00:00Bienvenue à l'heure des livres, Fabrice Collin.
00:03Alors, vous êtes romancier, vous êtes journaliste,
00:06vous avez été quatre fois lauréat du Grand Prix de l'Imaginaire,
00:09ce qui n'est pas rien.
00:10Vous avez écrit de nombreux livres dans des genres différents,
00:13pour la jeunesse et les adultes,
00:15aussi des pièces radiophoniques,
00:17vous avez écrit des scénarii de BD également.
00:20Et là, vous venez de publier 7 jours,
00:22un livre qui est paru chez Calman Levy
00:24et un livre qui, d'une certaine façon,
00:25fait un peu la synthèse de tous ces genres
00:27auxquels vous avez touchés,
00:30parce que c'est un thriller,
00:31il y a de la psychologie,
00:32il y a des questions d'enfants,
00:34dont vous parlez assez bien d'ailleurs,
00:35mais pas que.
00:37Il y a un drame conjugal.
00:39Et c'est un livre qu'on ne lâche pas,
00:41qui est très bien écrit.
00:43Alors, tout commence par quelque chose d'assez classique,
00:46une bonne vieille dispute conjugale,
00:47ça se passe dans un huis clos, dans un lieu,
00:50une voiture,
00:52la petite famille composée de Julien,
00:54qui est celui qui raconte l'histoire,
00:56le narrateur et Marie,
00:59avec, derrière, il y a des deux enfants,
01:03Ninon et Edgar,
01:05ils s'en vont vers une station de ski,
01:09il neige,
01:09le climat est un peu tendu,
01:13surtout entre les deux parents,
01:15qui commencent à se prendre un peu le bec,
01:18et pour cause,
01:23Julien a appris,
01:24quelques jours avant,
01:24que sa femme le trompait.
01:26Donc, la discussion va là-dessus,
01:28je vais vite.
01:30Et, jusqu'à ce que Marie décide de quitter la voiture,
01:34s'arrête et il part dans la forêt.
01:36Et là, je vous laisse dire ce qui va se passer,
01:39enfin, non, pas toute l'émission,
01:40mais...
01:42Oui, alors, c'est le cas classique de la dispute un peu idiote,
01:47où, bon, les actions dépassent un petit peu les pensées,
01:51il y a une impulsivité qui n'est pas forcément de très bonne à loi,
01:54et effectivement, donc, Marie descend de la voiture,
01:56elle a besoin d'être seule,
01:58elle a besoin de marcher.
02:00En même temps, la situation a quelque chose d'un peu ridicule,
02:03parce qu'il neige,
02:05il fait très froid,
02:06et donc, elle ne va pas pouvoir rester très longtemps,
02:07et il n'y a personne dans ces stations de ski,
02:10mais qui est fermée à cette heure-là,
02:11c'est le soir.
02:13Et donc, au bout d'un moment,
02:15Julien se dit,
02:16bon, je vais la récupérer,
02:18et donc, il repart en voiture,
02:20s'attendant à la voir un petit peu plus loin sur la route,
02:22et puis, il ne la voit pas.
02:23Et la situation prend très vite un tour un petit peu inquiétant,
02:27parce qu'avec les conditions de météo particulières,
02:30cette disparition,
02:31elle n'est pas normale,
02:34et elle est d'autant moins qu'il n'y a rien à faire dans ce coin-là.
02:39Il se dit qu'elle est forcément quelque part,
02:40et il ne la retrouve pas.
02:41Il ne la retrouve pas,
02:42il cherche,
02:42il sort de la voiture,
02:43il laisse les enfants,
02:44on voit les enfants qui ne comprennent pas très bien ce qui se passe,
02:48lui qui cherche des traces,
02:49qui n'en trouve pas,
02:49et qui finalement,
02:51après avoir cherché,
02:52en rentre à la maison avec ses deux enfants,
02:55et sans leur mère.
02:57Et à partir de là,
02:58s'ouvre classiquement une enquête.
