00:00Beaucoup de questions autour de l'IA, l'intelligence artificielle.
00:0410 à 15% des emplois pourraient être remplacés par cette technologie,
00:08désiré récemment le MIT, le Massachusetts Institute of Technologies.
00:13Alors merci d'être avec nous, Guillaume Gralet, confrère du magazine Le Point,
00:17auteur des pionniers de l'IA chez Grasset, on verra la couverture.
00:21Vous dites, on est encore loin de ce que l'on a vu concernant l'intelligence artificielle ?
00:26En réalité, à chaque fois que j'ai pu rencontrer,
00:28et c'est pour ça que j'ai fait ce livre, Eric,
00:31« Tous les artisans de l'intelligence artificielle aux Etats-Unis, au Canada, en Afrique, en France, en Chine ou
00:36en Russie »,
00:37je leur ai posé trois questions.
00:38Je leur ai demandé, dans quel monde vivrons-nous dans 10 ans ?
00:42Vers où vous voulez nous emmener ?
00:43Quelle personne du passé ou du présent, vous aimeriez déjeuner, dîner, refaire le monde ?
00:49Et puis surtout, que faut-il apprendre à nos enfants dans un monde qui change en permanence
00:53et avec effectivement des métiers, des chiffres, mais aussi des lettres qui sont bousculées en ce moment.
00:59Vous avez certainement que ce sera un monde meilleur, du coup ?
01:01Pas forcément.
01:02Pas forcément.
01:04Mais on a beaucoup de possibilités qui s'offrent à nous.
01:07Ce que je veux dire surtout, c'est que tout le monde n'est pas d'accord.
01:10On parle essentiellement toujours des mêmes acteurs, Sam Altman, Mark Zuckerberg, Elon Musk.
01:14Il y a d'autres acteurs cachés moins connus qui ne pensent pas la même chose.
01:18Et c'est ça que je trouve assez formidable.
01:19Alors justement, dans votre livre que voici, vous avez rencontré ces inventeurs.
01:25On a l'impression qu'ils sont quand même un petit peu fous, non ?
01:27En fait, leur point commun, c'est pour ça que j'ai appelé le livre pionnier,
01:32c'est qu'ils ne se satisfont pas de l'ordre établi, de l'ordre du monde.
01:36Ils veulent casser les barrières, voir différemment.
01:39Ça peut être pour le bien, comme on a vu tout à l'heure.
01:41Ça peut être aussi avec des effets néfastes.
01:44Mais effectivement, ils ne s'interdisent absolument rien.
01:47Il y a des idées assez folles.
01:49Par exemple, la volonté de nous greffer une puce dans le cerveau.
01:51Moi, je n'ai pas véritablement envie de ce monde,
01:53mais il y a des projets très sérieux qui sont à l'œuvre.
01:56Et justement, ces cerveaux, on va les appeler comme ça,
01:59ces cerveaux de l'intelligence artificielle qui préparent le futur,
02:03ils sont où aujourd'hui ? En France ? Aux Etats-Unis ? En Chine ?
02:07Alors, il y en a beaucoup aux Etats-Unis et en Chine.
02:10Il y a une personnalité très intéressante qui s'appelle Demi Sassabis
02:12qui, lui, travaille de Londres, qui est devenu un prix Nobel de chimie
02:16parce qu'il permet la modélisation du repliement des protéines.
02:20Ça, c'est absolument fondamental pour la médecine, pour la chimie du futur.
02:24Et il y a les Américains dont on a parlé tout à l'heure,
02:26les Chinois avec le modèle DeepSync, par exemple.
02:29Mais beaucoup, beaucoup de Français, j'y consacre tout un chapitre,
02:32des Français qui ont décidé de quitter les big tech américaines et chinoises
02:36pour lancer des aventures en France.
02:39On a des scientifiques en France et c'est une vraie découverte.
02:43Je l'ai vu à travers différents exemples.
