cas, traiter la question de la bonne façon
14:09en faisant en sorte que le producteur soit payé à la hauteur des efforts qu'il fournit.
14:16Allez voir les planteurs ivoiriens, voyez dans quelles conditions ils vivent.
14:20Très précaire.
14:20Et voilà, vous allez comprendre qu'il y a quand même besoin de faire quelque chose là concernant,
14:25besoin de soutenir d'une certaine façon.
14:28Et c'est pour ça que ce DRD, ce différentiel de revenus décent a été décidé,
14:36conjointement par le Ghana et la Côte d'Ivoire,
14:39pour assurer ce minimum de revenus à nos paysans.
14:42Non, ça ne rend pas le cacao plus cher, tout simplement parce que le cacao ne représente que 6%
14:49du produit final que vous consommez, vous, ici.
14:54Donc si ce produit final est dit cher, ce n'est certainement pas à cause de la matière première qu
15:00'est le cacao.
15:01Parce que cette matière première est essentielle du produit fini que vous consommez à la fin.
15:05Donc si vous pensez un peu comme le président du conseil Café Cacao, que les opérateurs, il ne les a
15:12pas cités,
15:13mais les opérateurs ne jouent pas toujours le jeu peut-être ?
15:17Vous savez, c'est des hommes d'affaires.
15:20Ce sont des entrepreneurs, ce sont des entreprises qui sont sans doute mues par le besoin de faire de la
15:29marche,
15:30du chiffre d'affaires, du résultat, etc.
15:32Mais toutes les entreprises dans le monde d'aujourd'hui ont une responsabilité en matière sociétale.
15:40Ils ont cette responsabilité-là vis-à-vis de leurs fournisseurs, vis-à-vis de l'environnement dans lequel elles
15:48évoluent.
15:49Et je pense que ces entrepreneurs peuvent parfaitement intégrer à leur fonctionnement,
15:56à leur mode de pensée, ce soutien nécessaire à ce qui fait leur métier,
16:04ce soutien nécessaire aux producteurs qui sont à la base de tous les métiers du cacao dans le monde.
16:10Mournou Nabagny-Koné, Monsieur le Ministre, merci beaucoup d'être passé nous voir.
16:14Merci.
16:14Merci.
16:15Merci.
16:16Mournou Nabagny-Koné, Monsieur le Ministre, merci beaucoup d'incorporisation.
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