03:03Lui, il appelle quelques personnes,
03:05pas grand monde,
03:06il s'en prend même,
03:07il va à l'école le lendemain matin,
03:09c'est lui qui doit accompagner les enfants,
03:11il demande même à celui dont il a compris
03:13que c'était l'amant de sa femme,
03:14s'il n'a pas de nouvelles,
03:15il n'en a pas.
03:17Et puis ainsi,
03:17il s'installe une nouvelle vie,
03:20avec cette famille recomposée,
03:22très étrangement en fait.
03:24Oui, il y a l'ami de la famille,
03:26qui s'appelle Guillaume,
03:29qui vient un petit peu essayer d'être en soutien,
03:31mais c'est un deuil qui ne peut pas se réaliser en fait.
03:35C'est une personne qui disparaît,
03:37parfois volontairement,
03:38alors parfois évidemment,
03:39on peut soupçonner quelque chose de grave,
03:42un accident,
03:43un suicide,
03:44un meurtre,
03:44mais quand il n'y a pas de preuves
03:47qu'il y a un danger réel,
03:50souvent les autorités
03:51laissent tomber les recherches assez rapidement,
03:53parce qu'elles se disent
03:55peut-être que cette personne souhaitait disparaître tout simplement.
03:58Alors en l'occurrence,
03:59une mère de famille avec deux enfants,
04:02en pleine crise conjugale,
04:04certes elle pourrait aller passer une ou deux journées
04:07chez une copine ou chez ses parents,
04:09ou ce qu'on veut imaginer,
04:10mais en aucun cas,
04:11elle ne donne pas de nouvelles,
04:13et elle inflige surtout à sa famille
04:16une épreuve aussi cruelle.
04:18Donc au bout d'un moment,
04:19disons que l'explication rassurante ne tient pas,
04:22mais il n'y en a pas d'autres,
04:25et Marie a bel et bien disparu.
04:27Et alors donc,
04:27il faut que tout le monde compose
04:29avec cette absence
04:30et cette omniprésence dans le même temps,
04:34sachant qu'effectivement,
04:35obligatoirement,
04:36dans la tête,
04:37il y a ce que vous voulez dire,
04:38toute une quirielle d'hypothèses.
04:42Enfin, certaines terribles,
04:43d'autres moins,
04:44certaines farfelues.
04:47Bon,
04:48ils vivent tant bien que mal
04:49jusqu'à ce qu'un jour,
04:50et c'est là,
04:52certains pourront se dire
04:53que ce n'est pas logique,
04:54puisque sept ans après,
04:55et non pas sept jours,
04:56mais on comprend quand on lit
04:57pourquoi sept jours,
04:58sept ans après,
04:59on sonne à la porte,
05:00et c'est Marie qui apparaît,
05:03elle a l'air frigorifiée,
05:07elle a une allure de spectre,
05:10et en fait,
05:12ce qui est fou,
05:12d'où le titre,
05:13c'est qu'elle est convaincue
05:15d'avoir été séquestrée,
05:16mais sept jours.
05:18Et c'est là le début de l'intrigue,
05:21on ne va pas dévoiler
05:23ce qui se passe après,
05:24mais on a envie de vous demander
05:25comment vous avez venu,
05:26cette idée de,
05:27justement,
05:28de travailler sur une absence
05:31non définie, en fait.
05:33Vous avez souligné mon passé
05:35d'auteur de fantastique,
05:38de fantasy,
05:38des littératures,
05:39de l'imaginaire,
05:40là, on touche à un point essentiel
05:43qui est,
05:44qu'est-ce que le fantastique au fond ?
05:46C'est-à-dire,
05:47le fantastique,
05:48c'est quand il se passe
05:48quelque chose qui contrevient
05:50aux lois de la logique,
05:51de la science,
05:52et qu'on ne peut pas expliquer.
05:54Là, on est d'un côté
05:57avec une petite famille sans maman,
06:00mais qui a refait sa vie,
06:01et qui essaye d'en finir
06:05avec une épreuve de deuil
06:06assez douloureuse
06:07et qui a l'impression
06:07qu'il y a eu une absence
06:08qui a duré sept ans.
06:10Et puis, de l'autre côté,
06:11on a une personne
06:11qui pense qu'elle s'est fait enlever.