02:46Le co-créateur de Perplexity, qui est indien,
02:49il me citait Lavoisier, Laplace, Fermat, Poincaré.
02:53Mais je lui disais, mais aujourd'hui, je reviens sur ces scientifiques
02:55parce qu'on a beaucoup, beaucoup de chance.
02:57Il faut leur faire confiance.
02:58Il faut leur faire confiance à travers des financements.
03:01La formidable aventure Mistral, elle peut se répliquer,
03:04surtout s'il y a du capital risque européen
03:07avec des initiatives comme Probable, comme Dust, par exemple.
03:10Et il faut des commandes.
03:13C'est-à-dire qu'on ose commander à des petites structures,
03:16des gens qu'on ne connaît pas, mais en qui on peut faire confiance.
03:21Vous voulez dire qu'il faut faire confiance aux jeunes start-up ?
03:23La start-up nation n'est pas morte.
03:25Exactement.
03:26Non, non, non.
03:26Il y a des personnes, Gaël Varocco, à qui je consacre aussi
03:33quelques lignes, Sacha Luccioni,
03:34ce sont des personnes qui ont été formées en France.
03:35On ne les connaît pas malheureusement.
03:36On ne les connaît pas, mais il faut les connaître.
03:38Ça doit être les rockstars, Eric.
03:39D'accord, donc on verra.
03:40Mais moi, je trouve qu'une innovation extraordinaire
03:42que vous relatez dans ce livre,
03:43c'est la reconnaissance par l'iris, par l'œil.
03:46Ça pourrait être utilisé pour une carte d'identité, par exemple.
03:48On est fort en France là-dessus ou pas ?
03:50On a des super chercheurs en biologie.
03:52On a, je vous parlais tout à l'heure, des implants cérébraux.
03:55Ça peut être fait à des fins thérapeutiques.
03:56C'est développé par le CEA, par exemple, avec le PFL en Suisse.
04:00Donc, en Europe, on a ces chercheurs.
04:02Vous vous souvenez, il y a une personne que je cite
04:04qui s'appelle Alain Aspé.
04:05C'est le prix Nobel de physique 2022.
04:07Il dit que s'il n'y avait pas eu les chercheurs français et européens
04:09des années 30, c'est il y a 100 ans,
04:12eh bien, on n'aurait pas eu les circuits imprimés,
04:15les cartes électroniques.
04:16On n'aurait pas eu Steve Jobs, Bill Gates.
04:17Donc, il faut juste leur faire confiance, je pense.
04:20On dit que l'Internet a été créé en France, d'ailleurs.
04:22Exactement.
04:23La première racine d'Internet.
04:24C'était français.
04:26Alors, quand vous voyez Elon Musk, fondateur de Tesla,
04:29qui avait quand même initié l'automobile électrique,
04:31qui va arrêter en grande partie la production automobile,
04:34qu'est-ce que vous en pensez ?
04:35Il va se diriger vers les exosquelettes,
04:37vers l'intelligence artificielle ?
04:38Alors, parfois, il dérape très sérieusement,
04:41mais souvent, il a un temps d'avance.
04:43Et aujourd'hui, il croit beaucoup dans les humanoïdes,
04:45donc des robots à forme humaine.
04:47C'est le cas aussi en Chine,
04:49où il n'y a pas moins de 100 fabricants de robots humanoïdes,
04:52Unitry, Fourier Robotics, par exemple.
04:53L'idée, c'est de remplacer,
04:56d'aider pour des tâches extrêmement pénibles à faire.
04:59Et puis, en France, on a un acteur qui s'appelle Wondercraft,
05:01qui travaille avec Renault.
05:03Donc, je pense que la bataille d'après,
05:05elle va se jouer sur ces robots humanoïdes.
05:07Mais que feront les humains dans ce cas-là ?
05:09Exactement.
05:10Alors, il faut effectivement, Eric,
05:11parce que c'est un peu la découverte que j'ai faite à travers ce livre,
05:14les femmes et les hommes,
05:16nous, en fait, on est absolument formidables.
