00:00Les tragédies mortelles qui peuplent l'actualité et interpellent chaque jour nos consciences ne doivent pas masquer cette autre tragédie,
00:06ancienne et permanente, elle, de ces paysans qui mettent fin à leur jour quand le désespoir finit par succéder à
00:14la colère et à l'impuissance.
00:16Oui, la belle et grande Occitanie, terre d'histoire, de mémoire et de tradition, terre de souffrance et de résistance,
00:22comme je vous le disais, depuis la révolte vignerone de Béziers en 1907 jusqu'à celle des éleveurs de l
00:27'Ariège, toutes résentes, faisant corps pour empêcher le massacre de leurs troupeaux, témoignent plus que d'autres du désespoir ravageur
00:33qui éradique trop souvent la paysannerie française.
00:36Nous sommes ici sur ce terrain. Nous avons encore à l'esprit l'image de ce cercueil déposé devant la
00:40cathédrale d'Auche par des centaines de paysans et de paysannes réunis en ce jour de décembre 2025 pour rendre
00:47un dernier hommage à Thierry, éleveur bovin dans le Gers, qui au bout du rouleau a mis fin à ses
00:54jours.
00:54On se souvient de la scène. C'était très émouvant. Il rejoignait le funèbre cortège d'un peuple qui consacre
00:59sa vie à celle des autres, car ces femmes et ces hommes qui se donnent tant de mal pour nous
01:04faire tant de bien, et oui, et qui devaient être, par le caractère essentiel de leur mission et la noblesse
01:09de leur activité, les plus heureux des Français.
01:12Ce peuple dont trop de fils décident de se donner la mort dans l'indifférence générale, c'est ça ce
01:18qui nous scandalise le plus.
01:19Pour autant, le message que nous envoient ces damnés de la terre, encourageant ceux qui restent à relever la tête,
01:26oui, il s'agit bien d'un acte sacrificiel, celui qui impose un capitalisme financier sauvage et barbare pour asseoir
01:33son profit sur le cadavre de ceux qui l'a trompé et spolié, celui que laisse faire une Union européenne
01:38censée apporter tant de solutions et qui a toujours privilégié l'industrie agricole au détriment de l'agriculture paysanne.
01:45Depuis le bûcher de Montségur en 1244 jusqu'à la libération de Toulouse en 1944, en passant par les camisards
01:52et les innombrares révoltes des croquants, du querci, du lauragué, de bibres, des corbières et combien d'autres,
01:59porteurs de l'indignation d'une nation méridionale exaspérée de se faire dicter son malheur par le pouvoir parisien, l
02:05'Occitanie est une terre qui ne se résigne jamais.
02:08700 années de courage, nous les avons ici sur le salon qui témoigne par leur présence.
02:13La preuve sur ce salon où malgré la violence d'une époque sans pitié pour ceux qui remplissent nos assiettes
02:18tout en protégeant nos paysages,
02:19les combattants d'un terroir fier et libre sont présents et debout, ils sont ici, autour de nous, face à
02:24nous.
02:25Un hommage depuis ce salon au nom de tous les autres héros, à celui dont la mémoire engendre une énergie
02:30symbolisant tout ce que l'Occitanie représente aujourd'hui.
02:32Je pense à Alain Bayle qui lui aussi décida, un soir d'ultime détresse, de ne plus vivre dans ce
02:39monde ingrat et injuste
02:41et dont le fils Jérôme, fort de l'amour porté à son père, a pu déplacer quelques montagnes pour que
02:46la cause paysanne soit mieux entendue et mieux respectée par nos gouvernants.
02:50Il l'a fait parce qu'il a foi en ce qu'il fait, parce qu'il vit pour ses
02:53vaches désormais sacrées
02:54et qu'il a su rassembler des consciences pas forcément faites pour s'entendre.
02:58Comme le dit ce proverbe du communge,
03:00Quand il y a un foc dans l'île d'Ostaz, à Gachatzpaz,
03:03quand il y a le feu à la maison, on ne regarde pas qui passe.
03:09Restez unis, paysans d'Occitanie, et vos vaches seront bien.
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