06:14Elle se souvient même
06:15avoir fait des entailles,
06:16des encoches dans un mur
06:18pour compter les sept jours.
06:19Donc, pour elle,
06:20c'est sept jours.
06:21Et donc, on a deux réalités,
06:24en fait,
06:24qui s'entrechoquent.
06:26Et ça n'arrive jamais.
06:27C'est-à-dire, dans la vie,
06:27il y a une réalité,
06:28elle est parfois un peu étrange,
06:30elle est déformée,
06:30mais on n'a pas à l'opposé
06:32à la réalité de quelqu'un d'autre.
06:34Et là, c'est ce qui se passe.
06:35Donc, quelque part,
06:36quand vous dites,
06:36je fais un petit peu la synthèse
06:38de ce que j'ai pu faire avant,
06:39il y a du vrai là-dedans
06:40parce que la question
06:43de savoir si c'est un livre
06:44fantastique ou pas,
06:46à la limite,
06:47c'est au lecteur presque
06:47d'en décider.
06:49La réponse n'est pas forcément donnée
06:50comme on l'attendrait.
06:51Oui, parce que d'une certaine façon,
06:52se côtoie l'extraordinaire,
06:55qui est cette réapparition
06:56et puis cette différence
06:57d'interprétation,
07:00de cette disparition,
07:01et puis le terriblement ordinaire
07:03de la vie d'une famille,
07:05d'enfants qui grandissent,
07:07c'est ça qui est intéressant,
07:09c'est cette confrontation des deux,
07:11l'extraordinaire et l'ordinaire.
07:12Oui, oui, c'est absolument ça.
07:13C'est le surgissement
07:14de l'inattendu
07:16et de l'inexplicable
07:17dans une histoire.
07:20On se raconte tous des histoires,
07:21on essaie tous de composer
07:22avec nos vies,
07:25avec nos fautes,
07:25avec nos erreurs,
07:26avec nos défaillances.
07:27Et là, il y a des gens
07:29qui arrivent à se construire
07:30une histoire,
07:31d'ailleurs assez différemment,
07:32le père, les enfants,
07:33ils n'ont pas la même expérience
07:34de cette absence-là.
07:35Chacun se reconstruit
07:36tant bien que pour.
07:37Cette femme va tout bouleverser
07:39et on pourrait penser
07:40qu'on va en ressentir
07:42uniquement un grand bonheur
07:43et c'est un peu plus compliqué
07:44que ça,
07:45parce que ça remet
07:45énormément de choses en question.
07:46Oui, parce qu'ils ont fait
07:47une...
07:48effectivement, chacun à sa façon,
07:50s'est reconstruit une vie
07:53et elle, elle arrive,
07:55puis c'est comme si
07:56elle bouleversait le jeu,
07:57un peu le jeu de qui ?
07:58Parce que c'est presque
07:59devenu une forme d'étrangère.
08:01Oui, puis elle,
08:02dans sa réalité à elle,
08:03elle est victime de quelque chose.
08:05Elle a passé 7 jours affreux,
08:07elle est très fatiguée,
08:07elle voudrait qu'on prenne
08:08soin d'elle et de l'autre côté.
08:10Encore une fois,
08:10il y a une réalité
08:11qui ne dit pas du tout ça,
08:12qui dit que ça fait 7 ans
08:13qu'on...
08:14Enfin, ça fait un moment
08:15qu'on a arrêté d'attendre,
08:16mais tu es partie il y a 7 ans,
08:18notre vie a changé,
08:20les enfants ont grandi,
08:22des enfants d'ailleurs
08:23qui ne sont plus des enfants,
08:24qui sont des adolescents,
08:26et puis cette Marie qui revient
08:28voudrait que les choses
08:29reprennent exactement comme avant.
08:30Il y a eu un hiatus de 7 jours
08:32et puis c'est tout.
08:33En tout cas,
08:33je vous conseille vraiment de lire,
08:35c'est très bien écrit,
08:37on ne le lâche pas,
08:37ça s'écrit 7 jours,
08:38c'est paru chez Calman Lévy.
08:40Merci beaucoup Fabrice Collin.
08:41Merci.
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