05:18Il ne faut pas juste essayer de les remplacer,
05:21de les copier,
05:22peut-être pour les tâches pénibles,
05:25mais d'abord, il faut qu'on garde notre capacité
05:27à réfléchir par nous-mêmes.
05:28Il ne faut pas aller vers cet apocalypse cognitif
05:30que nous permet l'intelligence artificielle.
05:32dès qu'on a un problème un peu compliqué,
05:34de s'en remettre à Tchadgeprété, par exemple.
05:35Par exemple, s'il n'y a plus besoin de traducteurs,
05:37d'interprètes pour traduire les langues,
05:39qu'est-ce qui va se passer ?
05:40Des professions qui vont disparaître ?
05:41Est-ce qu'on ne risque pas, finalement,
05:42de simplifier notre pensée,
05:44de ne plus rien apprendre ?
05:45C'est-à-dire que dès qu'on aura une question sur l'histoire,
05:47clac, on appuiera sur un bouton dans le cerveau.
05:49C'est quand même dramatique, non ?
05:51On ne va pas simplifier les esprits.
05:52Exactement.
05:53C'est-à-dire qu'il faut continuer à apprendre
05:55les lettres, les humanités,
05:56l'esprit critique, la curiosité.
05:59Vous savez, Elon Musk, dont on parlait,
06:00il a eu beaucoup d'enfants jusqu'à près d'une quinzaine.
06:03Il a créé une école pour ses enfants
06:05qu'il a appelée Ad Astra,
06:06parce qu'il n'était pas content
06:07des écoles publiques et privées américaines.
06:09On y apprend la débrouillardise,
06:10le travail à plusieurs,
06:11mais on n'y apprend pas les langues étrangères,
06:13parce qu'il considère qu'avec les lunettes connectées
06:15que vous avez, par exemple,
06:17demain, elles permettront d'avoir d'autres informations,
06:19de traduire en temps réel,
06:20ou des écouteurs,
06:21on n'aura plus besoin.
06:22Or, moi, je pense qu'une langue,
06:24c'est autre chose que des mots, que des phrases.
06:26Il faut continuer à apprendre ces humanités
06:28qui font que l'on est humain.
06:30Bref, on doit rester très humain.
06:32Il faudra résister, peut-être,
06:33à ne pas se laisser dépasser.
06:35Exactement, et surtout,
06:36se rendre compte que cette intelligence artificielle
06:39qui crée un peu une blessure narcissique en nous,
06:41ça a été créé pour être un outil
06:44et ça doit le rester à notre service.
06:45Je termine par une question.
06:46On a connu la fracture numérique
06:48avec l'arrivée de l'informatique.
06:50Maintenant, est-ce qu'on ne va pas avoir
06:51une fracture digitale
06:52ou, finalement,
06:53certains qui vont être paumés,
06:54si l'on peut dire ?
06:55Exactement.
06:56Comment faire ?
06:57Et ce qu'il faut,
06:57c'est que les recherches restent ouvertes.
06:59Ça, c'est très important.
07:00Ça a l'air un peu technique comme ça,
07:01mais il faut pousser les chercheurs
07:02à publier leurs recherches
07:03pour que tout le monde voit un petit peu
07:05ce qu'il y a sous le capot.
07:06C'est très, très important.
07:08C'est devenu une arme géopolitique,
07:10l'intelligence artificielle.
07:10On ne pourra pas l'arrêter.
07:11Donc, la France doit en faire partie,
07:13mais surtout, une IA très humaine,
07:15très ouverte.
07:15Bravo, Guillaume Gralet,
07:16de nous éclairer sur le futur
07:17avec votre livre.
07:18Donc, félicitations.
07:19On le lira.
07:21Et donc, merci d'être venu sur CNews.
07:22Restez avec nous.
07:23L'actualité se poursuit.
07:27L'actualité se poursuit.
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